CLIMAT
Les conditions climatériques ne paraissent pas devoir être un obstacle à la végétation dans cette région. '" Si l'on veut bien se rappeler, écrit l'arpenteur Wilson (rapport 1902) que le lac Abitibi se trouve situé, plus au sud que la frontière méridionale du Manitoba, on comprendra de suite qu'il n'y arien dans cette latitude qui puisse empêcher la culture et qu'en outre l'expérience des dernières années a prouvé au-delà de toute évidence que les légumes de toute espèce, arrivaient à leur pleine maturité au poste d 'Abitibi."
Les seuls inconvénients que puisse offrir cette région, au point de vue de la culture du sol, ce sont peut-être les printemps tardifs et les gelées prématurées. Il est néanmoins permis de supposer qu'une grande amélioration se produira dans le climat lorsqu'une étendue assez considérable de terrain aura été défrichée et cultivée. C'est ce qui est arrivé pour la région du Lac St-Jean, devenue aujourd'hui si prospère. Les gelées qui y étaient si fréqentes avant que la forêt fut entamée et abattue par les colons, ne se font plus sentir.
C'est d'ailleurs une chose parfaitement constatée par toute la province de Québec. Au dire des anciens, il n'était pas rare de voiries récoltes gelées sur les bords du St-Laurent. Aujourd'hui, il ne saurait être question de gelée le long du fleuve. C'est que du déboisement des terres découlent trois effets absolument incontestables ; un printemps plus hâtif, un été plus long et pins chaud un automne plus
tardif et moins brusque. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour l'Abitibi ? On objecte que les vents du nord qui soufflent dans cette région seront toujours une cause de refroidissement. Mais chose curieuse à constater, c'est que les eaux de la mer d'Hudson et de la Baie James en particulier sont loin d'être froides, les missionnaires ont constaté que la température y était plus agréable que celle du Lac Timiskaming, à la même saison. Si les vents sont si frais ce n'est donc pas uniquement parce qu'ils viennent du nord, mais c'est surtout parce qu'ils s'imprègnent d'humidité en traversant ces milliers d'acres de forêts, qui retiennent à leurs pieds la neige jusqu'à la mi-juin, et qui d'un bout àl'autre de l'été repoussent tous les efforts du soleil, pour arriver au sol. Il y a là un courant d'air froid qui circule constamment de la terre à l'atmosphère, et de l'atmosphère à la terre. Sans aucun doute, ces vents du nord, perdront sensiblement leur fraîchenr lorsque les forêts auront disparu pour faire place à des champs cultivés, et la région de l'Abitibi ne sera pas seule à en bénéficier mais aussi le bas de la province de Québec, où l'on souffre beaucoup des refroidissements subits causés par les vents du nord.
Un autre fait qui a lieu sous ces latitudes et qu'on ne saurait passer sous silence, c'est la rapidité avec laquelle la végétation s'y déploie. Les jours y étant très longs, les nuits d'été sont très courtes et chaudes, de sorte qu'il n'y a pas d'arrêt dans la végétation, de plus cette brièveté de la nuit prévient ordinairement la gelée, en permettant à la terre défrichée de ne pas perdre entièrement la provision de calorique qu'elle a emmagasinée pendant la journée.
Chose remarquable pendant les gelées qui surviennent durant les mois d'été les plantes les plus délicates ne se flétrissent que légèrement, et une heure ou deux après l'apparition du soleil, elles se redressent et semblent plus fraîches que jamais.
La coupe du bois toujours progressive, le drainage et la culture des terres diminueront considérablement et finalement élimineront sans doute le danger des gelées d'été qui menace les récoltes. Même actuellement, il peut y avoir de fortes gelées dans les parties basses et particulièrement dans le voisinage des terrains marécageux, tandis que les terrains plus élevés et à proximité de grands lacs sont exemples de ces effets.
11 Après un séjour de six mois dans la région de l'Abitibi, dit M. 11 Arthur Lepage, arpenteur-géomètre, je suis revenu enchanté des
richesses et des avantages de cette région comme territoire de co- " Ionisation. C'est un endroit où le colon trouvera tous les avanta- 11 ges désirables et plus nombreux peut-être qu'en aucun autre dont " on parle comme devant attirer les colons. J'ai vu et parcouru les " plaines de l'Ouest que j'ai fort appréciées, mais le territoire de 11 l'Abitibi me parait préférable à l'Ouest Canadien pour le colon " pauvre, accoutumé aux durs travaux de défrichement. En effet 11 dans l'Abitibi vous avez un climat fort tempéré, le colon a des ter-
I * res très fertiles, du bois, de la pêche et de la chasse en abondance,
II de l'eau potable, excellente à boire partout, et les nombreux cours " d'eaux et les lacs procurent des communications toutes faites avec 11 le Transcontinental et divers points de distribution.
11 Je sais que le public entretient l'idée que la région de l'Abitibi " est en plein dans le Nord et partant que le climat en est dur et " froid à l'extrême ; c'est là une erreur que je me fais un devoir de " rectifier. En effet, cette partie de la région de l'Abitibi traversée
par le Transcontinental est sous la même latitude que celle des com- 11 tés de Matane, Rimouski et Lac St-Jean. Le climat, en autant 11 que j'ai pu le juger est superbe sous le rapport sanitaire, l'air en 11 étant sec. Il est tempéré comme celui des comtés que je viens " citer, et je suis d'opinion que lorsque les terres en seront défrichées " comme elles le sont maintenant dans la vallée du Lac St-Jean et 11 dans les comtés de Matane et de Rimouski, alors le climat de 14 l'Abitibi sera plus agréable, plus chaud qu'il ne l'est actuelle- 'l ment, et, je crois, préférable à celui de Matane et de Rimouski 11 parce qu'il n'y a pas dans l'Abitibi, ces vents du nord-est qu'on 14 a que trop souvent dans la partie est de la vallée du St-Lau- " rent. (1)
Le tableau suivant donne une idée de la différence de température et de la précipitation de la pluie et de la neige, entre Québec et l'Abitibi: (2)
(1) Rapport du Ministre des Terres et Forêts, 1912. p. 89.
(2) Ce tableau est extrait de l'Annuaire Statistique de la province de Québec, 1ère année, p. 43.
LAC ABITIBI, Moyenne des années 1897 à 1900.
Température (en dégrés Farenheit) Précipitation en pouces-