Codex d'Udalric, ii
6. Lios d*OsTiE, lib. III, c. lxiv. Hugues de Flavigny dit la même chose CArofi.,Ub. II, fol. 130.
revenu de ses voyages en Allemagne et en France où il avait rempli une mission apostolique et réglé avec sagesse plusieurs ^ autres affaires pour l'affermissement de TÉglise, et que d'ail- ' leurs Hugues, occupé du gouvernement de son diocèse, se trouvait également éloigné, le Pape conseilla de choisir pour le moment Didier qui était proche, quoiqu'il parût n'avoir que peu de temps à vivre. * » Mais il ne fut jamais possible de décider celui-ci à accepter le souverain Pontificat, et ainsi la chose traîna en longueur.
Déjà presque une année s'était écoulée< depuis la mort de Grégoire VII sans que l'abbé du Mont-Cassin eût pu se résoudre a répondre oui aux instantes sollicitations qui lui étaient faites. Berthold attribue ces retards aux schismatiques qui, d'accord avec l'antipape, semaient la division parmi les catholiques. Après de longs pourparlers, comme personne n'avait la garde du troupeau du Seigneur et que l'hérésiarque Guibert avec ses démons dévorait les brebis fidèles, les cardinaux réso- , lurent de couper court à la résistance de Didier. Au jour de la j Pentecôte, les abbés, prélats, évoques et cardinaux romains, réunis dans la diaconie de Sainte-Lucie ^, après être vainement revenus à la charge, demandèrent à l'abbé de leur indiquer au moins le nom d'un évéque qu'ils choisiraient comme souverain Pontife. Didier y consentit volontiers et, à l'issue d'une entrevue avec le consul romain Censius, il leur nomma Tévêque d'Ostie. On allait procéder à l'élection, quand l'un des cardinaux présents prétendit qu'elle était contraire aux sacrés canons et qu'il ne consentirait jamais à donner sa voix.
Qu'y avait-il de contraire aux saints canons dans cette affaire ? Le chroniqueur ne le dit pas. Dom Ruinart suppose que certains canons défendaient en plusieurs endroits la translation d'un siège il un autre, dans le but de réfréner les convoitises des ambitieux. Odon, déjà évoque d'Ostie, ne pouvait donc être transféré au gouvernement de l'Église romaine. Mais l'annaliste fait remarquer justement qu'il y avait de bien suffisantes rai-
l, Chrnn., III, (>5.
i. Pierre Diacre dans la continuation de Léon d'Ostie, liv. III, c. lxvi.
sons pour passer outre. Toutefois les évêques se retournèrent du côté de Didier. Il fut conduit malgré lui à Téglise de Sainte- Lucie et reçut le nom de Victor III. On le revêtit de la cappa rouge, mais jamais il ne fut possible de lui faire mettre la blanche. Aussi bien, comme il n^avait pas consenti franchement à son élection, on remit la consécration à l'année suivante.
Didier, s'il faut en croire le chroniqueur, avait averti que, si on lui imposait le fardeau malgré lui, il regagnerait son monastère au plus vite. Exécuta-t-il son dire ? On ne le voit pas clai-* rement; toujours est-il que, dès les premiers mois de 1087, en avril, un concile s'ouvrit à Capoue. Odon y avait convoqué Hugues de Lyon. Vaincu par les prières et les larmes des évêques et des princes qui étaient là, entre autres Jourdain de Capoue, le consul romain Censius et Roger, Victor consentit à reprendre les insignes pontificaux, la croix et la pourpre. Ensuite il retourna célébrer les solennités de] la fête de Pâques au Mont-Cassin pour revenir aussitôt à Rome. Le dimanche dans Toctave de l'Ascension, le 9 mai, dans la Basilique Vaticane nouvellement reprise sur le schismatique Guibert, il reçut Fonction des souverains Pontifes de la main des évêques con» sécrateurs, Odon d'Ostie et les cardinaux de Tusculum, de Porto et d'Albano.
Hugues de Lyon, comme on peut le voir longuement dans la chronique de Hugues de Flavigny, avait accusé Odon d'avoir agi par des vues humaines et contre son sentiment personnel en consacrant Victor III. Hugues sans doute eût désiré que Didier en restât là, ou que son élection fût cassée, sous prétexte qu'il y avait quelque chose à blâmer, soi-disant, dans son attitude. Mais ses vues ambitieuses se font jour dans la longue lettre qu'il écrivit à ce sujet à la comtesse Mathilde. Les expressions méchantes contre Victor et Odon viennent d'un esprit trop peu désintéressé pour qu'on puisse y ajouter la moindre foi *. Odon savait bien que l'élévation de Victor III au Pontificat suprême importait souverainement à la paix de l'Église alors