‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 174 sur 356 · Baronius, ad ann · texte numérisé non relu

Baronius, ad ann

3. Baronius. L'origine d'Yves fut modeste. Son biographe Froxto dit de lui, il est vrai : • in agro Bellovaconsi natus a nobili sanguine nobilom animum traxit •. (VU. i'von. Paris, 1647). Cependant Yves dit de lui-même : • non goneris nobilitas • (pp. 3).

4. Hugues se serait appelé cinq siècles plus tard Charles Borromée. On l'appelait alors le second Grégoire VII. II était son légat omnipotent dans les Gaules.

présenter une justification quelconque, il avait réussi à obtenir sa réhabilitation. Mais bientôt, de nouvelles accusations, plus accablantes que les premières, lancées contre lui, obligèrent le Pape à intervenir. Minutieusement instruit de sa cause, dans laquelle se mêlaient différents genres de crimes, Urbain appela le délinquant à Rome et Tobligea de se démettre de ses fonctions épiscopales. Geoffroy se déposa lui-même volontairement et remit au Pape son bâton pastoral et son anneau qu'il avait trop longtemps déshonorés. Après quoi, le clergé et le peuple chartrains reçurent Tordre de se choisir un évêque.

Un si indigne prélat ne pouvait avoir un successeur plus vertueux qu'Yves de Chartres. Urbain l'avait recommandé aux suffrages, mais il se recommandait de lui-même. Yves fut élu d'un commun accord. Il fallut lui faire violence.

C'était à Richer, archevêque de Sens et métropolitain de Chartres, qu'il appartenait de lui conférer la plénitude du sacerdoce. Richer refusa, sous le prétexte que la déposition de Geoffroy était anticanonique. Il eût souhaité examiner d'abord la cause lui-même avec les évêques de la province, avant qu'elle fût déférée au tribunal du souverain Pontife. Or, il était notoire que Geoffroy, pour s'épargner la honte d'une déposition régulière, s'était lui-même désisté de sa charge épiscopale. Sentant bien qu'il n'obtiendrait rien de Richer, Yves partit pour l'Italie.

Urbain le reçut avec de grands égards et le sacra de ses propres mains, mais sous la réserve de l'obédience due au métropolitain de Sens *. Il ne pouvait pas, comme il le déclare à Richer, ne point accéder à une demande juste et il connaissait assez d'ailleurs le mérite personnel de l'élu.

Après la cérémonie, le Pape adressa au nouvel évêque une allocution pour lui rappeler ses graves devoirs : « Nous vous exhortons, lui dit-il, à garder inviolable cette foi dont nous avons ensemble, dans les préliminaires de votre consécration,

1. C'est la déclai-ation positive du Pape dans la lettre qu'il écrivait alors à l'ai-chevôque de Sens : « consecratum igitur cum salva tu» Ecclesiœ obedientia rémittentes ». Pat. lat.y CLI, 320.

repassé brièvement et au clair les lois fondamentales. Nous savons que vous avez été formé dans les saintes lettres dès votre enfance et instruit des sacrés canons. .. Que nulle faveur ne vous enfle, qu'aucune adversité ne vous abatte ; ne laissez pas votre cœur s'enorgueillir d'un succès, ni s'affecter d'un revers. Portez partout la discrétion et la prudence, afin que vous soyez un évêque devant le monde entier. * »

En vertu de cette consécration, Urbain II contracte, vis-à-vis du nouvel évêque, une paternité d'âme qui fera de celui-ci un athlète juré du Pape. Yves ne mentira pas à son épiscopale origine en écrivant en tête de ses lettres cette fière devise : « Lutter aVec Pierre et régner avec lui 2 ! » Son « âme de fer ^ » sera de la trempe de celle des grands évêques; elle aura quelque chose du vigoureux Pierre Damien qui, recommandant la fermeté aux cardinaux, leur écrivait : u Si quelqu'un ose rire devant nous, il faut que notre regard lui ferme la bouche, l'épouvante et le mette en fuite » *. Et quand Yves sera écœuré du spectacle des misères humaines, quand vainement il aura lutté contre le flot de la simonie et des scandales, quand il aura commandé sans être entendu, se jugeant le plus malheureux des hommes, fatigfué « de combattre tous les jours avec des. bêtes », c'est auprès du Pontife Urbain, le père de son âme d'évêque, qu'il ira se réfugier pour prendre un nouveau courage et aiguiser ses armes : « Forgez-moi une verge de fer, lui écrira-t-il, afin que j'en pulvérise les vases de boue. ^ » L'évêque de Chartres va se regarder comme la sentinelle vigilante postée sur les remparts de l'Église de France. C'est pour l'accomplissement fidèle de cette fonction qu'il dira qu*e les évêques siègent plus haut que les autres dans l'Église ^.

Le jour même de cette mémorable consécration, le Pape écrivait au clergé et au peuple de Chartres pour leur apprendre

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