MiCNE, CLI
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à la rencontre du bienheureux en chantant des cantiques. Robert ne parut pas soupçonner ce qui se passait autour de lui, mais, dit Thistorien de sa vie, « il traversa la foule avec ses compagnons en baissant les yeux et, adorant les desseins de la Providence, alla se renfermer dans la cellule où le Pape le renvoyait* ».
Si Ton veut juger de l'héroïcité du sacrifice qu'Urbain II lui demandait, qu'on nous permette de citer la lettre extrêmement touchante qu'il écrivit à ses frères de Citeaux dès le lendemain de son retour : « Aux frères qui gravissent les sommets de la perfection sur les montagnes de Citeaux, Robert, naguère leur compagnon, et aujourd'hui replongé dans une vallée de misères, la palme après* l'héroïque ascension avec prière de se souvenir de lui ^.
« Si la plume pouvait se faire langue, si l'encre pouvait sm>pléer aux larmes et le papier refléter le cœur, vos oreilles, vos yeux, tous vos sens, votre cœur tout entier, seraient émus pour moi d'une immense commisération. Depuis que je me suis arraché à vous, ma langue est collée à mon palais; depuis que mes yeux ont cessé de vous voir, il me semble qu'ils ont perdu la lumière du jour. Depuis qu'on m'a déchiré l'âme en me séparant de vous (de fait seulement, car de désir, nul ne le pourra jattiais), depuis cette affreuse séparation, moti cœur s'est fondu comme une cire molle; il me brûle les entrailles. Me détacher de?vous, c'est impossible, puisque nul de vous ne s'est détaché de moi ! Ceux qu'unit la charité de Jésus-Christ, la distance ni l'espace ne les peuvent séparer. Que Molesme détienne donc ma présence corporelle astreinte aux lois de l'obéissance, pourvu que Citeaux reste l'asile de mon âme. Le Très-Haut dont les décrets sont inscrutables a disposé de moi en telle sorte que, dédoublé de moi-même, ni mon âme ne sera distraite par les occupations du corps, ni mon corps entièrement privé de la joie suprême qu'il goûtait dans votre conversation. Mon âme, la meilleure partie de moi-même, ne cesse d'être