‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 146 sur 356 · Apoc.,.llI · texte numérisé non relu

Apoc.,.llI

o. - Pietatisque affectu vicem meam dolete. » BoU., Acta SS,, Mars I,3î30.

avoir appelés chacun par son nom, il regagna Salerne avec ses suivants. Pierre y alla passer quelques jours avec lui et, quand il se disposait à regagner son monastère, Urbain II, pour lui laisser un témoignage éclatant de sa particulière vénération, lui fît présent du chef de la sainte martyre Félicité, mère des sept saints martyrs, avec beaucoup d'autres précieuses reliques ^

D'ailleurs, dès le mois de février de oette même année 1092, le Pape avait voulu combler la Gava de faveurs parce qu' « il en avait éprouvé les bienfaits par expérience personnelle » -. Et en octobre, il déclarera qu'il veut marcher sur les traces de Grégoire Vil, lequel aimait tant le monastère de la Gava -*.

VI. — Protection des clercs. — Gluny. — Marcigny. — Le rachat des autels.

Autant le très équitable Pontife montrait d'empressement à favoriser les religieux, autant il mettait de fermeté à défendre les clercs contre les injustes revendications des laïques. En vertu d'une détestable coutume qui avait prévalu en Flandre, mais qui était depuis longtemps tombée en désuétude, le comte de Flandre, Robert le Frison, refusait aux clercs le droit de tester et réglait que leur héritage, aussitôt leur mort, tomberait entre les mains du fisc. Get usage inique, pour lequel la conscience moderne s'habitue à éprouver moins de remords, révolta le clergé flamand. Mais les récriminations des évéques et des abbés ne firent aucune impression sur l'esprit du comte. L'archevêque de Reims, primat de la seconde Belgique, et à ce titre ayant juridiction sur la Flandre, se crut en devoir de protester, mais en vain. On en déféra au Pape.

1. On conserve encore, dans le trésor de Tabbayc de la Cava, le buste maguilique de sainte Félicité, donné alore par Urbain II à Tabbé Pierre. C'est un des restes les plus précieux des œuvres d'art du Moyen Age. On peut le comparer au buste d'argent pur de Saint-Ambroise de Milan, qui est de la même époque. Paul Guillaume, Ibid.j p. 17.

2. Monasiterii SS, Triniiatn Cavae privilégia^ p. 3. Roinse, 1839.

3. « Cavense cœnobium... quod ipse (Gregorius) singulariter dilexit*.. » Ibid., p. 6.

Dans sa réponse, datée de décembre, à Castraneti, Urbain fait sentir au comte que la liberté de posséder est inhérente à la liberté de servir Dieu ; et qui donc peut légitimement opprimer celle-ci? « Laissez aux clercs, dit-il, la faculté de travailler au service de Dieu, et celle de disposer de leur patrimoine comme ils l'entendront ^. »

Il est très remarquable que le Pape Urbain II se soit plu à multiplier les reconnaissances de privilèges aux monastères. C'était l'assurance de la paix pour les abbayes, comme la Trêve de Dieu Tétait pour les personnes ou les choses. Parfois même, le voisinage d'un monastère était pour certains bourgs line source de tranquillité et d'officielles garanties ^, Rien de plus pacifique que ce belliqueux Pontife qui allait prêcher la guerre sainte. Sa grande et constante préoccupation était do calmer au dedans les querelles et les discordes, comme d'y faire cesser les luttes fratricides, afin de réserver ces vitales énergies de France pour le soutien de l'Eglise au dehors.

Cluny ne comptait plus les témoignages d'affection du souverain Pontife qui profitait de toutes les circonstances pour marquer sa reconnaissance au berceau de sa vie religieuse. Quand Urbain II entre en France pour venir y présider le concile de Clermont, à peine est-il arrivé à Brioudo qu'il écrit aux Clunisiens pour les combler défaveurs particulières. Sa première parole est l'expression de l'éternel dessein qui le poursuit, plus que la pensée même de la croisade, de garantir la vie intérieure de ses moines : « La tendresse du Si^ge apostolique a coutume toujours de caresser les serviteurs de Dieu, comme une mère ses enfants •^, et de leur tendre la main avec promptitude et charité quand ils sont aux prises avec l'épreuve. Puisque, par

1. • Libéra sit eis facultas et Doo sorviendi et res siii patrimonii ciiicumquo voluerint impendendi. » Pal, lat., CLI, 356.

2. Ainsi le Pd|ic, dans un privilège accordé aux moines de Sauxillanges, dit CPtte parole : « Nulli etiani facultas sit adjacentem monasterio bunfum invadere, dopraedari vel noxias aliqu&s consuetudines exactionis iniponere. » Ep. Urb. ad tVlciniacenses (Migne, CLI, 4:)2).

3. - Sedis apostolica? benignitas onini sernpcr teinpore consuevit Dei serves tanquam mater filios confovere. • (Migne, CLI, 141.)

208 LE CONTINUATEUR DE GRÉGOIRE Vil.

la grâce du Dieu tout-puissant, votre religion fleurit au loin et au large et que le parfum de votre renom s'est répandu partout, il nous paraît convenable d'assurer votre repos en vue de Favenir et d'opposer aux attaques des jaloux, en faveur de votre monastère, tant au chef qu'aux membres, le bouclier de la protection apostolique *. »

C'est de Saint-Flour où il se trouvait le 7 décembre 1095, que le Pape, toujours en considération des moines de Cluny, accorda des faveurs aux religieuses du Prieuré de Marcigny, dépendant de l'abbé Hugues. Il voulait pour ses très chères filles dans le Christ, la célébration de Tofiice divin, l'exemption des censures, la liberté de la vie intérieure, la liberté même des sépultures, afin que « enfermées pour l'amour de Dieu, déjà mortes au monde, elles fussent garanties contre l'oppression étrangère et en état de soupirer de toutes leurs forces à la vision toujours désirable de l'éternel Époux ^ ».

On sait que Marcigny, en Saône-et-Loire, était la vérit4d>le fille de Cluny. Saint Hugues l'avait fondée avec les ressources de son patrimoine, aidé en cela par les libéralités de son frère, Geoffroy II de Semur, afin d'assurer un refuge aux nobles dames dont les maris étaient entrés en religion ou qui voulaient fuir les dangers du monde ^, A ce moment-là vivait à Marcigny, parmi les plus ferventes religieuses, la vicomtesse de Béarn, Gisla, mère de Gaston IV. D'après le témoignage de Pierre le Vénérable, elle sut y maintenir si fort l'esprit religieux que l'abondance n'y fit pas entrer le relâchement, ni la disette soulever une plainte. Chez ces réfugiées avides de solitude et dégoûtées du monde, il en devait venir de toutes les cours et de toutes les grandes maisons de l'Europe. Détail touchant, c'était une tradition à Marcigny que saint Hugues avait fait sa fondation pour cent dames. Il n'y eut jamais plus de quatre-vingt-dix-neuf

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