‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 93 sur 356 · X. — La paix. — La peste. — Urbain II s'applique a effacer · texte numérisé non relu

X. — La paix. — La peste. — Urbain II s'applique a effacer

LES MAUX DE LA GUERRE ET DE l'eXCOMMUNICATION. — Sa LETTRE A BÉRENGER.DE LiÈGE.

La paix, se faisant en Italie, se répandait en Allemagne. L'étroite union des princes est une garantie de tranquillité profonde parmi les peuples. Grâce à cette harmonie, la justice était rendue et observée partout. L'influence pacifiante des princes, entre lesquels se distinguaient le duc de Bavière et Berthold de Souabe, se faisait sentir depuis la France Teutonique et l'Alsace jusqu'à la Bavière et la Hongrie. Partisan de la paix, parce qu'elle est le principe de la réorganisation, Urbain II sut favoriser le mouvement en adoucissant la rigueur des canons dans une Sjage mesure réclamée par les circonstances. Le nombre grandissant des excommuniés avait jeté le désarroi dans les familles et dans la société. Les victimes de la censure, devenues, par la volonté de l'Église, comme des lépreux dont il fallait éviter le contact sous peine d'en prendre le mal, avaient, en se multipliant, produit l'affolement des consciences. On était mis en demeure, à chaque instant, ou de capituler comme malgré soi, ou de pratiquer l'héroïsme dans le simple accomplissement du devoir. Maintenant, à la faveur de la miséricordieuse bonté du Pape, le voyageur pouvait cheminer librement et demander un gîte à l'excommunié sans être entaché par sa souillure, l'artisan prêter son bras à tous les patrons, femmes et enfants, au foyer domestique, suivre partout le chef de la famille. Ainsi les relations sociales étaient de beaucoup facilitées et, à moins qu'on . ne l'eût d'ailleurs mérité par une volonté criminelle, il devenait possible de ne pas encourir la censure en fréquentant ceux que leurs fautes avaient rejetés hors de la communion de l'Eglise. La paix y gagna.

Mais des événements de la Providence concoururent visible-

ment à l'affermir. Les discordes s'éteignent et la charité fleurit dans les étreintes de communes douleurs. Souvent, un fléau déchaîné, en donnant le change aux esprits, en faisant réfléchir les consciences coupables, calme le flot irrité des passions. Cette année la peste sévit dans presque toute l'Europe; elle désola particulièrement la Germanie, avec tant de cruauté que, dans la seule ville de Ratisbonne, huit mille cinq cents victimes succombèrent dans l'espace de trois mois. D'après les chroniques, dans un seid bourg, il périt onze cents hommes en six semaines, et dans un autre, quarante hommes en un jour.

Cette calamité corporelle fut la source d'un grand bien pour les âmes. Ceux qui étaient atteints voyaient la mort de trop près pour ne pas s'y préparer sérieusement. Quant aux survivants, ils étaient tellement frappés du spectacle de ce fléau qui les laissait seuls debout au milieu de tant de victimes, que d'eux-mêmes ils renonçaient entièrement au péché. Les conversions abonderont. La plupart des sehismatiques revinrent de leurs égarements. Urbain II avait donné, particulièrement aux chanoines réguliers do Marbach qui venaient d'être fondés par Manégold de Lautcnbach, la faculté de recevoir les égarés dans la communion de l'Eglise 1. On arrivait .en foule à Marbach pour se faire absoudre. Alors un souffle nouveau de vie chrétienne passa sur ces contrées assoupies ou pei'verties, les abbayes se multiplièrent et les clercs indignes, parce qu'on renonçait à recourir à leur ministère sacrilège, furent plus que jamais mis au ban de la société.

L Manegoldi ad Gebchardum liber. Mon, Gcrm, De lite... I, 403. — Manrjrold vécut en diflférents monastères, à Lautenbach, puis à Rittembour^', enfin à Mai*bach, près de Colmar. Il fut un véritable flamV)eau dans le pays où il releva admirablement la foi défaillante. Urbain II le fit pénitencier, si bien qu'il restaura les règles de la stricte observance et léduisit au silence les clercs de la faction adverse. 11 fut à cause de cela très cher au Pape qui le reçut très favorablement en 1(J9() à Tours et lui confirma les privilèges de son monastère avec son titre de premier prévôt. Manégold semble avoir auparavant régi recelé de Rittembourg ou de Marbach. Urbain II dans une lettre (apud Pez. Thés, Anerd,, II, p. 191) dit : • perfilium nostrum Manegoldum magistrura scholarum... audieramus. « 11 n*est pas étonnant que ce moine ait été persécuté. Il devait passor une partie de Tannée 1(A)8 en prison.

Quoiqu'il remît toujours Tépée en gaine, Urbain II était de la race des vrais chevaliers dont il réalisait le type ainsi défini par le poète : Il écoute partout si l'on crie au secours. Établi le justicier de Dieu, il se servait du glaive de la parole pour arrêter les méchants et défendre les opprimés. C'est ainsi qu'on le voit prendre la défense de l'abbé de Saint- André de l'Ile (dans le golfe de Tarente, non loin de Gallipoli), injustement excommunié par l'évêque Godwin de Brindes; il ordonne à celui-ci de lever immédiatement la censure ^ De même il gourmande Guillaume, comte de Toulouse, pour avoir chassé de leur monastère les abbés de Moissac et de Lezat 2, et oblige l'évêque de Gahors à expulser de Moissac, dans les quarante jours, l'envahisseur' Hunold, pour y établir comme abbé Ansquilin que lui-même avait consacré. Ailleurs il réclame auprès de Durand des Arvernés la restitution aux moines de Sauxillanges, du monastère de Saint-Loup occupé par les chanoines de Billom 2, puis auprès de Roger et de Boëmond la vengeance des injustes déprédations de Geoffroy au monastère de Bantino. Une autre fois, c'est Bérenger, abbé de Saint- Laurent de Liège, irréconciliable ennemi des simoniaques et chassé de sa cellule par l'empereur Henri, qu'il console avec une tendresse véhémente en lui écrivant une admirable lettre dont nous ne pouvons nous empêcher de citer de larges extraits. C'est bien le Pape chevalier qui y parle, doux et fort, dont le regard jette des éclairs d'indignation contre les traîtres de l'Eglise, et rayonne de pitié sur les victimes du devoir. « Grâces soient rendues à Dieu à cause de vous, dit-il à Bérenger, d'avoir, en ces jours mauvais, à l'heure où la France presque entière est gisante dans les ombres de l'erreur, illuminé les yeux de votre âme de l'éclat de sa vérité, et allumé dans votre cœur, par l'effusion de son esprit, l'amour de la justice et le zèle pour la défense de la foi catholique. Qu'il soit

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