II, — ESSAIS IN:VIVO
Les essais in vivo se pratiquent à l’intérieur même de l'organisme parasité. Leur importance est capitale dans la détermination de l’activité d’une substance. En effet, certains produits, qui se révèlent actifs in vitro sur les vers, peuvent se montrer dénués de toute activité lorsqu'ils sont administrés à un animal parasité. Ou bien une substance, totalement ou partiellement inactive lors des essais in vitro, manifeste quelquefois une réelle activité chez l’animal parasité.
Ces faits ne sont pas étonnants si l’on considère l’importance que revêt le milieu intestinal : c’est là que se fait le contact entre le parasite et le médicament. Les caractéristiques physiques et chimiques du milieu intestinal peuvent agir de façon favorable ou défavorable sur l’anthelminthique et modifier son activité dans un sens ou dans l’autre. C’est ainsi que le pH, le rH, la présence de mucus, de sels biliaires jouent un rôle dans l’action d’un produit. ROGERS [50], dans son étude sur l’activité anthelminthique de l’hexvlrésorcine, constate que celle-ci est inactive in vivo chez le Rat parasité par Nippostrongylus muris, alors qu’elle se révélait active dans son essai in vitro qui tient pourtant compte, dans une large mesure, des conditions environnantes du milieu. Cette inactivation de l’hexylrésorcine in vivo proviendrait, selon l’auteur, d’une concentration en sels biliaires trop élevée dans l’intestin du Rat et d’une adsorption d’une partie de la drogue sur le mucus intestinal.
En outre, la thérapeutique peut modifier le milieu et le rendre impropre au parasitisme.
Pour toutes ces raisons, les essais « in vivo » sur l’animal parasité doivent nécessairement prendre place dans l’étude expérimentale d'un produit.
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ERHARDT [26], qui a fait une étude très complète des essais in vivo, situe le début de la chimiothérapie moderne des helminthiases en 1866, avec le travail de CARLBLOM [13], dans lequel, pour la première fois, l’action vermicide d’une drogue (extrait de fougère mâle) est démontrée expérimentalement sur lanimal parasité (Tænia du Chat). L'auteur observe, en même temps, que l'extrait de fougère mâle n’agit pas sur les Ascaris qui infestent également les Chats. C’est la démonstration expérimentale de la spécificité d'un vermifuge.
Puis, en 1921, HALL [34] montre que le tétrachlorure de carbone est spécifique de l’ankylostomose du Chien, et c’est alors seulement que les essais in vivo commencent à passer au premier plan.
ERHARDT a dégagé de son travail les règles suivantes qui doivent être à la base de tout essai biologique sur l’animal parasité : |
1° L'animal infesté doit être de préférence un Mammifère;
2° L’Helminthe responsable de la parasitose doit appartenir à la même espèce ou à deux espèces très voisines chez l'Homme et chez l’animal, et provoquer chez les deux hôtes des symptômes pathologiques semblables ou très peu différents. Il est important que l’infestation de l’animal soit forte, que les vers soient résistants et pas trop faciles à expulser. Ces conditions sont réalisées dans la plupart des helminthiases du Chat. Par contre, le Chien infesté serait un moins bon animal d'expérience, un simple changement de nourriture suffisant fréquemment pour expulser les vers;
3° L'activité pharmacologique doit être contrôlée quantitativement, soit par la numération des œufs ou des vers expulsés dans les selles, soit par la recherche des vers dans l'intestin après autopsie; :
4° Le résultat final de l’essai pharmacologique doit être exprimé par le coefficient chimiothérapique : Rapport de la dose curative à la dose toxique,
Si, dans les essais in vitro, les critères d’activité de la drogue et les techniques employées sont variés, il n’en est pas ainsi pour les essais in vivo dont le schéma est toujours le même
On prend un ou deux lots d'animaux dont on contrôle le parasitisme. Dans quelques techniques, son intensité est appréciée par la numération des œufs expulsés. Un des deux lots est alors traité avec le produit à essayer pendant un temps donné; le deuxième lot sert de témoin. A la fin du traitement, on estime l’activité anthelminthique par la numération des œufs dans les selles, sur le lot d’animaux traités et sur le lot témoin, ou mieux par le dénombrement des vers expulsés d’une part, des vers trouvés dans lintestin après autopsie d’autre part, et l’on calcule le pourcentage de vers tués. On peut encore sé baser sur le nombre d'animaux totalement déparasités, c’est-à-dire ne présentant plus après le traitement aucun ver vivant dans l'intestin.
L’infestation des animaux en expérience peut être naturelle ou expérimentale. La plupart des auteurs emploient des animaux infestés expérimentalement; quelques-uns seulement s'adressent à des animaux spontanément parasités (DESCHIENS [19, 20], DEscHIENS et LAMY [23], THome- SON et REINERTSON |56]).
L'administration du produit à l’animal peut se faire soit sous forme de pilules, si l’animal est assez gros (Chien, Chat, Lapin), soit en solution ou suspension par tubage gastrique ou injection rectale (Souris, Rat).
Selon ce schéma général, les essais in vivo s'adressent à des animaux parasités par des Nématodes, des Cestodes ou des Trématodes, et les expérimentateurs ont travaillé sur la plupart des helminthiases animales.
C’est ainsi que l’expérimentation des tænifuges est pratiquée sur des animaux parasités par des Cestodes. Nous nous bornerons à mentionner les suivants (ERHARDT [26]) :
Tænia tæniæformis du Chat;
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Dipylidium caninum du Chien;
Cittotænia ctenoides RaïLLIET, 1890, du Lapin;
Hymenolepis nana, var. fraterna (VON SiEBoLp, 1852) du Rat et de la Souris (DESCHIENS) ;
ERHARDT signale également l'emploi de la cysticercose du Lapin, due à Cysticercus pisiformis ZEDER, 1803, pour apprécier l’activité d’un produit destiné à lutter contre les cysticercoses humaines.
Pour éprouver un médicament contre les distomatoses, ERHARDT [26] s’adresse à l’opistorchiasis du Chat, due à Opistorchis felineus (Rivorra, 1884) BLancHARD, 1895 (Trématodes). Faustr et MELENEY [29] expérimentent les produits contre les Bilharzies sur le Lapin infesté par Schistosoma japonicum KATSURADA, 1904.
Nous allons maintenant considérer les méthodes qui font appel à des animaux parasités par des Nématodes, en les classant d’après la nature de l’'Helminthe parasite. Ce sont celles qui offrent pour nous le plus grand intérêt.
MÉTHODES UTILISANT DES NÉMATHELMINTHES Strongyloides ratti
Ce parasite du Rat est employé par ARREAZA-GUZMAN [1], puis par ERHARDT et DENECKE [27] qui infestent expérimentalement les Rongeurs en les plongeant dans un bain renfermant des larves infestantes. Quand les Rats sont parasités, ils sont soumis au traitement anthelminthique dont on vérifie l’effet par le dénombrement des œufs éliminés, et par le nombre de vers trouvés à l’autopsie.
Nippostrongylus muris
Ce parasite, que l’on trouve spontanément chez le Rat, est utilisé par WiTLocKk [63] et par ROGERS [50]. BRACKETT et Briznick [9] l’emploient également pour déterminer chez la Souris une parasitose expérimentale, en infestant
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les animaux par injection intrapéritonéale de larves cultivées à partir de crottes de Rats. L'activité de la drogue est étudiée en se basant sur la présence ou l’absence de vers dans l'intestin à l’autopsie.
Toxocara cati et Trichuris leporis
L’ascaridiose du Chat, due à Toxocara cati (Ascaris cati SCHRANK, 1788), et la trichocéphalose du Lapin, due à Trichuris leporis, sont utilisées par ERHARDT [26] pour éprouver les produits destinés à lutter contre les Ascaris et les Trichocéphales. Les animaux sont infestés dans les deux cas par ingestion d'œufs embryonnés, et le contrôle des résultats est fait par autopsie.
Toxocara canis (WERNER, 1782)
HALL et FosTER [35], en 1917, HEWITT et ses collaborateurs [36], en 1948, font appel à l’ascaridiose du Chien pour étudier l’action ascaricide de certains anthelminthiques (huile de Chénopode, Notézine). Après le traitement, ils sacrifient l’animal et recherchent les Ascaris dans l'intestin.
Ankylostoma caninum (ERCOLANI, 1859)
C’est encore ERHARDT [26] qui signale l’utilisation de l’ankylostomose du Chat pour étudier certains produits, plus spécialement dirigés contre les Ankylostomes. Les Chats sont infestés expérimentalement, et l’activité contrôlée par autopsie.
Passalurus.ambiguus (Rupozpi, 1819)
Plusieurs auteurs se sont adressés à l’oxyurose du Lapin pour pratiquer des essais in vivo : ERHARDT et GIESER [28], DESCHIENS et LAMY [23] contrôlent l’activité du produit par autopsie et recherche des Oxyures encore vivants.
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Syphacia obvelata (RunorpHr, 1802) et Aspicularis tetraptera (NirzscH, 1821)
Ces deux oxyuridés se rencontrent spontanément dans les élevages de Souris blanches, et leur utilisation dans les essais in vivo d’anthelminthiques est assez récente. Le test faisant appel à ces deux oxyuridés est couramment employé par DESCHIENS [19, 20], WEzzs [62], THoMmPsoN et REINERT- SON [56]. La technique en est décrite en détail dans la partie expérimentale (p. 39).
Trichinella spiralis (OWEN, 1835)
Cette espèce, parasite de l'Homme, peut également provoquer une parasitose du Rat (ERHARDT [26]). Les Rongeurs sont infestés expérimentalement, par absorption orale de muscles de Rats infestés de Trichines. Le contrôle des résultats se fait par la recherche des adultes dans l'intestin, ou des larves enkystées dans les muscles.
CONCLUSION
Le choix d’une méthode d’essai in vivo doit donc dépendre, dans la mesure du possible, de l’usage auquel est destiné le produit étudié. L’expérimentation sur l’animal de laboratoire parasité fournit alors des renseignements précis sur l’activité réelle du produit vis-à-vis des Helminthes parasites.
Mais une substance active in vitro et in vivo peut se révéler toxique pour l’hôte aux doses curatives et, de ce fait, inutilisable. C’est pourquoi l’étude de l’activité anthelminthique doit être complétée par celle de la toxicité.