FuLcu. Carnot., Hiil, Hier,, 1. I, ch. i
Voici maintenant, fondus en un seul, les* différents discours rapportés par les historiens et qui traduisent fidèlement en substance les idées exposées par le Pape devant Timmense foule de Clermont :
« Vous pensez' peut-être, chrétiens qui êtes ici réunis à notre appel, que le désir de régler les affaires ecclésiastiques à la lumière de la foi a été le seul mobile de notre voyage.
« En vérité cette raison y est pour quelque chose, mais il en existe une autre d'une importance extrême, qui nous a amené vers vous.
« Il y a quelques années, un peuple sorti de la Perse d'Agar ^ que, par corruption, vous appelez sarrasine, s'est rué sur la cité de Jérusalem et la Terre Sainte, s'emparant de tout, livrant tout au pillage et à l'incendie; le Saint Sépulcre, je le dis avec larmes, a été profané, les chapelles souillées, les temples rasés ou livrés à des usages profanes. Les chrétiens ont été jetés dehors : les uns, faibles devant les tortures, ont renoncé à leur foi, accepté la circoncision et sont devenus Sarrasins; les autres, inébranlables, ont été exposés à tous les genres de supplices et heureux ceux que le glaive du bourreau faisait mourir de suite. Les femmes chrétiennes, très nombreuses dans les villes et les places fortes (il y en avait des régions de quelques-mis d'entre vous), que la piété avaient attirées de si loin vers les Saints Lieux, ont souffert des choses innommables que les ennemis du Christ ont su imaginer moins par passion que par leur rage contre le nom chrétien.
« Si vous êtes disciples du Christ, que dis-je? si vous êtes hommes, je vous défie de les entendre avec calme et de les tolérer avec patience.
« L'honneur du nom chrétien sollicite votre attention. Les exemples de vos aïeux, le péril immense qui vous menace si vous n'y prenez garde, enfin l'appât des récompen-
1. Mahomet était Ismaélite et de la race d'Agar, servante d'Abraham, et mère d'Ismaël. Jacques de Vitry, dans son Histoire des croisades, dit que les Sarrasins s'appelèrent de ce nom, en attribuant leur origine à Sara, parce qu'elle était une femme libre, tandis qu*ils sont les fils de l'esclave Agar.
ses, tout cela doit moins vous conduire que vous entraîner.
« En effet, nous savons, ce que nul d'entre vous n'ignore, que des Etats autrefois soumis aux Romains et la Terre Sainte sont aux mains des Turcs et des Sarrasins, nos ennemis *.
« Les infidèles, quelle honte pour les chrétiens ! ont occupé la Syrie, l'Arménie, toute l'Asie Mineure enfin, c'est-à-dire, la Bithynic, la Phrygîe, la Galatie, la Lydie, la Carie, la Pamphylîe, la Lycie, la Cilicie ; maintenant ils inquiètent l'IUyrie et les contrées du sud jusqu'au Bras de Saint-Georges. Le Saint Sépulcre, ils n'en laissent qu'une entrée libre à nos pèlerins et encore à prix d'argent, quand le Saint Sépulcre devrait n'être accessible qu'aux chrétiens, s'il restait à ces oppresseurs quelque vestige des plus ordinaires vertus. En voilà assez pour couvrir nos fronts de confusion. Et maintenant qui serait assez lâche et assez peu soucieux de la gloire du christianisme pour supporter qu'avec eux nous n'ayons pas partagé le monde h parts égales?
« Voyez-les occuper, comme le nid de leur héritage, l'Asie, une des trois parties de l'univers, l'Asie que nos pères regardaient avec raison comme égale aux deux autres en propor^tion et en population. C'est là que l'arbre de notre religion a poussé de profondes racines, c'est ce sol que tous les Apôtres, excepté deux, ont consacré par leur mort, et c'est cette terre qu'auîourd'hui, quelques misérables chrétiens, s'il en est encore, cultivent en mourant de faim, écrasés par les impôts, gémissant dans le silence et jaloux de votre liberté, parce qu'ils ont perdu la leur. Ceux-là, depuis deux cents ans et plus, occupent par les armes l'Afrique, cette autre partie du monde, et c'est là un grave danger pour l'honneur du christianisme, car l'Afrique a été la nourricière des plus brillants génies dont les divins écrits défient la rouille des siècles, tant que seront lues les Lettres latines. Les lettrés me comprennent.
« Reste l'Europe, nous n'en occupons, chrétiens, qu'une minime partie, car faut-il appeler chrétienne cette barbarie des