‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 49 sur 356 · Chron. Hug. Flavin,, M. G, SS., t. X, 466 et seq · texte numérisé non relu

Chron. Hug. Flavin,, M. G, SS., t. X, 466 et seq

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si profondément troublée, et, en homme prudent, il savait que le meilleur, malgré le spécieux prétexte d'un plus grand zèle pour la discipline, était de favoriser une élection qui avait du reste pour elle Tunanimité des suffrages et qui était réclamée d'urgence par les événements. D'ailleurs, Hugues de Lyon et Richard, abbé de JNIarseilIe, sont les deux seuls qui paraissent avoir fait opposition au Pontife élu. Convaincus d'hypocrites machinations, ils furent retranchés par lui de la communion des fidèles, au concile de Bénévent qui eut lieu au mois d'août 1087. Tous les Pères du concile appuyèrent cette décision de l'autorité de leur jugement. Et Mathilde, que Hugues avait essayé de circonvenir, s'attacha plus que jamais fidèlement au Pape. Toutefois il faut dire, à la décharge des deux opposants qui s'étaient à peu près ouvertement jetés dans le schisme, qu'ils revinrent plus tard à l'unité de l'Eglise.

Victor III tomba malade là même à Bénévent. Sentant sa mort prochaine, trois jours après la fin du concile, il regagna son monastère, accompagné de quelques membres du sacré collège. Sans perdre de temps, il se fit porter au chapitre et, après avoir établi Odérisius abbé, du consentement de tous les moines, il déclara que, conformément à la volonté de Grégoire, il fallait élire au plus tôt Odon d'Ostie. Odon était là. Victor le prit par la main et le présenta aux évoques en leur disant : tt Prenez-le et placez-le sur le siège de Rome ^ » Ce fut peu de temps après que Victor mourut, dans le mois de septembre. Mais à cause de la difficulté des temps, l'élection de son successeur fut différée jusqu'à l'année suivante.

Faut-il relater ici un incident qu'Orderic Vital rapporte dans son Histoire des Normands? Quelques devins, d'après le chroniqueur, auraient découvert que le siège de Rome, après Hildebrand, devait être occupé par un pontife du nom d'Odon. Odon, évêque de Bayeux, que le roi Guillaume, son frère, avait chargé du gouvernement de l'Angleterre, songea, quand Victor mourut, à se diriger vers Rome. Il essaya même de se concilier, par

1. Pierre Diacre, Chronic, Mont, Cassin., ciAcL conc.y t. VI, p. 1628.

des largesses, Tamitié des grands. Ayant gagné quelques nobles à sa cause, il se disposait à partir, quand Guillaume, persuadé qu^une telle entreprise allait être préjudiciable è son royaume, passa en Angleterre, et, dans une assemblée des notables, condamna ouvertement la conduite de son frère. Celui-ci fut emmené en Normandie et enfermé dans la tour de Rouen, où il resta pendant quatre ans *. C'est cet Odon, évêque de Bayeux, qui plus tard, comme nous le verrons, célébrera, à défaut de tout prélat français, le triste mariage du roi de France avec Bertrade. Quoi qu'il en soit, nous allons voir dans quelles circonstances le vénérable Odon, l'élu providentiel, monta sur le siège de saint Pierre.

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