‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 236 sur 356 · Riant, /nven/. criL, p · texte numérisé non relu

Riant, /nven/. criL, p

d'ambition, partira pour délivrer l'Église de Dieu à Jérusalem, ce voyage lui tiendra lieu de toute pénitence *.

Si le concile ne parla officiellement quto. d'indulgences, toutefois, durant les croisades, le clergé latin regarda comme de véritables martyrs, et, par suite comme sauvés par le fait même, les croisés qui étaient tombés les armes à la main en combattant contre les infidèles ^. L'espérance de ielles faveurs spirituelles dut exercer une influence considérable sur le tempérament religieux du Moyen Age, pour lequel les grandes fautes appelaient les grandes réparations. Il est facile d'ajouter foi à ce que rapporte Pierre du Mont-Cassin. Cette universelle commotion en France serait née, d'après lui, avec certains pénitents qui se trouvaient dans l'impuissance d'expier suffisamment leurs crimes chez eux, et, rougissant de vivre parmi les leurs sans porter les armes, se seraient enthousiasmés du conseil que leur donnait le pape Urbain de faire pénitence de leurs péchés en allant arracher le tombeau du Christ aux mains des Sarrasins. Les comtes et les barons avaient des fautes à pleurer : « On leur promettait, dit Montesquieu, de les expier en suivant leur passion dominante; ils prirent donc la croix et les armes. » Ainsi ils étaient assurés que c'e qui leur arriverait de fâcheux leur tiendrait lieu de pénitence auprès de Dieu, à la condition qu'ils demeureraient fidèles à s'abstenir de leurs méfaits passés. Le signal, dit le chroniqueur, vola de l'un à l'autre, d'une province à l'autre province, comme une traînée de poudre ^.

On prit donc la croix. Quel beau et ravissant spectacle, s'écrie Foucher de Chartres, de voir toutes ces croix, de soie ou tissues d'or, que les pèlerins attachaient à leurs épaules, sur leurs manteaux, leurs casaques ou leurs tuniques, à l'injonction du Pape, en faisant le vœu de partir ! Il fallait bien que les combattants de

Page 1