‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 51 sur 356 · Somme, d'HoNomis d'Autun, M, G. SS., X · texte numérisé non relu

Somme, d'HoNomis d'Autun, M, G. SS., X

« Après la mort du pape Grégoire, Odon, évéque d'Ostie, est élu Pape et prendle nom d'Urbain. En ce temps, des globes de feu brillèrent dans le ciel et allèrent se cacher d'un pôle à l'autre. Bientôt, sortis des contrées de l'Occident, de l'Espagne et des Gaules, des peuples, des nations, des tribus, des femmes, des enfants gagnèrent l'Orient et visitèrent Jérusalem où ils couvrirent de leur sang le tombeau du Seigneur. » « Le Dieu d'Israël, comme dit Orderic Vital, allait établir le nouveau Pontife prince contre les Mahométans et lui confier la tour de David avec ses défenses contre la face de Damas. » Un nouvel astre allait briller dans la nuit du xi* siècle. Grégoire VII pouvait dormir en paix; il aurait un successeur qui reprendrait son flambeau pour en éclairer l'Occident corrompu et l'Orient asservi. « Homme d'une sagesse consommée, Urbain II marcherait pas à pas sur ses traces dans le gouvernement de l'Église ^. »

Voici comment la Chronique du Mont-Cassin rapporte l'élection d'Urbain II : Des messagers furent envoyés de la part des Romains, des Ultramontains et de la comtesse Mathilde, aux évéques dispersés, pour les prier de se réunir afin de donner un chef à la chrétienté. Les évéques assemblés, avec Odérisius, abbé du Mont-Cassin, envoyèrent alors des lettres aux clercs et aux laïques de Rome fidèles à saint Pierre , pour demander à tous ceux qui le pourraient de se réunir à Terracine, la première semaine de Carôme ; et ceux qui ne le pourraient pas, de faire parvenir leur assentiment par un tiers choisi dans ce but. De nombreux envoyés parcoururent ainsi la Principauté, la Campanie et la Pouille.

Le mercredi de la première semaine de Carême, le 8 mars, TAssemblée se réunit à Terracine en Campanie 2. Avec les évéques et avec les cardinaux romains, il y avait quarante évoques et abbés présents, et l'abbé du Mont-Cassin. Jean, évoque de Porto, apporta par lettres le consentement unanime des évéques et des clercs catholiques de Rome, et Benoît, préfet de

1 Chronique de Saint-André, lib. III, 11, M, G, SS., MU, 542. 2. Bersold (in Chron. 1088, M. 0. 55;, VII, 447) dit à tort que l'élection se fit à Rome*

Rome, celui des fidèles. On remarquait aussi les envoyés ultramontains et ceux de la comtesse Mathilde, tous ardemment désireux de reporter une heureuse nouvelle à ceux qui les avaient envoyés.

Le jour suivant, on se réunit au palais épiscopal, dans l'église du prince des Apôtres. Alors Févéque de Tusculum, debout au milieu de l'assemblée, rappela dans Tordre tout ce que le Pape Grégoire et, après lui, Victor, avaient statué relativement à l'élection pontificale. L'évêque de Porto et Benoit, se levant à leur tour, assurèrent que celui qu'ils choisiraient eux-mêmes pour la dignité suprême, celui-là serait unanimement accueilli par les fidèles et les clercs dont ils étaient les ambassadeurs. A ce moment, d'un commun accord, il fut décidé que les trois jours suivants seraient consacrés au jeûne, à la prière et aux aumônes, afin que le Dieu tout-puissant daignât enfin jeter un regard de miséricorde sur Failliction de l'Église.

Le dimanche matin, tous se retrouvaient dans la basilique, sans qu'on se fût concerté en aucune manière. Les trois cardinaux évêques qui dirigeaient le concile, ceux de Porto, de Tusculum et d' Albano, montèrent à l'ambon et, au milieu du silence général, prononcèrent d^une seule voix qu'il leur plaisait de choisir l'évêque Odon pour le souverain Pontificat. Et comme ils demandaient, selon l'usage, si ce choix était agréable à rassemblée, tous crièrent avec un accord admirable que l'évêque Odon était digne d'occuper le Siège apostolique *. L'évêque d' Albano ajoutant qu'il leur plaisait aussi de l'appeler Urbain, tous se lèvent, s'approchent de l'élu, lui enlèvent sa cappa de laine et le revêtent de la pourpre. Alors Urbain, au chant des invocations au Saint-Esprit, est emmené par la foule à l'autel du bienheureux apôtre Pierre, tandis que les vivats et les cris de reconnaissance éclatent dans la basilique. C'était le 12 mars 1088*.

Elu, il reçut l'anneau du pêcheur. Derrière l'autel, on le dépouilla de ses habits de cardinal pour le revêtir de la soutane de

1. Repente mirabili ac summa concordià omncs magna voce hoc sibi placere... conclamant. Chronic. MonL Cassin, Af. G. SS., IX, 761.

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