‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 101 sur 356 · Cf. L'ghelli, fiai. mer · texte numérisé non relu

Cf. L'ghelli, fiai. mer

pie, Thiémon de Salzbourg et Gebhard de Constance. 11 faut citer aussi saint Bruno qui apporta au Pape le concours de ses lumières. Quant à Tarchevêque de Lyon, il se vit suspendre de ses fonctions de légat pour ne s*être pas présenté au concile, malgré l'invitation qui lui en fut faite.

Que sepassa-t-il à Plaisance? l'rbain II siégeait pour condamner ou pour absoudre. L'absolution commença par tomber de ses mains miséricordieuses sur Praxède, l'infortunée princesse qui vint devant toute l'assemlilée raconter ses malheurs. Traînée dans la honte malgré elle et plutôt victime digne d'une profonde pitié que créature volontairement flétrie, elle obtint du Pape d'être dispensée de la pénitence publique habituellement exigée pour de pareils crimes.

Quant au roi de France, dont la cause devait être alors examinée, il se fit excuser de ne pas assister au concile où il avait cependant entrepris de se rendre et obtint un sursis jusqu'à la Pentecôte. Les condamnations s'abattirent sur les éternels ennemis de la sainteté de l'Eglise. De nouveau l'anathème tombait sur les trafiquants des choses sacrées, les simoniaques et ceux qui sciemment avaient reçu des mains sacrilèges de ceux-ci les saints ordres, sur les Nicolaïtes défenseurs de l'incontinence, enfin sur l'hérésie de Bérenger plusieurs fois déjà condamnée. Les Nicolaïtes eux-mêmes, « ces hommes pires que la peste » * , avaient déjà été condamnés par le concile romain de 1059, par Nicolas II et peu après au concile romain de 1063, par le pape Alexandre, enfin par le sySode de Poitiers de 1078. Mais Ténumération des sentences prit l'éclat de la foudre, quand les Pères, debout, avec des torches flambantes à la main, d'un commun accord et d'une seule voix proclamèrent le Vœ solennel contre l'antipape et les schismatiques.

Plusieurs autres canons relatifs à la discipline et aux mœurs furent élaborés dans les diverses séances du concile.

On admet généralement que ce fut au concile de Plaisance que le pape Urbain II composa la préface encore actuellement chantée

1. Epistola de vitanda ruina uxor. sac. 3/. 6'., de lite, III, p. 2 et 3.

LUTTE CONTRE L'EMPEREl R ET L'ANTIPAPE. VX\

en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie *. Comme le pontife célébrait les saints mystères dans Téglise Sainte-Marie de Campanie, chère à la piété des fidèles dès les temps les plus reculés, et qu'il suppliait le Seigneur de bénir le concile en préparation, tout à coup, au moment de la préface, comme inspiré d'en haut, en présence du peuple émerveillé, il ajouta aux paroles accoutumées cette suave invocation : % 11 est digne, ô Dieu, (le vous louer, de vous bénir et de vous exalter en vénérant la bienheureuse Vierge Marie qui, par l'opération du Saint-Esprit, a conçu votre Fils unique et, conservant la gloire de la virginité, a donné à ce monde la lumière éternelle, Jésus-Christ Notre-Seigneur. * »

Quoi qu'il en soit, le prestige de la Papauté grandissait de jour en jour. Un fait qui eut alors un certain retentissement fut le sacre de l'évêque de Verdun, Richer, qui, élu sept ans auparavant, avait reçu l'investiture de l'empereur. A cette époque du concile de Plaisance, il vint trouver Hugues de Lyon et abjura le schisme entre ses mains. Sacré par celui-ci lejour de Pâques, il fit son entrée solennelle à Verdun peu de temps après, au milieu de l'allégresse universelle.

De son côté, après avoir quitté Plaisance, le Pape visita plusieurs villes de cette Lombardie où il avait repris du terrain sur son ennemi. Il voulait par sa présence affermir leurs bonnes dispositions, de peur qu'après son départ pour la France elles n'abandonnassent son parti. C'est alors qu'il entra en vainqueur pacifique à Crémone.

Il y fut reçu par le jeune Conrad qui vint à sa rencontre. Et

1. Mabillon et Ruinart l'ont trouvée dans un ancien manuscrit de rabbaye de Saint-Remi. A la suite d'un dc'^crct rendu sur les neuf préfaces, par le pape Pelage, on lit : la 10" fut ajoutée au concile de Plaisance célébré par le pape Urbain. Voici ce que dit l'anonyme de Zwethl : In Placontina synodo instituit pnvfationem et romposuit de Sancta Maria dicendum : - et te in veneratione... etc. -. Wattehich, op. cit. A, 571, n. 1.

2. Plusieurs écrivains veulent que saint Bruno soit l'auteur de cette préface. Saint Bruno fut le premier à demander au concile de Plaisance un décret qui la rendit obligatoire pour toute l'Église. C'est sans doute cette particularité quia suscité l'équivoque. Mais Pandolfe, dans la vie d'Urbain II, dit positivement que celui-ci est l'auteur de la préface, quoiqu'il en ronvoie la composition au concile de Gaa&talla, lequel, avons-nous dit, n'a pas eu lieu, du moins sous Urbain 11.

tandis que le Pontife s'avançait vers la porte de la ville, drapé dans sa cappa rouge qui couvrait la croupe de sa monture, avec la tiare en tête, puis Tindex et le médius de la main droite levés vers le ciel, le jeune roi d'Italie, trop heureux de lui servir d'écuyer, tenait sa haquenée par la bride *. En vérité, derrière Conrad, marchaient toutes les populations lombardes et italiennes, car depuis le jour où Tempereur avait disparu de ce sol, le drapeau de son fils y avait groupé toutes les forces. On vit alors l'autorité morale du Pontife romain et la puissance matérielle du roi d'Italie s'aflirmer et s'embrasser : Conrad jura fidélité au Pape, promettant de lutter pour la conservation et la défense de sa vie, de ses membres et de sa dignité pontificale; Urbain, de son côté, reçut Conrad comme un fils de l'Eglise, lui promettant solennellement, comme à son homme-lige, en présence du peuple assemblé, aide et assistance pour la conquête du diadème impérial qui lui serait canoniquement imposé par le Saint-Siège, moyennant la reconnaissance des droits de l'Eglise en matière d'investiture 2. Yves de Chartres n'attendit pas plus longtemps pour laisser éclater sa joie 3.

Ceinte de ce funiculus triplex, Mathilde, les Normands et le jeune roi, l'Eglise ne devenait mieux garantie que pour user davantage de sa liberté en faveur de l'affranchissement des consciences et de la politique. Matliilde cependant avait vu se tourner contre elle le vieux Welf de Bavière qui, redoutant pour son fils la privation des biens de la comtesse, afin d'enlever de force à celle-ci son héritage s'il ne le pouvait de plein gré, travaillait avec acharnement à la cause de l'empereur. La comtesse de Toscane sut déjouer tous ses plans tandis qu'ailleurs Conrad fortifiait les siens en épousant Constance, la fille du comte Roger de Sicile. C'est à ce moment en effet que Conrad, s'étant rendu à Pise avec un appareil royal, reçut la fortunée princesse avec sa flotte nombreuse chargée de riches présents et d'immen-

1. Rex Chounradusobviam procédons, stratorisofficio usus est. Musei Brit. Cod. Harlei, 15014. Watterich, fv>- <^''-> I» ^90.

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