‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 220 sur 356 · discours · texte numérisé non relu

discours

Sarrasin frapper au cœur votre patrie, ignorez- vous la fragilité des obstacles, fleuves ou détroits, qui les séparent de vous? — Et maintenant c'est à l'Italie que je parle. Autrefois les Sarrasins l'ont occupée jusqu'à demi, si bien qu'ils ont investi Rome, le siège de Pierre, encore humide du sang des martyrs, et souillé la basilique de Saint-Pierre et de Saint-Paul. — Mais je vois ici des Vénitiens, des Dalmates et d'autres voisins du golfe Adriatique; par les luttes incessantes soutenues par leur défense personnelle contre les Turcs, ils protègent le reste de la péninsule. Bref, jusqu'ici, c'est l'empire de Constantinople qui a été le rempart pour le nord de l'Europe; c'est lui qui a empêché Sarrasins et Turcs d'accabler les Hongrois, les Polonais, les Bohémiens, les Allemands même et ensuite le reste de la chrétienté.

« Mais voici que l'empereur, depuis quelques années, chassé de l'Asie, a peine à conserver ses possessions d'Europe. A ne voir en ce moment que ce qui est devant vos yeux, si vous ne vous opposez pas aux irruptions prochaines des Infidèles, après avoir depuis tant d'années négligé le Saint Sépulcre et la Terre Sainte foulée aux pieds par le plus immonde des peuples, bientôt, à votre tour, vous sentirez celui-ci se ruer sur vous ! Vous les verrez vous ravir vos femmes, vos filles et vos enfants que vous •suivrez vous-même en pleurant dans la terre d'esclavage! Ce n'est pas ainsi, mais bien plus glorieusement, que nos pères ont étendu jusqu'aux confins du monde l'illustre empire commencé à Rome, en Italie et dans l'Europe. Par toutes les provinces fleurissait ce nom chrétien que nous voyons maintenant confiné dans un lambeau de terre et encore en péril chaque jour. Mais, dans des temps moins reculés, le grand Charlemagne, vôtre, par ses aïeux, Germains, votre roi, à vous, Français, le beau fleuron de votre gloire, mit en déroute les essaims innombrables de Sarrasins qui recouvraient l'Espagne, l'Aquitaine et jusqu'aux frontières françaises. C'est lui qui, selon une tradition répandue chez vous, les chassa d'Italie, de la Terre Sainte et de Jérusalem.

(( Après cela, comment oser dire que la nation française soit

330 LIMTIATEUR.

la seule ou la première qu'il faille appeler vraiment chrétienne, si, étant donnée sa force, vous permettez, par votre lâcheté, aux infidèles, après avoir pris et souillé le Saint Sépulcre, de prendre et d'opprimer les restes du peuple chrétien '.

« Vous savez, en effet, frères bien-aimés, et il vous importe au plus haut point de savoir comment le Rédempteur du genre humain, se faisant homme et vivant parmi les hommes pour notre salut à tous, illustra de sa présence la terre qu'il avait promise aux patriarches, et la couvrit de gloire par ses nombreux miracles et ses œuvres divines. Il n'est presque pas une syllabe des écrits de l'Ancien et du Nouveau Testament qui n'en témoigne. Certainement il Ta aimée d'un amour de prédilection et lui, le maître de l'univers et de tout ce qu'il renferme, n'a pas dédaigné d'a()pcler son héritage ce petit coin de terre : « Israël est mon héritage ! 2 » dit-il par Isaïe. Et encore : « la vigne du Seigneur des armées, c'est la maison d'Israël! ^ » Mais pour se l'être attribuée tout entière en partage dès le commencement, il a toutefois choisi comme son bien très personnel la Ville sainte, selon la parole^ du prophète : « Le Seigneur aime les portes de Sion par-dessus tous les pavillons de Jacob * ». C'est la citô de Dieu dont on a raconté des merveilles et qui est devenue le centre du monde, car le Sauveur, par ses enseignements, ses souffrances et sa résurrection, y a opéré le salut. Elle a été clioisie avant les siècles pour être témoin de tant de gloire et le tabernacle intime de si grands mystères ! Celui même qui l'a choisie l'atteste en disant : « C'est de Jérusalem, la ville de mon élection, que vous viendra le Sauveur! »

c< Quand même, à cause de ses crimes, il l'aurait, par un juste jugement, livrée plus d'une fois aux mains des impies, quand il l'aurait abandonnée pour un temps à une dure servitude, il ne faut pas croire qu'il l'ait impitoyablement répudiée, car il est écrit : « le Seigneur flagelle l'enfant qu'il aime ^, » tandis qu'il

Page 1