Cf. abbé Créolt, ibid
cents environ et, parmi eux, treize archevêques^. Autour de cette aristocratie pontificale, se trouvaient réunis les maîtres les plus célèbres des écoles, désireux d'entendre le Pape sur un sujet si émouvant, et enfin un clergé sans nombre. Pour ne citer que les principaux personnages de cette imposante assemblée, on vit siéger autour du Pape les prélats de la maison pontificale, Jean de Porto, Bruno de Segni, Gautier d'Albano qui revenait de sa légation d'Angleterre, Rangier de Reggio, Daimbert de Pise et Jean de Gaëte. Parmi les archevêques, outre ceux de Pise et de Reggio, il faut nommer les deux légats apostoliques de France : Amat de Bordeaux et Hugues de Lyon, puis Bernard de Tolède, Renauld de Reims, Dalmace de Narbonne, Gui de Vienne et Bérenger de Tarragone. Enfin comme évêques figuraient principalement Lambert d'Arras, Gérard de Térouanne, Gervais d'Amiens, Gaucher de Beauvais, et les autres suffragants delà métropole de Reims. Delà province de Trêves, il y eut Poppo de Metz et Sibo de Toul ; l'évéque schismatique de Trêves, Egilbert, ne parut point. La province de Lyon était représentée par Landri de Mâcon et Aganon d'Autun; celle de Rouen, par Odon de Bayeux, le frère utérin de Guillaume le Conquérant, qui devait partir pour la première croisade en 1096 avec le duc Robert, son neveu; celle de Tours, la troisième Lyonnaise, par Geoffroy d'Angers et Roland de Dol, le prétendant au titre de métropolitain pour la Bretagne ; celle de Sens, ou la quatrième Lyonnaise, par Yves de Chartres; celle de Vienne, par Hugues de Grenoble; celle d'Arles, par Guillaume d'Orange qui fut adjoint comme auxiliaire à l'évéque du Puy, Adhémar de Monteil pour faire la fonction do légat apostolique à la croisade. Adhémar représentait la province de Bourges avec Durand de Clermont qui mourut à l'ouverture même du
L Bernold dit qu*on vit au concile 203 bâtons pastoraux. Orderic Vital compte 13 archevêques ot 225 évèques.
L'auteur des Gesta Lamberti porte, dans certains exemplaires, le nombre des archevêques à 14 et parle de 70 abbés. Cencius le Cann^rier ne cite que 12 archevi^ques et 8 évoques. Les divergences s'expliquent facilement, les chroniqueui"s ayant parlé sans doute des prélats présents surtout à telle ou telle séance particulière.
concile et fut remplacé par Guillaume de Baïf. Il y eut enfin plusieurs évéques des provinces de Bordeaux et de Narbonne, etc.; du royaume d'Espagne, Dalmace d'Iria avec Pierre de Pampelune.
Quant aux abbés, mentionnons les principaux : Richard de Saint- Victor, Germain d'Amiens, qui était en même temps abbé de Saint-Riquier, Robert de Saint-Remi de Reims S Baudri de Bourgueil, Hugues de Cluny dont le nom était très en vue, Geoffroy de Vendôme, Jarenton de Saint-Bénigne, Gontard de Jumièges et beaucoup d'autres.
La réunion plénière d'ouverture eut lieu au jouir fixé, le jour octave de la fête de Saint-Martin, 18 novembre 1095. La joie d'une si grande solennité fut troublée par un deuil. Durand, Tévêque de Clermont, précédemment abbé de la Chaise-Dieu, avait déployé tant d'activité pour recevoir le Pape et les évoques et pour préparer la célébration du concile, qu'il tomba gravement malade dès l'arrivée du Pontife. 11 était réservé comme consolation finale à ce vaillant tombé sur la brèche, de recevoir une dernière absolution du Pape en personne. Il rendit son âme à Dieu la nuit même qui précéda l'ouverture du concile. Plusieurs évéques présents qui avaient été ses religieux à la Chaise- Dieu, Hugues de Grenoble et Jarenton de Saint-Bénigne, puis r abbé Ponce, prirent soin de ses funérailles. Jamais on ne vit d'obsèques plus magnifiques. On eût dit que le monde chrétien s'était donné rendez-vous pour en rehausser le triste éclat. Les ornements de deuil, simarres violettes et mitres de laine blanche firent une immense couronne autour du cercueil. Le Pape Urbain II présidait ^.
1. CVsl le premier historiographe de la pn'uiièiv Croisa(i<'. Ni- à Reims, il fut nommé abbé du monastère de Saint-Remi en 1095, partit pour la croisade, assista au siège de Jérusalem en 1099. Mais accusé par les moines d<» SainlRemi d'avoir endetté Tabbaye pour subvenir aux frais de son voyage, il fut déposé au concile de Reims, sans avoir été entendu, et se i*etira au Prieuré de Senuc, près de Gi*andpiv, où il composa son Historia Hieroiolymitana,
2. Baudri de Bourgueil composa en Thonneur de Durand deux épitaphes où il dit:
Exequias celebi*es, qua; forma fuere triumphi, Dispensavit ei gi*atia sunima Doi.
Le nom que le souverain Pontife présenta à la foule comme digne de recevoir la succession du défunt fut acclamé unanimement par le clergé et le peuple de Clermont :" Guillaume de Baïf.
Les auteurs ne rapportent les canons du concile de Clermont ni en même nombre, ni-dans les mêmes termes, ni dans le même ordre. La divergence vient de ce qu'ils n'ont pas eu chacun le même intérêt à reproduire les mêmes documents, et qu'ils se sont bornés, en fait, soit à résumer les décisions conciliaires^ soit à en citer seulement celles qui leur paraissaient plus importantes *.
En dehors des questions relatives aux églises particulières, le but de l'assemblée fut de restaurer la sainteté et l'indépendance de l'état ecclésiastique, par la suppression des maux dont souffrait particulièrement l'Église de France, d'organiser au dedans la Trêve de Dieu, et, pour le dehors, de décréter la guerre sainte. D'après Foucher de Chartres, Urbain inaugura le concile par un discours aux prélats de l'assemblée. Après leur avoir exposé le triste état auquel l'Eglise était alors réduite, il les exhorta pathétiquement, eux, le sel de la terre, à y apporter remède, principalement par le bon exemple -. Nous rapporterons ce discours plus loin.
Les décrets du concile de Plaisance furent donc renouvelés, avec une autorité nouvelle et une solennité plus grande que jamais, contre l'indignité des ministres de l'autel. En leur défendant le cumul des bénéfices et le trafic des choses saintes, le concile prétendait les soustraire à l'amour désordonné, sacrilège pour eux, des biens terrestres, à cette concupiscence des yeux condamnée par l'Ecriture ; il voulait les débarrasser de la concupiscence delà chair en interdisant raccès aux fonctions sacrées ou leur exercice aux impurs ; et en leur défendant l'investiture laïque, le concile les mettait à l'abri de cette vaine ambition qui
Urbanus synodo genorali papa vocata, Pativs bis contuni movit ad obsequium.
D. RuiNART, Vit, Lrb., CC, VIll.
1. l/aut(nir<los Gesia Lamberti on rapi)ort(» 32; Labde eu ajoute 10; Oroewc Vital en rapporte '25; Pfluur-H. {Acta^ 11, n. KM) cite quelques extraits.