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Un papyrus bilingue du temps de Philopator

La dernière acquisition démotique importante du British Muséum consiste dans un très curieux papyrus bilingue, dont nous allons donner le texte, accompagné des commentaires indispensables.

Commençons par la traduction du démotique (1)* :

"An 12, tybi, du roi Ptolémée, fils de Ptolémée et de Bérénice, les dieux évergètes — Adonaios, fils d'Adonaios, étant prêtre d'Alexandre et des dieux sauveurs, des dieux frères, des dieux évergètes, des dieux philopators, pour la^2e (fois) (2) — Gennaia, fille de Thémistios, (3) étant canéphore devant Arsinoë philadelphe — I(s)mène, (4) fille de Kalligénès, étant prêtre(sse) de Bérénice, la dame de la force, l'évergète — Nicanor, fils de Bacis, étant prêtre, en Thébaïde, de Ptolémée, le dieu, et des dieux philopators ;

" Le grec Nicon, surnommé Pétéchons, fils d'Athénion, et dont la mère est Tsémin, dit à l'habitant de Pakerk, (5) Thotau, (6) fils de Psémin :

"Tu as donné — et mon cœur en est satisfait — l'argent de mon champ, qui fait 1 r aroures et f, — ou n aroures plus £ § — n aroures et f-, je le répète, (7) avec leurs au nxh (8) et qui (est situé) sur le neterhotep d'Amon (nommé) Pset-(n)-Amen-api, dans le quartier ouest de Thèbes, (faisant partie du) nome Pathyrite. Au sud de ce champ est le champ d'Ammonius, fils de Kallikratès; au nord, le champ de Psémin, fils de Philolaos ; à l'orient, le bourg que l'on nomme P-magdol ;(g) à l'occident, mon autre champ, qui fait 3 aroures avec leurs au nxi et que la stèle (de bornage) en sépare. Tels sont tous les voisins du champ, qui fait 1 r aroures f avec leurs au nxi ci-dessus (indiqués).

"Je t'ai donné cela. Il est à toi, ton champ susdit, qui fait 11 aroures et f avec leurs au nxi. J'ai reçu son prix en argent de

* Les chiffres entre parenthèses indiquent les notes, voir à la fin de l'article.

ta main. Il est complet, sans aucun reliquat. Mon cœur en est satisfait. Je n'ai plus aucune parole à te faire en son nom.

" Qui que ce soit au monde n'a point à en connaître. Moi, seul, je l'écarterais de toi. Depuis ce jour, celui qui viendra à toi à son sujet en mon nom, au nom de quiconque, je le ferai s'éloigner de toi.

" Que je te garantisse cela par écrit quelconque, acte quelconque, parole quelconque au monde, en tout temps.

"A toi, les écrits et les arrangements (10) le concernant, en quelque lieu qu'ils soient : tout écrit qui ait été fait (antérieurement) sur ce lieu, et tout écrit qu'on m'a fait sur cela, tout écrit par lequel je te ferai rendre justice, (n) Ces écrits sont à toi, ainsi que le droit en résultant.

"A toi, ce par quoi je te ferai rendre justice en leur nom: l'adjuration, l'établissement sur pieds (12) que l'on fera pour toi dans le lieu de justice au nom du droit de l'écrit ci-dessus que je t'ai fait. Que j'aie à faire cela, je le ferai, sans alléguer aucun arrangement quelconque, aucune parole au monde, par rapport à toi.

"A écrit Chonsthot, fils d'Hor, qui écrit au nom des prêtres des cinq classes d'Amon-ra-sonter, des dieux frères, des dieux é vergetés, des dieux philopators."

Voici maintenant l'enregistrement grec :

L «7(13) Tf/3t h 7ré7mvKep eVt rb èv AioaTrôXei tïji jtie^âXrji tbXwvlov tov è<yicvicXiov, t0' ov 'F,p/u,oic\rjç o 7rpwyfxaTev6/uevo<f, fiaaiXeî, irapa Oorevros tov ^efi/uivios kcli NV/ctoi/os, Jç icai île Te^toj/<Ttç, ' kOrjvluûvos, to ^ivopevov TeXo? eU T7jv tov è<yicvic\iou irpôaohov (i 4) àpovpivv evèeica ij/uîaovç 6<yèôov, ij(l^) èaTiv fcV Ueo-Teve/mévivCpe (l6) tov UaOvpiTov, yv (lj) â^/opâÇei irapa NÎkivvoç tov 7rpo<ye<ypa/ujU6vov icarà av^pa(prjv Al^v7nlav ibvrjç, rjv èfypayjraTO aVTtvi èv tCol tv/3i tov tryL. To irap à/itifioTépoôV tg'Xoç oktio hiofiôXov<$ èî^aXicov, èuupeas Tpiu>(3oXoi', ^aX/c (18) fj 0(19) Teaaapa<s ofîoXovs. "EipfioicXTjç o irapa Novjurjviov

" Il a été versé (échu en paiement), pour le roi, au TeXwviov de cette période de location de l'impôt, à Diospolis la grande, de l'administration duquel Hermoclès est chargé, de la part de Thoteus, fils de Psemmis, et de Nicon, lequel est appelé aussi Pétéchonsis, fils d'Athénion. (20) la taxe (le droit de mutation) échéante — rentrant dans les retenus à percevoir pour cette période de location de

l'impôt — de 11 aroures \ \. La terre en question est située à Psétenamenapi, dans le nome Pathyrite. Il (Thoteus) l'achète de Nicon, sus-mentionné, suivant un contrat égyptien que (celui-ci) lui écrivit dans le mois de tybi de l'an 13. (Ils ont versé) la taxe (le droit de mutation) pour tous les deux : huit dioboles, un dichalque ; (plus), à titre de don : un tri-obole ; (et), de cuivre ou change : quatre oboles. Hermoclès, l'employé de Nouménios."

Ce contrat a été trouvé avec un autre- contrat qui est également aujourd'hui au British Muséum, mais qui, lui, est exclusivement démotique. Le premier de ces deux contrats, celui que nous publions ici, est ce qu'on nomme, en style juridique égyptien, un " écrit pour argent," (ou de " rétribution de l'argent " ; car Teb en démotique correspond en copte à exfi-6 et à TTUUCuiie, sauf à une récente époque, où l'on écrit le e initial pour etbe = <zz> À 1 M )

Le second, qui l'accompagne, est un " écrit de cession." Tous les deux portent la même date, les noms des mêmes parties, et sont relatifs à la même vente des mêmes biens. En effet, en droit égyptien, il fallait avoir recours à deux actes de ces types pour toute aliénation. Par l'écrit pour argent, le vendeur abandonnait la propriété du bien en question, dont il reconnaissait avoir reçu le prix complet, sans aucun reliquat ; et par l'écrit de cession, il en abondonnait la jouissance. Mais quand il y avait eu ainsi aliénation complète, quand il existait un écrit pour argent, c'était uniquement cet écrit pour argent qui était à enregistrer, soit en grec, soit en démotique ; on n'enregistrait l'écrit de cession que s'il n'y avait pas d'écrit pour argent parallèle, par exemple dans les simples cessions de droits. Je crois inutile d'ailleurs de traduire ici l'écrit de cession dont on trouvera les formules tant dans mes Chrestomathies Démotiques que dans ma Revue Egyptologique, etc. Au point de vue du droit, je renverrai à mes divers volumes de droit égyptien, et particulièrement à mes deux nouveaux volumes sur l'état des biens, dans lesquels j'étudie les origines, les développements et les progrès de la propriété tant en Egypte qu'en Chaldée, etc.

Venons en maintenant aux questions assez nombreuses qui, dans notre contrat bilingue, méritent une étude détaillée ; et, pour plus d'ordre, classons les en quatre chapitres: — i°, la question des mesures superficielles ; 20, celle des monnaies ; 30, celle des impôts sur les ventes ; 4°, celle du mode de peiception des impôts.

Chap. Ier. — La Question des Mesures Superficielles.

C'est la première fois, à notre connaissance, qu'un contrat bilingue, démotico-grec, fait mention de l'aroure. Jusqu'ici, cette mesure était toujours mentionnée séparément, soit par des papyrus démotiques, soit par des papyrus grecs. Le seul bilingue existant était le décret de Rosette, qui, en ce qui concernait l'aroure, était sujet à deux interprétations. Notre contrat confirme expressément celle que j'avais donnée (page 32 de ma Chrestomatie Démotique), lorsque, pour la première fois, j'ai traduit en son entier la version démotique du décret de Rosette. J'avais dès lors considéré le mot ) )"?"* comme correspondant de âpovpa dans cette phrase :

" Il ordonna ceci aussi par rapport à la mesure que l'on exigeait par aroure du neter hotep, (et) de même (par rapport à) la mesure par aroure de vignes des neter hotep des dieux. Il abandonna (cela) à eux (aux dieux)." (21)

* kireXvaev èe ta tepa icai tï)<s cnroTeTa<ypevrj<i à profits rij âpovpa ttjs iepas 7^?} ical t^ç àp.7reklTiho,$ opoiw<$ ro Kc.pap.iov jfj âpovpa.

En même temps, d'ailleurs, je reconnaissais au mot )J~*~* une autre signification, qui est expressément confirmée aussi par notre contrat : celle de champ, que rend bien évidente cette phrase de Rosette. (C/irestomat/iie Dhnotique, pp. 14, 15 et 16.)

" Il ordonna ceci par rapport aux neter hotep des dieux et aux argents (sic), aux blés (sic), qu'ils donnent en syntaxis dans leurs temples, par année, et aux parts qui sont aux dieux dans les terres de vignes et les terres de jardins, et le reste de tous biens qui leur appartenaient sous son père, (il ordonna, dis-je) de les faire rester pour eux." (22)

Upoaéjatje èè ical tcls nrpoaôèov^ tCov iepwv, ical ràs ètèo/iéva? etç ainà Kar èviaVTOv o~W7â£ei<s, o~iriicâ<$ Te ical âp<yvpiicàç, op,oi(*)<$ èe ical ràç KuUt/Koûo-as à7ropioipas rots éteoîv, àirô re t^s â]U7re\iTièos 77/9, ical tCov

7rapaheiowV) icai tû>v aWcov twv VTrap^avrwv toÎs #eoÎ9, eVt ioû warpo? avTou, /teveiv eVt ^tvpa^.

Il était clair pour moi que dans ce texte )m // 3 UT"? équivalait à I^&^XoXl du copte, c'est-à-dire, à champ de vigne. Le mot ) )-*-* = !£.£,, eitOg^e avait donc son correspondant dans le (] | \> ou ^ \ \> hiéroglyphique, et devait avoir toutes les valeurs de ^ j(\> et de eiCD£,e. Or, en copte, ce^reiCJO&e (hier. ^^^|^>,

\ I ? Z^> 1*1 \ l ? > etc0 siSnifie aroure («™*ra). Dans ce mot composé, l'élément set est séparable de ah — eiCOg^e. Il se met tantôt avant, tantôt après, avec ou sans l'intercalation du chiffre des aroures. Il se supprime même parfois sans changer la signification, et tel était le cas dans le premier passage cité par nous du décret de Rosette, resté jusqu'ici unique dans son genre. En effet, en démotique C6T" est habituellement remplacé par v> , qui, en qualité d'idéogramme de la mesure, est suivi du chiffre, puis de ) )-*-* ou ) )-* ou J-* ) (formes diverses du mot ^ |\>). Cette assimilation a été depuis longtemps exposée par moi dans mes travaux, parmi lesquels je citerai mon livre sur le procès d'Hermias et la Revue Egyptologique (2e année, p. 152 et passim). On trouvera de bons exemples de J>~*. .. ^ ainsi traduit par moi "aroure," dans de nombreux contrats, particulièrement dans ceux de mon article sur " l'Association de Ptolémée Epiphane à la Couronne " (Revue Egyptologique^ 3e année, No. 1, pp. 2 et 3, pi. 1, 2), dans ceux de mon article sur le roi Harmachis {ibid., 11, p. 146 et pi. 50), etc., etc.

Tout ceci est bien antérieur à notre contrat bilingue, qui ne laisse plus l'ombre d'un doute sur cette interprétation. Ce qui était hypothèse très vraisemblable est devenu certitude indéniable. Il est certain que ) )~*..v équivaut à ceTeiCJO&e, et signifie aroure, àpovpa, puisque cette assimilation est expressément donnée par notre texte.

Si maintenant nous nous demandons pourquoi dans le passage du décret de Rosette tout d'abord cité par nous le mot ) )"?"* = GKJO&e, " champ," remplace le mot composé JJt>..; <-» C6T~. ei(JO£,e, " aroure," il nous faut avoir recours aux auteurs grecs qui ont parlé de l'aroure. Tous, ils sont d'accord pour faire de cette mesure la principale unité agraire égyptienne de leurs temps, comme Amten faisait du set-ah la principale unité agraire de l'ancien empire

dans la plus antique des inscriptions métrologiques égyptiennes, et comme les textes agricoles publiés par M. Guieysse dans ma Revue Egyptologique, VI, No. i, p. 23, et beaucoup d'autres textes bien connus de mes lecteurs, qu'il serait trop long d'énumérer, surtout après les compilations des dictionnaires de Brugsch, de Levi, etc., en font toujours la principale unité agraire des époques pharaoniques intermédiaires entre l'ancien empire et la période démoticocopte — de même qu'ils donnent d'ailleurs à \\^ = ClOOg^e, le sens du mot " champ.' (23)

L'aroure était en effet le champ type, tel que se le figuraient les Egyptiens, et c'est pour cela qu'encore à l'époque bysantine " mes aroures " signifiaient " mes champs," en grec même. Je citerai à ce sujet un curieux contrat grec de location, du Louvre, qui a été publié par notre collaborateur Wessely, dans le No. IV de la IIIe année de ma Revue JEgypto logique, p. 1 79 et suiv. Le fermier dit, par exemple :

et èe Kpv^rofiev v7ro<TreiK,a/Lieuoi ri eV tûv clvtwv àpovpivv êivaeiv TrpoaTifiov Xpvaîov vofiîcFfiwra eiKoat yjp v /c wç vo/uareverat. " Si nOUS volons OU

celons quelque chose (venant) de ces aroures (de ces champs), il nous faut payer une amende de quatre écus d'or, comme ils sont en cours." Il est bien certain que, dans cette phrase, ce qu'on mentionne comme donnant des produits, ce sont des champs, appelés ici aroures, et non des mesures de champs appelées aroures, considérées en elles mêmes, au point de vue métrologique.

A ce dernier point de vue, auquel l'autre se rattache du reste intimement, Hérodote nous apprend que l'aroure (type du champ égyptien) était formée par un carré de cent coudées égyptiennes sur

toutes faces '• y èe apovpa èKaiov iryyeuôv èanv Ai^vtttiujv 7ravTïj, c'est-à-

dire qu'elle comprenait 1 0,000 coudées carrées. Cette assertion d'Hérodote a été absolument confirmée par les données relatives à une mesure divisionnaire, que Peyron a eu l'insigne honneur de signaler le premier dans les contrats démotiques, et qu'il a nommée " coudée d'aroure," au cours de son beau travail sur le papyrus grec de Zoïs, p. 37 et suivantes, en l'assimilant à la coudée superficielle appelée simplement 7rrjxvs par les enregistrements grecs des mêmes contrats. Ainsi que l'a très bien vu l'illustre helléniste, un & j. l ) 2£ correspond à ce 7tïjxvç particulier et comprend cent oAÉ2^ ou ûs.^^. Il en a donc conclu que ce £/y.±__) était un 7rrj\vs de large sur l'une des faces du carré de l'aroure, avec toute la profondeur de l'aroure, c'est-à-dire une coudée de large sur

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100 coudées de long, et qu'il se divisait naturellement en cent coudées carrées ou /\^^-. Bien entendu, il admettait aussi que la disposition de ces coudées carrées pouvait n'être pas toujours celle de la supposition initiale qui avait donné naissance à cette division de l'aroure et qu'il fallait simplement traduire & ;. ±__ J2^ par 100 coudées carrées, quelque fût la place qu'occupaient les dites coudées.

C'était aussi, il faut bien le dire, une simple supposition. Mais cette supposition a été confirmée pleinement par mes études postérieures. En effet, j'ai trouvé et publié (Zeits. de Lepsius, 1879, p. 135) un contrat du British Muséum, contenant un autre calcul, cette fois décisif. Ce contrat mentionnait non seulement les mesures superficielles Vj. i__)^ et les mesures superficielles Z//.^.'^- (qui sont toujours dans la proportion de 1 à 100, indiquée par Peyron), mais aussi, pour chaque côté des propriétés mesurées, les mesures de simple longueur, en coudées ordinaires, écrites en toutes lettres meh, comme en hiéroglyphes, en démotique, et en copte — ces coudées égyptiennes, enfin, dont nous avons dans les Musées, avec leur nom, tant d'étalons en nature, si bien divisés et subdivisés. Or, tous les chiffres concordent d'une façon admirable : 10 coudées du sud au nord sur 12 coudées de l'est à l'ouest bornaient en superficie un £v. i)^ et un cinquième, ou 120 ^/K^./^-> Le ^.A^2^ (qu'il faut prononcer meh x^, en donnant à 2^ = ,r-^£> la valeur meh, (24) que ce simple idéogramme suffit souvent à exprimer) est avec certitude la coudée carrée. Quant au fameux 7rrjxv9 superficiel, qui n'est pas du tout — Peyron l'avait déjà bien vu — la coudée carrée, comme on pourrait s'y attendre, il correspondait au contraire certainement, selon sa supposition judicieuse, à 100 coudées carrées, et s'il porte le nom de ttîjxv?, c'est parcequ'en démotique il avait (tout autant que son centième, le £//. ^^) pour premier élément le signe q/ = ,^-^ meA, "coudée," à cause de son origine qui le rapportait à une " coudée d'aroure : " c'est-à-dire à une coudée de côté de l'aroure, comme l'avait dit Peyron.

Faut-il supposer cependant, d'après cela, que dans le terme démotique composé £//. £__ ) ^ , équivalant métrologiquement au vrjxv*(25) superficiel d'une coudée de côté de l'aroure sur 100 coudées de long, l'élément £v. f) signifierait aussi aroure? Pas le

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moins du monde. L'aroure n'a qu'un nom en démotique, et c'est celui que nous avons indiqué plus haut. (26)

Qu'on n'essaie donc pas, comme on l'a déjà fait, de lire ce mot arru ou aru (27) pour le rapprocher du grec upovpa. C'est là une très grosse erreur.

Qu'on n'essaie pas davantage, comme on l'a déjà fait, de lire ce mot artou, et d'y voir à la fois F " àprd/3rf " (mesure de capacité) et l'artabe (" sorte de mesure agraire "). (28)

Les deux mots qui désignent l'artabe et le Kcpâ/miov sont très différents dans le passage du décret trilingue de Rosette cité vers le commencement de notre article.

L'artabe, àprâftr}, y est rendue en démotique par le mot ,S * o ) aa (var. : )&s<})) ou a (<,), avec les déterminatifs ordinaires des mesures. Le mot Kepâ/miov y est rendu en démotique par le mot )&'%-) (29) arJ>e,ou&y.<2) (et c'est une forte bévue d'Eisenlohr (30) que d'avoir voulu lire de même la mesure de superficie £/,. ±__ )^). L'artabe, on le sait, était la mesure des céréales, et servait d'après le décret de Rosette pour les produits des champs ))"*-* de neter hotep. Le Kepàfxiov — le texte de Rosette a bien soin de nous l'indiquer — était destiné aux produits des vignes ),„ / 73 ) )-*-* = I<Lg,£.XoXl : c'est-à-dire au vin. Son nom )3'lL) (31) se rapportait à cet usage; car il signifiait mesure de arp, HpTC, 7, , <*, ) , Û <=^> -AA- : c'est-à-dire de vin.

Notons d'ailleurs que le mot a, (o), servant dans le texte démotique à traduire àpTâftrj, est employé avec la même signification dans une multitude d'autres textes, et particulièrement dans plusieurs bilingues. Deux de ces bilingues ont été publiés, en collaboration, par Wilcken et par moi dans notre premier article sur les " Tessères bilingues," qui a paru dans le No. IV de la 4e année de ma Revue Egyptologique, (pp. 183 et suivante, et pi. 9). L'un (32) est Fostracon bilingue, No. 12,618 du British Muséum, relatif à 4 artabes, ou 4 mesures a de froment. L'autre est Fostracon bilingue No. 12,640 de la même collection, relatif à 25 artabes et un tiers, ou 25 mesures a et un tiers. Dans un second article publié par Wilcken et moi sous le même titre, dans la 6e année de la Revue Egyptologiqice (p. 10), on trouve de même 82 mesures a et \ assimilées à 82 artabes et un sixième, par le bilingue P. 1570 du Musée de Berlin. Ces trois textes bilingues concordent d'une façon remar-

quable avec celui de Rosette, et ne peuvent laisser l'ombre d'un doute au sujet de la valeur et de la lecture de la mesure a (33) = àpTa/3rj, telles qu'elles avaient été déjà indiquées dans ma Chrestomathie Démotique dix ans avant la découverte de ces textes, et alors que tout le monde considérait encore comme exacts le déchiffrement, la transcription, et la traduction de Brugsch pour artou = àpiàfit), etc.

En réalité, il n'y a aucune analogie entre : d'une part, soit la traduction démotique de l'artabe, soit celle du Kepâ/uuov, soit — nous l'avons vu déjà — celle de l'aroure, et, d'une autre part, l'expression composée £>/. £)^i, servant à traduire le ttTjxv^ superficiel de 100 coudées carrées.

Mais qu'est donc analytiquement ce mot £v. i__)^ dont nous avons indiqué la valeur métrologique, sans l'avoir encore expliqué philologiquement ?

Nous avons déjà dit que le premier élément était ^ = ^r-^s>, "coudée." Quand au second élément, la lecture en est bien simple — en dépit des lectures ultra-fantaisistes qu'on en a essayées jusqu'ici. Rien n'est plus connu, en effet, que la ligature £ = ^ ten — qui entre dans le nom de la mesure de superficie en question — comme rien n'est mieux connu que la ligature ^ = £ arp, qui entre dans le nom de la mesure de vin £/y.^) arp, ou 3 /.£), servant dans les bilingues déjà cités à traduire olvov Kepâpiov. Le mot &/m $__ ) — qui n'a jamais été employé dans aucun texte pour aucune mesure de capacité, soit de solides, soit de liquides, pour aucune àp-ràfir], ( )«S • <} )), ou aucun Kepâfiiov (34) (,^/.^) ou £>y.^)), mais uniquement pour des mesures de superficie — doit tout simplement être rapproché de la

racine J^* l] çj£/] ' Jw* \ C > signifiant " diviser," pour laquelle des renvois ne sont plus à faire, tant elle est connue de tous.

En résumé meh aten est en parallélisme exact avec meh x?t- Le premier mot signifie simplement 100 coudées cprrées. Le deuxième une coudée carrée. C'est vraiment tout ce qu'il est utile d'en savoir. Si, cependant, on veut aller un peu plus loin dans l'étymologie, je dirai que meh aten signifie une " coudée de la division" ($$) c'est-à-dire une coudée de la division (par centièmes) d'un des côtés de l'aroure ;

tandis que, dans meh xet, ^A^ doit être comparé à

mot qui, selon mon cher maître, E. De Rougé, désignait le terrain

nu de Yarea où l'on battait le blé, etc., et signifie simplement ici superficie urbaine, ce qui donne " coudée de superficie."

Quant à l'aroure, dont la "coudée d'aroure," le meh aten, représente le centième — comme le meh yet représente la centième partie de cette centième partie — elle avait bien d'autres subdivisions possibles. Il faut même dire que quand il ne s'agissait pas de maisons bâties ou à bâtir (Y^\0'to7toç), mais de champs, les mesures superficielles meh aten et meh %<?/ (réservées aux terrains de ville en thébaide) n'étaient pas employées d'ordinaire. On comptait alors par aroures, et, s'il y avait lieu, par d'autres divisions de l'aroure. Ce sont ces divisions que l'étude de notre bilingue vient surtout éclairer d'un jour tout nouveau.

Ainsi que nous le disions en commençant ce chapitre, " c'est la première fois qu'un contrat bilingue fait mention de l'aroure, jusqu'ici mentionnée séparément soit par des papyrus démotiques, soit par des papyrus grecs." J'ai déjà eu l'occasion de parler incidemment dans ce chapitre de nombreux contrats démotiques relatifs à des ventes de champs, et mentionnant l'aroure et ses divisions. Je citerai aussi quatre papyrus grecs qui se trouvent dans les mêmes conditions: — 1° le grand procès d'Hermias, contenu dans le papyrus Ier de Turin, qui fait mention d'une affaire antérieure d'Hermias au sujet de champs contestés; 2° le papyrus III de la publication de Wilcken sur les papiers de la banque de Thèbes ; 30 les deux papyrus de Zoïs, relatifs à une vente publique d'aroures de jardins.

Ces deux derniers papyrus font figurer, à côté de l'aroure, des divisions fort intéressantes et — chose curieuse — identiques à celles de notre bilingue, tandis que celles indiquées dans le No. III de Wilcken s'en rapprochaient beaucoup. Mais ces divisions, isolées de celles que l'on rencontre dans les papyrus démotiques relatifs à des ventes de champs, pouvaient fort peu les éclairer. Il pouvait arriver en effet qu'en outre de la division par centièmes, que nous trouvons employée pour les terrains de ville, l'aroure eût, pour les champs, diverses manières de se diviser. Or, les divisions que l'on trouvait en démotique pour l'aroure, ne semblaient pas rentrer du tout dans aucun des systèmes des fractions égyptiennes, connus jusqu'ici. Il fallait donc, pour se reconnaître complètement dans ce labyrinthe, un guide semblable à celui que nous fournit notre bilingue actuel. Dieu soit loué ! ce guide est enfin arrivé. Nous n'avons plus qu'à tirer d'utiles conclusions pratiques.

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Lorsqu'Hérodote nous parle des aroures que partageaient les ytiax</*o/, formant l'armée nationale de l'Egypte— et qu'on voit également mentionnés dans le décret trilingue de Rosette, dans les circulaires ministérielles grecques de l'époque Lagîde, dans divers documents qui nous conduisent jusqu'au temps des Romains — il attribue à chacun de ces /llÛxiuoi douze aroures à cultiver. C'est à bien peu de chose près le même chiffre que celui des aroures que vend ici un grec épigone, c'est-à-dire le descendant d'un de ces soldats macédoniens auxquels les conquérants avaient accordé leur part de terre, à côté de la part des soldats égyptiens de race. En effet, notre papyrus nous apprend que le champ vendu par ce grec formait un ensemble de 1 1 aroures et f ou en grec de 1 t aroures ^ J.

Ces fractions, £ et J, qu'on rencontre également dans le papyrus de Zoïs à côté des chiffres des aroures, et, avec la fraction intercalaire du J, dans le N° 11 1 de Wilcken, nous font voir que les aroures de champs^avaient souvent alors la division dichotomique, — comme l'avait dit Horapollon (I, 5) en parlant du réraprov âpoîpa?, — au lieu de la division décimale, déjà signalée par nous pour les terrains de ville, et de la division par 3, employée pour d'autres mesures, spécialement pour celles de capacité, dont nous avons déjà vu des exemples dans ce chapitre, etc. D'après un texte publié par Wilcken dans ma Revue Egyptologique (VI, p. n), cette division déduplicative comprendrait non seulement la demi, le quart, le huitième et le 16e, mais le 32e et même le 64e (t, rj, X/3\ g&). Cette division dichotomique que nous retrouvons en grec et en démotique pour Yaroure ou set-a/i, nous la retrouvons aussi dans les textes hiéroglyphiques pour cette même mesure set-an, entre autres dans un jugement du temps des Ramessides qu'a publié mon cher collègue Erman (Zeitschrift, 1879, p. 75), et dans lequel on voit par exemple 70 aroures j et 10 coudées et demie, " 70J aruren io>\ elle," comme traduit très bien Erman. On voit également d'ailleurs des \, -J, J, tVj "sVj dans d'autres calculs relatifs à la mensuration des terres (conf. Eisenlohr, Die feldertexte von Edfou, pp. 14 et 15), fractions que Brugsch (Suppl. au Lex., p. 11 50) attribue avec raison au sata ou set-ah (Zex., p. 1332) "unité de mesure agraire vraisemblablement l'aroure, mesurée d'après le **~-=> ^ — *!<£," ou axoiviov^ mot qui en grec signifiait corde, chaîne, comme xennoun en égyptien.

Dans tous les cas la division dichotomique paraît assez fréquente pour les champs, si elle n'était pas exclusive.

Notre bilingue nous a permis d'en identifier un assez grand nombre d'exemples en démotique.

Et d'abord commençons par ce bilingue lui-même, qui porte en démotique : (36)

et en grec :

àpovpwv ei/èeica 7jfii(70V9 o<yùôov

En premier lieu, il est parfaitement clair que dans les groupe's \"^x. A*y on ne Peut songer à voir, après le chiffre )A = evheica, la sigle *) = f (sigle connue depuis longtemps) puisque le grec porte yjui'aov? o^hôov. On ne peut songer non plus à y voir les deux sigles démotiques bien connues de la demie et du 8e. Reste donc l'hypothèse d'une sigle composée dans sa forme, mais unique dans sa valeur et dans son fond, sigle qui rendait en bloc la fraction f, comme *) rend §, S h etc. En effet, bien que les fractions à numérateurs autres que l'unité soient relativement rares en égyptien, on en a cependant plusieurs, et le nombre semble en avoir peu à peu grossi à l'époque démotique. Peut-être pourrait-on supposer que cette sigle aura été formée, avec un léger diacrétisme, sur la sigle voisine de f, dont elle ne différait mathématiquement que par -/¥, et dont elle se rapproche singulièrement comme forme. En effet, entre ,)=§et^/=filya surtout comme principale différence une sorte de petit angle ou de petit / diacrétique ajouté à la seconde fraction.

Quoi qu'il en soit, notre bilingue ne laisse pas l'ombre d'un doute sur la valeur à donner à cette fraction ^ / = f et il nous permet de comprendre d'autres exemples analogues, parmi lesquels je signalerai surtout celui d'un contrat publié depuis longtemps dans mon article sur " l'Association de Ptolémée Epiphane à la couronne " {Revue Egypto logique, III année, N° 1, p. 2 et pi. 1). Ce texte porte :

Faudrait-il donc traduire : " 1 aroure, ou f et f d'aroure, une aroure, je le répète"?

Ce genre de calcul est, en effet, fréquent en démotique. Pour éviter les erreurs ou les altérations de chiffres on avait l'habitude de donner sous deux formes tous les comptes écrits dans les contrats :

Un Papyrus Bilingue du Te7tips de Philopaior. 15

on disait ainsi "tant d'argenteus, ce qui fait tant de sekels," ou "tant de talents, ce qui fait tant d'argenteus," ou bien encore — et cela est très fréquent pour les argenteus — " 3 argenteus, par exemple, ce qui fait 2 argenteus, plus f (ou et J), plus T\, ^ ^ Fy

Si l'on admet cette hypothèse il faut admettre qu'après la fraction ^ / f , les fractions jl signifieraient 2 plus 1 (c'est-à-dire 3) huitièmes. J'ai rencontré ces fractions multiples dans plusieurs papyrus.

Voici dans quelques-uns les nombres qu'elles complètent :

aroures 20, ou 19 aroures plus f-, (37) g, — en aroures 20 encore (papyrus de l'an 4 de Philopator, au British Muséum) ;

aroures 3 — ou 2, J, |, — en aroures 3 encore (papyrus 9416 du Louvre) ;

aroures 6, — ou 5, f , §, — en aroures 6 encore (Nouvelle Chrestomathie, P- 139); (38)

20 aroures, — ou 19(39) f §> — en aroures 20 encore.

Evidemment dans le papyrus de Bologne, où j'avais cru trouver le chiffre 20, parcequ'il était ainsi écrit dans la copie, non faite par moi, que j'en possédais :

/ ! >-*1 ut fU //£*> » ! »~* 1" »

il faut restituer

aroures 2, — ce qui fait 1 (oua) aroure plus § f , — 2 aroures encore.

On peut voir que dans tous ces textes la seule variante à noter (en dehors de ^.y= ^ /= f) c'est l'intercalation fréquente de / = <z>= pe avant les fractions, Or, en hiéroglyphes, en démotique, et en copte ce mot signifie " fraction."

Quant aux chiffres, ils concordent admirablement et prouvent complètement notre hypothèse sur x /= f, et jl, qui après cette première fraction de f, signifie certainement §, pour compléter le nombre entier.

Il est vrai que dans tous les exemples que nous venons de reproduire, le chiffre principal représentait un nombre entier, sans aucune espèce de fractions, nombre décomposé ensuite en un autre nombre moindre d'une unité, mais avec l'addition de fractions représentant cette unité.

Mais quand le nombre principal n'était pas si simple, quand déjà il avait des fractions, comment procédait-on ? C'est ce que va nous apprendre notre papyrus bilingue.

Il ne pouvait être question, pour éviter les erreurs ou les altérations de chiffres, de répéter purement et simplement les mêmes fractions. Cette répétition n'aurait garanti contre aucune supercherie. Il fallait donc trouver autre chose, c'est-à-dire, des fractions ayant pour le tout la même valeur, sans avoir ni la même expression graphique, ni, par conséquent, le même détail mathématique. Or, en mathématiques pures, \ plus § ont exactement la même valeur que f, ou encore = \ \. Il faut donc que nous trouvions en démotique une de ces deux notations. C'est, en effet, ce qui se produit ; nous n'avons pas affaire à \ J, comme en grec ; car ces deux sigles, nous l'avons dit, nous sont parfaitement connues en démotique. Mais nous trouvons \ et §, sigles dont nous pouvons parfaitement nous rendre compte.

Qu'on nous permette de reproduire à nouveau notre texte :

1 1 aroures f , ou 1 1 plus ^ §, 1 1 aroures § encore.

Nous avons déjà vu la valeur de |1 = §, qui n'a plus besoin d'être démontrée. Quant à y, qui précède jl dans renonciation du milieu, le calcul nous force à y voir un quart pour arriver au f- ; et, en effet, nous savons qu'en démotique le signe y prend souvent cette forme quand il a la valeur /= CJ = ^^ . Il faut donc conclure qu'il prend la même forme parfois quand y= i, valeur bien connue de tous.

Mais alors, me dira-t-on, la sigle / = \ se rapproche beaucoup de ^ = §. Je suis bien obligé de le reconnaître. Mais il n'y a pas identité, pas plus, du reste, qu'il n'y a identité avec la forme bien connue et voisine des ■§-.

Pour nous résumer, nous répéterons ce que nous disions au commencement de ce chapitre, à savoir que l'aroure, set-ah =

Un Papyrus Bilingue du Temps de Philopaior. 1 7

ceTGICO&e, qu'on trouve dès les plus anciennes époques, et, par exemple, dès l'inscription d'Amten, avec cette valeur, est bien l'unité métrologique fondamentale des égyptiens pour les terrains, — unité que, du reste, même sous son nom grec d'tlpovpa, nous ne trouvons nullement dans le monde grec, mais seulement dans le monde égyptien. On voit combien en cela nous différons de Maspero, qui en publiant même l'inscription d'Amten, où ne figure que le set-ah, veut n'admettre comme unique unité métrologique qu'un prétendu schoene, auquel il attribue 40 coudées, comme Lepsius l'a fait à propos du temple d'Edfou.

Les textes examinés par Lepsius et Eisenlohr pour ce prétendu schoene ne remontent guère qu'à Darius, et ils descendent assez bas. Or, nous avons traduit tous les textes démotiques, non seulement de cette période, mais d'une période beaucoup plus ancienne encore. Jamais nous n'avons rencontré autre chose que l'aroure et ses fractions diverses en démotique, comme plus tard en grec. Abstractivement donc il paraitrait assez étrange qu'on se fût servi en hiéroglyphes d'un système métrologique tout différent de celui des documents démotiques et grecs de même provenance. Mais est-il bien certain que les évaluations sur lesquelles on s'appuie aient une base solide?

Notre cher collègue Eisenlohr, (40) qui dès 1870 avait photographié les textes d'Edfou et qui les a publiés depuis, en les faisant suivre d'une intéressante étude, n'en paraît pas bien sûr. Dans son mémoire Die felder texte von Edfu, il nous dit, en effet, à propos de la mesure ^f7^ , ou ^~^~ Ç ; @ , ou **~ =* f* ; @ , dans laquelle Lepsius avait cru voir le schoene de 40 coudées, que cette mesure, d'après les exemples qu'il donne, aurait pu avoir, au moins 40 coudées, et peut-être 100 : "das v^^ Xe mindestens 40 vielleicht sogar igo ellens," (p. 7). Il conclut même qu'elle signifiait simplement mesure, en reconnaissant d'ailleurs que c'était une mesure de simple longueur. Quant à l'expression ttj eitltcnf g, équivalant à S5r"7?" j^ N <2 elle désigne simplement, comme d'ailleurs, le mot ^ ** Q * (g, , et le grec axoivîov, la chaine de mesurage, et n'en indique nullement la valeur métrologique, que Lepsius ne prouve absolument par aucun argument précis.

Il n'en est pas ainsi de l'aroure ou set-ah, que les textes hiéroglyphiques, dès les dates les plus reculées, viennent préciser aussi nettement que les textes grecs, démotiques, et coptes. Pour s'en assurer,

i8 Un Papyrus Bilingue du Temps de Philopator.

Maspéro n'aurait eu qu'à faire les calculs relatifs aux mesures agraires de l'inscription d'Amten, c'est-à-dire de cette inscription même à propos de laquelle il trouvait bon de nier implicitement l'aroure.

Et cependant, dans sa publication {Journal Asiatique, 1890, p. 382), il avait fort bien reconnu lui-même — ce qui était établi par tous ses prédécesseurs, à savoir que 1 ^ .... fj^v était identique à ^ | ^ ^\^> ou ceXGiUO^G, et que pour cette mesure agraire, l'élément set était séparable de ah — en étant d'ordinaire séparé par les chiffres (41) — et pouvait même en être supprimé sans changer le sens (nous en avons vu un exemple pour le ah = apovpa dans le démotique du décret de Rosette), — comme, ajouterons-nous, il pouvait remplacer à lui seul set-ah. Or, c'est cette mesure qui, soit sous sa forme pleine setah, soit sous sa forme abrégée ah, se retrouve seule et partout dans l'inscription d'Amten. Cette première notion aurait suffi évidemment pour la faire traduire par aroure, comme dans les textes démotiques ou bilingues que j'avais antérieurement publiés, dans les textes coptes, où ceTGKJU^e équivaut à apovpa, etc. Mais il y a mieux : l'inscription d'Amten nous donne l'évaluation de cette aroure telle qu'elle nous avait été déjà fournie par Hérodote. En effet, Hérodote nous affirme que Yaroure avait cent coudées de toutes parts, et, dans deux textes parallèles, Amten nous montre exactement la même chose.

Il s'agit d'un domaine qu'Amten avait reçu, par donation royale, en vertu d'un rescrit royal.

A ce propos, je dois dire que Maspéro a fort bien rétabli le premier des deux passages, pour lequel certains signes avaient été d'abord oubliés par la négligence du scribe, puis avaient été ajoutés après coup, avec une croix indiquant le renvoi. Voici ce passage : (42)

h =±=^= \ /vww\ ^^ TUA cENà V «"> l 1 1 £-1 xJ. V-/

" Ordre fut donné de lui transmettre par lettres royales, 4 aroures de terre, des gens, et toute chose."

Voici maintenant le second, tout à fait parallèle : (43)

"Maison (propriété) longue de 200 coudées, large de 200 coudées, bâtie, garnie de très bons arbres, ayant (44) en elle des bassins très nombreux, plantée de figuiers et de vignes — (selon) ce qui est écrit (45) dans le rescrit royal : les noms en sont sur ce rescrit royal — garnie (enfin) de vignes nombreuses où l'on fait du vin en grande quantité, car il y fit une treille, de deux aroures de terre xato> entourée de murs et plantée de (bons) pieds."

Ces deux passages concernent évidemment la même propriété ; car c'est la seule pour laquelle il soit question de rescrit royal. Or, 202 coudées de large sur 200 coudée; de long, représentent exactement un carré de quatre aroures - chiffre indiqué dans le Ier des textes, — puisque chaque aroure avait 100 coudées sur chaque face selon Hérodote, c'est-à-dire 10,000 coudées carrées. Ici, il faut multiplier 10,000 par quatre — chiffre des aroures, et nous aurons 40,000 coudées carrées, ce qui s'éloigne le moins dans la métrologie égyptienne de notre hectare actuel, avec la différence en plus résultant de celle qui distingue la coudée de notre demi-mètre.

Ce nouveau texte est donc une confirmation éclatante de celui d'Hérodote et des métrologistes grecs.

Les autres terrains dont il est question dans l'inscription d'Amten n'ont, du reste, avec ce fief aucun rapport. Jamais il n'est dit de ces 200 aroures, qu'elles ont été données par rescrit royal comme cela est dit pour la maison d'Amten et pour les châteaux royaux dont il transmit l'investiture à ses enfants. On note seulement qu'Amten les a reçues en équivalence, 'çSj M V asut expression qu'on trouve sans cesse dans les textes archaïques démotiques, pour désigner les acquêts de toute nature, par voie d'échange ou autrement. Voici ce que porte en effet un peu plus loin la suite du premier de nos deux textes '.(46)

"Il acquit en équivalence 200 aroures de terre ^(47) avec des esclaves en quantité."

De même que nous avions vu répéter deux fois la donation royale de quatre aroures, ou 200 coudées en carré, formant la demeure d'Amten, de même nous voyons répéter l'acquisition des 200 aroures.

Cette répétition avait un but. En effet, le premier texte, qui est publié dans la pi. VI de la partie II des Denkmaeler, nous fournit l'état de tous les biens dont s'était enrichi Amten. On nous y raconte comment il reçut par rescrit royal quatre aroures, comment il eut diverses fonctions pour lesquelles il occupa ( ^™ douze domaines

^P dans trois nomes, comment il reçut en équivalence *rSk ' \^

200 aroures de terres cultivables, etc., au dehors de 100 perxru qu'il recevait chaque jour du château de la reine. C'est un résumé général.

Dans un autre texte (Ibld., pi. VII) on nous raconte ce qu'il fit du domaine de quatre aroures, ou 200 coudées de longueur sur chaque face d'un carré (c'est-à-dire 40,000 coudées carrées), domaine qu'il avait reçu par rescrit royal ; comment il y planta des vignes, qui en occupèrent une moitié, etc.

Dans un autre texte, II, III, on nous donne des détails semblables sur ce que devinrent les 200 aroures de terre cultivable, précédemment énumérées : "Il avait reçu en équivalence 200 aroures de terres à blé. Il en donna 50 à sa mère Nebsent. Il y bâtit une maison pour ses enfants ; il leur donna, par permission royale, toutes les places dépendant du château royal de Honsuten (situé dans un des trois nomes mentionnés dans le premier texte et où il avait possédé 12 domaines), et il donna (à cette occasion) à ses enfants 12 aroures de terre arable, avec des esclaves et des bestiaux."

Ces divers états se complètent donc l'un l'autre et ne peuvent être séparés 5(49) leur comparaison démontre avec certitude l'identité des quatre aroures et des 40,000 coudées carrées.

On ne saurait s'étonner assez de voir Maspero repousser toute autre mesure que le prétendu schoene, à propos d'un texte qui n'a jamais le schoene en question, mais toujours l'aroure, et qui évalue cette aroure en coudées avec une exactitude absolue.

Nous reviendrons, du reste, bientôt sur toutes ces questions. Pour le moment nous nous bornerons à dire : i°, que l'aroure était la principale unité métrologique des égyptiens; 20, que le xet->

ou xennou^ ou <rxotl/l'ov> désignait partout une unité de simple longueur, une chaîne, dans laquelle on a trop voulu voir la chaîne actuelle de nos arpenteurs, souvent longue de 20 mètres, mais dont cette mensuration précise reste tout au moins douteuse, et qui, dans tous les cas, même au carré, avait un rapport métrologique étroit avec l'aroure, spécialement usitée comme mesure de superficie.

Quant au | P D HEEE, dont Brugsch fait le quart d'aroure, Horapollon (50) semble en avoir visé le hiéroglyphe, dans son célèbre passage sur le signe du quart d'aroure employé dans certaines notations astronomiques. Ce hesep, en effet, paraît avoir eu une toute autre valeur que celle que Maspero indique dans son mémoire déjà cité, puisque d'après son propre témoignage, le même mot était employé pour désigner des domaines à grande culture, au lieu de représenter, à peine, selon son évaluation, le sol d'une très petite maison. Ajoutons, du reste, que toute la théorie de Lepsius sur le schoene carré, théorie qu'il a exprimée pour la première fois dans la Zeitschrift de 1865, p. 96, et suivantes, lui a été inspirée par l'ouvrage de Hulsch {Metrologicorum reliquiœ), (51) qui venait de paraître l'année précédente, et dans lequel (p. 39, et passini) le métrologiste en question avait comparé le axoiviov de dix orgyes à l'ancien anima des égyptiens — mesure parfaitement inconnue d'ailleurs aux égyptologues, et qui est, sous la forme ammatu, un des noms de la coudée chaldéenne. Mais aucun calcul précis ne vient, nous l'avons dit, appuyer des conclusions de ce genre et, pour nous, nous croyons avec beaucoup de nos collègues que le xe ou xennou^ n'était que la corde de mesurage servant à évaluer le côté de l'aroure, dont il était l'équivalent en longueur (100 condées), ainsi que suffirait à le prouver ce passage célèbre de Dendérah publié par Mariette, etc. : —

AAAAAA

"Quant au champ d'Osiris sur lequel on plante, il fait 2 xe* noua du sud au nord sur 2 xet nouh de l'ouest à l'est, ce qui fait 4 aroures."

-Ce calcul est tout aussi net que celui que j'avais publié dans la Zeitschrift et Lepsius (1879, p. 135), et qui assimilait avec certitude

la longueur du meh xe* en donnant à un champ ic coudées du sud au nord sur 12 coudées de l'ouest à l'est, ce qui fait 120 meh xet ou coudées carrées. On peut donc, je crois, considérer la question comme terminée — au moins jusqu'à preuve du contraire.

Voici maintenant un tableau figurant la série des mesures agraires, basées sur l'aroure pour unité et calculées d'après une division théorique, qui, portant sur un des côtés pour aller de là jusqu'au bout, constituait ainsi des parallélogrammes réguliers d'une longueur toujours invariable de cent coudées.

oure. Coudées de large.

Coudées superficielles.

Coud

ées d'aroure.

IOO

IOO

Ji

Là s'arrête la division déduplicative de l'aroure, telle que nous la trouvons dans les documents les plus récents, grecs ou hiéroglyphiques. Il ne paraît pas qu'on soit allé beaucoup plus bas : car au delà du 64e, entre ce 64e et sa moitié, ou 128e, on rencontrait une nouvelle unité, la coudée d'aroure, le sriJxvs des enregistrements grecs, le £7. i)^ des textes démotiques, représentant un 100e d'aroure, une coudée de large, 100 coudées carrées, ou , ,\ ,503^.(53)

Il faut remarquer qu'à la récente époque, sous les Lagides, on faisait comme on fait actuellement chez nous, c'est-à-dire qu'on calculait les terrains de ville par une des petites unités, au lieu de les calculer par les grandes unités. Chez les égyptiens la petite unité qu'on avait prise pour étalon métrique des terrains de villes était le 7r?)xv<î de 100 coudées carrées : cette coudée d'aroure £7. ± J ^ que nous trouvons mentionnée au nombre de 14 et plus dans les contrats ; tandisque pour les biens de campagne l'unité était toujours l'aroure et ses divisions successives, c'est-à-dire : d'abord la division déduplicative, puis la division par centièmes, ou coudées d'aroure, etc.

Cette distinction ne semble pas avoir existé du temps d'Amten, qui calcule l'étendue de sa propriété, de sa "maison," en aroures (tout en indiquant la longueur des quatres côtés en coudées),' exactement comme il calcule l'étendue de ses champs en aroures (mais cette fois sans l'évaluation en coudées de côté).

Tout ceci est nécessaire pour faire comprendre les fractions déduplicatives de l'aroure que nous rencontrons dans notre papyrus bilingue.

En effet, § d'aroure formaient 6,250 coudées superficielles, à ajouter aux 110,000 coudées superficielles contenues dans les 11 aroures, pour traduire en coudées la surface totale vendue par Nicon, ci: 116,250 coudées carrées.

Passons maintenant aux monnaies.

Chap. II. — La Question des Monnaies,

Notre papyrus fait mention de trois sommes d'argent distinctes : la ire, de 8 dioboles et un dichalque ; la 2e, d'un triobole ; la 3e, de 4 oboles. Quant aux talents et aux milliers de drachmes qu'on rencontre dans tous les autres enregistrements grecs, il n'en est nullement question.

Pourquoi cela?

Serait-ce parce que le bien vendu serait de moindre importance ? On ne saurait le supposer. C'est, avec le No. III de Wilcken, le plus grand de tous les terrains vendus dont nous parlent les papyrus démotiques et grecs.

Est-ce, au contraire, parce que la monnaie n'est pas la même, ou, pour parler plus exactement, parce que l'étalon monétaire n'est pas le même ? Oui, certainement, et je dois dire que cela confirme absolument mes recherches — tranchons le mot — mes découvertes antérieures sur les monnaies égyptiennes.

J'ai établi, en effet, le premier, spécialement dans ma Revue Egyptologiqut (3e année, p. 92 et suiv.), (54) exclusivement d'après us textes démotiques traduits par moi: i° que l'étalon monétaire avait été en Egypte, jusqu'à Philopator, l'unique étalon d'argent ; 20 que, sous Philopator, cet étalon d'argent, resté toujours principal, avait été doublé, pour ainsi dire, par un second étalon, de cuivre, avec la proportion légale de 24 outen de cuivre pour 2 kati d'argent, c'està-dire de 1 à 120 — proportion qui est déjà indiquée dans un prêt de l'an 5 de Philopator, (55) — alors que tous les autres contrats du même règne (56) font encore exclusivement mention de monnaies d'argent ; 30 que cette possibilité des deux monnaies, en proportion légale, mais avec prédominence de l'étalon d'argent, que l'autre vient seulement remplacer, est encore indiquée sous les rois éthiopiens qui s'emparèrent de Thèbes à la mort de Philopator, et y régnèrent

20 ans ; 40 qu'Epiphane substitua définitivement, dans l'usage ordinaire, l'étalon de cuivre à l'étalon d'argent, tout en laissant la proportion légale de 24 outen de cuivre pour 2 kati d'argent, proportion qui subsista jusqu'à la fin des Lagides, et qui, spécialement stipulée pour le cuivre, servit toujours à distinguer d'une façon plus nette, en démotique, les monnaies de cuivre (5 7) des monnaies d'argent.

Quoi d'étonnant dès lors si les enregistrements de basse époque font toujours mention de milliers de drachmes et de talents, de cuivre, alors que les textes antérieurs ne parlent que de sommes beaucoup plus modestes, d'argent. Ces textes antérieurs à Epiphane, nous en avions plusieurs en grec même, que j'avais signalés et publiés — entre autres, le célèbre papyrus Sakkakinis, pour la première fois expliqué par moi au point de vue monétaire ; mais aucun n'était daté d'une façon précise, comme notre contrat bilingue de Philopator. C'est donc encore une confirmation éclatante de tout ce que j'ai dit.

Mais, pour me faire mieux comprendre, il faut que j'entre ici dans quelques détails sur l'ensemble de mes découvertes monétaires. Je vais d'abord résumer en quelques mots ce que j'ai longuement établi, pièces en mains, dans la seconde année de ma Revue Egyptologique (doublée par moi à cette occasion), et dans de nombreux articles : tant de la 3e, de la 4e, de la 6e année de la même Revue, que du Congrès des Orientalistes de Berlin, de la Revue Archéologique, de celle de la Société de Numismatique, de la Zeitschrift de Lepsius, etc. Puis j'y joindrai les nouvelles découvertes faites par moi récemment et qui sont encore complètement inédites.

Ce que j'ai tout d'abord établi, ce fut l'échelle même des monnaies égyptiennes à l'époque ptolémaïque, monnaies au sujet desquelles Brugsch avait, jusque-là, multiplié les hypothèses les plus invraisemblables et les plus contradictoires. (58)

Cette échelle, confirmée par des milliers de calculs (car, nous l'avons dit déjà, on écrivait d'ordinaire en deux monnaies diverses ; par exemple, en sekel, ^ptp, et en argenteus-outen, ou en argenteus - outen et en talents, — kerker = Érïlt<5"U5p="D3, — les sommes exprimées dans les contrats, afin d'éviter les erreurs ou les altérations de chiffres), — cette échelle, dis-je, fut ainsi établie par moi :

i° Le \ kati, ou drachme, 20e de l'argenteus-outen. (59)

20 Le kati = didrachme (KITG = didrachmon), 10e de l'argenteusouten.

Un Papyrus Bih 'figue du Temps de Philopator. 25

30 Le sékel = tétradrachme, cinquième de Pargenteus-outen ;

40 L'argenteus-outen, valant 5 sekel, 10 kati ou 20 drachmes;

50 Le talent (kerker), identique au talent grec de 6000 drachmes, et qui, par conséquent, comprenait — comme nous l'apprennent tous les calculs — 300 argenteus, ou 1,500 sekel.

Je ne descendis pas d'abord au dessous du demi-kati ou drachme ; mais, il me fut facile de le constater, ces divisions que je trouvais pour l'argent, lors de la première période de l'étalon d'argent, je les trouvais aussi, lors du second étalon, pour le cuivre, dont 24 outen équivalaient à deux kati d'argent, c'est-à-dire, dont la proportion légale était de 1 à 120. Il y avait sous ce rapport isonomie parfaite de poids et de régime entre l'argent et le cuivre ; et je signalai dès lors, dans les monnaies de cuivre ptolémaïque existant dans les collections, toutes les monnaies parallèles aux monnaies égyptiennes de compte d'argent — y compris le staûre de cuivre, déjà nommé dans les papyrus grecs, et l'outen de cuivre, équivalant à l'obole d'argent et à 20 drachmes de cuivre. Quant au talent et à la drachme de cuivre, les papyrus grecs en faisaient depuis longtemps mention.

Tout ceci avait été établi sans le secours d'aucun bilingue. Mais les bilingues arrivèrent bientôt en foule pour confirmer toutes mes conclusions sur la valeur des monnaies — comme ils arrivent maintenant pour confirmer mes conclusions sur les étalons monétaires.

Je pus publier, pi. 54, No. II de la IIe année de la Revue Egyptologique — c'est-à-dire immédiatement après avoir imprimé tous mes calculs — un bilingue tout à fait décisif, qui porte au British Muséum le No. 5,849. Le voici : —

LAÀ eVe«0t 1H TâOavTi? Z/ui'vto<? Kal Taaifiis Z/nivio? Tifm)v ij3iora(fieiov Kal rrjç 7rpo(fir]Teîa<} icai rov yfucrovs rrjç ètvpeas rrjç 7^s, -rçç fiérex^t ro C7râvtv IfiioTÛcfieiov, 70 rjfiiav è* r} A.ivpiivvo? rov TOTrapyr\Gavio<ï tov 7repiGt]fîa<ï tottov ' à 7rpoae^aKovTO Tatvi Kal Zfxlvis et 'Ovo/JLapxov 7rpaKTopo^ twv fiaoCkiKUJV Kal /LLe^e^ourai) TaOavTei Kal Taàifiet e«ç 7r\rjpio(Tiv f g j J èfièojbtijKOVTa

Immédiatement après cela, on lit la souscription démotique suivante:

" a écrit (ou a souscrit) Nesmin (Z/uWç) à trois argenteus-(outen) et 5 kati."

D'après les calculs que j'avais fait antérieurement à la date où je pus étudier et publier ce bilingue, un argenteus-outen équivalait à 20 drachmes, et 5 kati à 10 drachmes ; total : 70 drachmes ; et c'est précisément ce que porte le texte grec.

Quelque temps après, dans le No. III et IV de la IVe année de la Revue Egyptologique, p. 184, Wilcken et moi, nous eûmes l'occasion de publier un autre bilingue non moins instructif, l'ostracon 12,623 du British Muséum. On y lit pour le Grec: (60)

hva <fiafie(vuoÔ) Te réraicrai eVi rrjv èv KoV^tou) Tpâ(7reÇav) a7royUo/(/>aç)

Kai è7rap{ovplov) va L <î>a7pïjç U^oi'pto? êtà Tlo\(v}èeviCTOV rj . . . ep

èiaxiXlas è7naKoala<i 7r//3'Y>~7r iepàs 'A/jl/aûvos ^tX/aç ègaicoaias LÇ^Kovia

Ke0â(\cuo^) ù"\{ro

Et pour le démotique :

2r /hjj ... j° j»~S » zS » a^1 /.

" De la main du pastophore pour Phetar, fils de P%er, pour

l'orge (nés — ^^, \^[)> (61) argenteus-outen 139; pour champs (sacrés) d'Amon, argenteus 83."

Ce calcul est tout à fait exact; 139 argenteus-outen correspondent exactement à 2,780 drachmes, comme le porte le texte grec pour le premier article, le nés ou orge ; et 83 argenteus-outen correspondent exactement à 1,660 drachmes, comme le porte le texte grec, pour le second article, relatif à la terre sacrée d'Amon.

Dans le No. 1 de la sixième année de ma Revue Egyptologique, p. 7, nous avons également publié, Wilcken et moi, un bilingue fort curieux portant au Louvre le No. 8,100, et relatif au nés, c'est-à-dire à l'orge.

> On y lit :—

(sic) tTOi'(ç) *> XotaX ** T(eTa/CT«<) eVi r7jv iv A(tbo)7ro(\eî) ry pe^(a\rj) Tpâ^TreÇav) ci7ro/uoi'(pa<i) *> L 'E/net-ç 'lp:ov0ov èurx1^1'** àiaKo(aîas) Trjpair A(iovv<rio<i) T/)a(7re^/T?/ç)

Le démotique signifie : " An 6, le 7e de l'orge pour la part (62) (d'Amon), 126 argenteus-outen. "(63)

126 argenteus-outen correspondent en effet exactement au chiffre /3'0/c, 2,520 drachmes, qui est mis à côté. Ce chiffre indique la

somme totale à laquelle on était arrivé par différents à-comptes, dont le dernier était de 2,280 drachmes, somme indiquée plus haut dans le reçu comme perçue le 25 choiak.

Dans un autre bilingue, publié par nous dans le même article (p. S), ce n'est plus à la somme totale, mais à l'à-compte payé sur l'impôt que se rapporte la traduction démotique. On y lit, en effet :

Li//3 0aô>0/ ta à7ro/no(tpa?) icai èirap(ovplov) vfiYi ReXTo/u/uiç Tlep/uâ/nÇio^) Tpia^tXc'aç rpiaicoata? £ ) ^. rff$; 2 *%— 4

Le démotique porte 168 argenteus-outen, ce qui correspond exactement à l'à-compte partiel qui précède immédiatement : 77^, c'est-à-dire 3,360 drachmes. Ces 3,360 drachmes avaient été payées le 1 1 Phaophi, et faisaient avec les à-comptes précédents un total de 7'^, c'est-à-dire de 3,700 drachmes.

C'est aussi à un à-compte partiel que se réfère le démotique dans le bilingue suivant, que nous avons donné dans le même article, et qui porte à Berlin le No. P. 323 :

(sic) Avffl7T7r09 Alhv(flOv) KCll A/u(û))vtÇ 7T/0«(lCTO/0eç) àp^(vpiKrjç) 'E\e0-

(avTÎvrj?) eu) /3o?/0(ot)). Aiéyp^aip-ev) M^o0<\(oç) [leîÇ^ivv) ' ' Opfi(ae7ho<s) /iirj{jpb<s) THrâ(jtos) ii7r(ep) /uepia(/uou^ gkott .... IBL j è Kcù 'ApTT^aîjai^ vioç V7r(ep) juepicrjuov okott . . . IBL J è LIB fie^Çip) iÇ

Le démotique: sekel ua, "un sekel," correspond évidemment à J£, 4 drachmes : et nous avions dit précédemment que le sekel, 5e de l'argenteus-outen, représentait ce tétradrachme si fréquent dans les monnaies gréco-égyptiennes de ce temps.

Le demi-sekel répondait au kati (10e d'argenteus outen, selon notre calcul). Et c'est ce qu'affirme en effet expressément le bilingue 10,311 du Louvre acheté par nous à Thèbes pendant notre mission en Egypte :

) S—5 )^3Aa ?) >o 'l/j.^ t )/. Po ^ l^ofjl^-U^

) vo JJ 6 V> A • ) • ) ¥Z 4J ' //J 16 3*1 6 ) 'oA % )»A 1))Jj{'o^)x,

" A apporté Tsémaut, la femme de Petosor, 1 kati — ou | sekel — 1 kati, je le répète, dans les argenteus que redoit (64) Petosor, son mari, pour 2 z\ jours. A écrit Hor, fils d'Horut'a, l'an 14, méchir 25."

28 Un Papyrus Bilingue du Tetnps de Philopator.

Le grec porte ici :

LIA fie^elfi Te \ èvo.

Or 2 drachmes = i kati ou ^ sekel.

La drachme elle-même, quart du sekel, correspondait d'après notre calcul à un demi-kati, et c'est ce que confirme un autre bilingue que possède notre ami Wilbour, et que j'ai étudié lors de ma dernière mission d'Egypte. Le démotique porte : —

"A apporté Pitotros un demi kati, pour le sel de l'an $$(?). A écrit Pahétar, fils d'Horsièsé. Ecrit en l'an 34, 21 Thot." Le grec a :

âXucîj? tov

LAAJ.A

Tout est exact dans cette traduction, sauf que l'impôt payé en l'an 34

se rapporterait au sel de l'an t>Z selon le démotique, et au sel de l'an

34 selon le grec.

Au point de vue des intérêts de la perception il y a là une notable différence.

Quant au kati — dixième d'outen-argenteus, et répondant au didrachme attique — il est traduit comme tel dans un autre bilingue de Berlin (p. 1,153), publié par nous dans l'article déjà cité (p. n), ainsi, du reste, que dans d'autres ostraca que j'ai pu étudier lors de ma mission d'Egypte. Voici, par exemple, celui de Berlin : —

L È>- (fia/LievwO ia â\iK?j<ï èià ^ivarpârov m'/3e\0*ç i- £- C ^ — Tat/é^aTis S = ^

Les chiffres partiels indiqués ici, sont i°, une drachme, un demi obole et un quart d'obole ; 20, 5 oboles et un quart d'obole (tétartémorion). Le total fait deux drachmes, ou un kati ; et c'est ce qu'indique le texte démotique : —

laj )*/

" A écrit Psémont ... sur un kati (pour l'impôt du sel) en compte." Il me faut remarquer ici que si mon cher collaborateur Wilcken

(comme maintenant bien d'autres) lisait si bien les sigles des monnaies inférieures à la drachme, c'était à moi que tous ils le devaient, et Wilcken a eu soin de le dire. En effet, jusqu'à moi, les hellénistes ignoraient tous la valeur de ces sigles, qu'on rencontre dans un grand nombre de papyrus grecs. La publication académique des papyrus grecs du Louvre, et toutes les autres publications antérieures à ma découverte, aux articles que j'y ai consacrés dans la Revue Archéologique et dans ma Revue Egyptologique, en font foi.

Et cependant on avait depuis longtemps une clef parfaitement suffisante dans le papyrus grec Sakkakinis que notre illustre helléniste Mr. Egger avait traduit — moins les sigles — dans une lecture faite en 1873, à l'académie des inscriptions et belles lettres, devant des hellénistes tels que mes vieux amis Brunet de Presle, Miller, etc.

Quant aux sigles monétaires, restées pour lui lettre morte, voici ce qu'il en disait : —

" Les difficultés d'une telle tâche " (le déchiffrement de notre papyrus) " sont grandes, même pour un philologue depuis longtemps familier avec l'étude des papyrus greco-égyptiens. En effet, les signes numériques que nous présentent les papyrus de ce genre ne sont pas encore tous expliqués. Même après les efforts de Peyron, de Letronne, de Brunet de Presle, quelques-unes de ces notations restent pour nous des énigmes, d'autant plus obscures que souvent elles sont tracées avec négligence et réduites à de simples sigles. . ."

Et plus loin : —

" Les notations numériques que nous offre le papyrus Sakkakinis sont dignes d'une attention particulière, et pour leur forme et pour leur fréquente répétition, qui permettra un jour, je l'espère, d'en trouver la clef. . . Outre les lettres proprement dites et le signe désignant l'année, ces sigles me paraissent se ramener à huit ou neuf, dont voici la forme "

Puis, après le tableau de ces sigles monétaires, dont pas une ne pouvait être comprise par lui, il ajoutait: —

" Une première conclusion qui ressort de l'examen du tableau cidessus, c'est que les signes numériques en question ne représentent ni des poids ni des mesures, puisqu'on en voit appliqués même à des valeurs abstraites, comme des frais de route et des journées d'ouvriers. Ils marquent donc le prix en monnaie de ces objets divers, et s'il y a quelque chance de les expliquer, ce doit être par une comparaison méthodique avec les signes employés sur d'autres registres pour les mêmes objets."

Malheureusement, ainsi que je le remarquais dans mon article, consacré, du vivant de M. Egger, à cette même question, article dans lequel je donnais déjà tous les extraits qu'on vient de lire, cet illustre maître n'avait pas porté sa comparaison sur les sigles analogues qui se trouvaient dans certains papyrus grecs du Louvre, publiés par lui-même auparavant — toujours sans lecture ni même copie sérieuse de ces sigles, — mais au contraire sur les chiffres relatifs à Yétalon de cuivre, qui n'avaient aucun rapport quelconque soit avec ces sigles, soit avec, les valeurs en argent, notées par ces sigles.

Tout resta donc dans le même état qu'auparavant jusqu'à ce que, près de dix ans après Egger, il me vint à l'idée d'étudier ce problême pour compléter mes études sur les monnaies égyptiennes. Je n'eus pas de peine alors à reconnaître que ces calculs étaient pourvus de nombreuses additions régulières, qui nous donnaient la clef des sigles ; et j'en dressai le tableau suivant, dès le ier No. de la 3e année de ma Revue (1883) : —

X Chalque §- d'obole, 48e de la drachme.

y — Tétartémorion {\ d'obole).

C Hémiobole.

— Obole.

— Diobole.

S Triobole.

S — * Triobole et obole.

S — Triobole et diobole.

J'ajoutais: "Ces sigles se retrouvent dans les papyrus Sakkakinis, 60 bis, 62, 66, du Louvre de Paris, XXXI du British Muséum, et de Leide, les papyrus du Zoïs, etc. Voici un des comptes du papyrus Sakkakinis, contemporain de l'étalon d'argent: — (65)

jueatvpT] a

uproi 7/

7ÙpC)(0<$

gv\a C ko\okvi>0. C t> a\es If

yac

Un Papyrus Bili?igue du Temps de Philopator. 3 1

(Solde du co??ip te précédent) : 3 oboles = 60 drachmes de cuivre.

ier Mesoré,

Pains, 1 obole et 1 tétartémorion = 25 „

Salaisons, t obole ... ... =20 ,,

Bois, 1 hémi-obole ... =10 „

Concombre, 1 hémi-obole et 1 tétart. =15 ,,

Sel, 1 tétartémorion ... =5 „

Total : 3 ob., 1 hémi-ob. et 1 tétart. = 75 drachmes.

ce qui fait (y compris ces 3 oboles de solde du compte précédent), 1 drachme, 1 hémi-ob., 1 tétart. = 135 drachm. de cuivre.

Dans les Nos. suivants, je publiais d'ailleurs le papyrus Sakkakinis, et je traduisais tous les autres exemples analogues des sigles monétaires. Depuis ce temps-là — et depuis ce temps-là seulement, — elles sont définitivement entrées dans la science ; et les hellénistes allemands — Wilcken en tête — s'empressèrent d'admettre toutes mes conclusions et d'en profiter. Reinach, seul, semble les ignorer actuellement dans son Manuel dEpigraphie: comme Brugsch semble ignorer mes conclusions non moins certaines sur les notations démotique des monnaies égyptiennes.

Hâtons-nous de dire, du reste, que ma découverte sur les sigles grecques des monnaies inférieures à la drachme devait peu à peu me conduire à la découverte des correspondants démotiques de ces mêmes sigles.

Déjà dans les Nos. III, IV de la 4e année de ma Revue Egyptologiçue, je publiais plusieurs bilingues donnant l'assimilation de la sigle du diobole. En voici deux : —

Ostracon 14,203 du British Muséum.

3 /Ml A )

" Pethor, fils de Panofré, et ses gens (ont apporté) leur diobole, prix du xeiP0V^l0V de Pharmouthi de l'an 30. A écrit Néchutès, en l'an 30, le 12 Pachons."

Le grec porte : —

ireirTWKF.v tov (fiapfioî'Oi =

Ostracon 58,370 du British Muséum.

VaH /(o),.LJU)on HZAf/.3

^/vA)^.),r-M/|6

"Xarbas, fils de Petnofréhotep, et ses gens (ont apporté) leur diobole, comme prix du xelPov^iOV en l'an 3° Pharmouthi. A écrit Nesmin, en l'an 30, Pachons 14.

Le grec porte : —

7re7nu)Kev rot) (pap/novOi =

Il était clair d'après cela et d'après plusieurs autres exemples recueillis alors par moi, que le sigle du diobole était 4 en démotique.

Mais je viens d'en avoir une confirmation éclatante dans des comptes du temps de Tahraka et d'Amasis que possède le Musée du Louvre, et qui nous donnent la série presque complète de toutes les fractions correspondant aux sigles grecques, et cela, à une époque bien antérieure à l'invasion des Grecs en Egypte, puisqu'elle remonte jusqu'aux grandes luttes des Ethiopiens et des Assyriens. Qu'on me permette d'entrer ici dans quelques détails sur cette découverte, plus importante encore peut-être que toutes mes autres découvertes monétaires, et qui nous fait assister à l'origine véritable de la monnaie grecque.

A considérer largement les choses, on est d'abord fort embarrassé pour trouver l'origine des monnaies de la Grèce ; car certaines grosses unités transportées par les besoins du commerce international se retrouvent à peu près partout, à peine modifiées, dans le monde antique.

Il en est de la Grèce des temps presque héroïques comme de notre Gaule à l'époque de Jules César et à l'époque des Francs. On sait qu'en Gaule on frappait des Philippe de Macédoine, avant l'arrivée des Romains ; et des empereurs byzantins — du moins on l'a prétendu — sous certains rois Mérovingiens. (66)

Eh bien ! dans l'Athènes de Solon et de ses prédécesseurs il en fut à peu près de même. Il est bien certain que le système moné-

taire grec fut alors emprunté à des sources orientales. Mais à quelles sources ? Le sekel didrachme des Hébreux, enregistré par les Septante et représentant l'ancien sekel didrachme des Assyriens et des Babyloniens, était à peu près identique à ce vieux didrachme qui est la plus antique monnaie d'Athènes, (67) et qu'on retrouve sous le nom de nummus en Italie dans Varron et dans Plaute. Mais il est à peu près identique aussi au vieux kati des Egyptiens, 10e de leur antique outen.

De quel côté se diriger? Si l'on n'avait que mes anciens travaux sur les monnaies égyptiennes, je défierais de sortir de cette impasse. Heureusement, nous n'en sommes plus réduits là maintenant.

Désormais, les doutes ont disparu. Il ne peut être question de la Chaldée et de l'Assyrie ; car en Chaldée la seule division du sekel didrachme que les contrats originaux nous aient fait connaître est la division par moitié (analogue au yp2 du sicle hébraïque), et par quart (analogue au yvy^ du sicle hébraïque (68)), en un mot, la division déduplicative — division que nous ne retrouvons appliquée à l'outen qu'en Ethiopie. (69) Ainsi que je le disais déjà dans mon article "Sur les plus Anciennes Monnaies Hébraïques :" (70) "pour avoir les autres subdivisions (par 3), il faut avoir recours au monnayage isonome du monde phénicien " — ce monnayage, relativement très moderne, qui, dès son origine, a subi une très forte influence égyptienne. (71)

Or, c'est précisément ces autres divisions ayant donné naissance au système de l'obole, etc., que nous retrouvons en Egypte bien avant les premières monnaies phéniciennes connues — tout au plus d'époque persane — et les monnaies grecques qui les ont si parfaitement imitées.

Dans les comptes de Tahraka et d'Amasis (traduits par nous ainsi que tous les contrats démotiques et papiers divers de l'époque archaïque, qui font l'objet, cette année, tant de notre cours de démotique que de notre cours de droit égyptien), nous prenons pour exemple un calcul, extrait d'un papyrus — en renfermant beaucoup d'autres — et qui commence à l'an 19, Thot, du roi Amasis : —

Le calcul en question se rapporte à l'an 29 ; il est ainsi conçu : —

" L'argent donné au sanctuaire, dans la main des agents du dieu Khepra, c'est-à-dire les kati qui ont e'té reçus de Haredj :

Péténofréhotep, fils d'Horsièsi : en argent, 1 kati § T\-. Pétémin, fils de Nesmin : en argent, 1 kati. Neshorp^rat, fils de Petihorsuten : ± de kati. Argent, 2 kati, au nom de Petamenapi, fils d'Hor. Herirem, fils de Menxamen : argent, 1 kati ±. Reri, fils de Herirem, ^ kati.

Péchytès, fils de Chonsearaou : argent, § de kati. Herirem, fils de Menxamen : argent, § de kati. Pahor, fils d'Hor : en argent, 1 kati. Petosor, fils de Haredj : argent, 1 kati. Petemin, fils de Péténofréhotep : argent, 1 kati. Tahosumin, fils de Hahoreroou : argent, 1 kati J. Haredj, fils de Menxésé : argent, f TV.

Ce qui fait 1 argenteus-outen, 3 kati et y^-."

Ce compte est parfaitement exact.

Notons que dans le papyrus dont ce compte est extrait, on aper çoit sans cesse la sigle *} avec la valeur du 6e de kati, c'est-à-dire du diobole grec, comme dans les bilingues démotico-grecs cités plus haut

Un lapyrus Bilingue du Temps de Philofiator. 35

— diobole qui se retrouve, avec une forme paléographiquement plus archaïque, dans un papyrus de l'an 15 de Tahraka, etc. (72)

Dans le papyrus de Tahraka on a d'ailleurs, à côté de l'argenteusouten et du kati, et à côté du 6e de kati ou diobole, le tiers de kati (souvent mentionné aussi dans le papyrus d'Amasis), le demi-kati et le quart de kati.

Le kati était donc devenu l'unité la plus en usage, celle à la quelle se rapportaient toutes les subdivisions— parcequ'en qualité de sekel-didrachme, c'était devenu l'unité internationale. Quant à Touten, auquel les éthiopiens ont un moment rapporté directement tout le système de leurs fractions, ce n'était plus en réalité en Egypte qu'un multiple du kati — absolument comme plus tard le talent hébréo-persan ou kerker ("D3), emprunté au commerce international sous les Ptolémées et dont l'importation chez les grecs avec cette valeur paraît aussi d'époque relativement secondaire.

En définitive, tout le système des monnaies grecques, tel que nous le rencontrons dans les plus antiques monnaies d'Athènes, est certainement une dérivation de ce système monétaire que nous font connaître les papyrus de Tahraka et d'Amasis.

Ces vieilles monnaies d'Athènes se divisent en deux groupes.

D'abord, celles qui n'étaient marquées que d'un côté, et qui présentaient au revers un carré creux, produit par la frappe. Ce sont certainement les plus anciennes de toutes. Elles ne portent ni les initiales du nom d'Athènes, ni la tête de Pallas, ces caractéristiques des monnaies plus récentes du second groupe. On n'y rencontre pas encore ce tétradrachme qui, aux basses époques, surtout à partir du siècle d'Alexandre, deviendra à Athènes, comme en Syrie, sous les Séleucides, comme en Egypte sous les Ptolémées, et, par suite, comme à Tyr, à Sidon, en Palestine, sous les Macchabées, etc., le type principal et presque exclusif de la monnaie d'argent.

Parmi les monnaies frappées d'un seul côté, celles dont la provenance Athénienne est la plus certaine, sont : —

i° Des didrachmes et des oboles avec l'image d'un hibou.

20 Des didrachmes, des oboles et des quarts d'oboles (tetartémorion ou dichalque) portant une tête de Gorgone.

A côté de ces pièces, M. Beulé fait rentrer dans le monnayage d'Athènes, en les considérant comme plus anciennes encore, des didrachmes marqués d'un cheval, des drachmes marquées d'un demi cheval (ce qui prouve bien que le didrachme était l'unité) et, tou-

jours en remontant, des didrachmes, des drachmes, des oboles, des hémi-oboles, marqués de figures géométriques semblables pour toutes ces monnaies.

Passons au second groupe, qui présente déjà, comme les monnaies les plus récentes, au droit, la tête de Pallas, mais avec un revers qui varie souvent suivant la valeur de la pièce.

On y rencontre des tétradrachmes. Mais ce qu'on y rencontre le plus souvent, sur des pièces où les initiales du nom d'Athènes sont encore me — parceque les Athéniens jusqu'au commencement du IVe siècle avant notre ère ne connaissaient ni le 0 ni Yrj — ce sont : —

Le didrachme et la drachme, ou demi-didrachme, ayant au revers un hibou tourné à droite ou à gauche, une branche de laurier, etc.

Le triobole, quart du didrachme, caractérisé par un hibou de face ayant les ailes fermées, "encadré à droite et à gauche," dit Beulé, " par une guirlande d'olivier. "

Le tétrobole, tiers du didrachme, caractérisé par deux hibous se faisant face.

Le diobole, sixième du didrachme, caractérisé par un double hibou avec une seule tête, " symbole de la double Minerve unie en une seule divinité," dit Beulé.

L'obole, douzième du didrachme, sixième de la drachme, qui, comme la drachme et le didrachme, offre au revers un hibou tourné à droite ou à gauche.

Les monnaies d'argent plus petites ne portent plus de hibou au revers, sauf Phémi-obole.

A Athènes, la plus petite de toutes paraît avoir été le quart d'obole, tétartémorion ou dichalque, caractérisé par un seul croissant.

L'hémi-obole, qui vaut deux dichalques, est souvent caractérisé par deux croissants surmontant une chouette de face — quand il n'a pas tout simplement les mêmes emblèmes que l'obole, la drachme, le didrachme, et le tétradrachme.

Le tritétartémorion, trois quarts d'obole, valant six chalques, "reconnaissable à ses trois croissants adossés," dit Beulé.

Nous devons indiquer encore deux pièces, plus rares, caractérisées l'une et l'autre par un hibou les ailes étendues, et dont l'une est un pentobole, (73) et l'autre très probablement un quart de drachme, huitième de didrachme. (74)

Il ne paraît pas que le chalque ait jamais été frappé en argent dans la ville d'Athènes. Son nom d'ailleurs signifiait " cuivre," (75) et

nous verrons que dans les notations monétaires du papyrus Sakkakinis et des autres papyrus ou textes divers de provenance égyptienne, il n'est pas figuré par une sigle comme toutes les autres monnaies divisionnaires de l'argent. On l'y exprime par son initiale x-

En résumé, dans le système monétaire égypto-athénien, tel que nous le voyons dans les papyrus de Tahraka et d'Amasis, dans le papyrus Sakkakinis, dans une multitude de textes, soit démotiques, soit grecs, soit bilingues, se rapportant à une des époques où l'étalon d'argent était en usage, les principales monnaies sont : —

Le kati ou didrachme (et aux basses époques, son double le sekel tétradrachme ptolémaïque) ; (76)

Sa moitié, le demi-kati ou drachme ;

Le tiers de kati ou tétrobole ;

Le quart de kati ou triobole ;

Le sixième de kati ou diobole ;

Le douzième de kati ou obole ;

Au dessous du douzième de kati ou obole il faut nécessairement supposer aussi dans le système du papyrus d'Amasis, comme on le voit dans celui du papyrus Sakkakinis, un hémiobole, ou 24e du kati, encore en argent, et enfin la monnaie du 48e qu'on nomme à la basse époque tétartémorion, toujours par rapport à l'obole, et qui parait avoir été l'ancien chalque égyptien et attique avant l'introduction du chalque nouveau indiqué sans sigle par un x dans le papyrus Sakkakinis, et qui en était la moitié.

Il faut noter de plus que, comme nous avons vu les outen, sekel, kati, drachmes, et talents de cuivre établis à l'époque récente sur le même modèle et avec les mêmes poids que les unités parallèles d'argent — nous voyons aussi, et cela en remontant plus haut dans l'histoire, établir sur le même modèle que ces unités d'argent, les unités d'or. Ce système isonomique, certainement moderne sous les Lagides pour le cuivre, puisqu'il ne date que du règne de Philopator et qu'avant cela le cuivre n'était pour les Grecs — comme d'ailleurs pour les Egyptiens — nous l'avons vu dans une des notes précédentes — qu'une monnaie divisionnaire — le chalque — semblait avoir, cependant, "en Egypte des origines antiques à notre vieil ami Chabas qui avait constaté beaucoup d'estimations d'objets mobiliers à l'époque pharaonique en outen de cuivre.(77) Mais, pour l'or, tout au moins, alors même qu'on admettrait pour le cuivre à certaines

périodes les conclusions de Chabas. — devenues bien problématiques depuis l'étude que nous avons faite du poids 107 1 de Berlin — la non-isonomie des poids et des unités monétaires était primitivement la règle, avec une certitude incontestable, comme le prouvent certains étalons métriques de très vieille époque nouvellement acquis par le Musée de Louvre,(78) puisque les unités d'or y répondaient à des poids distincts, particuliers à l'or, et tout différents de celui de l'outen. Quoiqu'il en soit de la date exacte de son introduction, l'isonomie de l'or et de l'argent existait pleinement en Egypte sous Darius, c'est-à-dire à un moment où en Perse elle n'existait à aucun degré. (79) Nous en avons la preuve positive dans un papyrus démotique de l'an 3 de Darius, que j'ai publié dans le N° 11 de la 3e année de ma Revue. Toutes les sommes y sont calculées et additionnées séparément, selon leur nature, soit en or, soit en argent, mais toujours en outen et en kati. Je renverrai particulièrement à la planche 2 de ce n°, dans laquelle on trouve 2 outen d'or et 5 kati, 4 outen d'or et 5 kati. Dans là planche précédente on a un compte d'objets évalués en outen d'or, compte qu'il faut restituer ainsi : — "72 Mesu d'or, en outen d'or, 145.

6 Reéi d'or, en outen d'or, 52, 5 kati.

Reti ia, en outen d'or, 25.

4 heruti, en outen d'or, 13, 5 kati.

En dehors de 1,350 outen d'argent: ce qui fait outen d'or, 236, outen d'argent, 1,350."

Il faut donc reconnaître que déjà sous Darius l'isonomie pondérale s'était établie en Egypte entre l'argent et l'or — bien qu'elle n'existât pas encore pour le cuivre et ne dut être introduite, tant dans le calcul égyptien que dans le calcul grec, qu'à partir de Philopator. C'est, en effet, depuis Philopator seulement — c'est-à-dire depuis le règne pendant lequel fut rédigé notre contrat bilingue — que le chalque, monnaie divisionnaire du kati et de la drachme, a définitivement fait place à la drachme de cuivre.

Pour nous résumer nous dirons donc :

i° Que dans la première partie de l'histoire égyptienne, l'or, l'argent et le cuivre avaient comme monnaies trois étalons pondéraux différents (comme plus tard l'or et l'argent chez les Persans) et que ces étalons nous indiquent des proportions de valeur, qui ont pu varier, mais que nous constatons avoir été de 1 à 14 entre

l'argent et l'or, et de 1 à 140 entre le cuivre et l'argent — proportions rentrant dans le même système, au point de vue mathématique. L'or et le cuivre ne se calculaient alors en outen et en kati qu'au point de vue du poids brut et comme marchandise, tandis que l'argent se calculait en outen et en kati, et comme marchandise et comme monnaie.

20 Qu'à une période intermédiaire — sous Darius certainement par exemple, — l'or et l'argent ont été isonomes en Egypte au point de vue monétaire, c'est-à-dire calculés d'après les mêmes poids. (80)

30 Que sous les Lagides, à partir de Philopator, les trois métaux monétaires ont été isonomes en poids, soit en qualité de monnaie, soit en qualité de marchandise — (81) comme ils l'avaient été chez les Assyriens — mais en calculant la valeur relative de l'argent au cuivre d'après une proportion légale, non plus de 140 à 1, mais de 120 à 1, et la valeur relative de l'or à l'argent d'après la proportion légale non plus de 14 à 1, mais de 10 à 1. La nouvelle proportion légale de 120 à 1 était toute indiquée par ce fait que Youten-argenteus de cuivre, valant 20 drachmes de cuivre, pouvait, à l'aide de la nouvelle isonomie pondérale entre le cuivre et l'argent, être considérée comme une obole d'argent (6e de la drachme, et 12e du kati d'argent) — ce qui facilitait tous les calculs. Aussi pénétra-t-elle si bien dans les mœurs, qu'elle subsista identique à l'époque romaine et se généralisa dans le reste de l'empire. (82) Quant à la proportion de 1 à 10 entre l'argent et l'or, qui paraît avoir existé déjà dans l'empire assyrien, (83) c'était, dès l'époque persane, la proportion traditionnelle chez les Grecs d'Athènes et de l'Asie Mineure, assimilant le xpv<t°v$ — didrachme d'or (ou darique persane d'or ou kati d'or — à 20 drachmes ou 10 didrachmes, ou 10 kati égyptiens, et c'était probablement aussi la proportion légale en Egypte dès l'époque de Darius. Tout allait ainsi à merveille dans l'échelle des monnaies ptolémaïques, en les considérant tant au point de vue grec qu'au point de vue égyptien.

Mais, — au-dessus de toutes ces conclusions de détail — nous devons revenir, en y attirant vivement l'attention, sur ce point si important de la non-isonomie de poids des trois métaux monétaires à l'ancienne époque égyptienne : c'est-à-dire sur l'existence parallèle alors des trois unités pondérales, de l'or, de l'argent, et du cuivre, considérés comme monnaies ; tandis qu'en même temps une seule unité pondérale — l'outen et ses fractions — existait, quand ces trois métaux, et toutes les choses capables d'être pesées, étaient considérés

comme marchandises. Il n'y a pas de meilleure démonstration pour l'existence d'une véritable monnaie, et non d'un poids servant de monnaie, dans l'antiquité la plus reculée. Le poids monnaie ne serait abstractivement soutenable en Egypte qu'à l'époque de l'isonomie, c'est-à-dire sous les Lagides, à une période pendant laquelle les monnnaies frappées à la mode grecque abondent en Egypte.

En voilà assez pour donner une idée générale du système monétaire à cette époque. Il faut maintenant que nous en fassions voir les applications à notre curieux papyrus bilingue — applications qui nous ont obligé à cette longue dissertation.

Le droit de mutation perçu pour notre document est indiqué d'une façon très étrange.

xeXov OK7iv èiô/3o\ov<i èt^aXKOV,

Pourquoi donc 8 dioboles au lieu de 16 oboles? Pourquoi donc un dichalque au lieu de deux chalques ?

Ceux qui ont lu avec attention ce qui précède, le comprendront facilement.

Le diobole — dont les tessères bilingues nous ont fait connaître avec certitude le correspondant démotique, — représentait dès le temps de Tahraka et d'Amasis ce sixième de kati qui était assurément l'une des unités monétaires les plus importantes, tant à l'époque ptolémaïque, où nous le voyons encore exigé par mois pour certains impôts, qu'à l'époque beaucoup plus ancienne de nos contrats archaïques. Quant au dichalque, la dernière des unités d'argent dans les monnaies connues d'Athènes, et qui dans le système antérieur, venu d'Egypte, était sans doute la plus haute monnaie de cuivre, l'ancien xoment ou chalque du poids 10,711 de Berlin, nous avons vu que dans le papyrus Sakkakinis on le considérait pour ainsi dire comme la base ou plutôt le substratum de tout le système métrologique, et on lui attribuait une sigle spéciale; tandis qu'on n'en accordait pas même une au chalque. Dans cet enregistrement, daté de Philopator, les quatre dioboles et le dichalque du réXoç, comme le triobole mentionné plus loin, sont des monnaies de l'étalon d'argent valant 120 fois celles de l'étalon de cuivre, qui figure pour la perception de la taxe dans les enregistrement des contrats de vente datés d'Epiphane ou de ses successeurs.

Il nous reste à montrer dans quel rapport de proportion ces dioboles et ce dichalque se rattachent d'ailleurs aux monnaies qui servaient alors d'unités de compte pour la fixation de la taxe. C'est ce que nous ferons dans le chapitre suivant.

Reprinted from the " Proceedings of the Society of Biblical Archœology Jamiary, 1892.

UN PAPYRUS BILINGUE DU TEMPS DE PHILOPATOR. Par le Professeur E. Revillout.

Part II.

Chap. 3 — La Question des Impôts, sur les Ventes.

Dans notre papyrus on voit successivement trois taxes différentes. Le texte porte : —

to irap âju,(/)07épwv tê'Xoç oktvû ètofiôXovç èièpax/^ov, èivpeas 7piuo(5o\ov, j^akKov y âWa^pjs leaaapas ofîoXovs.

Jusqu'à présent on n'avait rien trouvé d'analogue dans aucun des enregistrements grecs de contrats démotiques qui nous sont parvenus : non seulement quant aux chiffres — ce que nous avons expliqué dans le précédent chapitre, — mais aussi quant au nombre, et, paraît-il, à la nature même des impôts perçus.

Il faut, en effet, noter d'abord que l'impôt était unique dans tous les enregistrements, jusqu'ici connus, qui en faisaient mention.

Cet impôt sur les aliénations d'immeubles était déjà du dixième sous Psammétique Ier. Mais, comme nous avons eu l'occasion de l'expliquer longuement dans nos leçons de cette année sur le droit archaïque des Egyptiens, et comme nous le montrerons d'ailleurs dans le chapitre suivant, sous Psammétique, qui paraît l'avoir établi, ou laissé établir, le premier, il ne s'appliquait pas à toutes les transmissions d'immeubles, mais seulement à celles qui se faisaient en dehors de la famille originelle.

En effet, la propriété n'appartenait primitivement pas en Egypte à l'individu, mais à la famille. C'était à telle famille que tel bien avait été " confié " par tel neter hotep, par exemple. Aucun des membres de la famille n'avait le droit de le vendre, et quand des arrangements se faisaient — depuis Bocchoris — dans l'intérieur même de cette famille, ces arrangements, par voie d'échange, etc., avaient

toujours le caractère d'une délégation familiale. Encore fallait-il pour qu'elle fût légale à Thèbes, sous les rois Sabaka et Tahraka, par exemple, qu'on eût fait la déclaration au prêtre d'Amon, prêtre du roi, qui pouvait seul, par son autorité, donner force exécutoire à ce contrat. Mais c'est justement cette déclaration au prêtre d'Amon, prêtre du roi, qui, peu à peu, amena une nouvelle jurisprudence. Ce haut personnage sacerdotal et judiciaire, qui décidait souverainement de la légalité des actes, en vint, sous Psammétique, à permettre, toujours sous l'ancienne forme de transmission familiale, des aliénations déguisées, — mais à la condition expresse que le temple d'Amon, seigneur de toute la contrée, et auquel appartenait la propriété éminente du sol, toucherait pour cette aliénation extra-familiale le dixième de la valeur de la chose vendue. Cette coutume acquit bientôt force de loi ; et quand Amasis (84) permit directement la vente, "l'écrit pour argent," sur les immeubles, il eut bien soin de laisser percevoir pour ces ventes l'ancienne dîsme de Psammétique, etc.

Cette dîme, nous la retrouvons encore sous les Ptolémées. Plusieurs contrats ou reçus du temps d'Evergête Ier, par exemple, en font expressément mention, et elle se continua sans interruption et au même taux, jusqu'au règne d'Epiphane.

Les choses alors changèrent de face.

A la mort de Philopator, l'Egypte s'était soulevée, presque en entier, contre la domination grecque. Epiphane, encore enfant, ne fut plus roi nominal qu'à Alexandrie, ainsi que je l'ai prouvé le premier dans une série de travaux. Mais bientôt ses tuteurs firent venir des troupes mercenaires de Grèce. Ils soumirent peu à peu par les armes quelques villes de la basse Egypte, entre autres, Lycopolis, et obligèrent d'autres à leur ouvrir leurs portes sans combat. Enfin, en l'année 9 de son règne, ils couronnèrent solennellement à Memphis le jeune souverain, et, pour achever de gagner ceux des égyptiens qui luttaient encore, avec les rois éthiopiens de thébaïde, ils lui firent prendre diverses mesures philanthropiques, parmi lesquelles nous trouvons mentionnée la réduction de certains impôts — ce dont le décret trilingue de Rosette lui fait son principal titre de gloire. Parmi ces impôts qu'Epiphane diminua, il faut surtout signaler ici l'impôt sur les ventes, qu'il réduisit du dixième au vingtième.

Cette réduction subsista pendant tout son règne et pendant celui deson fils Philométor. Ce fut seulement pendant le second règne d'Evergête II qu'on en revint à l'ancien taux du dixième, auquel on ne renonça plus.

Mais, est-ce à ce taux du dixième — encore en vigueur sous Philopator — que nous avons affaire en premier lieu pour notre vente ? Cela me parait peu probable, car cela nous donnerait pour nos 1 1 aroures \^ un prix trop bas et qui ne serait pas en chiffres ronds.

Examinons cependant.

Si l'on admettait cette première hypothèse, le prix de nos 1 1 aroures \ | s'élèverait à 27 drachmes et un hemi-obole d'argent : — ce qui, fait deux drachmes deux oboles par aroure, car évidemment on n'aurait pas tenu compte du dixième de tétartémorion (ou de quart d'obole) à percevoir sur l'excédant d'un total qui serait exactement ainsi de 27 drachmes et trois-quarts d'oboles.

Eh cuivre, avec la proportion légale de 1 à 120, le total du prix s'élèverait seulement à 3,250 drachmes, au taux de 280 drachmes par aroure. Cette estimation serait du 36e de celle des aroures du jardin de Zoïs, et du dixième de celle des aroures vendues, à Thèbes, dans le papyrus III de Wilcken (Actenstiicke aus der Kôniglichen Bank zu Theberi) ; car Hermias achetait, dans ce dernier papyrus, pour 2,834 drachmes environ par aroure, le dixième d'un terrain de 28 aroures, J \ ^, puisqu'il payait ce dixième 8,000 drachmes (un talent 2,000 drachmes). — Dans les papyrus relatifs à cette affaire, comme dans ceux de Zoïs et dans un autre du recueil de Wilcken, on avait à percevoir d'abord un droit, parait il, du 60e et de plus une autre taxe du centième — analogue à la centesima des ventes en droit latin. Il est vrai que les ventes grecques dont il s'agit sont faites par adjudication. L'une des deux taxes représente donc certainement les frais de l'adjudication judiciaire, et l'autre, le droit de mutation. Le plus probable, c'est que le droit le plus élevé (le soixantième) est plutôt le droit de mutation. Si pourtant, on admettait l'opinion contraire et si l'on croyait que, par une raison particulière dont nous aurons à nous occuper plus loin, on ait demandé dans notre papyrus, au lieu du dixième, le droit de mutation le moins élevé possible, il faudrait, dans cet acte de Nicon, multiplier par 100 au lieu de multiplier par 10, la taxe indiquée, pour avoir le prix de vente. Cela nous donnerait pour l'aroure un prix de 270 drachmes d'argent et 5 oboles, ou, en cuivre, un prix de 2,800 drachmes— ce qui se rapproche remarquablement du prix de 2,834 drachmes par aroure qu'a payé Hermias dans le No. III de Wilcken.

Mais il me paraît plus probable, je l'ai déjà dit, que dans les papyrus en question le droit de mutation était le premier droit perçu, le plus important d'ailleurs.

44 Un Papyrus Bilingue du Temps de Phiîopator.

Au taux d'un soixantième, chaque diobole, sixième de kati, représente 20 drachmes, c'est-à-dire un outen d'argent, ou en or — avec la proportion de 1 à 10 entre l'argent et l'or, que j'ai longuement établie dans mes précédentes études monétaires, pour l'époque ptolémaïque — un stratère didrachme, ou kati. Or, un papyrus de Leide, admirablement publié et commenté par Mr. Leemans, et qui, comme cet illustre maître l'a fort bien prouvé, suffirait pour établir la proportion de 1 à 10 dont nous parlions tout à l'heure, nous montre que le stratère — argenteus-outen — était l'unité monétaire d'après laquelle on calculait aussi bien l'intérêt des créances que le taux des impôts Huit dioboles ou seize oboles font donc, au soixantième, cent soixante drachmes de capital ; et quant au dichalque, ou quart d'obole, qui est encore indiqué pour notre réXos, il y ajoute le quart de dix drachmes, c'est-à-dire, deux drachmes et demie, ou deux drachmes et un triobole; total du capital: 162 drachmes et un triobole. Si, en nous inspirant de la mention du change du cuivre indiqué-plus loin dans notre document, nous calculons cette somme en cuivre, nous n'avons qu'à multiplier 162 -Jdr. par 120, ce qui nous donne 19,500 drachmes de cuivre ou trois talents et quart, (trois talents, 1,500 drachmes) chiffre fort admissible.

En effet, d'après ce tarif, chaque aroure serait estimée à 14 drachmes d'argent, puisque 11 multipliés par 14 nous donnent 154 drachmes, auxquelles il faut ajouter 7 drachmes pour la demi-aroure = 161 drachmes. Quant au huitième d'aroure, il représente une drachme trois quarts (1 dr. 4 oboles et 1 hémi-obole), ce qui ferait un total général de 162 j drachmes. La différence avec le calcul porté sur notre texte est de une obole et demie pour le capital ; mais sur ce capital d'une obole et demie on n'aurait eu à percevoir qu'un demi chalque, somme infime qui n'est représentée par aucune monnaie d'argent existante dans le monnayage de cette époque, précédemment examiné par nous, et qu'on a, à juste titre, négligée pour cette raison.

Ce simple calcul suffit pour démontrer que nous avons bien affaire à la taxe du soixantième, qui est indiquée dans les papyrus de Zoïs pour une autre vente de terre.

Dans les papyrus de Zoïs, si bien publiés et commentés par Peyron, le prix de vente de chaque aroure a été de 85 drachmes d'argent (9,660 drachmes de cuivre), puisque le total en cuivre est de 64,000 drachmes (10 talents et 4,000 drachmes) pour 6 aroures \ £, (total exact à 2 drachmes et demie de cuivre près, payées cette

Un Papyrus Bilingue du Temps de Philofiator. 45

fois en plus). C'est, pour chaque aroure, environ le sextuple du prix de notre terrain. Mais il faut remarquer que les champs vendus ici ne sont que. des champs situés en Thébaïde — tandis que dans les papyrus de Zoïs, il s'agit de jardins situés dans une des deux capitales effectives des Lagides, dans la grande ville de Memphis. Il y a certes, maintenant, plus de différence que cela entre la valeur des champs de Bretagne et celle des jardins de Paris.

Dans les papyrus de Zoïs, il est question d'un autre droit (du centième), pour les frais de l'adjudication publique par autorité de justice. Ce droit n'avait pas à être perçu pour une vente à l'amiable comme celle dont nous nous occupons.

Il nous reste à savoir pourquoi, dans les deux aliénations en question, et dans celles qu'a publiées Wilcken, le droit de mutation a été du soixantième, au lieu d'être du dixième, (ou à certains moments du vingtième), comme dans toutes les autres aliénations connues.

Après notre bilingue, on ne peut plus songer à voir dans le soixantième un privilège de Memphis — et cela, d'autant moins d'ailleurs que, comme je l'avais déjà démontré le premier, les Memphites payaient le même taux que les Thébains dans les ventes ordinaires : c'est-à-dire le vingtième, quand les Thébains payaient le vingtième, etc. (85) Ici, encore une fois, il s'agit d'un bien de Thébaïde, dans une région où le dixième avait toujours été jusque-là perçu, sans interruption, depuis Psammétique Ier.

Mais alors, d'où venait ce privilège exhorbitant? Etait-il donc permis aux employés du fisc de réduire, quand ils le voulaient, au soixantième, un impôt qui normalement était du dixième ?

Evidemment, on ne peut songer à une pareille hypothèse, et pour expliquer cette anomalie apparente, cette âréXei», comme disent les papyrus, (86) nous sommes obligés d'avoir recours à une toute autre idée.

Je ferai d'abord remarquer que le vendeur est ici un Grec, et que c'est à une vente entre grecs que nous avons affaire dans les papyrus de Zoïs, dans ceux qu'a publiés Wilcken. Ne serait ce pas la clef de ce problème ?

Les papyrus nous ont appris que les Grecs, déjà tant protégés par Amasis, — qui, selon la chronique démotique que j'ai publiée, leur avait donné une grande partie des biens de Neterhotep — avaient, depuis la conquête d'Alexandre surtout, une situation très favorisée en Egypte. J'ai depuis longtemps publié plusieurs papyrus très significatifs à ce sujet ; entre autres, un document relatif aux biens

de neterhotep du dieu Hormen que "les Grecs," c'est-à-dire sans doute la colonie militaire grecque de Thèbes, affermaient à des égyptiens. Dans un autre papyrus, grec cette fois, et que j'ai publié le premier, il est question de terres, dont un helleno-?nemphite (sic), faisait la déclaration.

Je pourrais citer bien d'autres pièces de ce genre qui paraissent prouver des concessions de terres faites originairement aux conquérants macédoniens par l'autorité royale, comme nous en avons fait en Algérie à nos colons. Ce mot même de concession me semble être celui qui traduit le mieux le mot èivpeâ qu'on trouve dans notre papyrus, comme dans deux tablettes bilingues depuis longtemps publiées par moi (Revue Egyptologique, II, II, pi. 52 et suivants), tablettes dont une a été même reproduite à nouveau dans le chapitre précédent. Les variantes r^s èivpea? tî}<$ 77/ç, ou t^ç 7^ ri/s èwpea?, que l'on rencontre dansles deux copies de l'une de ces tablettes, s'expliquent tout naturellement par " la concession de terre" ou " la terre de concession," surtout quand on voit l'auteur de ces tablettes, les appliquer à la concession de terre nécessaire pour un tombeau d'ibis sacré. N'est ce pas le terme même dont nous nous servons actuellement encore en cas pareil pour les terres de cimetières ? Mais n'est ce pas aussi le mot dont nous nous servons pour les concessions, les donations de terres faites par l'état à des colons, etc.? En somme, il me semble extrêmement probable que les Lagides avaient accordé aux Grecs épigones des privilèges particuliers, en même temps que les terrains qu'ils leurs concédaient.

Sans doute, quand, pour droit de mutation des aliénations, les égyptiens payaient par argenteus-outen, ou statère, un kati, ou didrachme, les Grecs payaient un diobole, ou sixième de kati. Et c'est ainsi que s'explique tout naturellement cette expression " 8 dioboles " (au lieu de 16 oboles) qui nous avait tant étonné au début de cette étude.

Seulement, scv.s Philopator, qui, d'après le décret même de Rosette, comme d'après tous les documents contemporains, avait augmenté, le plus qu'il l'avait pu, tous les impôts — ce qui amena aussitôt après sa mort la révolution dont nous avons parlé plus haut — on exigea des Grecs, en outre du droit de mutation d'un sixième de kati ou diobole par outen-argenteus ou statere, un second droit, dit è^peâ?, "pour la concession," qui paraît un droit fixe (un triobole).

Nous en arrivons maintenant à la troisième taxe : celle qui était appelée x"^*0" V àXXâ^rjs. Cette taxe s'élevait ici au quart du droit

de mutation (moins . un demi-chalque, ce qui, nous l'avons déjà dit, n'aurait pas pu s'exprimer dans les monnaies d'argent contemporaines, et ce qui se négligeait toujours, nous l'avons vu également).

Il faut noter que cette taxe n'est plus exprimée en dioboles, mais en oboles : réffcrapas ofioXod?. La raison en est bien simple : il ne s'agissait plus de la calculer d'après le capital selon le tarif d'un diobole (6e de kati) par outen-statère, mais d'après le droit de mutation antérieurement perçu, et qui dans notre texte s'élevait à 8 dioboles et un dichalque. Il devenait dès lors naturel de suivre les unités grecques les plus ordinaires et de dire : le quart de 8 dioboles est de 4 oboles : réaaapaç ofioXovç.

Ce prix de change paraît tout d'abord exhorbitant. Mais il est bon de remarquer qu'il ne s'appliquait pas au change seul. En effet, dans la formule x^*- V (h 1 n'est point l'article, puisque, comme on le voit pour èwpea?, les substantifs doivent ici se mettre au génitif : t) est donc la particule /} "ou." Mais pourquoi distingue-t-ou ainsi le prix du cuivre et celui du change, alors qu'en définitive le change était du cuivre en argent ? Pour comprendre ce petit mystère il nous faut nous référer à une des circulaires administratives du Musée du Louvre — d'époque de beaucoup postérieure à notre contrat — qui fixe le tarif de ce qu'on devait exiger pour le change, soit du montant du droit de mutation des ventes, soit des autres impôts analogues dont le réXos devait être perçu en argent par le roi.

Pour ce passage de la 5e colonne de ce papyrus 62 de la publication académique, nous sommes obligés d'avoir recours, non à cette publication, mais au texte donné par nous dans la Revue Egyptologique (3e année, N° I, pi. 8, et N°. III, p. 82) ; car, d'une part, les savants éditeurs primitifs, les vénérés Brunet de Presle et Egger, ne connaissant pas la valeur des notations monétaires grecques, avaient donné à ce sujet des leçons fort défectueuses, et, d'une autre part, ils s'étaient souvent trompé dans ce papyrus, écrit en magnifiques onciales, tant pour la lecture des mots des plus clairs, comme ^t^ô?, que pour les restitutions à faire aux mots abrégés ou incomplets, pour la coupe et la ponctuation des phrases, parfois inintelligibles chez eux et ne permettant aucune traduction possible. Les lecteurs de ma Revue Egyptologique savent combien d'autres papyrus de la publication académique ont dû être, par moi, rétablis en leur entier — sans que pour cela je me croie plus fort helléniste que mes chers maîtres (87) déjà nommés, et sans que j'aie le sentiment de satisfaction un peu naïf du jeune Reinach corrigeant quelques

leçons de mon papyrus d'Hypéride. Tous ceux qui ont longtemps travaillé par eux-mêmes connaissent, en effet, la difficulté d'une édition princeps, et les erreurs inévitables qui s'y trouvent toujours. Voici ce qu'il faut lire dans le passage : —

rwv Se 7rpo*; âp^vpiov wvCbv irpoGhia^pâ^ovaiv à\(X)a<yr)v o>ç ri)? pva<* / = C, KUi Kcna^w^jiov S, icai ri/xyjv (J7rvpîèivv Kal tuWcl àvrpXio [acltcl afC, WGJ elvai t/3^ . Kal ticv 7rpo<z ^akicov laôvop(ov\ ÇvTnptts iiev^ -^copls t^ç v7roiceii(iéî/r)<? e/ç tjjv è7ri(TKevr)i/ hpa^/JLÎp, a Kal e/ç rb Kara^w^iov oXXa? /3, léffT elvai 7. Ttcu èè \oi7rwv Covwv tCbv Trp{o<s xaXicbv laàvoiiov\ yivpls

xCôv àrro rou yeipiofxov h (^8) Kal et'ç TLfiirjv airvpihujv Kal rdWa

âvrfKw/biaTa (uhtt elvai)

Ainsi le papyrus 62 distingue les ùoval 7rpb? âpyvpiov et les aval

7rpo<i -^cCKkov Iffôvofiov.

Pour les premières le prix de change était par mine (par 100 drachmes) de 10 drachmes deux oboles et un hémiobole. Mais il fallait ajouter à ce taux un triobole pour le Kara^w^iov, c'est-à-dire pour les frais de transport du cuivre — métal assez lourd — et une drachme, un triobole et un hémiobole pour les paniers " aTrvptàw? destinés à recevoir le cuivre, et les autres frais, ce qui faisait, ajoute le papyrus, 1 2 drachmes et un triobole.

L'addition est parfaitement exacte, et aurait pu suffire pour faire connaître une bonne partie des sigles monétaires, bien avant la découverte du papyrus Sakkakinis. Dans cette addition, c'est le total évidemment que la circulaire avait surtout en vue ; car les chiffres de détail, 2 | T\ pour cent pour le change, etc., paraissent assez étranges. Le total, lui, est d'un huitième, chiffre en somme fort admissible.

Quant aux taxes perçues pour les wval 7rpo9 •^akKov loôvoj.iov<i c'est-à-dire payables en cuivre isonome sans aucune espèce de ohange, elles se divisent en deux catégories : i° celle de la bière, " ÇvTrjpâ?" qui est en tout de trois pour cent, trois drachmes par mine, comprenant la garde " iiruxKevij" estimée une drachme, le transport " KaTarytixyiov" et les autres frais, estimés deux drachmes ; (il faut remarquer que le total de trois pour cent est encore un chiffre rond, puisqu'évidemment les frais réels étaient les mêmes pour le cuivre dépendant d'un change que pour le cuivre isonome, c'est-à-dire pour lequel on n'avait pas de change à faire : or, après le change du cuivre en argent, on exigeait seulement 2 drachmes et un hémiobole pour les frais divers qu'on estimait 3 drachmes pour le cuivre isonome

de Çvrrjpâ ;) 20 les autres taxes payables en cuivre isonome. Malheureusement pour celles-ci on en est réduit aux hypothèses : dans tous les cas nous voyons qu'elles se décomposaient en xelPl(T^^ ou frais de maniement, et peut-être de transport du cuivre, en prix des paniers, ji/jlt] tnrvptàuov, et en autres frais.

Par les détails que nous venons de donner il est facile de voir quelle valeur il faut attribuer à •xjoXkov t) âkXa^ij^. Cette expression est absolument différente de celle de x^*0" y àWayi}, "le prix du change," et non moins différente aussi de xa^K0^ °" aWayij qu'on rencontre dans un grand nombre de papyrus grecs, et spécialement dans un papyrus relatif au rendement des impôts comparé dans les années 12 de Philometor et 7 d'Evergète II (papyrus N° 67 de la publication académique), restitué par moi en entier dans le N° III de la 3e année de ma Revue Egyptologique, p. 114, et suiv. Dans ce papyrus le cuivre dont le change x^X/cos oî> àWayfj, c'est-à-dire dont le change en argent est à faire selon les règlements administratifs, est toujours opposé au cuivre isonome xa^K°* iaovôfios, c'est-à-dire pour lequel on n'exigeait pas le change en argent. Ce papyrus vient donc commenter, pour ainsi dire, le passage de la circulaire administrative que nous venons de reproduire. Leur comparaison prouve que x°^K°^ °" àWa^ij ne se rapportait pas à la nature du cuivre, qui en lui-même aurait dû être changé ou non, comme on l'a parfois supposé, mais à la nature des impôts, pour lesquels le roi exigeait ou n'exigeait pas un change en argent à l'époque de l'étalon de cuivre.

Quant à la locution x^™" V àWarpjs, elle ne se rapporte pas à une distinction semblable entre les impôts, car tous les impôts étaient encore sous Philopator payables en argent. Le roi venait seulement de permettre aux particuliers Egyptiens de payer en cuivre les sommes qu'ils devaient à d'autres particuliers, et pour cela il avait établi un second étalon, l'étalon de cuivre, à côté de l'étalon d'argent, et fixé, évidemment d'après le cours actuel, la proportion légale de 1 à 120 entre l'argent et le cuivre — les nouvelles drachmes de cuivre et les anciennes drachmes d'argent. Mais penser qu'il ait poussé la grandeur d'âme jusqu'à permettre de le payer lui-même en cuivre, ce serait aller beaucoup trop loin. Non ! Philopator, qui avait ruiné l'Egypte tant par ses expéditions guerrières que par son luxe et ses prodigalités excessives, Philopator, qui avait fait fuir le numéraire d'argent loin de la vallée du Nil, prétendait cependant qu'on en trouvât toujours pour lui. Du reste, si l'on n'en avait pas

trouvé, ce roi philanthrope voulait bien en procurer lui-même à ses sujets pour leur permettre de payer leurs impôts. Seulement, en ce cas, il demandait pour cela des droits énormes, s'élevant au double de ce que demanderont plus tard les enfants d'Epiphane, c'est-à-dire au quart, au lieu du huitième.

Mais, pour arriver à ce beau total, les taxes étaient aussi multiples sans doute du temps de Philopator que du temps des enfants d'Epiphane.

XoXkov 7) âWa^rjç répond évidemment aux différents articles que stipule la circulaire administrative citée plus haut. Le mot %aX/co/), " du cuivre," désigne tout ce qui se rapporte au Ka-ra^ih^iov, c'est-à- .dire au transport de ce cuivre, aux paniers, n/xr] <T7rvpïèwv, devant le renfermer, et aux autres frais, àvr/Xic para, parmi lesquels il faut comprendre les droits de garde, iirtaicevî}, de maniement, x^P^^h etc.

On voit que les agents des finances ptolémaïques s'entendaient à faire gonfler la note des pauvres habitants de la vallée du Nil, au moins aussi bien que nos plus habiles usuriers modernes.

Il est vrai que dans l'espèce le Grec épigone auteur de l'acte n'avait pas encore trop à se plaindre, puisqu'au lieu du dixième exigé pour les ventes de la part des Egyptiens de race, il ne payait comme droit de mutation qu'un soixantième, auquel soixantième il lui fallait seulement ajouter un quart du dit soixantième pour le change et les frais du cuivre, et un droit fixe d'un triobole pour la concession " èivpeâ?" c'est-à-dire, pour la permission que lui accordait le roi de vendre à d'autres un bien "de concession," c'est-à-dire, concédé par le conquérant à sa famille.

Ce droit fixe n'était, du reste, pas à percevoir quand un grec épigone, au lieu de vendre un bien de concession, vendait un bien personnellement acquis déjà par lui ou ses ayant cause. En cas pareil le 60e était seul à percevoir (avec les droits relatifs, au cuivre et au change) s'il s'agissait d'une vente à l'amiable, et on n'avait à y joindre que les frais d'adjudication s'il s'agissait d'une vente publique, comme dans la vente de jardin dont il est question dans le papyrus de Zoïs.

Mais ici vient une objection importante.

Comment se fait-il qu'entre la date de notre contrat de Philopator et celle du papyrus de Zoïs, nous ayons une vente, faite également par un Grec sur des biens de neter-Aotep, vente pour laquelle on a perçu, au lieu de la taxe du 60e, la taxe du 20e, c'est-à-dire, celle-là

Un Papyrus Bilingue du Temps de Philopatot. 51

même qu'on exigeait alors des contractants égyptiens de race ? Cette vente de l'an 6 de Philométor a été publiée par moi dans ma nouvelle Chrestomathie dhnotique, p. 134, et suiv. Elle a un enregistrement dhnotique portant très nettement ce taux du 20e

Q 16 *) 16 xj ^5jj^jj, "la part du 20e de l'écrit (du contrat), écrit

ci-dessus." D'où vient cette nouvelle anomalie ?

Oh ! pour moi, la chose est bien simple.

Le contrat en question est un contrat Thébain. Or, Thèbes, soulevée à la mort de Philopator, et qui avait eu successivement les deux rois Harmachis et Anchmachis, avait été soumise de vive force vingt ans après son soulèvement. Polybe nous apprend qu'Epiphane avait été alors très dur, et qu'il avait montré un aussi complet manque de bonne foi et de fidélité aux paroles jurées d'une capitulation que quand il s'était agi, dix ans plus tôt, de la capitulation de Lycopolis. Les Thébains avaient été traités en insurgés et châtiés comme tels — non seulement pour le passé, mais en quelque sorte pour l'avenir ; car on se défiait d'eux. On leur avait enlevé tous les anciens privilèges, et on les avait soumis au gouvernement militaire d'un vice-roi — l'epistratège de Thébaïde. Les Grecs de la Haute Egypte pâtirent eux-mêmes comme les autres Egyptiens ; car on leur reprochait la faiblesse avec laquelle ils s'étaient laissés reléguer en Nubie, au delà de Syène, lors du soulèvement général qui avait accueilli la nouvelle de la mort de Philopator. Us perdirent donc, du coup, leur ancien droit de ne payer qu'un soixantième au lieu d'un dixième, — un triobole, sixième de kati, au lieu d'un kati, par outen-statère, — et furent assimilés aux autres habitants de la Thébaïde. Les Hélléno-Memphites, pour nous servir de l'expression d'un de nos papyrus, gardèrent, au contraire, leurs privilèges, et particulièrement celui de ne payer qu'un soixantième, ainsi que le prouve le papyrus de Zoïs.

Il va sans dire, du reste, que quand on exigea d'abord le vingtième, puis le dixième, des Grecs de Thébaïde comme des autres Egyptiens, on supprima en même temps pour eux la taxe relative " à la concession," et on ne leur laissa, en dehors du droit de mutation, que les droits relatifs au cuivre et au change. Ces droits ne sont généralement pas indiqués sur les enregistrements mentionnant la taxe du vingtième ou du dixième ; mais c'est que le cuivre exigé pour ces enregistrements est alors un x^*®* °v àWa'yrj, c'est-àdire un cuivre dont le change doit être payé àpart(&$) — à moins, ce-

52 Un Papyrus Bilingue du Temps de Phlîopator.

pendant, qu'on n'admette qu'Epiphane ait encore supprimé le prix du change, c'est-à-dire permis de payer le vingtième en cuivre isonome, lors du décret de Rosette, c'est-à-dire au moment où il voulait, par une apparence de philanthropie, gagner la moitié de l'Egypte qui lui résistait encore et où il venait de réduire pour cela le dixième au vingtième.

Dans tous les cas, cette philanthropie ne tint pas devant le succès, comme durent s'en apercevoir les Grecs épigones de Thébaïde.

Mais heureusement pour eux, à Epiphane succéda l'un des meilleurs souverains qu'ait eus l'Egypte, Ptolémée Philométor, qui, une fois débarrassé d'Antiochus et des compétitions de son propre frère, s'attacha à régler toutes choses dans l'intérêt du pays et de ses sujets, par trop exploités. Ce fut dans ce sentiment que Philométor arracha les malheureux Egyptiens aux caprices des fermiers d'impôts, en ordonnant qu'aucune taxe ne serait perçue qu'à la banque royale, après estimation du publicain, vérifiée par un contrôleur, etc. Le même sentiment de bienveillance le fit revenir, autant que possible, sur les décrets tyranniques qui opprimaient la Thébaïde depuis la conquête d'Epiphane ; et plusieurs des papyrus publiés par Wilcken nous prouvent que les Grecs de Thébaïde furent dès lors traités, à peu près, comme les helléno-memphites. Les papyrus en question sont des adjudications de terres, soit cultivables, soit à bâtir, en Thébaïde : et deux d'entre eux (Nos. I et III) font mention expresse des droits du soixantième et du centième payés par des acheteurs grecs, Aelouros et Hermias. Or, ces terres étaient mises en vente par le fisc, au bénéfice du fisc. Nous ignorons à quelle occasion la colline achetée par Aelouros, au milieu de ses terres à blé, avait été vendue. Mais il n'en est pas de même pour les champs cultivés, achetés par Hermias. Cette terre à blé était àèecnrÔTi]^ sans maître, quoique inscrite sur le cadastre au nom de Phibis, fils de Psemmis, et de Semminis. Ces contribuables n'avaient pas payé leurs impôts, et l'état avait saisi leurs champs, qu'il faisait vendre, en spécifiant qu'outre le capital et les droits de vente (du soixantième et du centième), l'acheteur aurait à payer les impôts en retard, Ta KaGijKovra

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Bien entendu, quand l'état faisait ainsi vendre des biens devenus siens, les droits de mutation et d'enchère étaient complètement à payer par l'acheteur, et non par le vendeur. Il en était tout différemment quand il s'agissait, des deux parts, de particuliers. C'était

le vendeur qui avait reçu l'argent, le prix complet exigé par le droit civil égyptien pour tout " écrit pour argent," c'est-à-dire pour tout contrat égyptien de vente. C'était donc à lui à payer le dixième de cette somme totale. Aussi plusieurs contrats nous disent-ils, dès le temps de Darius, que le vendeur a reçu le prix complet en dehors du dixième à donner aux agents du roi pour le neter hotep d'Amon. Cela indiquait que l'acheteur avait gardé ce dixième pour le donner au percepteur, et n'avait remis, en conséquence, que les t9ô au vendeur. Cette coutume devint de plus en plus générale : et les reçus trapézitaires de basse époque nous apprennent que l'acheteur a payé la taxe. Cela se comprend facilement ; car si le vendeur était principalement obligé à payer le dixième de ce qu'il avait reçu, l'acheteur devenait en quelque sorte son répondant, puisque s'il n'était pas payé c'était entre les mains de l'acheteur que l'état faisait saisir le domaine, implicitement hypothéqué par son droit supérieur. Il arrivait donc tout naturellement que l'acheteur, en payant le prix, en gardait entre mains la part proportionnelle réservée au droit de mutation, part qu'il allait solder lui-même pour éviter un oubli du vendeur si éminemment préjudiciable pour lui. C'est à cause des obligations : — principale, — du vendeur, pour le droit de mutation, et, — secondaire, — de l'acheteur, répondant, que notre papyrus de Nicon se sert des expressions to irap âju^ÔTepwv têXos; — tandis que dans les circulaires administratives officielles, il était ordonné de ne pas même mentionner le nom de l'acquéreur dans certaines estimations vérifiées par le contrôleur. Le principe était, en effet, que l'acquéreur n'existait comme tel pour l'état qu'après la vente et les droits payés. Mais tout ceci rentre dans mon prochain chapitre, et, si j'en ai dit quelques mots ici, c'est pour expliquer comment dans notre acte le droit était réduit au soixantième, alors que le vendeur seul- était grec. C'était ce vendeur seul dont on avait à tenir compte poui fixer la taxe.

Par le Professeur E. Revillout.

Part III.

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