MiTTARELLi, AnnoL Camald.f III, ap. 92. Migne, CLI
dance de leur église rattachée à celle do Cambrai, depuis saint Waast, après Tinvasion des Vandales. Quoique la di£Beulté fût grande, le moment paraissait favorable. Urbain, élevé dans la province de Reims, dont Ârras dépendait, était au courant de la situation. 11 n'ignorait pas les mérites anciens de cette église ; sa sujétion actuelle, nécessitée par la persécution, n'avait plus sa raison d'être en temps de paix^ Le Pape savait en outre ce qu'elle avait eu à souffrir des Cambrésiens qui, étant du royaume de Lorraine et, par suite, sujets de Tempereur Henri IV, demeuraient les partisans fidèles de Tennemi du Saint-Siège. D'ailleurs, Féglise de Cambrai était en proie à des factions opposées qui se disputaient sur la prochaine mitre épiscopale, et riniluence impériale n'était pas sans faire incliner le choix du côté d'une créature schismatique. Toutes raisons qui semblaient autoriser le Pape à prendre parti pour Arras. Aussi bien la métropole de Reims dont il souhaitait (il le dit fréquemment dans ses lettres) relever l'antique splendeur, ajouterait-elle ainsi un nouveau fleuron à sa couronne *. Et ainsi ornée de son diadème de douze évêchés suffragants, elle pourrait rendre des jugements canoniques sans avoir recours aux autres provinces ^. Reims en effet, parmi toutes les autres provinces des Gaules, était la seule qui possédât cette prérogative.
Le Pape écrivit donc au clergé et au peuple d'Arras pour les autoriser à reprendre leur indépendance et à se choisir un évéque dont la consécration serait faite par le métropolitain do Reims. Il interdisait en même temps au futur élu de se dérober a la charge qu'on lui imposerait'*. Par ailleurs, il demandait à Tarchevèque Renauld du Bellay de procéder à la consécration de l'élu qui lui serait présenté^.
1. «... Solet enim fieri ut Ecclesia? perseciitionis tempore suis ordinibus... deslitutiv, aliis temporal i 1er conimittantur Ecclesiis; postquam vero... pristinani recipiant dignitaloin. » Ep, Urb, ad Rainald, Migse, CLI, 357.
2. Sur cette longue question voir les Mélanges de Ballze, U V.
3. «Licetsanctorum canonum institutis integram esse pix)vinciani,etmetropolitanum propriuni debere sortiri, qua* duodocini constat episcopatibus. » Urban. ad Lambert. Atrebat, Muîne, CLI, 3H0.
•i. Mansi. Conc, XX. ^»71.
5. MiGNE, CLI, 357. D. MxKLOTy Melr. Rem. hisl.^Wf j). ;?Ci6.
Autorisés à se choisir un évéque, les habitants d'Arras demandèrent à leur métropolitain, Renauld du Bellay, de leur envoyer un clerc dé marque ou un abbé, pour tenir sa place dans l'élection qui devait avoir lieu.
Pour comprendre l'attitude de l'archevêque de Reims en toute cette affaire et les lenteurs qu'il apporta à exécuter les désirs du souverain Pontife, il ne faut pas perdre de vue qu'il redoutait, (il le disait du moins), en se prêtant avec facilité à la restauration de l'évêché d'Arras, de faire la fortune des schismatiques. Il tremblait de voir Cambrai lui échapper. Cambrai qui était aux mains de l'empereur et qui prendrait occasion de l'élévation d'Arras pour se soustraire elle-même à l'obédience de Reims. Or l'église de Reims perdrait considérablement au change, car, comme le disait l'archevêque de Reims, Cambrai valait six fois Arras.
Toujours est-il que Renauld (n'y avait-il pas chez lui la crainte inavouée de mécontenter l'empereur ?) à la demande des habitants d'Arras, répondit en les priant de se faire représenter an prochain concile de Reims qui aurait lieu le 20 mars, le troisième dimanche de Carême. Il y invitait aussi leurs opposants, les habitants de Cambrai : l'élection d'Arras serait mise à l'ordre du jour et on débattrait le différend en présence des Pères du concile.
Les envoyés des deux églises arrivèrent en effet à Reims au jour fixé. Les gens d'Arras, invoquant les plus anciens témoignages tirés en particulier de la Vie et du Testament de saint Rémi, établirent que leur ville, une des plus illustres de la seconde Belgique, avait eu autrefois son évêque, et que ses droits renaissaient avec son actuelle splendeur. Finalement ils s'appuyaient sur la récente lettre pontificale. Les Cambrésiens n'eurent rien à opposer. Après leur avoir donné lecture des lettres du Pape, confirmées par le témoignage oral de l'abbé Burchard, de Saint-Basle, arrivé dernièrement de Rome, l'archevêque s'apprêtait à rendre une sentence favorable à Arras, lorsque les députés de Cambrai, désespérés, se levèrent pour en appeler au souverain Pontife. Renauld et les Pères du concile
acceptèrent l'appel : les députés des deux partis devaient comparattre devant le Pape le dimanche d'avant TAscension; une lettre de Farchevêque de Reims les précéderait.
Vainement les envoyés d'Arras, Jean et Drogon, arrivés à Rome et favorablement accueillis par Urbain, attendirent la comparution de leurs adversaires jusqu'au terme du délai fixé. Le Pape les congédia avec une lettre adressée à l'archevêque Renauld; il exigeait de celui-ci la consécration de l'évèque élu d'Arras, à moins que Cambrai ne réussit à produire ses titres de revendication. Que si Renauld avait peur « de l'envie des jaloux ou des aboiements des obséquieux », il enverrait l'élu à Rome où le Pape lui-même lui conférerait l'onction épiscopale, réserve faite des droits de l'église de Reims ^.
Les messagers, de retour en France, se rendirent d'abord à Reims. L'archevêque les renvoya aussitôt à Arras afin qu'on y pressât l'élection. Elle fut fixée au 11 juillet. On y déploya une grande solennité. Les chanoines de la collégiale de Lille y assistèrent. Au jour convenu, devant une immense assemblée réunie dans l'église Notre-Dame, le saint sacrifice de la Messe célébré et le Saint-Esprit invoqué , on lut à l'ambon la bulle pontificale qui ordonnait le rétablissement du siège et l'élection d'un évêque. Lambert de Guines, chanoine et grand chantre de la collégiale de Lille, fut choisi à l'unanimité. Aussitôt les applaudissements de la foule éclatèrent et l'élu fut porté, malgré ses résistances, jusqu'au siège épiscopal. Pour couper court à ses réclamations et à celle des chanoines de Lille désolés de le perdre, on fit lecture publique du passage suivant de la première lettre d'Urbain II : « En vertu de notre autorité apostolique, nous interdisons à celui qui aura été canoniquement élu par les suffrages du clergé et du peuple, de se soustraire, pour aucun motif, à la charge qui lui aura été imposée. )) Ce langage pontifical était commandé en effet par des raisons de justice, lutilité des âmes et l'honneur de l'Église.
1. Pat. lat., CUy 361. Une autre lettre accompagnait celle-ci et répétait la mémo chose aux habitants d' Arras. Mig.ne, Ibid., 36*2, et Marlot, Melrop, Rem,, II, 207. Ces lettres sont probablement de mai (Jaffé, Regest., 5484 et 5485).
URBAIN II ET LES ÉGLISES i>ARTICULlÈRES. 257
Mis en demeure de fixer le jour de la consécration du nouvel t^vêque, Renauld du Bellay prit le chemin des subterfuges. 11 recula la décision à prendre jusqu^à la prochaine assemblée générale des évoques et des clercs de la province qui devaient se trouver réunis à Reims à Tépoque de l'Assomption. A FAssomption, les députés d'Arras ayant comparu, l'archevêque prorogea jusqu'à la Toussaint. Fatigués de ces longueurs, les habitants d'Arras, pour la troisième fois, envoyèrent une députation au souverain Pontife qui intima à l'archevêque de Reims l'ordre de consacrer Lambert dans les trente jours : « Ce que nous avons décidé pour l'église d'Arras, dit le Pape à Renauld, nous a paru nécessité par des raisons d'intérêt pour un grand nombre d'âmes, d'honneur pour votre métropole et de profit pour l'équité. » Urbain est peiné de cette obstination, il supplie Tarchevêque d'obéir dans le délai fixé, en laissant de côté « toute feinte et tout procédé tortueux * ». Mais — et c'est ici qu'apparaît l'indulgente bonté du Pape — comme peut-être il a des raisons cachées d'agir ainsi, qu'il se contente d'envoyer l'élu à Rome pour y être sacré.
Renauld, après réception de cette lettre, demanda à Lambert de lui envoyer un exprès par lequel il lui transmettrait la décision qui serait prise avec les évêques de la province. On vint d'Arras, mais en vain. De guerre lasse, Lambert arriva lui-même à Reims pour y être sacré. C'était le dernier jour du délai fixé par le Pape. L'archevêque malgré tout ne pouvant pas se résigner à prêter le flanc aux plaintes des Cambrésiens, se décida à envoyer Télu à Rome avec une lettre pour le souverain Pontife.
Lambert sortit de Reims, avec sa suite, la veille de Noël 1093, et, après un voyage difiicultueux et rempli d'incidents, arriva dans la Ville Éternelle au commencement de l'année suivante 2.
1, - Omni tortitudine semotà, onini dissimulationc postposità... » Pal, laL, eu, 366. Le Pape avertissait en même temps Lambert d'avoir à se présenter à Renauld, dans les trente jours, pour être par lui sacré évoque. Baluzk, MUc.^ II, 130.
2. D'après dom Brial, dans le Rec, des Hist, de Fr. (XIV pr»f., p. 2), Urbain II aurait rétabli le siège d'Arras pour satisfaire son ressentiment contre les habi-
A la nouvelle que Lambert arrivait de France en Italie, le Pape, dès son entrée à Rome, n'eut rien dé plus pressé que d'écrire à Tarchevéque de Reims. Il lui ordonne de mettre sans délai Févêque Lambert en possession de son église, à moins que les Cambrésiens ne préfèrent venir plaider leur cause au prochaia carême à Rome, en présence de l'autre parti. De plus, il confirme l'élection de Manassès, archidiacre de Reims, à l'évêché de Cambrai, pourvu que cette dernière église cesse enfin toute hostilité vis-à-vis de sa rivale. Il promet aussi à l'archevêque la protection apostolique contre les téméraires qui oseraient tenir tête au métropolitain en soutenant un parti schismatique en face de Tévêque confirmé de Cambrai K
Les Cambrésiens avaient en effet sous les yeux, dans leur église, le triste spectacle d'un schisme. A cêté de Manassès qui fut élu vers la fin de l'année 1093, Gaucher, une créature de l'empereur, était choisi à son tour et investi de l'épiscopat. Ce fut le 30 novembre 1093 2.
Quelques jours avant le carême de Tannée 1094, on vit arriver à Rome, sous le portique de Saint-Pierre, une escorte de pèlerins exténués à la suite d'un long et pénible voyage; ils avaient marché en effet près de soixante jours. C'était Lambert et sa suite. Après qu'ils eurent rendu leurs devoirs au tom-
tanUi de Cambrai qui • ne voulaient recevoir leur évéque Gaucher que des mains de Tempereur qui était hérétique et excommunié ». Hais la preuve qu'il n'en fut rien, c'est que la séparation d'Arras et l'élection de Lambert eurent lieu avant Télévation de Gaucher qui ne fut élu évéque de Cambrai que le 90 novembre 1093. Le vrai motif de la conduite du Pape, nous l'avons donné. V. Gt$let des évéques de Cambrai, par le P. de Smedt. (Gesta Galcheri, p. 14, en note.) Paris,