‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 5 sur 158 · scène premièrb · texte numérisé non relu

scène premièrb

Xénophanb.

Ce sont là de vieilles fables indignes d'un philosophe.

Pénestb.

Pour un pauvre esclave, ces fables des premiers âges ont plus de prix que les glaciales négations de la sagesse moderne.

Xénophanb.

PÉneste, tu foùblies et je t'impose silence.

Syrus àlénophane.

L'audace de votre serviteur vous étonne, seigneur. Mais vous ignorez qu'il y a trois jours, à Génézareth, dans l'hôtellerie, Péneste et moi nous avons passé toute la nuit à nous entretenir avec des Juifs de leur Prophète de Nazareth, qu'ils paraissaient aimer beaucoup. Ils nous ont raconté de lui une foule de miracles plus extraordinaires les uns que les autres, et rapporté des discours où il promettait aux gens de bien une éternelle félicité, tandis qu'il menaçait de peines éternelles les méchants. Ces menaces, ces promesses, ont ravivé dans le cœur de Péneste les croyances de son enfance.

Pbnbste.

S'il m'est permis encore d'ouvrir la bouche, j'ajouterai, Syrus, que tu oublies ses plus belles paroles : « Je suis venu du ciel sauver ce qui était perdu et pardonner sans conditions à qui se repent. >

Xénophanb.

Péneste, le sage a-t-il besoin de pafdon, et qui sauverait l'homme perdu si ce n'est lui-même?

Péneste.

Il disait encore qu'il ne pouvait guérir ceux qui estiment n'avoir pas besoin de médecin.

28 prologub.

Xénophane.

Que m'importent les dires d'un Galiléen? N'oublie pas, Péneste, que chez les Hellènes, seule nation éclairée au sein d'un monde barbare, il n'y a plus que deux classes d'hommes : ceux qui ont appris à discuter les questions suprêmes de Dieu et de l'âme, et ceux qui vivent dans les terreurs du Tartare. Les uns sont les sages, les sceptiques, si tu veux les athées, que chacun respecte et admire. Les autres sont les superstitieux, qui sont la risée du monde par les basses idées qu'ils se font de la justice divine*. Si tu étais un homme libre, tu te ruinerais en expiations et en lustrations insensées.

Péneste.

Si la liberté m'était rendue, j'irais embrasser les genoux de ce Prophète en lui disant : Je suis malade, guéris- moi ; je souffre, console-moi ; j'ai peur, sauve-moi.

Xénophanb.

Péneste, ta folie m'impatiente et m'irrite.

Syhus.

Il me paraît, noble étranger, que ce jeune docteur juif, s'il se rendait en Grèce, trouverait un meilleur accueil auprès des ignorants et des pauvres qu'auprès des sages et des riches *.

Xénophane.

Nul d'entre nous ne prendrait garde à lui.

Syrus.

Votre dédain pour les barbares de l'Asie vous rend in-

^ D'après Platon et Plutarque. V. Les deux Cités, p. 240 et 2B2. M Cor. 1,26.

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