‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 217 sur 356 · Herm, en celtique, signifie terrain vague, surface plane · texte numérisé non relu

Herm, en celtique, signifie terrain vague, surface plane

4. « Itaque ixisidons (Urbanus) in pulpito sic pero ravit ». {Balderici HisL Jeros.. Cf. Watterich, Rom, Pont, vit.j I, 599.)

la croix pontificale aux trois branches * et le gonfalon qui flottait au vent. A ses pieds une nappe infinie de têtes humaines. Au premier plan, près de l'estrade, la pourpre des cardinaux, l'or des chapes d'évéques, la blancheur des lévites, les noirs capuchons de moines encadraient la Papauté rayonnante ; puis, s'étendant à perte de vue jusqu'aux brumes de l'horizon, aussi loin qu'on pouvait voir, une vraie mosaïque mouvante où miroitaient les casques des chevaliers et flottait le rouge des oriflammes, sur une mer bruissante où çà et là des fers de lances étincelaient, et où ressortait la blancheur plus calme des tentes sur les vertes pelouses.

- Nous allons voir la pensée du Pape se dessinant dans ces superbes discours dont les historiens nous ont conservé au moins la substance et que nous résumerons en un seul ^.

Mais voici d'abord le langage que, d'après Foucher de Chartres, Urbain II tint aux évêques réunis autour de lui : « Frères

1. CVst la marquo do la juridiction spirituelle du Pape surtout l'univere. On dit que le Pape Silvestre 1*' fut le premier qui la flt porter solennellement en publie. Quant à cet usage de porter la croix devant le Pape, Anastasc le Bibliothécaire, écrivant la vie de Léon IV qui vivait au ix* siècle, en parle claii-ement, et s«'s ]>aroles indiquent que la coutume était beaucoup plus ancienne.

2. Les chroniqueui*s rapportent plus de huit différents discours prononcés au concile. Il est certain que le Pape a dû parler plusieurs fois de la croisade à Clerniont. Cependant les historiens généralement n'ont pas rapporté le texte même de ses paroles, mais la substance des idées qui ont été développées par l'orateur apostolique. Nous avons les versions de Guillaume de Tyr, de Baudri de Bourgueil et de Kobert le Moine qiii tous trois assistaient au concile. Le liiscours de Robert semble fait pour les Français en particulier, celui de Baudri est adivssé à tous les chrétiens, celui de Guillaume de Tyr présente en substance les mômes motifs que les précédents. Guillaume de Malmesburj-, dans son //wtoire des rois dWngletei^re (1, IV, ch. ii) rapporte un discours, le plus long de tous, où Ton ne reconnaît j)as le style d'Urbain II, l'auteur n'ayant eu égard qu'au fond des choses. Guibert de Nogent, François du Chesne, Foucher de Chartrf»s, Tudc^bode citent d'autres discoui-s entiei-s ou dr>s fragments. (Cf. Hist. mt. des ûénéd., VIII, p. 547, sqq.) Sur ces auteurs Cf. Ilôhricht. G. d. e, Kr., p. 235, sqq. — Nous réunirons ces différents discours i»n un seul. Qu'on nous jMîrtiiette d'user de ce procédé, peut-être peu scientifique, mais cjui nous procuivi-a l'avantage : 1« d'avoir, dans son ensemble logique, le reflet de la pensée totale du Pape, ou du moins, si les chroniqueurs y ont môle de leurs appréciations subjectives, le reflet de la pensée des contemporains sur le but, Topportunitc*, les moyens d'action de la croisade; 2" d'éviter les redites, ce qui était absolument inévitable, en citant tous les discours, ou môme simplement plubicuiTÇ, l'un après l'autre. Cf. Migne, PaL lat., CLl, 565, sqq.

bien-aiméSy élevé par la permission de Dieu sur le siège apostolique pour gouverner le monde, Urbain, jugeant roccasion opportune, vient, en sa qualité de dépositaire des divins conseils, remplir sa mission auprès de vous. Puisque vous êtes les dispensateurs des mystères de Dieu, je souhaite -ardemment vous voir toujours fidèles à votre tôche dans la loyauté et la droiture. Mais s'il se rencontrait parmi vous quelque chose qui allât contre la loi divine, sans être fondé sur une juste cause, je m'efforcerais avec l'aide de Dieu d'y porter remède.

K Si Dieu vous a établis les dispensateurs de sa famille, c'est pour que vous la nourrissiez de la saine doctrine en temps opportun. Heureux serez-vous donc, si un jour le souverain juge vous trouve fidèles !

« On vous appelle aussi pasteurs. Prenez garde de remplir votre charge en mercenaires. Soyez de vrais pasteurs, ayant toujours la houlette en main; veillez bien sur votre troupeau de tous côtes, sans dormir, car si votre négligence ou votre incurie permettait au loup d'enlever une seule de vos brebis, vous perdriez la récompense qui vous est préparée auprès du maître. Traqués et dévorés ici-bas par le remords, vous seriez ensuite précipités dans le sinistre cachot pour y être durement traités.

« D'après la parole évangélique, vous êtes le sel de lo terre. Si donc vous ne remplissez pas votre fonction sainte, comment préserverez-vous le monde de la corruption? Ei cependant quelle préservation est nécessaire aux pécheurs! A cette masse ignorante, à cette foule qui boit avec une avidité sans mesure à la coupe des plaisirs du monde, il vous faut apporter le sel de la sagesse, de peur que, corrompue par ses fautes, elle ne soit inapte à recevoir la parole divine au moment providentiel. Si Dieu la trouve, par le fait de votre inertie, devenue la proie des vers, c'est-à-dire gâtée par le péché, il permettra qu'elle s'enfonce dans la boue de toutes les hontes.

« Dès lors, ne pouvant plus relever ces ruines, vous serez vous-mêmes condamnés en jugement et privés à jamais de la familiarité du divin amour.

« Mais il faut que celui qui doit remplir ce rôle de sel préservateur soit prudent et zélé, vertueux, instruit, pacifique, vigilant, pieux, juste et pur.

« Comment, en effet, un ignorant pourrait-il faire des savants, un homme sans vertu rendre les autres vertueux, un débauché faire des honnêtes gens? S'il déteste la paix, comment la procurera-t-il?Et s'il a les mains souillées, comment pourra-t-il laver la souillure des autres? Ne lisons-nous pas dans l'Évangile que si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse? Corrigez- vous d'abord vous-mêmes, pour pouvoir efficacement corriger les autres ensuite ! Vous voulez être les amis de Dieu, faites donc avec empressement tout ce qui doit lui être agréable. En ' particulier, maintenez dans leur intégrité les biens ecclésiastiques, et, pour empêcher absolument l'hérésie simoniaque de s'implanter chez vous, veillez k ce que vendeurs et acheteurs, à l'exemple de ceux châtiés par le divin Maître, soient impitoyablement chassés par la porte basse et misérablement confondus. Dans la collation des saints ordres, maintenez l'Église absolument libre de tout pouvoir séculier, faites rentrer fidèlement les dîmes comme étant le bien de Dieu même, sans qu'o|i les vende ou les retienne ^

« Celui qui emprisonne un évêque sera mis hors la loi. Anathème à celui qui emprisonnerait ou dépouillerait les moines, les clercs ou les religieuses, avec les gens de leurs

\. Il n'osl pas inutile do ronmnjiKM* ici «|in» c'était uno très lourde charge pour le pa\'s de donner la dixième partie de ses récoltes. ■ Mais, fait obsei'ver M. Léopold Delisle, elle eût tHé facilement supportée si on ne se fût pas écart»'» des principes qui l'avaient fait établir. On oublia que la dîme avait pour objet de subvenir aux frais du culte, à la subsistance des prêtres, au soulagement des pauvivs. Les riches et les puissants du siècle usurpaient ce l)ien de l'Église et des pauvres; les rois l'inféodaient à leurs protégés. » (Léopold Delisle, Élude êur la condition de la classe agncole au Moyen Age.) D'un<î manière ou d'une auti'e la dîme fut détournée de sa destination pi'imitive et les conciles réclamèrent en vain. — Dans la plupart des diocèses, chaque père de famille devait annuellenjont un denier pour la fabrique de la cathédrale. Pendant longtemps les contribuables allaient eux-mêmes, à la Pimtecôte, porter cet argent à la cité épiscopale. V. ce qu'en dit Léopold Delisle, BibL de VÉcole des Chartes^ 2* série, t. IV, p. 3-17.

maisons, les voyageurs ou les marchands. Quant aux voleurs, assassins, incendiaires ou leurs complices, séparez-les de l'Église et frappez-les aussi d'anathème. En même temps que vous ferez attention aux châtiments mérités par les voleurs, n'oubliez pas la damnation à laquelle s'exposent les avares. C'est ce qui est arrivé au riche de l'Evangile, tl a été puni, non pour avoir dérobé le bien d'autrui, mais parce qu'il avait gardé pour son seul usage les biens qu'il avait reçus. Voilà les maux, vous le savez, dont le monde souffre depuis longtemps. Si bien que personne, dans certaines de vos provinces, comme on nous l'a rapporté, et peut-être à cause de votre faiblesse, n'ose entreprendre un voyage dans la crainte des voleurs ou des rôdeurs de nuit qui emploient tour à tour la perfidie et la violence pour piller les maisons ou rançonner les voyageurs.

« Pour remédier a ces maux, il faut la Trêve, celle de nos pères. Je supplie instamment chacun de vous de la faire observer énergiquement dans son territoire. Si donc quelqu'un, soit orgueil, soit passion du lucre, enfreint la Trêve, de par l'autorité de Dieu, et suivant les décrets de ce concile, qu'il soit anathème !

« O vous, les fils de Dieu, quand vous aurez promis au Seigneur de déployer votre courage plus que jamais à maintenir la paix autour de vous et à défendre fidèlement les droits de l'Eglise, il a'Ous restera, pour couronner votre œuvre, maintenant que les avertissements d'en haut réveillent votre zèle, à diriger tous vos efforts vers une autre affaire des plus intéressantes pour Dieu et pour vous. Il va falloir vous hâter d'aller au-devant de vos frères d'Orient; ils ont déjà réclamé votre assistance, et ils en ont besoin. Les Turcs et les Arabes ont envahi leurs pays, vous ne l'ignorez pas pour la plupart, jusqu'à la mer Méditerranée, le « Bras de Saint-Georges » et les frontières de la Roumanie.

« Ils s'enfoncent chaque jour plus avant dans les terres des chrétiens. Sept victoires ont fait de nombreuses victimes ou de nombreux captifs. Et combien d'églises détruites,

de terres ravagées! Si vous restez encore un peu de temps sans inquiéter ces infidèles, ils étendront plus loin leurs conquêtes.

« Voilà pourquoi je vous exhorte, que dis-je? Dieu par ma bouche vous exhorte instamment, vous,* les hérauts du Christ, à pousser tous vos sujets quels qu41s soient, piétons et cavaliers, pauvres et riches, contre cette race funeste pour l'écraser, car il est temps d'aller au secours des chrétiens.

'( Voilà ce que je dis aux fidèles présents; voilà ce que j'envoie dire aux absents : Tordre est du Christ! Tous ceux qui mourront, soit en route, par terre ou par mer, soit au combat contre les païens, obtiendront la rémission de leurs fautes. C'est ce que j'accorde en vertu de mon suprême pouvoir.

(( Quelle honte ce serait, si la plus vile, la plus dégénérée des nations, la pire esclave de Satan, venait à terrasser un peuple fort de sa foi au Tout-Puissant et beau comme le nom du Christ qu'il porte! Comment serais-je donc jugé par le Seigneur, si je ne vous poussais pas à donner votre appui à ceux qui ont la foi comme nous ? En avant donc contre les Infidèles ! C'est le moment de se battre, ce sera bientôt celui de vaincre ! Assez de cette petite guerre dont jusqu'ici les païens ont fait leur tactique! Et puis, que les voleurs d'hier soient les soldats d'au- . jourd'hui ! Au lieu de combattre des parents ou des frères, qu'on tourne légitimement ses armes contre les barbares! Ce sont des récompenses éternelles qui attendent ceux qui jadis se faisaient mercenaires pour quelques sous! Hier ils peinaient au détriment de leur corps et de leur âme, un double honneur va couronner leurs efforts. Que dis-je? Malheureux et pauvres ici, ils seront riches là-bas; ennemis de Dieu aujourd'hui, ils seront ses amis demain! Qu'on parte donc sans retard; qu'on fasse ses préparatifs et qu'on ramasse des collectes. Et aux premiers beaux jours du printemps, tous, sous la conduite du Seigneur, se mettront résolument en route *. »

Page 1