‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 203 sur 356 · MioNE, CLI · texte numérisé non relu

MioNE, CLI

2. Une bulle est datée de là en faveur du monastèiv Sainl-Siegfried de Schaffouse. (Pri.uoK-H., Acta, I, 63.)

3. 11 y accorda de nombreux privilèges au monastère des chanoines réguliers de Saint-Pierre, près de Mâcon, s'il faut en croire du moins la notice rapportée par Severtius. {Chronol. HUt., II, 119.— Migne, CLI, 271 et 272.)

4. Il y délivra une bulle de protection à Landri, évéque de Màcon, qui, sans doute, l'avait accompagné jusque-là. (Miune, CLI, 428.)

298 LINITIATEUR.

sonnaient à ses oreilles sans profaner le silence de sa cellule ! A côté de Tantique église de Saint-Pierre où il a tant prié , voici, à travers Téchafaudage ^éant, la nouvelle basilique qui sort de terre et qui serait aujourd'hui la merveille de l'Europe si le flot des révolutions n'avait écume sur ses murailles : les doux transepts et l'abside s'élèvent déjà majestueux vers le ciel. Depuis sept ans, on travaille à la construction de l'édifice. 11 a une légende : ainsi on racontait que l'abbé Hugues, indécis sur l'emplacement à choisir, avait lancé un marteau en l'air et que l'endroit de sa chute avait été adopté comme la place môme du chœur.

Le Pape est attendu pour la consécration du maitre-autel. Quand il parait sur le chemin de l'abbaye, c'est la même scène de la Cava renouvelée, mais plus touchante, comme plus chers sont les lieux où Ton a davantage laissé de soi. La vallée répète l'écho des hymnes sacrées qui se mêlent à la voix des cloches. Urbain II, avec son cortège d'honneur de cardinaux et d'évèques, voit venir à lui une procession de trois cents moines. Derrière eux s'avance le saint abbé Hugues de Cluny : il vient se prosterner devant le Pape, son disciple d'hier, lui présenter l'encens et le conduire triomphalement dans cette église Saint- Pierre qui peut s'appeler alors plus justement que jamais la seconde Rome.

Durant la semaine que le souverain Pontife passa à Cluny, on peut croire que les témoignages émouvants de familière simplicité qu'il avait prodigués à ses f;*ères de la Cava, il les renouvela au sein de la famille clunisienne, près de ces moines aux prières desquels il s'était tant de fois recommandé. Hugues, l'abbé, le vieil ami de la première heure, dut être le confident de l'heure présente, au sujet des graves questions actuelles, de cette douloureuse excommunication du roi de France avec lequel correspondait l'abbé, des événements de Germanie et surtout de la prochaine assemblée de Clermont qui remplissait l'âme du Pontife.

Quoi qu'il en soit, un moment les travaux de la basilique furent suspendus. Le vingt-cinquième jour d'octobre, le mouve-

ment des chantiers de construction s'arrêta. Au matin de la solennité, le Pontife, traversant l'allée des colonnes naissantes de la grande nef, puis l'allée des moines en coule noir ou en chape d'or (car à Cluny, « l'on faisait de belles processions », dit Robert d'Arbrissel) *, s'avança vers l'autel de saint PieiTe, jusqu'à la large pierre de jaspe qui attendait les onctions -. L'auguste consécrateur chanta : « Voici que les parfums de mon fils sont comme ceux du champ fertile et béni du Seigneur; que mon Dieu te fasse multiplier comme les sables de la mer, et te donne la bénédiction de la rosée céleste ^. » Et le chœur de répondre : « Cité de Dieu, l'on a dit de toi de grandes choses; n'a-t-on pas dit de Sion qu'elle a vu se multiplier ses fils, et que le Seigneur lui-même l'a fondée? Oui, le Seigneur dira sa gloire, dans les gestes des peuples et des rois qui l'auront habitée: Demeurer dans tes murs, c'est pour tous le bonheur*. » Avec le maltre-autel, le Pape consacra l'autel matutinal. Pendant ce temps, trois archevêques, Hugues de Lyon, Daimbert de Pise, et Bruno, le saint évêque de Segni, l'ami des saints papes Léon IX et Grégoire VII, consacraient, chacun de leur côté, un des autels secondaires de l'abside. Ainsi s'acheva la sanctification première de cette église incomparable dont il ne reste aujourd'hui, comme vestige, qu'une simple absidiole respectée du temps et de la méchanceté des hommes. La dédicace de la basilique achevée devait être faite, trente-cinq ans plus tard, par le pape Innocent II, le jour même où Urbain II avait consacré le maltre-autel. Au cours de la cérémonie, dit-on, le souverain Pontife avait prononcé un assez long discours dans lequel il aurait fixé les limites de la juridiction de la grande abbaye et confirmé ses privilèges. Pour consacrer le bienfait

1. • Cluniaco monastrrio, ubi flunt pulcliiw procossiones. » Acta. SS., 25 feb.,

2. Cotto pierre fut enlevée lors de la dédicace de rÉglise, la dédicace exigeant une nouvelle conséci'ation de Tautel majeur, mais elle fut précieus<?ment con- «îrvée dans l«,* trésor. (Cf. Dom l'Hlillier, Vie de saint Hugues^ p. 404. Solesm. 1888.)

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