‹ Un nouveau type d'association pour la jeunesseChapitre 3 sur 11 · LA SITUATION EST LA MÊME · texte numérisé non relu

LA SITUATION EST LA MÊME

Et Ton manquait toujours de catholiques solides et dévoués, de citoyens éclairés et vraiment patriotes: et la cause catholique continuait de souffrir de cette pénurie de défenseurs. Les plus ambitieux parmi les jeunes gens, ceux que les triomphes sportiques ne réussissent pas à satisfaire, s'inféodaient dans les partis politiques, non pour y défendre des idées et des principes, non pour y surveiller les intérêts catholiques ou même les intérêts du pays, mais pour conquérir le pouvoir et disposer de l'influence du patronage; les autres, le grand nombre, votaient les yeux fermés pour leurs amis, afin d'avoir leur part des dépouilles opimes. On constata que les intérêts catholiques n'étaient plus protégés quand les écoles séparées furent successivement abolies dans les provinces du Nouveau-Brunswick, du Manitoba, de l'Alberta et de la Saskatchewan, à cause des divisions entre catholiques. Les Canadiens français le constatèrent aussi, à un autre point de vue, quand ils virent la langue française, officielle comme l'anglais jusque-là, abolie malgré le texte de la loi dans le Manitoba et les Territoires du Nord-Ouest. Si l'on continuait la même tactique, les prérogatives des catholiques et celles des Canadiens français, bien que reconnues par la loi, courraient le risque d'être graduellement supprimées par tout le Canada sans trouver de défenseurs.

C'est sur un tout autre plan qu'il fallait organiser la jeunesse catholique, si l'on voulait ne pas risquer la partie. Dans un congrès des jeunes Canadiens français, tenu à Montréal en 1903, on discuta longuement les meilleurs moyens à prendre. Jusque-là on avait offert lueaucoup à la jeunesse pour ses délassements, sans oser lui rien demander en retour; on résolut de lui offrir beaucoup moins et de lui demander davantage. L'abondance de biens amollit l'âme: il faut avoir payé un peu de sa personne pour apprendre à devenir apôtre. Le but à atteindre était de former une classe de catholiques éclairés et convaincus, de jeunes gens sachant pourquoi ils sont catholiques et fiers de l'être; de former aussi une classe de jeunes gens

renseignés sur les questions publiques d'importance vitale dans le pays et disposés à les traiter à leur mérite, sans subir l'influence des partis politiques, comme d'honnêtes citoyens et de francs patriotes. Au lieu donc de procéder à un enrôlement général de toute la jeunesse, on eut recours à un enrôlement sélectionné. On choisit, pour les grouper en cercles, les jeunes gens les plus éveillés, les mieux doués, les plus influents sur leurs camarades, en un mot, les leaders de demain. Quand les chefs sont compétents et énergiques, le reste de la troupe suit de confiance. Et c'est sur ce type nouveau que fut fondée, en 1904, V Association catholique de la Jeunesse canadiennefrançaise.

L'A.CJ.C. n'est pas une confrérie ou une congrégation pieuse: elle n'impose à ses adhérents — excepté les membres isolés — aucune obligation particulière de piété. Elle exige naturellement que tous soient catholiques, et que, dans les cercles où ils se groupent, on établisse un lien de piété entre les membres, mais sans spécifier ce que celui-ci doit être. A leur gré, les membres d'un groupe pourront s'entendre pour l'audition d'une messe en commun, ou une communion mensuelle en corps, etc. Lors de son admission, chaque membre prend, sous sa signature, l'engagement de mettre toujours les intérêts catholiques et les intérêts nationaux au-dessus des intérêts d'un parti politique.

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