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CHAPITRE IV

URBAIN II ET LES ÉGLISES PARTICULIÈRES I. — Esprit de fermeté et de modération d'Urbain II dans

LE GOUVERNEMENT DES ÉGLISES.' MlLAN. NaPLES ET

Gapoue.

Nous avons déjà pu remarquer l'esprit de fermeté et de modération qui accompagna Urbain II dans les affaires dès les débuts de son gouvernement. Nous allons en juger encore et plus complètement dans ses rapports avec les églises particulières et les chefs de ces églises. C'est souvent la marque d'un zèle intempestif, chez certains politiques, de s'empresser, dès leur arrivée au pouvoir, de réformer en innovant. Urbain II ne le fit qu'avec grande mesure. Ne s'était-il pas tracé pour ligne invariable de conduite la tradition môme des saints canons et l'exemple de son illustre prédécesseur? Aussi, à Guillaume, abbé de Saint-Benoît, qui sollicitait certains privilèges, il répondit que ce n'était pas l'habitude de l'Église romaine de conférer des privilèges aux absents. .11 écrivait encore à Bernard, abbé de Marmoutier : « Comme ce n'est pas l'habitude de l'Eglise romaine de conférer des privilèges aux absente, nous avons attendu. Si donc, très cher fils, la maladie, comme on le dit, vous empêche de vous présenter à nous, envoyez-nous votre prieur et les personnes que vous jugerez convenable... ^ » Il allégua, pour refuser, les anciennes coutumes et les règles canoniques, et il déclara for-

1. ColL BriL, Urb. op. 2-1, EinHol, P. R, Lœwenfeid, p. 61, n. 1-25.

mellement que c'était sa volonté de ne rien modifier dès les débuts de son pontificat ^

Cependant il allait, peu de temps après, pour de graves raisons, en agir autrement, dans des circonstances semblables'.

Anselme, archevêque de Milan, avait précédemment reçu la consécration d'un évêque catholique 2. Les évoques schismatiques et excommuniés, tout en accordant leur consentement, ne lui avaient cependant pas imposé les mains. Mais pour avoir, dès son élection canonique, reçu l'investiture du roi, il avait été déposé par le légat du Saint-Siège. A partir de ce moment il s'était enfermé dans le cloître où il avait vécu saintement. Les besoins de l'Église se faisant sentir, l'archevêque fut pressé par le Pape lui-même de revenir à sa charge première. Plus tard, comme il suppliait le souverain Pontife de lui octroyer les honneurs du pallium, Urbain le lui envoya, avec une lettre, par l'entremise d'Hermann, cardinal-prêtre de l'Église romaine. Anselme vint recevoir le légat en dehors des portes de la ville avec toute la population milanaise ^. Voici ce que disait la lettre :

(c De même que nous avons grandement approuvé, frère très aimé dans le Christ, votre volonté d'éluder le fardeau de la charge pastorale dans un but tout spirituel et le dessein d'une vie plus cachée, ainsi nous vous trouvons encore bien plus digne d'éloge de vous voir humblement revenir à la même charge par. amour du bienheureux Pierre et de la sainte obéissance. Vous félicitant donc de tout cœur de ce retour et vous saluant comme un véritable frère dans le Christ, pour l'acquit de notre paternelle sollicitude envers vous, en vertu de l'autorité des saints apdtres

1. • Nos antiquas consuetudinos ot (sanctiones) canonicas pnecipuc in primordiisvcstris(pro nostris) nuUatenus infringerc vel mulare uliiusgi'atia possuinus. • {Coll. Bnt., Urb. op. 3.)

2. Voir 11 notico que donne le Libej* Pontificalis sur Anselme de Milan. Elle est extraite du registre d'Urbain II (Cl*, d'uno part le Liber Pontificalis, ahhv Duchesne, t. II, p. 293, n. (>, et de Tautre, les extraits de la Colleciùm Britany\ique,\eues Archiv.. t. V, p. 355.

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