‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 318 sur 356 · Wii.L. Malsi., 1. l,Tap. Baron., XVIII · texte numérisé non relu

Wii.L. Malsi., 1. l,Tap. Baron., XVIII

uns Ten soupçonnaient. « Que tout le monde sache, comme ma conscience me le dit devant Dieu — et certes ce serait bien mal d'en appeler à Dieu pour appuyer un mensonge — que je ne suis pas retenu sur mon siège d'Angleterre par l'ombre même d'une passion humaine. Un serviteur de Dieu, qui méprise le monde, doit mépriser profondément la fumée de la gloire. C'est la crainte de Dieu qui m'enchaîne et c'est avec douleur et tremblement que je me suis laissé faire. Ah! si j'étais libre et si l'obéissance amoureuse que je dois à Dieu et à l'église, ma mère, me le permettait, j'irais bien vite me réfugier sous l'aile de la discipline régulière et sous la direction d'un abbé, pour obéir, pour être le dernier des serviteurs dans la pauvreté et l'humilité monastiques, plutôt que de régner, plutôt que d'être archevêque, abbé, de gouverner les hommes quels qu'ils soient et de commander aux âmes ou aux corps, au sein do l'abondance des biens de ce monde. Je me rends suffisamment compte de mon inutilité, de mon peu de courage, de sagesse et de valeur. Il est bien plus dans l'ordre pour moi et il m'est beaucoup plus expédient d'être le dernier que le premier, d'obéir que de commander, de servir que d'être servi. On me force à le dire. Mais j'ain\e mieux l'avouer en simplicité que de supporter que les hommes se trompent sur moi^»

Voilà l'humilité des saints. Ce qui en fait le charme comme le prix, c'est qu'elle porte l'accent d'une conviction sincère.

Quoi qu'il en soit, Anselme partit. Les routes étaient toujours gardées par les schismatiques. Guillaume de Malmesbury cite à ce propos une anecdote, qui serait une preuve, si elle est exacte, des relations secrètes que le roi d'Angleterre, en dépit de son ambassade au Pape légitime, continuait d'entretenir avec le schisme. « On raconte, dit-il, que durant le séjour de saint Anselme à Rome , un peintre à la solde de Guibert de Ravenne réussit à faire à la dérobée un portrait fort ressemblant du saint archevêque. La tête surtout était tellement frappante de vérité qu'on pouvait reconnaître sous n'importe

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