‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 319 sur 356 · Anselm., ep. IX, ap. Baiion., X»VIII · texte numérisé non relu

Anselm., ep. IX, ap. Baiion., X»VIII

quel déguisement l'illustre personnage. On en procura des copies très exactes aux sicaires apostés par Tantipape sur le chemin qui menait d'Italie en France. Anselme, prévenu à temps du piège, prit des sentiers détournés. Il traversa Tltalie sans être reconnu et franchit heureusement les Alpes*. Il parvint heureusement à Lyon , où l'archevêque Hugues le reçut avec les plus grands honneurs.

c( Le légat apostolique, dit Eadmer, accueillit Anselme, non pas comme un hôte ni comme un étranger, mais comme un supérieur et un maître. Il l'obligea partout à prendre la première place. Anselme dont l'humilité avait fort à souffrir lui opposait la plus énergique résistance. Contraint de se laisser faire, il alléguait comme excuse que, en qualité de suffragant, il devait obéissance à son métropolitain. Mais Hugues ne permettait pas à sa modestie de se réfugier là. Partout il affirmait la prééminence du prélat d'Angleterre et se déclarait son humble subordonné. Ainsi qu'à Rome, à Lyon, on décernait à Anselme le titre de saint, ajoute Eadmer. On nous réclamait avec instance les miettes de pain qui tombaient de sa table et les ablutions qui restaient après la célébration des saints mystères. Ces reliques faisaient des miracles et nous n'osions pas le dire au saint. »

Saint Anselme fixa à Lyon sa résidence, parce que, dit Eadmer, il avait perdu tout espoir de retourner jamais en Angleterre du vivant de Guillaume. Bientôt le Pape lui-même allait mourir sans avoir obtenu du roi anglais la réponse qu'il attendait en faveur d'Anselme. Celui-ci devait rester à Lyon encore deux ans, jusqu'à la mort du roi.

Le concile de Rome devait être le dernier acte officiel (ît romme la synthèse du pontificat d'Urbain II. Le digne Pape, en effet, y avait renouvelé une fois encore avec une invariable persistance ses précédents décrets contre les erreurs et ses anathèmes contre les personnes. Il y avait en outre fait un dernier et chaleureux appel aux chrétiens occidentaux, dit Ber-

1. WiLL. Malmesb., Gesi. Pontif, Anghr., 1. I. Patr. lat., CLXXIX, 1 195.

nold, les invitant à secourir leurs frères qui combattaient, en Orient, les combats du Seigneur. C'est à cette même époque, du reste, qu'il avait exhorte les Milanais à prendre la croix*.

Dociles à la voix d'Urbain, les iils do l'Eglise s'étaient levés pour défendre les droits de leur Mère. Aussi peut-on affirmer que l'un des résultats les plus immédiats et non des moindres de la prédication et de l'exécution de la Croisade fut sans contredit la complète mise en échec de l'antipape Guibert. La croisade auréolait la Papauté légitime d'un prestige universel. Dès Clermont, Guibert était vaincu. Aussi comprend-on aisément l'attitude hostile des schismatiques vis-à-vis des croisés, comme nous l'avons vu lors de leur première entrée à Rome. Ils sentaient bien que la croisade était leur défaite.

Ce qui donna à cette déconfiture un relief des plus saisissants, c'est que, à la suite du concile de Rome et de la nouvelle prédication de la croisade, une expédition s'organisa à la tête de laquelle marchait, apparemment sur la volonté d'Urbain II, Albert II, comte de Parme, le frère en personne de l'antipape 2. C'en était assez pour empoisonner les derniers jours de Guibert. II devait mourir l'année suivante, le 11 septembre llOO,

Enfin, après de longs et immenses travaux entrepris pour l'Eglise, le calme étant complètement rétabli, les forteresses que les schismatiques avaient si longtemps occupées dans la ville ayant finalement été reprises, tous les cœurs des Romains étant acquis au Pontife légitime, l'Eglise universelle ayant retrouvé une tranquillité dont elle n'avait pas joui depuis longtemps et qu'on n'eût pas osé espérer à cause de l'opiniâtreté des schismatiques, Urbain II, chargé de mérites plus que d'années, sortit de ce monde à l'époque même où la sainte cité de Jérusalem était prise par l'armée des chrétiens que le pieux Pon-

I. Sa lettre, perdue, est mentionnée dans I^ndulphe de Saint- Paul. Cf. comte Riant, Inv. crit., p. lî)5.

'i. Le comte Riant a établi en e(Tet, sur la communication du savant italien Malaguzzi, d'après la généalogie des Giberti, comtes de Parme, que cet Albert II, chef de l'arrière-croisade de 1100-1102, était bien le frère de l'antipape. {Cf. Rev, d, q, IfisL, t. XXXIY. 2l7sqq.)

tîfe avait enrôlés sous Tétendard de la croix*. Il venait de tomber malade à Rome, comme l'atteste Orderic Vital. C'est là que Dieu appela son fidèle serviteur à la récompense méritée par son zèle et ses éclatantes vertus 2. Il émigra pour le ciel, encore dans la force de Tàge, le IV des calendes d'août, le 29 juillet 1099, quatorze jours après l'entrée des croisés dans la Ville Sainte, triomphe qu'il n'apprit lui-môme qu'à son entrée dans Ja Jérusalem céleste. Comme Moïse, il ne put voir la terre promise que de loin. Il avait occupé la chaire de Saint-Pierre onze ans, quatre mois et dix-huit jours.

Il faut croire que le mal qui l'emporta fut foudroyant, puisqu'on n'eut pas le temps de le ramener au Latran de .1^ maison des Pierleoni où il se trouvait 3. Le Pontife persécuté et pèlerin ne

1. L'Égliso de Jérusalem célébrait, dès la lin de la première moitié du xn» siècle, une fête comméniorativo en l'honneur de la prise de Jérusalem. Jean de Wurz bourg, dont le voyage en Terre Sainte se place vers 1165, nous a consei-vé If» texte de la messe qui se disait ce jour-là dans la Ville Sainte. Le clergé du Saint Sépulcre se rendait processi on nellement vers Tendroi^de la muraille où les croisés avaient pénétré dans la ville, et là, un sermon était prêché au peuple. M. Kohler a trouvé à la bibliothèque Mazarinc le- texte d'un sermon, de ce genre sans doute, attinbué à Foucher de Chartres. Cf. Revue de VOrierU latin, (1900-HK)n, t. VIU, p. 158 gqq.

2. «r Erat autem, ut scribit Platina, doctrinà et sanctitate vitse quovis grandi magistratu dignus...8anctissimus Pontifex,et non opère solum et exemplo, verum «»tiam scriptis contra heroticorum dogmata Ecclésiam Dei confirmait. » Act, Boll.,(éyr.,U I, 612.

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