GLI
Au camp de la Commanderie, ce 28 juillet 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je ne sais comment j'ai la force de vous écrire, tant je suis affligé pour cette pauvre Mme de Gudanes. Après avoir eu son aîné blessé à la bataille, elle vient de perdre le second de la petite vérole. J'envoyai hier savoir de ses nouvelles; on me fit dire qu'il étoit mort, ce qui m'a surpris fort, m'étant flatté qu'il s'en tireroit. J'espère que le marquis de Lordat ni M. de Saintenac n'auront pas écrit cette nouvelle crûment à Mme de Gudanes et qu'ils auront pris quelques biais pour la lui annoncer. Je vois par votre lettre du 16 l'inquiétude où vous avez été sur mon compte jusqu'à mon billet reçu; j'aurois voulu pouvoir vous en tirer plus tôt, mais il ne me fut pas possible d'écrire le jour même de la bataille. Je vois que vous avez vu un détail de l'affaire du marquis de Lordat, où il dit que Royal-étranger avoit combattu; je m'en informai cependant le lendemain de l'affaire, on m'assura qu'il n'avoit pas chargé; il peut avoir essuyé quelques boulets, mais j'étois sûr, quand je vous le mandai, que mon cousin se portoit bien. Le marquis de Lordat nous fait bien de l'honneur en faisant perdre quatorze mille hommes aux ennemis et six mille à nous; il n'y a pas une grande différence de notre perte à la leur. On m'a dit que le frère de M. de Voisins, capitaine dans mon régiment, étoit mort de sa blessure et que son oncle n'étoit pas hors d'affaire. On vient d'apprendre ici une fâcheuse nouvelle, que vous devez avoir vue avant nous; c'est que M. le chevalier de Belle-Isle, ayant voulu attaquer des retranchements du côté d'Exilles, avoit été repoussé avec grande perte et avoit été tué lui-même (1); il y a un grand nombre de colonels tués
(1) Le 19. Luynes (t. VIII, p. 410 et suivantes) donne plusieurs relations
ou blessés, parmi lesquels est ee pauvre Goas, dont je suis fort fâché, toul le monde le regrette fort; c'étoit un garçon d'un grand mérite et qui alloit au grand (1). M. de Villeneuve n'a pas encore envoyé de détail de cette affaire. Le siège de Bergop-Zoom va fort bien et l'on espère qu'on sera bientôt maître du chemin couvert; il est bien à souhaiter que cette besogne avance. Je suis charmé de tout ce que vous me mandez de ma sœur et je souhaite que l'amitié de l'oncle se soutienne; à propos j'ai des compliments à vous faire de M. de Salières qui m'a demandé de vos nouvelles et m'a dit avoir été fort de vos amis. Je suis charmé de l'effet qu'a fait votre médecine; vous n'en aviez pas pris, je crois, depuis mon départ. J'ai l'honneur d'être avec autant de respect que de reconnoissance... Je vous prie d'assurer mon cher père, ma chère mère et mon oncle l'abbé de mes respects et d'embrasser pour moi mon frère et ma sœur.
Au camp de la Commanderie, ce 30 juillet 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je viens de recevoir votre lettre du 18 par laquelle je vois que vous avez reçu le détail que je vous ai fait de la bataille de Lawfeld. Vous me mandez que vous êtes surpris que, les blessés étant à Tongres, je n'aie pas eu le temps de voir M. de Châteauverdun; j'y aurois été s'il y eût resté plus longtemps, mais il n'y fut que deux jours et partit pour Bruxelles avec M. de Guerchy qui y mena ceux de son régiment qui purent être transportés, et en vérité nous étions tous trop fatigués pour sortir dans ces jours-là, d'autant mieux que je savois que sa blessure n'étoit rien et qu'il n'y avoit rien de cassé.
de cette malheureuse affaire où le chevalier de Belle-Isle et [es troupes du roi firent preuve d'un courage héroïque. (1) C'est lui qui avait porté la nouvelle de la prise de Vintimille au roi.
Quant à mon cousin, je vous dirai que je n'entends pas parler de lui; j'ai trouvé plusieurs fois le chevalier de Bon, à qui j'ai dit de l'engager à venir diner avec moi, mais il ne m'a jamais rien fait dire et je ne l'ai pas vu même chez le roi. Notre position est toujours la même et nous ne quitterons ce campci apparemment que lorsque nous n'y aurons plus de fourrage, en ce cas nous reculerons vers Tongres. Le roi alla hier se promener au camp de M. de Clermont prince et je l'y suivis : il est on ne peut pas plus près de Maastricht, sa droite appuie à Veltwesel et sa gauche à Petersen presque sur la Meuse; toutes ses troupes étoient en bataille à la tête de leur camp et M. le comte de Clermont vint recevoir le roi en cuirasse. Il est faux que le général Ligonnier ait été pris par un carabinier (1), il l'a été par un officier de ce corps. Il est faux aussi que le Maréchal ait chargé à leur tête; mais il s'est trouvé entre deux escadrons de la cavalerie qui chargeoient et il a manqué d'être pris. On sait ici que ce général est de Castres et qu'il a des neveux dans (sic) Touraine qui s'appellent Isars. Je savois que Béon n'avoit pas eu la majorité du régiment; il est dans
l'île de (2), où il s'ennuie fort : il y a longtemps que je n'ai
reçu de ses nouvelles. Je vois que la famille de Mongey est à Montgey; voilà un voisinnage pour ma sœur dont, je crois, elle avoit un peu besoin. Vous ne me parlez pas de votre santé depuis la purgation, je juge qu'elle va bien. Je finis en vous priant de m'aimer toujours et de me croire avec le plus profond respect et la plus vive reconnoissance...
Je vous prie d'assurer de mes respects mon cher père, ma chère mère et mon oncle l'abbé quand vous lui écrirez et d'embrasser mon frère s'il est de retour d'Aguts et Gabrielle. Je suis sensible au souvenir de M. le curé de Villesiscle (3).
(1) Le général de Ligonnier fut bien pris par un carabinier. Mais c'est le marquis de Valfons qui, sur l'ordre du maréchal de Saxe, le conduisit au roi. Il avait un an lorsque ses parents le transportèrent de Castres en Angleterre à la révocation de l'Édit de Nantes.
(2) Mot illisible.
(3) Bernard Laffon, curé de Villesiscle, près de Bram, une des seigneuries du comte de Lordat, avait pris possession de son bénéfice le 4 janvier 1726 et mourut le 12 mars 1748. Il était originaire du diocèse de Mirepoix.
Au camp de la Commanderie, ce 8 août 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je vois par votre dernière lettre que mon cher père s'est purgé trouvant son estomac dérangé; j'espère que la médecine lui aura bien fait. Je vois que ma chère mère est encore à Chalabre et qu'elle se porte bien ainsi que toute la famille. Je suis charmé qu'ils aient eu des nouvelles de leur fils; il est parti pour aller joindre M. de Lowendal et vous jugez bien que, puisqu'étant dans la même armée je n'ai pu réussir à le voir, à plus forte raison je n'en ai pas de nouvelles à présent qu'il en est éloigné. Cependant s'il y a quelque chose dans ce pays-là j'en aurai des nouvelles en lui écrivant. Le siège va fort bien et nous sommes maîtres d'une partie du chemin couvert qui n'a même coûté que trois ou quatre cents hommes tués ou blessés; mais l'essentiel est que les ennemis nous laissent tranquilles. Sur la nouvelle qu'ils avoient renforcé leur corps, le Maréchal a envoyé deux brigades à M. de Lowendal. Le prince de Waldeck ne voulant pas servir sous les ordres de M. de Cronstrom (l),son ancien a remis le commandement à la République. Le roi passa hier en revue les hulans et dragons du Maréchal qui salua le roi à cheval et à pied marchant à la tête des dragons avec leur uniforme et le casque et la baïonnette au bout du fusil. Après quoi le toi a vu un petit combat entre eux fort bien imité; le Maréchal avoit le plus grand air du monde. J'aurois écrit à M. et Mme de Gudanes, mais en vérité, depuis la mort du petit chevalier,
(1) Général hollandais. Ce n'est pas le prince de Waldeck, mais M. do Saxe-Hildburghausen qui se retira.
je n'en ai pas la force. Vous me demandez si je fais souvent ma cour au roi; je vous dirai qu'il est assez difficile à voir ici; je vais à ses promenades et il me parle quelquefois et c'est beaucoup, ne m' ayant pas vu de l'hiver, qu'il se soit souvenu de moi. Je vois par ce que vous me marquez de la lettre du chevalier de Murât à son frère qu'ils comptoient prendre Exilles fort facilement; il seroit bien à souhaiter que les généraux n'eussent pas pensé de même.
M. de Mauléon (1) et M. de Rochepierre, qui sont tous deux dans le régiment d'Anjou, me firent demander, il y a quelques jours à dîner pour aujourd'hui. Mauléon n'a pas pu venir étant de service, M. de Rochepierre m'a chargé de vous assurer de ses respects. Je finis en vous priant de m'aimer toujours et de me croire avec le plus profond respect et la plus vive reconnoissance...
Je vous prie d'assurer de mes respects mon cher père, ma chère mère et mon oncle l'abbé et d'embrasser pour moi ma sœur et Gabrielle. J'oubliois de vous dire que je me suis informé de M. de Sarrien qui n'a point trempé dans la révolte.
GLIV
Au camp d'Hamal, ce 15 août 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
L'armée décampa hier pour venir du côté de Tongres, sa gauche appuyée à Bédoé et sa droite à Fraire où la réserve a sa gauche. M. d'Estrées s'est reculé aussi et a sa droite à
(1) Marc- Antoine de Mauléon, capitaine au régiment d'Anjou-cavalerie, était fils de Biaise de Mauléon, baron de Nébias, et de Gabriel du Vivier. Il avait un frère, Louis-Antoine, ancien capitaine au même régiment, qui était devenu, en 1740, chanoine-comte de Lyon. Leur grand'mère paternelle était Thérèse de Lordat, femme de Marc-Antoine de Mauléon- Nébias, morte en 1734.
Houtain et sa gaucho à Heur-le-Romain. Le roi est logé au château d'Hamal; il voulut voir hier marcher toute l'armée; il alla d'abord voir marcher le corps de M. de Glermont qui se mit le premier en mouvement et il en fit l'arrière-garde avec le régiment des hulans et dragons de M. le Maréchal. De là il vint se placer sur les hauteurs d'Heerderen d'où il vit toute l'armée en marche sur huit colonnes; il vint de là à Iongrebergh et ensuite à Hamal. J'étois de garde chez lui avec l'escadron; ç'auroit été un beau coup d'œil sans la poussière qui empêchoit de voir à son aise. Les nouvelles de Bergop-Zoom sont fort bonnes; on compte être bientôt maître de tout le chemin couvert. Les ennemis ont attaqué un village qui s'appelle Voudé, où ils ont été repoussés avec une perte considérable. Je suis étonné que le nom de Goas ne se soit pas trouvé sur la liste qu'on vous a envoyée des morts de l'affaire d'Exilles, sa mort n'est que trop certaine. Quant au gendarme de Saint-Papoul, il vient souvent me voir et M. d'Ossun m'a dit qu'il en étoit content. M. de Mirepoix et M. de Richelieu partent incessamment pour l'Italie; on dit que le dernier va à Gênes. Je parlois l'autre jour au premier de mon cousin et il me dit que s'il eût resté ici il l'auroit pris avec lui; peut-être étoit-ce une simple politesse, voyant la chose impossible. Il est toujours fâcheux que ces deux messieurs quittent la cour, parce que cet hiver ils eussent demandé une compagnie pour lui; mais M. de la Fare lui reste. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect et la plus parfaite reconnoissance...
Au camp d'Hamal, ce 20 août 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je vois par une lettre du 3 de mon cher père que vous aviez été incommodé la veille, mais qur nous aviez
bien dormi, ce qui m'a rassuré; je ne le serai cependant tout à fait que quand j'aurai reçu de vos nouvelles par vous-même; en attendant je me flatte que cela n'aura pas eu de suites, mais, quand on est aussi éloigné que je le suis, on ne peut se refuser quelque inquiétude. Le siège ne va pas trop bien; le bulletin d'hier disoit que nous avions voulu nous loger sur la lunette de l'angle saillant et que nous avions été repoussés avec perte. On en a fait une grande en la personne de M. de Lorme, habile mineur qui a été tué. Je crois que l'on voudroit n'avoir pas entrepris ce siège où l'on perd beaucoup de monde (1) et dont le succès n'est pas assuré. J'allai hier dîner chez M. de Rochechouart, qui est employé au corps de M. d'Estrées et qui m'en avoit prié plusieurs fois. Je fus témoin du mouvement que fit la gauche des ennemis composée des Anglois, qui vint se camper, la droite à la Bernive et la gauche s'étendant du côté de Liège; on ne voit pas trop le but de ce mouvement; si ce n'est de se rapprocher de leurs subsistances; je vis à ce corps le chevalier de Glairac qui me chargea de vous assurer de ses respects. Le guet du roi partira demain pour se trouver tout rendu en cas que le roi parte de bonne heure; au reste cela ne dit rien. M. le Premier, qui a été incommodé, est parti hier pour Paris. Je crois que mon cher père feroit fort bien de lui écrire à présent pour lui demander la place de page (2) et la première de la livrée; il convient que ce soit lui et non moi qui le lui demande; il peut lui rappeler dans sa lettre que je la lui ai demandée de bonne heure. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect...
Je vous prie d'assurer de mes respects ma chère mère et d'embrasser Gabrielle.
(1) Près de quatre-vingts hommes chaque nuit.
(2) Pour un de ses frères, Joseph-Gabriel-Saturnin de Lordat.
Au camp d'Hamal, ce 30 août 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je vois par votre dernière lettre du 10 la douleur que la mort du petit chevalier de Gudanes a causée au père et à la mère et je n'en suis pas surpris. M. de la Serre, lieutenantcolonel du régiment, m'a dit que l'aîné étoit parti de Bruxelles et qu'il alloit bien; voilà un furieux coup pour cette famille. Je vais leur écrire pour leur en marquer mon chagrin; j'ai voulu laisser passer la première douleur pour le faire. Quant au petit Chalabre, il y a du temps que j'aurois été le voir s'il n'avoit pas été avec M. de Saint-Germain à Berg-op-Zoom, où la cavalerie est, je crois, fort tranquille. Les nouvelles d'aujourd'hui sont bonnes; nos batteries seront demain ou après en état de tirer; il est bien à souhaiter qu'on s'assure comme il faut du terrain où on les établit. Cette entreprise souffre encore de grandes difficultés; bien des gens ont douté du succès jusqu'à présent, mais il me paroit qu'on commence à en espérer. Pour moi je suis très persuadé que, si les ennemis se fussent défendus plus vivement, nous aurions bien pu y succomber. Vous me demandez si je connois M. de Guerchy; je le connois fort et lui avois recommandé plusieurs fois M. de Gudanes qu'il m'avoit paru aimer beaucoup. Je vois qu'il y aura fort bonne compagnie aux eaux; j'en suis charmé pour mon père et pour le chevalier. Je suis enchanté que ma sœur se porte aussi bien que vous me le mandez, dans sa grossesse; elle m'a écrit et se loue des façons de son mai i; en liait il me paroit qu'elle se comporte comme il faut, dont je suis ou ne peut pas plus aise. J'ai l'honneur (frire avec le plus profond respect et la plus parfaite reconnoissanec.
Je vous prie d'assurer de mes respects ma chère mère el d'embrasser Gabriel le.
Au camp d'Hamal, ce 3 septembre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je vois par votre lettre du 20 que vous avez eu une incommodité qui vous a obligé à vous purger et que votre médecine vous a fait rejidre des matières fort corrompues; je vous avouerai que cela m'inquiétoit; mais j'ai été rassuré par la lettre de ma chère mère du 22, par laquelle je vois que cela n'a pas eu de suites et que vous n'aviez besoin que d'être purgé. Gela m'a beaucoup soulagé et, quelque plaisir que j'aie à recevoir de vos nouvelles, j'étois fort fâché que vous m'eussiez écrit le jour de votre médecine, craignant que cela ne vous eût incommodé. Je vous prie, mon oncle, de vous bien ménager et de croire que je ne puis être tranquille sans cette assurance. Les dernières nouvelles sont bonnes, nos batteries sont enfin établies et tirent d'aujourd'hui pour battre en brèche la demi-lune et le corps de la place. Ce qui a si fort retardé cette besogne, c'est qu'on a voulu bien s'assurer du terrain où on les établissoit. Nous avons trente deux pièces en batterie. Il y a lieu de croire à présent que cette place sera bientôt à nous. On dit que M. de Cumberland veut partir pour aller donner une bataille dans ce pays-là, mais il y regardera à deux fois. Je vois qu'il y a grande compagnie à la Bastide et ma mère me mande que mon père et le chevalier se trouvent bien des eaux, ce qui me fait grand plaisir. Les nouvelles de Paris sont que la paix est faite entre l'Espagne, l'Angleterre, le roi de Sardaigne et la reine de Hongrie; mais l'ambassadeur le nie fortement; si cela étoit, la nôtre le seroit bientôt; la prise de Berg-op-Zoom pourra y fort contribuer. On ne parle pas
272 UN l'AGE DE LOUIS XV
encore du départ du roi, il ne partira vraisemblablement qu'après le siège. J'ai l'honneur d'être avec autant de respect que de reconnoissance...
Je vous prie d'assurer de mes respects ma chère mère et mon cher père quand vous lui écrirez, aussi bien que mon oncle l'abbé et d'embrasser Gabrielle.
GLVIII
Au camp d'Hamal, ce 8 septembre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je viens de recevoir votre lettre du 25 par laquelle je vois que votre santé est bien rétablie; vous ne pouvez me rien mander qui me fit tant de plaisir. Le siège de Berg-op-Zoom attire plus que jamais l'attention de tout le monde; les batteries qui dévoient tirer, à ce qu'on assuroit avant-hier, n'ont point tiré; on veut être sûr de sa besogne avant de commencer. Les ennemis mirent hier le feu à l'épaulement d'une de nos batteries; ils ont mis deux ou trois pieds d'eau dans leurs fossés, ce qui paroit mettre à l'abri de la mine les batteries que nous avons sur la contrescarpe du corps de la place; je vis celles-là, car l'eau n'entre point dans le fossé de la demi-lune. Il y a encore bien de l'ouvrage avant d'être maître de la place. Tous les bons François doivent bien souhaiter que ce siège réussisse, on y a déjà perdu bien du inonde et on y en perdra bien encore. Vous paroissez bien aise qu'on ait envoyé là M. de Lorme : il y a été tué et c'est une grande perte. M. du Gravier, de l'artillerie, l'a été aussi/Le roi, qui ne se trouve pas bien dans son château d'Hamal, à cause du mauvais air provenant des fosses qui l'entourent, en délogera dimanche ou lundi peur aller loger au château d'Heerts près de la Borohloënjon croii que
nous n'en resterons pas moins où nous sommes, cela n'est pas encore décidé. Vous aviez bien jugé que nous étions ici au fourrage sec, encore sommes-nous obligés d'aller le chercher à trois lieues; je serai demain de petite escorte pour y conduire la troupe. Je vois que mon cher père a été à Rennes (1) prendre la douche pendant quatre jours; je ne lui ai pas écrit aux eaux, jugeant que vous lui faisiez part de mes lettres et c'est la même chose. J'ai été fort content de la lettre de Gabriel (2), je crois qu'il seroit temps et même nécessaire que mon cher père écrivît à M. le Premier pour lui demander sa place pour le 1er d'avril et qu'il fût le premier de sa livrée. Je crois que vous allez reprendre votre bâtisse et que vos écuries seront bien avancées cette année. J'ai reçu une lettre de Béon qui est malade à Gand; mais il va mieux et compte en être bientôt quitte, il compte aller en Languedoc cet hiver. Je finis en vous priant de m'aimer toujours et de me croire avec le plus profond respect... . L:
GLIX
Au camp d'Hamal, ce 17 septembre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
^ Le roi vient de recevoir la nouvelle de la prise de Berg-op- Zoom (3). Les troupes étoient commandées pour monter à l'assaut depuis deux jours en nombre considérable, comme vous pouvez bien croire. Enfin il a été donné hier presque en même temps à la demi-lune et au corps de la place : tout ce qui] étoit dans la demi-lune a été passé au fil de l'épée. Les enne-
(1) Rennes-les-Bains au diocèse d'Alet.
(2) Joseph-Gabriel-Saturnin de Lordat, frère de notre page, entré à la Petite Ecurie en 1748, qui devint plus tard commandeur de Malte d'Espalion. Cf. V Avant-propos.
(3) Le 16 septembre.
mis, nous voyant sur la brèche du bastion, se sont retirés derrière une coupure qu'ils avoient faite à la gorge, mais nos grenadiers ont longé les faces et ont forcé les portes de la coupure. Il n'y a peut-être pas d'exemple d'assaut aussi mal soutenu; la preuve en est que nous n'y avons perdu que deux cents hommes et que les ennemis en ont perdu deux mille au moins (1). Tout le monde est ici dans la joie : cet événement hâtera le départ du roi, je ne crois pas non plus que la campagne soit longue après ceci. Je vois que vous ramassez toujours une grande quantité de briques pour vos voûtes, je juge qu'on y travaillera pendant l'hiver. Je vois aussi que vous avez écrit à M. le Premier pour le petit Gabriel, ce qui me fait plaisir. J'ai vu hier M. de Glairac qui est employé dans l'état-major de M. d'Estrées, mais sans appointements, il en fait seulement les fonctions. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect et la plus parfaite reconnoissance...
Je vous prie d'assurer de mes respects mon cher père et ma chère mère et d'embrasser pour moi mes frères et Gabrielle.
Au camp d'Hamal, ce 26'septembre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Nous voilà fort près de notre départ; le roi a commencé à dégarnir un peu ceci en s'en allant; il partit samedi, les princes l'ont suivi le lendemain. On dit que nous partirons d'ici le 3 d'octobre et que nous ne séjournerons que fort peu d'ici à Mons où nous nous séparons. Je vous avoue que je suis fort
(1) Quatre mille hommes dont quinze cents prisonniers, plus dix-sept vaisseaux qui étaient dans le port. Malgré les ordres de Lowoiulul la ville fut pillée et saccagée.
aise de la fin de cette campagne qui a été fort chère. D'ailleurs nos chevaux dépérissent ici à vue d'œil; nous sommes fournis au magasin depuis longtemps, nous n'avons que six places et on ne trouve pas de fourrage à acheter comme dans des cantonnements. Les ennemis, qui étoient de l'autre côté de la Meuse ont marché du côté de Bréda et de Bois-le-Duc; on dit qu'il y a eu quelque sédition de ce côté-là. Il y a ici une quantité étonnante de dysenteries; j'ai été menacé mais ce n'est rien présentement. Je vois que vous avez eu M. l'évêque de Montpellier (1) quelques jours et qu'il est parti le 10 pour Montpellier. Je chercherai, selon ce que vous me mandez, à me faire connoître de M. de Séchelles (2); c'est un homme qui est fort estimé dans sa besogne. Je ne savois pas qu'il fût si fort ami du chevalier de Beauteville; je suis fort fâché que nous n'ayons pas pu nous voir de toute cette campagne, on m'a dit que sa blessure n'étoit rien, dont je suis fort aise. Je vous quitte pour assister à la réjouissance qui va se faire pour la prise de Berg-op-Zoom. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect et la plus parfaite reconnoissance...
Je vous prie d'assurer mon cher père et ma chère mère et mon oncle l'abbé de mes respects et d'embrasser mes frères et Gabrielle.
GLXI
A Meerbeck, ce 3 octobre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Nous sommes partis de l'armée quelques jours plus tôt qu'on n'avoit cru, et nous sommes arrivés, au troisième jour de
(1) Georges-Lazare Berger de Charancy (1689-1748), évêque de Saint- Papoul en mars 1735, transféré à Montpellier en 1738.
(2) Jean Moreau de Séchelles (1690-1760), intendant de Flandre, puis contrôleur général.
marche, dans nos cantonnements, entre Louvain et Bruxelles, aussi bien que la maison du roi. Nous avons nos huit escadrons à Cbrtenbergj Meerbeck et Everbeg, où nous sommes t'oit serrés, nous espérons que ce ne sera pas pour longtemps. L'armée doit s'être repliée aujourd'hui sur Saint-Tron et il y a apparence que dès qu'elle approchera d'ici nous prendrons tout à fait notre parti. Je le souhaite fort, car nous sommes bien mal pour les fourrages et il nous en coûte beaucoup d'argent pour nourrir nos chevaux. Nous n'avons point ici des nouvelles de Lille, mais nous entendons le canon. Je vois par la lettre que mon cher père m'a écrite qu'il se trouve bien des eaux, aussi bien que le chevalier, mais je vois que sa fluxion sur les mâchoires n'a pas disparu. Je vois que vous avez à Bram mon oncle l'abbé bien portant, je participe à votre joie et je voudrois bien en être de moitié. Il doit être content de vos écuries qui avancent, à ce qui me paroit, assez vite. Mon cher père me mande que M. de Ghâteauverdun est arrivé à Gudanes et que son poignet ne va pas trop bien; j'ai reçu du père une lettre fort polie. Je finis en vous priant de m'aimer toujours et de me croire avec le plus profond respect et la plus vive reconnoissancc...
Je vous prie d'assurer de mes respects mon cher père, ma chère mère et mon oncle l'abbé et d'embrasser pour moi mes frères et Gabrielle.
A Paris, ce 9 octobre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je mets la main à la plume en arrivant à Paris pour ivpondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire du 20 septembre et que je reçus la veille de mon départ de nos
derniers cantonnements entre Bruxelles et Louvain. Je partis le 7 de Hal et je suis arrivé ce soir à sept heures. Je prendrai demain l'air du bureau et, dès que nos arrangements seront faits, j'irai à la cour où je serai le moins de temps que je pourrai pour aller en Languedoc. Je ne sais encore comment je m'en irai, n'ayant pas de chaise ici. Si je trouve quelqu'un qui ait une chaise à deux et qui aille à Toulouse, je tâcherai d'en profiter, sinon je prendrai la messagerie que je trouverai bien lente par l'impatience où je serai de vous voir et toute la famille. J'ai envoyé en arrivant chez l'abbé Dolmières qu'on m'a dit être ici, mais non chez lui : je l'ai fait prier de passer chez moi ce soir s'il en avoit le temps; je juge que la famille lui adressera mes lettres. Je finis en vous priant de m'aimer toujours et de me croire avec autant de respect que de reconnoissance...
Je vous prie d'assurer de mes respects mon cher père, ma chère mère et mon oncle et d'embrasser mes frères et sœurs.
glxii:
A Paris, ce 11 octobre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je suis ici pour trois ou quatre jours encore. Le roi étant à Choisy, je ne puis aller à Versailles, ne lui ayant pas fait ma révérence. Il en partira samedi pour Fontainebleau. Comme il y a des soupçons de grossesse pour Mme la Dauphine, elle n'ira pas à Fontainebleau, non plus que M. le Dauphin, à moins qu'il n'y ait bientôt des certitudes du contraire. Cela fera un vide à la cour et j'irai, à mon retour de Fontainebleau, un jour à Versailles leur faire ma révérence. J'ai dîné aujourd'hui chez M. et Mme de Gardouch (1), qui m'ont fait mille
(1) Père et mère du marquis de Bélesta.
amitiés, j'y ai vu M. de la Fage qui pourra bien me faire trouver une occasion pour m'en aller. M. l'abbé Grifîet ayant la chaise de M. de Comère à renvoyer à Toulouse, il m'a promis de lui en parler et je regarderai cela comme quelque chose de fort heureux, puisque cela avancera le plaisir que j'aurai de vous embrasser. Au reste, je passai hier chez M. le Premier, il ne me fut pas possible de le voir et il est parti aujourd'hui pour Armainvilliers, mais j'espère le joindre à Fontainebleau et lui parler de la place en question. C'est un homme à qui il faut arracher les paroles avec un tire-bourre. L'abbé Dolmières que j'ai été voir ce soir et qui vint me voir hier avec M. d'Alzau, m'a dit qu'il n'en avoit pas pu tirer ni oui ni non quant à la primauté de la livrée et je n'en suis pas étonné. Il m'a beaucoup parlé de l'abbé, dont il est fort content; il en espère beaucoup et je vois qu'il s'y intéresse fort, il a pour lui des vues fort étendues qui sont judicieuses et fondées; nous en parlerons à Bram. Mais en attendant je tâcherai de voir M. l'évêque de Mirepoix ici et d'en tirer quelque chose; on dit qu'il n'ira pas à Fontainebleau parce qu'il est incommodé. J'ai été voir aujourd'hui M. de Bonac qui se porte bien, malgré son accident (1), et qui m'a présenté à sa femme que je ne connoissois pas encore; il m'a parlé d'une aventure arrivée à M. le chevalier de Lordat assez singulière; je n'en puis pas juger n'en ayant entendu parler qu'à lui; il va faire entrer son petit frère abbé (2) à la communauté des philosophes de Saint-Sulpice; cet enfant me paroit avoir de l'esprit. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, etc..
Je vous prie d'assurer de mes respects mon cher père, ma chère mère et mon oncle l'abbé et d'embrasser pour moi mes frères et sœurs. Je juge que ma sœur est à Bram.
(1) Il avait eu la cuisse emportée à Lawfeld.
(2) Jean-Louis d'Usson de Bonac, né en 1734, de Jean-Louis marquis do Bonac et de Françoise-Marie de Gontant-Biron, d'abord vicaire général de Bourges, puis évêque d'Agen le 1er novembre 1767, député aux Etatsgénéraux, refusa le premier le serment schismatique, émigra <'t ne donna sa démission qu'en 1815, mort en 1821» aumônier de Louis XVIII,
GLXIV
A Fontainebleau, ce 22 octobre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
%,Vous aurez été surpris de mon silence pendant quelques jours, mais en vérité je n'ai pas eu un moment à moi; vous savez que c'est l'ordinaire les premiers jours qu'on arrive à la cour. L'abbé Dolmières m'a remis votre lettre du 8 par laquelle je vois que vous m'en aviez écrit une le 29 où vous me mandiez de prendre de lui cinq cents livres, dont je vous remercie fort, et bien d'autres choses encore; elle ne m'est pas parvenue. Je suis ici depuis mardi. Le voyage que j'ai fait à Versailles me devient inutile parce que Mme la Dauphine n'est point grosse comme on l'avoit cru, et elle vient ici avec M. le Dauphin mardi. Le roi m'a assez bien reçu et m'a demandé si j'allois encore cette année en Languedoc; je lui ai dit que je partirais dans une quinzaine de jours et que je profiterois de ce temps-là pour lui faire ma cour. M. le Premier est toujours à Armainvilliers et on dit'qu'il ne viendra ici que dans les derniers jours du voyage, auquel cas je ne le verrai pas; cela est assez fâcheux. On dit que M. l'évêque de Mirepoix y viendra, je tâcherai de le voir, ce que je ne pus pas faire à Paris; mais j'y vis l'abbé d'Hélyot qui se rejeta sur la jeunesse de mon frère. Il est entré au grand séminaire, mais je n'ai pu le voir parce qu'ils sont à la campagne. J'ai vu ici M. d'Argenson et M. le cardinal de Tencin qui m'ont bien reçu; je dîne aujourd'hui chez le premier. La chaise que M. Griffet devoit renvoyer à M. de Comère a manqué parce qu'il avoit trouvé une autre commodité et qu'elle étoit partie. M. de la Fage s'étoit chargé de m'en trouver une autre, je le verrai ici et en saurai la déci-
sion. Je vois que vous avez grande compagnie chez vous, ce qui me fait grand plaisir, car je sais que cela vous en fait. Je suis charmé de ce que vous me mandez de Mme de Bruyères; M. de Montmorin (1) arrivera ici bientôt, je le connois et le (2) lui recommanderai. J'ai vu ici MM. d'Alzau et de Cavanac qui se portent bien; ils comptent sortir au mois d'avril et font bien. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect et la plus parfaite reconnoissance...
Je vous prie d'assurer de mes~respects mon cher père, ma chère mère et mon oncle l'abbé et d'embrasser mes frères et sœurs.
A Fontainebleau, ce 3 novembre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
M. l'abbé Dolmières m'a remis votre dernière du 22 où je vois avec chagrin que mon oncle l'abbé se sent menacé d'une attaque de goutte; cette vilaine maladie ne lui donne guère de repos. Je vois qu'il faut que je renonce à voir M. le Premier; on dit qu'il ne viendra ici que dans les derniers jours du voyage, je prendrai le parti de lui écrire pour savoir sa réponse décisive. Je ne pourrai voir M. l'abbé Dolmières qu'à son retour de la campagne où il est allé pour deux ou trois jours. J'ai vu plusieurs fois ici M. de la Fare, il m'a fort promis de s'employer pour mon cousin comme je crois vous l'avoir mandé. Vous êtes surpris que je ne vous aie rien dit de M. Gastanier et de
(1) Jean-Baptiste-François de Montmorin de Saint-Hérem, gouverneur et capitaine des chasses de Fontainebleau, maréchal de camp en 1745, lieutenant-général en 1748, avait épousé le 15 février 1724 Constante- Louise- Adélaïde le Valois de Villette, fille du second lit du marquis de Villette. le père de Mme de Caylus, et de Marie-Claire Deschamps de Mursilly, qui devint plus tard vicomtesse de Bolingbroke.
(2) Le fils de Mme de Bruyères.
Mme d'Auriac, vous jugez bien que j'ai été les voir souvent, ils se portent fort bien. M. d'Auriac est ici depuis quelque temps, je le vois souvent chez Mme de Chalmazel; il m'a fait le détail d'une affaire qui vous pourra intéresser au sujet de la baronnie de Clermont (1), à présent de Bram, et dont je vous rendrai compte en arrivant chez vous. Vous me demandez où la gendarmerie est allée en quartier; elle est auprès de Châlons comme l'année passée. On ne parle pas ici de promotion, cependant on est persuadé qu'il y en aura une. Je vois que ma sœur vous a resté plus longtemps qu'elle n'avoit compté à cause du voyage de ma mère à Gudanes; je suis charmé de voir que sa grossesse est heureuse. Vos écuries avancent fort à ce que je vois; je suis surpris que la pierre vous ait manqué, il y en avoit une belle provision quand je partis. Dès que je serai à Paris, je ferai votre commission pour les lancettes. Il n'y a rien de nouveau à vous mander si ce n'est que la reine qui est incommodée s'en retourne mardi à Versailles aussi bien que Mesdames. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect et la plus vive reconnoissance...
Je vous prie d'assurer de mon respect mon cher père, ma chère mère et mon oncle l'abbé et d'embrasser mes frères et sœurs.
A Paris, ce 9 novembre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
Je viens d'arriver de Fontainebleau dans le moment et je vous écris au plus tôt pour vous en donner avis et vous dire
(1) Clermont- Lodève (Hérault). Le comte de Lordat, destinataire de ces lettres, avait acheté le 20 septembre 1719 le droit d'entrée aux Etats de Languedoc, qui était attaché à cette terre, de Jeanne-Thérèse-Pélagie d'Albert de Luynes, veuve de Louis-Guillaume de Castelnau-Lodève, dernier marquis de Saissac, et l'avait fait transporter sur sa terre et baronnie de Bram, par lettres-patentes du mois d'octobre de la même année.
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que je compte être à Bram dans peu de jours au moyen d'une chaise que M. de la Fage m'a trouvée à ramener dans ce pays-là au défaut de celle de M. Griffet qui m'a manqué comme je crois vous l'avoir mandé; c'est M. de Gardouch qui m'a mandé à Fontainebleau que celle-ci ne me manqueroit pas. Je viens d'envoyer chez lui tout à l'heure pour voir s'il l'a envoyé chercher comme il me l'a promis. Je m'acquitterai des commissions que vous me donnez ainsi que pour mon oncle. Au reste je ne puis pas savoir le jour que je partirai d'ici, ne faisant que d'arriver, mais je le saurai demain ou après. J'ai ouvert, comme M. de Bruyères le souhait oit, le paquet qu'il avoit adressé à l'abbé Dolmières pour son fils qui est resté malade; il devoit remettre plusieurs lettres incluses dans le paquet lui-même, mais n'en ayant pas de nouvelles, j'ai pris la lettre pour M. de la Fare et celle pour M. de Bernage que je lui rendrai ici. J'ai donné à M. de la Fare celle qui étoit pour lui et il m'a dit qu'il alloit agir sans attendre l'arrivée de mon cousin. L'abbé Dolmières se charge de remettre les autres s'il n'arrive pas bientôt. Je vous prie de rendre compte de ceci à mon oncle de Bruyères. Je suis fort inquiet de Béon; il m'avoit écrit à la fin de la campagne qu'il étoit malade à Gand, mais qu'il comptoit partir au plus tôt pour Paris et de là pour le Languedoc; il n'est pas encore arrivé; je crains que sa maladie n'ait eu des suites. J'ai vu M.l'évêque de Mirepoix à Fontainebleau, je vous rendrai compte à mon arrivée à Bram de ma conversation avec lui. Pour M. le Premier je n'ai pu le voir puisqu'il n'est pas venu à la cour; M. l'abbé Dolmières l'y verra quand il sera arrivé et pourra lui parler. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect...
Je vous prie d'assurer de mes respects ma chère mère et mon cher oncle et d'embrasser pour moi mes frères et sœurs.
GLXVII
A Paris, ce 10 novembre 1747.
Monsieur mon très cher oncle,
§5 L'abbé Dolmières m'a envoyé de Fontainebleau aujourd'hui votre lettre du 31 commune pour nous deux, avec celle que vous m'aviez annoncée de M. de Bruyères. J'avois prévenu ce qu'il me marque et ouvert le paquet en questionne mandai hier à mon cher père en arrivant ici ce qui en étoit; je remettrai la lettre de M. de Bernage. L'abbé Dolmières m'a promis d'agir fortement là-bas et je le lui écrirai encore demain pour le réchauffer; il est bien à souhaiter que cette affaire réussisse. J'ai été aujourd'hui au séminaire voir l'abbé (1) avec qui j'ai été une heure chez M. Couturier; ils me paroissent fort bien ensemble; je l'ai trouvé grandi. J'ai demandé mon cousin (2), l'abbé a été le chercher, il étoit sorti et je n'ai pas pu le voir. Je vois que vous souhaiteriez que j'allasse à Armainvilliers et moi aussi. Mais, outre que je ne sais pas si cela feroit plaisir à M. le Premier, c'est un voyage assez difficile à arranger à cause de l'éloignement. Je prendrai un milieu, je vais écrire à M. le Premier que vous m'avez écrit ne savoir à quoi vous en tenir pour mon frère et chargé de prendre ses ordres, mais que, n'ayant pu le voir, j'ai pris le parti de lui écrire et il ne pourra s'empêcher là-dessus de répondre à vous ou à moi. D'ailleurs l'abbé Dolmières lui parlera à son arrivée à la cour. Au reste j'ai ici la chaise en question; c'est pour la faire remettre à M.:£ Soulier maître, chirurgien à Montpellier; nous trouverons bien quelque commodité pour cela; le train en est assez bon. On
(1) Son frère Ignace avait été admis en théologie le 4 octobre précédent.
(2) L'abbé de Chalabre.
m'a appris aujourd'hui que le roi avoit fait hier maréchaux de France MM. de la Mothe (1), de Clermont-Tonnerre et de Laval-Montmorency (2).
J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect...
Je vous prie d'assurer de mes respects mon cher père et ma chère mère et d'embrasser mes frères et sœurs.
(1) Louis-Charles, comte puis marquis de la Mothe-Houdancourt (1687-1755), nommé maréchal de France le 17 septembre 1747.
(2) Guy-André-Pierre de Montmorency-Laval (1723-1798).