SCÈNE II
UN TROISIÈME
Egorgeons-les.
UN QUATRIÈME
Mort aux esclaves du faux Prophète.
Qui pousse donc ces cris de mort ? On dirait qu'ils des» cendent du haut des airs.
piLATE à SéYère.
La foule s'agite et s'échaufie. Nous avons ici à peine mille hommes.
SÉVÈRE
Avec la terreur du nom romain !
PILATE
Détourne-t-il le peuple de nous payer le tribut?
HERMANN
J'étais de garde au temple le dernier jour qu'il y est venu, et j'ai entendu des Juifs discuter avec beaucoup d'animation la parole qu'ils venaient d'entendre de sa bouche : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu,
PILATE
Cette accusation est donc sans fondement ?
HERMANN
Elle est un pur mensonge.
OAÏPHE.
Puisque vous nous forcez, Pilate, à renoncer à notre droit, je vous dirai que le Sanhédrin l'a condamné à mort, parce qu'il s'est dit l'Oint de Dieu, le Roi.
m QUATRIÈME JOURNÉE.
piLATE à Sévère.
Le roi? Me serai-je trompé sur ses Tues pacifiques et prétendrait-il réellement à la couronne ?
SÉVÈRE
Vous TOUS souvenez, Pilate, que nous tous Stoïciens, sommes rois, sans que nos prétentions inquiètent beaucoup Tibère.
PILATE eDtre au prétoire dans la salle où est Jésns-Ghrist. Viens ici : Tu es le roi des Juifs f *
JÉSUS
Quel sens donnez-vous à ce terme de roi ? M'adressezvous cette question de vous-même et en Romain? Où sont-ce les autres qui vous l'ont dit de moi?
PILATE
Sitis-Je Juif! Que me font les rêveries de ton peuple sur ses oints ? Ce qui m'importe, ce sont tes visées politiques. Ta nation tout entière assemblée devant mon palais et les principaux sacrificateurs font livré à moi: qu'as-tu fait? Prétends-tu restaurer l'ancien royaume des Hébreux?
JÉSUS
Mo7i règne n'est pas de ce monde. S'il était de ce monde, mes gens combattraient afin que je ne fusse point livré aux Juifs, Mais maifitenant mon règne n'est point d'ici'bas.
PILATE en souriant.
.,.Fs-tu^4Q^^ ^oi?
^ Jeau.XVm, 33sqç.
SGÈNB II. 243
lÉSUS.
Tu le dis : je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, entend ma voix.
piLATE en s'en allant.
Qu'est-ce que la vérité?
sÉYÈRfi à Pilate.
Vous le voyez : sa royauté consiste à régner sur les cœurs par la vérité.
PILATE
Mais il se réserve l'avenir.
SÉVÈRE
Un avenir pareil à celui qu'a prédit notre Zenon.
PILATE
Ce peuple bizarre attendrait donc un roi qui serait un simple philosophe?
SÉVÈRE
Platon ne voulait-il pas réformer la cité par un So-
crate auquel il attribuait les droits de la royauté la plus
absolue?
PILATE en souriant.
Un roi pareil n'a rien d'effrayant pour Rome, et il ne saurait éveiller les soupçons de Tibère. — 11 revient vers la porte de la cour avec Jésus, et s'adressaot à Caîpbe et à la foule: Je ne trouve aucun crime en lui et me refuse à ratifier la sentence.
LES SACRIFICATEURS ET LES ANCIENS, tous ensemble et aYec colère.
Il se dit roi. — Il se fait l'égal de Dieu. — Il viole le sabbat. — Il veut renverser le temple. — 11 se dit roi. —
iïi QUATRIÈME JOURNÉE.
Il détruit la loi. — Il trouble la Galilée et la Judée. — Il
se dit roi. *
piLATE à Jésus.
N'entends-tu pas tous les témoignages qu'ils portent contre toi? Ne réponds- tu rien? — Jésus jarde on cobplet silence. — A Sévère. On l'accable d'accusations capitales et il ne prend pas la peine d'en réfuter une seule!
SÉVÈRE
Il sait sans doute que ceux qui les portent en reconnaissent aussi bien que lui la fausseté.
PILATE
Quel calme ! quelle dignité ! Je n'ai jamais vu d'homme qui lui ressemble. — A Gaîphe et à la foule : Je vous le répète, je ne trouve aucun crime dans cet homme *.
CAÏPHB.
Tu ne peux relâcher un homme qui causera la ruine de notre nation f
PILATE
C'est un docteur qui enseigne, et non le chef armé d'une bande de rebelles.
GAÏPHE.
C'est par ses enseignements qu'il agite le peuple,