‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 207 sur 356 · TRAVAUX DU CONCILE · texte numérisé non relu

TRAVAUX DU CONCILE

Le Concile avait donc été fixé pour l'octave de la Saint-Martin. Comme à Plaisance, le Pape allait renouveler à Clermont les canons et les anathèmes contre les vendeurs du temple et les incontinents. Mais, plus qu'à Plaisance, les anathèmes conciliaires revêtiraient un caractère d'incomparable grandeur. La prédication de la guerre sainte par un Pape français, élevé sur le pavois d'une renommée universelle, prôné par toutes les bouches en plein cœur de la vieille Gaule, au milieu d'un peuple naturellement enthousiaste, il en fallait moins pour ébranler cités et villages aux quatre coins de l'horizon. La Papauté n'avait qu'à frapper du pied le sol franc pour en faire sortir une immense armée. •

Voici une page intéressante de Guibert de Nogent à ce sujet : « Le Pape, dit-il, résolut de passer chez les Français pour solliciter leur concours. C'était la coutume invétérée du Siège apostolique, en présence des menaces de quelque nation voisine, de chercher toujours un appui du côté des Francs. Les papes Etienne et Zacharie, sous Pépin et Charlemagne, ont eu recours à ceux-ci... La France, en effet, plus que les autres nations, a été respectueuse et soumise à l'égard du B. Pierre et des décrets pontificaux ; elle n'a eu ni la malice ni la témérité des autres. Depuis bien des années, nous voyons les Teutons, et même la totalité des Lorrains, s'opposer avec une obstination barbare

aux lois du B. Pierre et de ses Pontifes; nous voyons leurs voisins préférer être sujets, ou longtemps ou toujours, à ranathème plutôt que de se soumettre. J'ai entendu Tannée dernière un archidiacre de Mayence avec qui je causais de la révolte des siens, vilipender notre roi et le peuple pour avoir tout simplement reçu avec bonté le seigneur pape Pascal et ses princes. Pour ce crime il appelait nos Français, en plaisantant, Francones. Je lui répondis : Si vous les croyez si lâches et si efféminés et s'il vous plaît de sourire d'un nom célèbre jusqu'à l'océan Indien, ditesmoi, à qui donc le pape Urbain est-il allé demander du secours contre les Turcs ? N'est-ce pas aux Français ? Ah ! s'ils n'étaient allés de l'avant et n'eussent arrêté, avec leur initiative et leur courage, le flot de la barbarie de toutes parts envahissante, ce ne sont pas vos Allemands, dont on n'a même pas prononcé le nom, qui eussent prêté main ferme à la Papauté. ^ »

Il s'agissait donc d'un événement tout nouveau qui était de nature à provoquer les plus nobles élans. Mais aussi c'était la première fois que la France voyait un pape de France *. « Ce qui attira tant de monde au concile, rapporte Guibert de Nogent, c'était l'empressement qu'on avait de voir un personnage vraiment extraordinaire, de contempler ses traits et d'entendre sa voix. » Ambassadeurs, princes, chevaliers et avec eux leurs suites, puis le reste de la masse élevèrent le nombre des étrangers à plus de cent mille.

L'Auvergne montagneuse et riante, se peut-il un meilleur cadre pour faire ressortir la grandiose figure de ce Pape fort et doux, qui, à Tune des heures les plus solennelles de l'histoire, va faire s'embrasser les seigneurs jusque-là frères ennemis, et lancer leur épée à la conquête d'un nouveau monde ?

Nous sommes à Clermont. <c C'est Glermont, en Auvergne, qui est plantueux et riant », comme dit la chanson d'Antioche, Clermont, le dernier boulevard de l'indépendance des Gaules, la |

1. ■ Toutonicorum vestrorum quorum ne nomen quidem ibi sonuit, auxilia \

nuUa fuissent. • GtiBERT. Hist, Hier,jge8ta Dei, p. 478. I

± Silveslrc II, le premier Pape français, n'était point revenu dans son paj-s i

d'origine. '

cité de Vercingétorix. La montagne illustre, le Clarus morts devient ainsi le piédestal naturel de la Papauté victorieuse, son observatoire fidèle qui, élargissant son champ de vision, va lui permettre de sonder d'un regard d'aigle les plaies profondes de la chrétienté, l'immense porte-voix enfin du plus vigoureux cri de guerre qui sera jamais!

Au XI* siècle, la cité couvrait le sommet et les flancs supérieurs de la butte. Elle était entourée d'une ceinture de murailles armées de tourelles de loin en loin. Le château dominait l'ensemble et, à peu de distance, s'élevait la cathédrale romane réédifiée au x« siècle. Notre-Dame du Port était la deuxième église de la ville, bâtie par Tévêque saint Avit au vi« siècle et réédifiée au ix® après l'incendie des Normands.

On comptait jusqu'à cinquante-quatre églises à Clermont au XI* siècle K

Dès le commencement de novembre, les pèlerins affluaient en masse à Clermont, Urbain fit son entrée le mercredi 14 novembre, peut-être par la voie romaine qui venait du Bourbonnais.

La messe Salve sancta Parens fut chantée, sans doute pour la première fois 2, en présence d'Urbain II, dans la basilique Notre-Dame du Port. Mais il paraît certain que les premières séances du concile eurent lieu à la cathédrale ^.

La cité et les villages d'alentour ne purent suflire à loger rimmense multitude. On dressa des tentes dans les plaines, sur le gazon des prairies, sur les collines et on logea ainsi en plein air malgré la bise.

Les évoques et les abbés à ne les compter que par les crosses pastorales qui émergeaient au-dessus de la foule, étaient quatre

1. Cf. abbé Créout, Le Concile daClermonl en 1005 et la première croisade ^Clcv monl-Forrand, 1895.

2. Dans les procès soutenus parle chapitre de N.-D. du Port, les chanoines ont toujours revendiqué cet honneur pour leur basiliijue. Voici ce que dit une pièce conservée aux archives du Puy-de-Dùnie (Fond du chapitre du Port) : « in quo tempore dicti concilii, horarum Beaiie Dei Genitricis et njissje Salve sancta Parens officia ab ipso Urbano et Concilio primo inslitula fuisse aflirmatur •. (Cré- (iUT, ibid.y p. 118, 119.)

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