‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 100 sur 356 · Iv., ep · texte numérisé non relu

Iv., ep

Sicile. Héritier de cette pourpre impériale qu'avait trop longtemps revêtue Henri IV et dont le prestige s'effondrait fatalement, dans Tesprit dos peuples, avec les multiples anathèmes tombés sur elle, Conrad s'enrichissait de ce que perdait son père. Le triple appui de la comtesse de Toscane, des Normands et du Pape, lui assurait une puissance indomptable. Les soldats qui avaient fait la force de son père en Lombardie, s'étaient donné rendez-vous sous son drapeau. Durant ce temps, l'exempereur, comme pour mieux savourer l'amertume de sa déchéance, vivait, en Lombardie, dans l'ombre.

Les circonstances étaient favorables pour un concile. La tranquillité et l'influence dont jouissait l'autorité pontificale, donnèrent au Pape l'idée de le réunir, au milieu môme des schismatiques et contre eux, dans la Lombardie. Il choisit Plaisance.

C'est là qu'il invita à se rendre les évoques d'Italie, de Bourgogne, de France, d'Allemagne, de Bavière et d'autres régions de la chrétienté. Les lettres pontificales de convocation devaient être transmises par les métropolitains à leurs suffragants. Nous avons encore la lettre que Renault de Reims écrivit à ce sujet à Lambert d'Arras.

Le concile devait se célébrer vers le milieu du Carême. Quittant la Toscane, Urbain se rendit, par Florence ^ à Bologne où il fut reçu avec grand enthousiasme par les habitants qui, à son départ, lui offrirent une magnifique escorte composée de trois compagnies de gens à cheval. Cette garde d'honneur et de protection devait plus tard passer les Alpes avec lui et le suivre jusqu'à Clermont.

Précédé d'un grand nombre de cardinaux, de prélats et de princes italiens, s'arrèta-t-il à Guastalla, sur les rives du Pô, afin d'y tenir un synode qui aurait eu pour but de préparer le concile de Plaisance et le voyage pontifical en France, comme les biographes contemporains le disent? Il paraît certain que non'-.

1. Il y confiniia, le 1" février, les biens du monastère de Saint Pierre dePouzaolles, au territoire de Lacques, à la demande du prieur Martin. Mittakelli, Annal. Canialdul. Appond. 111.

2. II est très possible, d'après Watterich, que ces biop'aj^ht^s avaient attribué

Mais après une station au' château de Canossa, chez la comtesse de Toscane et à Crémone *, il arriva directement à Plaisance.

Plaisance, qui devait sans doute au charme de son site ce beau nom de Placentia, avait été autrefois lune des villes importantes de TEmpire romain. Très attachée à TEglise romiûne, elle venait d'avoir successivement deux évèques français, quand, à Fheure présente, son église était gouvernée par un conseiller de Tempereur, Addo 2.

Le concile s'ouvrit vers le milieu du Carême, le 1^' mars 1095. Il y vint tant de inonde que ni églises, ni édifices, ni places publiques ne furent capables de contenir la foule débordante. Bernold va jusqu'à compter quatre mille clercs et plus de trente mille laïques qui assistèrent au concile. Les assemblées eurent lieu en pleine campagne. Rien de plus imposant que ces magistrales assises, dans la plaine, sous le ciel bleu d'Italie ; une foule dont les extrémités se perdaient dans la profondeur des horizons et dont la masse gravitait autour d'une tribune centrale, des gens de tous les pays, de toutes les classes, dans le pêlemêle des conditions et la bigarrure des accoutrements, puis, au milieu, dominant de la hauteur de son prestige souverain, le Pape, revêtu de l'aube de lin d'une blancheur éclatante et portant sur ses épaules le pallium semé de croix ! Jamais la papauté n'avait siégé dans un cadre plus digne d'elle. Ce spectacle rappelait, dit Berthold, le premier législateur Moïse donnant les tables de la loi au peuple hébreu tnassé dans la plaine, et le Sauveur lui-même évangélisant les foules dans les vallées et sur les montagnes.

Nous ne savons pas quel fut le nombre des évêques et des cardinaux présents, mais les vaillants y figuraient, par exem-

à Urbain II la présidence d'un synode qui fut tenu àCiuastalla seulement on 1100 par Pascal II. (Watterich, VUœ rom.ponl., 1.573.)

1. Où il conflrma, le 18 février, aux nioinos de S.-<iill<'s, la possession des biens qui' h' comte Raymond de Toulouse venait de leur restituer. (Goiffon, Hull. de S.'diUes. Nimes, 1882, p. IH».) Ce bref devait. èti-e lu et confirmé au concil»' de Plaisance.

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