‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 309 sur 356 · Cf. Geoff. Vind., ep. 2S, 1. I · texte numérisé non relu

Cf. Geoff. Vind., ep. 2S, 1. I

'{. D'après Sirmond, ces faits appartiendraient au Pontificat de Pascal IL Doni Ruinart, d'après la confrontation de la lettre 18 (liv. II) de Geoffroy et la lettre

D'après la lettre 67** d'Yves de Chartres, le roi de France ne persévéra pas longtemps dans les sentiments de repentir qui avaient amené sa réconciliation. En cette même année, il rappela Bertrade à sa cour, et le légat apostolique, Hugues de Lyon, fulmina contre lui une nouvelle excommunication.

Malgré cette sentence d'interdit solennellement renouvelée, Raoul, archevêque de Tours, ne craignit pas, aux fêtes de Noël, de poser la couronne sur le front du roi excommunié K

Les rois, en effet, avaient coutume de recevoir la couronne des mains de l'archevêque de Reims lui-même s'il était présent, ou, en son absence, des mains du métropolitain, ou encore des mains d'un autre évêque désigné par le roi pour suppléer celui-ci.

Cette sentence d'interdit lancée contre Philippe par l'archevêque de Lyon, fut confirmée par Urbain, comme le donne à entendre Yves de Chartres dans sa lettre 84% adressée à Jean, autre légat et cardinal, quelque temps après la mort du Pape. Mais Philippe ne se soumit pas à la sentence prononcée contre lui. D'après les historiens, ce fut à partir de ce moment, en punition de ses nombreuses fautes, qu'il perdit le privilège de guérir les écrouelles, et que ce privilège passa à son fils Louis VI, qui en usait assez fréquemment au moyen du signe de la croix. Cette sentence prononcée contre le roi de France fit craindre le roi d'Angleterre pour lui-même. Redoutant donc une condamnation prochaine, Guillaume d'Angleterre envoya une ambassade à Rome, afin de solliciter un sursis.

07* d'Yves de Chartres, di'*montre qu'ils se rapportent visiblonierit à l'époque actuelle.

Nous avons une autre lettre douteuse d'Urbain lia Yves do Chartres et Raninulfe de Saintes où il leur dit qu'ils ont assisté au concile d'Auvergne durant lequel le monastère de Vendôme a été mis complètement sous la tutelle du Saint- Siège. Le Pape leur ordonne d'cînregistrer celle dérision et de nr» rien faire contre elle. Ce qu'il dit, il le dit aux autres évéques.

Le ton de cette lettre parait étrange. De plus, les évoques ne sont incriminés de rien, mais seulement gourmandes. Enlin, chose étonnante, la bulle d'Urbain H (en 1004) et le privilège de Pascal II (en IlOO) en faveur du monastèn» de Vendôme sont donnés aux mêmes lieux et jour que cette lettre-ci, à Rome le 14 mans Coll. Larwenfeldy p. CC, n. 137, \mi (?) Il mars.

l. Cf, YvoN, ep. 67-C8.

Après la clôture du concile de Bari, Anselme était revenu à Rome eii compagnie du Pape et il y restait eu attendant Tissue de son affaire. Mais Tarrivée de Tambassadeur anglais, Guillaume de Warlewart, ne tarda pas à lui ôter tout espoir à ce sujet. Car, après bien des contestations de part et d'autre, il finit par obtenir, le jour de Noël, que. le sursis accordé au roi d'Angleterre jusqu'à Pâques fût prorogé jusqu'à la fête de Tarchange Saint-Michel, 29 septembre 1099. Eadmer insinue que l'envoyé du roi d'Angleterre, Guillaume, obtint cette prolongation de délai en distribuant des présents selon les instructions de son maître, avec promesse de plus grands encore pour Tavenir à ceux qu'il voyait accessibles à ce moyen de corruption*.

Guillaume de Malmesbury, généralement hostile aux Papes, ne craint pas de faire remonter jusqu'à Urbain II lui-même l'accusation de vénalité, accusation aussi odieuse qu'invraisemblable 2.

D'abord le récit d'Eadmer laisse absolument intacte la réputation du souverain Pontife, car, de ce que plusieurs personnages de sa cour se soient laissé corrompre, on n'en peut rien conclure en défaveur du Pape. Quant au récit de Guillaume de Malmesbury, il est impossible d'y ajouter foi.

En effet, pour quelle raison le sage et prudent Pontife se serait-il obstiné à refuser au roi d'Angleterre un sursis dont il n'aurait jamais privé le plus humble et le plus obscur des accusés cités à son tribunal apostolique ? Ces quelques mois de délai n'étaient-ils pas indispensables pour permettre au roi

1. Voici le texte latin trEADMER*. • Mansit orgo ibi per pliirimos (lies idem VVilhelmus, prudenter operam dando hos et illos suae causaî fautores efficere, ac ut (lomini sui voluntati satisfaceret niuneraquibus ea cordi esse animadvertobat dispertiendo, et pollicendo pani liabere.

Deductus ergo a sententia Romanus Pontifex est, ac pro voto Wilhelnii inducias iisqiicad festum sancti Michaelis dédit régi. - Histor. novor.y lib. Il, col. 418.

2. Voici ses paroles : « Cunctàttj^ < si mu Un m i\\\ \t\ coïiet?de«dmn Ln*b»mtÊ, quod luctarentur in ejus aninio .Utsi'lmi n-ligro et iiiiiiîeruïii oblaiio» «ed pra*valuit tandem pecunia. Itane onuiin suporat, omiiia i^.'pfinhK ^^ (\\*ili., SUijj., GesL, P. A. 1.127.)

• Franchement c'est une indignalinn i[uî ne sd i'ajii|*reiid jjut'n* Î 11 va JuMqifà appeler le Pape « tam venalem liominern *-, f/ôtd,)

d'Angleterre d'envoyer les témoins qu'il voulait produire et les documents nécessaires à l'examen de sa cause.

Il est évident qu'Urbain II après avoir, dans sa première entrevue avec l'envoyé du roi, fixé le débat de l'affaire à l'époque des solennités pascales, ne pouvait refuser les quelques mois qui lui étaient demandés avec les plus vives instances, par un ambassadeur spécial venu à Rome de si loin, et protestant que son maître accepterait, quel qu'il fût, le jugement à intervenir après les débats. Il ne faut pas en outre perdre de vue qu'il s'agissait d'un roi très puissant, avec lequel les circonstances et les besoins de l'Église demandaient qu'on usât d'une grande modération et d'une généreuse condescendance, d'un roi qui, depuis peu, avait quitté le parti de l'antipape, pour reconnaître l'autorité du Pape légitime. Il était d'ailleurs tout à fait dans la politique raisonnable du Pape d'user de tous les ménagements possibles, de ne pas rompre le roseau à demi brisé, ni d'éteindre la mèche qui fume encore. Urbain II n'était point père à provoquer la colère de ses enfants. En vérité, est-ce que sa vie et ses actes, sa lutte sans trêve et de tous les jours contre la vénalité des simoniaques, ne sont pas la plus éloquente défense en face de pareilles accusations ? On l'eût critiqué en toute hypothèse : temporisateur, on le trouvait vénal ; intransigeant, on l'eût trouvé despote.

Et comment supposer que saint Anselme se soit découragé de ses lenteurs, quand lui-même, au précédent concile de Bari, s'était jeté aux pieds du souverain Pontife pour l'empêcher de fulminer incontinent ? Guillaume de Malmesbury, dont la trop grande pitié pour saint Anselme eût été sans doute désavouée par la victime même qui en était l'objet, aurait dû se souvenir que c'était Anselme en personne qui avait alors arrêté le bras de la justice de peur qu'elle ne frappât. Du reste, la meilleure justification du Pape est dans l'inaltérable amitié qui ne cessa de l'unir à saint Anselme. Si celui-ci parut désirer quitter Rome pour retourner à Lyon, nul ne peut dire que ce fût par mécontentement.

Quoi qu'il en soit, Anselme ayant manifesté le désir de retour-

ner à Lyon, le Pape, qui voulait l'avoir auprès de lui pour le prochain concile fixé à la troisième semaine après Pâques, ne lui permit point de quitter Rome auparavant.

Voici d'ailleurs comment Eadmer parle de la situation de saint Anselme à Rome et des honneurs qui lui furent rendus pendant toute la durée de son séjour : « Nous demeurâmes encore près de six mois au palais du Latran dans l'intimité du Pape. Nous menions en quelque sorte la vie commune avec lui. Souvent le Pontife venait rendre visite à Anselme, heureux quand il pouvait lui ménager cette surprise et, si Ton peut dire, lui faire la cour. Il lui donna même le logement que nous occupions au Latran avec la liberté de le revendiquer comme une propriété personnelle contre tout occupant, toutes les fois qu'il viendrait à Rome. Dans les réunions de la noblesse, du collège des cardinaux, aux processions, aux stations liturgiques, partout Anselme occupait la première place auprès du Pape ; toujours les premiers honneurs étaient pour lui. Personne n'en était jaloux et lui-même se prêtait à tout avec une admirable simplicité. Les Anglais alors de passage à Rome, ajoute le chroniqueur, ne se contentaient pas de lui rendre leurs hommages; ils se prosternaient devant lui et voulaient lui baiser les pieds, comme on le fait pour le Pape. Anselme s'y refusait absolument. Pour éviter de pareilles démonstrations, il se retirait au fond de ses appartements et ne permettait pas qu'on l'approchât. Lorsque le Pape le sut, loin de ressentir quelque peine, il en fut profondément heureux; mais apprenant que le saint archevêque refusait absolument de se prêter à ces pieuses démonstrations, il fut rempli d'admiration, dit encore Eadmer, pour une si grande humilité, et pour un tel mépris du monde. Alors il ordonna à l'homme de Dieu de se laisser faire au gré des visiteurs et de ne repousser désormais aucun de ceux qui se présenteraient avec de semblables intentions. Mais la modestie du saint l'eût infailliblement porté à passer outre, si son àme n'avait craint d'être effleurée par l'ombre d'une désobéissance ^ »

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