Un parallèle: Lord Beaconsfield [i.e. Benjamin Disraeli] et Sir John Macdonald [microforme]
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Uu journal canadien publiait récemment une gravure représentant lord Beaconsfield et sir John Macdonald pour mettre en relief Ia ressemblance de ces deux politiques célèbres. Haute taille, figure mobile et expressive, nez proéminent, yeux pleins d’éclairs et de finesse, bouche sardonique, front développé, cheveux bouclés et légère ment argentés par le temps: tels sont leurs principaux traits physiques. On à même pu lire dans le London World que, si sir John Macdonald revêtait un habit de la mème coupe que celui de lord Beaconsfield, puis s’aventurait daris là Chambre des pairs, personne ne songerait à Jui en défendre l'entrée, et l’on verrait lord Salisbury s'empresser de lui présenter ses com pliments, tant la mystificalion est facile.
Lord Beaconsfield compte bien sur sa tête soixante-quinze hivers ; jusqu'à ces derniers temps, sa santé était bien conservée ; mais la goutte l'ayant atteint sérieusement, sa démarche est devenue lourde et vacillante, et l'on ne retrouve plus düus lillustre vieillard le ‘ jeune Disraeli,” si frais, si vermeil, peint par l'Américain Willis.
Avec deux lustres de moins, sir John Macdonald porte ses années sans qu'elles soient encore pour lui un fardeau; on dirait même qu'il a pris un regain de jeunesse depuis que la faveur populaire l’a ramené au pouvoir. Ni les orages d’une vie tourmentée, ni les luttes dévorantes de la tribune, ni l’accablement des affaires n’ont pu altérer cette merveilleuse nature dont la souplesse égale la résistance. Lorsque l’on a su, comme lui, l'an dernier, organiser la plus brillante campagne électorale —couronnée par un succès complet ; lorsque l’on a su, comme lui, payer de sa personne en toute circonstance pour faire accepter son programme par les électeurs ; lorsqu'on peut, comme lui, remplir tous les rudes labeurs du leadership et paraître alerte et dispos après les plus longues séances de la Chambre des communes, on a lieu d'espérer plusieurs années de vie et de puissance.
Cette ressemblance des deux premiers ministres de l'Angleterre et du Canada se borne-t-elle au physique seulement ? Nous ne le croyons pas.
En étudiant au moral ces personnages célèbres, on pourra leur trouver aussi des traits frappants d’affinité.
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Dans sen récent voyage en Angleterre, sir John Macdonald est allé passer quelques jours dans la magnifique retraite de lord Beaconsfield, à Hughenden, et son hôte illustre a dû être frappé de la similitude de ses manières, de sa conversation, de son tempérament. Tous les deux sont charmants dans la vie privée ; leur causerie, tour à tour grave et légère, est parsemée de réflexions philosophiques, d'anecdotes. de fines réparties, dout ils ont un fonds inépuisable et qu'ils savent au besoin tourner avec art contre leurs adversaires. A les voir passer leurs heures de loisir d’une façon aussi enjouée, aussi pleine d'abandon, on serait loin de soupçonner que l’un préside aux destinées d’un des plus puissants empires de la terre, et que l'autre gouverne la moitié d'un continent—destinée à devenir a greater Britain par la population comme elle l'est déjà par le territoire.
Que la rencontre de ces deux hommes d'Etat, tous les deux fils de leurs œuvres, tous les deux arrivés au sommet de leur ambition, ait dû être intéressante ; que ces deux esprits si fins, si primesautiers, qu'on dirait jetés dans un même moule, se soient épris mutuellement d’admiration ; que leurs entretiens, à l'ombre des frais ombrages d'Hughenden, aient été de la plus haute importance ; qu’on y ait traité des plus grands intérêts de l'empire, puis concerté quelque plan hardi pour assurer le prompt développement des ressources du Canada, c'est ce qui ne saurait faire doute pour personne.
Nous avons la preuve, au reste, de lhabileté avec laquelle notre premier ministre à su saisir
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cette occasion d'intéresser le chef du cabinet anglais à notre sort dans le discours prononcé tout récemment pair lord Beaconsfield à Aylesbury— discours qui signale les avantages qu'offre le Canada à l’émigration et l'influence qu'il est appelé à exercer sur les marchés européens par les abondantes productions de son sol. En effet, lon ne connait pas d'exemple d'un premier ministre d'Angleterre qui ait fait une mention aussi longue et aussi flatteuse de notre pays, surtout dans une circonstance où il n'était aucunement tenu de parler de nous. Ce discours, inspiré évidemment en bonne partie par sir John Macdonald —et M. Disraeli nous le donne pleinement à entendre—renfermé quelques inexactitudes que lon s’est plu à exagérer ; mais il vaudra plus que toutes les réclames possibles pour fixer l'attention sur le brillant avenir réservé à la confédération canadienne.
Si ces deux hommes d'Etat se ressemblent beaucoup au physique et au moral, leur carrière politique renferme aussi une analogie sensible, bien qu'elle ne manque pas non plus de contrastes. Les bornes assignées à ce travail ne nous permettront que quelques aperçns esquissés à grands traits ; mais nous croyons qu'ils suffiront pour établir l'exactitude de ce parallèle.
Disons tout d'abord que leurs débuts différent de plus d'une façon. Avant d'entrer au parle-
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ment, et même pendant sa carrière politique —Lothair ne date que de 1870—M. Disraeli ne se fit pas remarquer, comme autrefois Sheridan, par des comédies, mais par des romans qui. en général, obtinrent un succès éclatant. Il avait hérité du talent littéraire de son père, Isaac Disraeli, qui à laissé quelques ouvrages fort estimés, dont le plus connu à pour titre: Curiosités de la Littérature. Plusieurs de ses romans, entre autres Vivian Grey et Contarini Fleming—premiers fruits de sa jeunesse— sont encore lus avec avidité, et l'on est parfois tenté de croire qu'il a voulu personnifier par la suite quelques-uns des héros enfantés par sa brillante imagination. On se demande, par exemple, sil ne s'est pas peint à la lettre dans les aventures d'un de ses personnages, de race juive: % Ce jeune homme, étranger à cette race et à ce, pays et dont tous les sentiments leur étaient même contraires, s'était cependant imposé à la confiance générale des masses et espérait pouvoir un jour les gouverner” N'est-ce pas le rôle que M. Disraeli avait assigné à son ambition lorsqu'il avouait jadis qu'il se préparait à devenir premier ministre ?
Sir John Macdonald n'a jamais écrit de romans, bien qu'il soit doué d’une imagination vive et féconde ; il ne s’est jamais non plus livré à la littérature, et cependant il à étudié avec fruit ïes meilleurs auteurs, ne négligeant pas, au besoin, les fleurs de la rhétorique ou les citations poétiques dans ses discours. C’est au barreau que le premier ministre canadien s'est d'abord signalé, et il y aurait remporté les plus grands succès si la politique ne l'eût enlevé de bonne heure à
ses clients. Mais quelqu'un l'a dit avec raison : il est rare que les hommes vraiment supérieurs puissent vieillir dans cette profession; beaucoup la traversent, peu s'y fixent. Pourtant, sir John Macdonald a dû revenir de temps à autre à ses clients—qui Ini ont fait le meilleur accueil— chaque fois qu'il lui est arrivé de perdre le pouvoir, qu’il ne tardait pas ensuite à ressaisir.
Nous aurions dû signaler le faitque M. Disraeli, avant de devenir romancier, étudia le droit chez un avocat, sous le toit duquel,suivant son témoignage, il dormit trois ans, mais en menant joyeuse vie au dehors durant le jour. C’est probablement tout ue qu'il connut alors du dédale de la jurisprudence anglaise.
Disraeli a été élu par le bourg de Maidstone, en 1837, l’année même du couronnement de Victoria, dont il devait être plus tard le conseiller éclairé. Il avait trente-deux ans. C'était peut-être tard dans un pays où les hommes politiques font leurs débuts alors que souvent ils ont à peine leurs dents de sagesse. On sait que, pour un, le célèbre Fox pénétra dans la Chambre des communes à l’âge de dix-neuf ans seulement. Il est vrai que ce n’est pas la faute de M. Disraeli s’il n’y est pas entré plus tôt: car mainte fois auparavant il avait tenté de forcer les portes du parlement, son ambition étant mal appréciée par les électeurs, surtout ceux de High Wycombe, qui lui firent subir trois échecs con-
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sécutifs, précurseurs d’une quatrième défaite à Taunton. Après avoir représenté successivement.Maidstone et Shrewsbury, il trouva, en 1847, un comté selon son cœur, le comté de Buckingham, qui n'a cessé de lui être fidèle
jusqu’à son élévation, en 1876, à la Chambre des
pairs, C'est-à-dire pendant vingt-neuf ans. Une série non interrompue de triom. 1es ayant suivi ses premiers revers, on voil que M. Disraeli prophétisait lorsqu'il disait aux électeurs de High Wycombe, au lendemain de sa seconde défaite : ‘* Je ne suis pas découragé. En aucune façon je ne me sens battu : peut-être est-ce parce que j'y suis habitué, Je puis presque m'appliquer le mot d’un illustre général italien, à qui l’on demandait, dans sa vieillesse, pourquoi il était toujours victorieux. L répondit : “ Parce que, dans ma jeunesse,
j'ai toujours été battu.”
Le comté de Buckingham peut se féliciter d’être une véritable pépinière de premiers ministres ; car il n’en avait pas fourni moins de quatre à l'Angleterre avant d’élire celui qui allait deve. nir lord Beaconsfield. Rapprochement assez singulier, ce comté a donné à la mère-patrie autant de premiers ministres que la Virginie a vu naître de présidents des Etats-Unis.
Sir John Macdona!d sut, lui, conquérir d'emblée les: suffrages publics. Il n'avait pas trente ans lorsque la ville de Kingston lui confia, en 1844, l’honorable tâche de la représenter dans l’ancienne Chambre d'assemblée du Canada-Uni. Les électeurs lui restèrent fidèles pendant la longue pé-
riode de trente et un ans, et—fait assez étonnant —lui tournèrent le dos, lors de la grande lutte de 1378, pour lui préférer un homme respectabie, mais obscur, au moment où presque tont le pays l’élevait sur le pavois avec un enthousiasme sans pareil.
Mais qu'importe au général qu’il tombe sur le champ de bataille, s’il conduit ses troupes à la victoire ? Sir John Macdonald était seulement blessé —blessé profondément peut-être dans son amourpropre de chef—mais il n'était pas vaincu. Deux divisions électorales de l’extrème occident du Canada—Marquette (Manitoba) et Vancouver (Colombie-Britannique) — se disputèrent aussitôt l'honneur d'avoir pour représentant le premier ministre, qui accepta finalement le mandat des électeurs lointains de Vancouver. A leur tour, ceux-ci réparaient une faute semblable à celle que commit la division électorale de Montréal-Est (1872) lorsqu'elle refusa sa confiance, dans nn moment d’aveuglement populaire, au meilleur ami de ses intérêts, au chef de la province de Québec, au regretté sir Georges E. Cartier—faute que les électeurs de Provencher (Manitoba) furent heureux de pouvoir effacer en élisant à l'unanimité lun de nos plus grands hommes d'Etat.
Il est probable que l’infidélité de Kingston n’est que passagère et qu'elle s’empressera de la faire oublier à la première occasion, si toutefois elle lui est offerte. Cet exemple d’inconstance populaire n’est pas rare dans l’histoire d'Angleterre ; plusieurs de ses célébrités—notamment Burke,
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Sheridan, Peel, Macaulay et Gladstone—n'ont pas été traitées avec plus d’égards par le ‘ peuple souverain.” De même que M. Disraeli, son illustre rival M. Gladstone a éprouvé quatre échecs comme candidat ; après avoir représenté tour à tour l’université d'Oxford, Newark, Lancashire et Greenwich, le chef libéral s’est vu abandonner par chacun de ces colléges électoraux, quitte ensuite à se faire élire ailleurs.
A leur entrée en chambre, nos deux héros surent se distinguer par leurs talents, par leurs connaissances, par leur ardeur à la lutte. Il est vrai que le premier discours de M. Disraeli fut sifflé ; mais ilne manqua pas de s’écrier en terminant: “Je ne suis aucunement surpris de l’accueil que j'ai reçu. J'ai commencé plusieurs fois bien des choses dans ma vie, et j'ai finalement réussi. Aussi, viendra uu jour où je vous forcerai de m'écouter.” IL avait conscience de sa valeur, car, depuis de longues années, il n’est pas un politique anglais dont les paroles soient plus attentivement recueillies, bien que plusieurs de ses rivaux puissent lui disputer la palme orataire.
Après douze années de vie parlementaire, M. Disraeli devenait chancelier de l’échiquier dans le cabinet de lord Derby —qui ne vécut que quelques mois—et prenait en même temps la direction du parti conservateur à la Chambre des communes, qu’il a su garder, sinon sans conteste,
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du moins sans interruption, jusqu'à son élévation à la pairie. Il reprit le même poste de chancelier de l’échiquier dans le second cabinet de lord Derby, en 1858, puis en 1866 dans la troisième administration formée par cet homrie d'Etat. Deux ans plus tard, lord Derby ayant inis à exécution son intention plusieurs fois annoncée de quitter le pouvoir, il désigna M. Disraeli comme le seul homme capable de recueillir sa succession de premier ministre. ‘“* Pendant vingt années, écrivait le Times, M. Disraeli a peu à peu réorganisé les forces de son parti dans le parlement, et il l’a trois fois ramené au pouvoir. L'heure est arrivée pour le fidèle serviteur de commander à son tour ; et M. Disraeli n'aurait pu accepter une autre situation sans une déchéance morale qui eùt été indigne de lui et qui eût fait peu d'honneur à son parti”
Le succès du ministre canadien fut beaucoup plus rapide. À peine siégeait-il en chambre depuis deux ans et demi qu’il était nommé receveurgénéral dans le cabinet Draper-Daly, puis commissaire des terres de la couronne. IL passa six ans dans l'opposition, de 1848 à 1854; mais, si l'on excepte les quarante-huit heures d'existence du ministère Brown-Dorion en 1858—le cabinet le plus éphémère dônt on ait souvenance—le règne libéral de 1863 et 1864, puis les cinq années de l'administration Mackenzie, il forma partie de
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chef du parti conservateur anglais. C'est dire qu'il a été ministre de la couronne pendant vingt quatre ans el membre de la chambre basse plus de trente-cinq ans. Quart à M. Disraeli, il compte quarante-deux années de vie parlementaire, ayant rempli les fonctions de législateur— comme il se plait à le dire dans son langage biblique—autant d'années que le roi David a régné. L'influence que ces deux hommes politiques ont exercée dans cette longue période de temps sur la législation de leur pays est trop grande pour pouvoir être convenablement appréciée dans cette courte étude.
Par la seule force de sou talent, M. Disraeli s’est imposé au parti tory—le parti le plus aristocratique du monde, malgré de vives préventions contre celui que l’on appelait un faiseur de romans, sans blasons, sans fortune, n'ayant dans les veines comme il le disait dans son premier discours aux électeurs— le sang ni d'un Plantagenet ni d'un Tudor; malgré des antipathies beaucoup plus prononcées encore contre la race juive à laquelle appartenaient ses ancêtres. On sait que les fils d'Israël n'ont été admis à la Chambre des communes d'Angleterre qu'après de longues années de luttes, lorsque les portes de la législature canadienne leur étaient ouvertes depuis longtemps, celle colonie ayant ainsi donné une leçon de générosité à la métropole. En
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effet, l'émancipation politique des Juifs au Canada remonte à 1832, tandis qu’elle ne fut décrétée que vingt-six ans plus tard par le parlement impérial. ‘ L'origine de Disraeli lui a valu bien des quoli- Bets, bien des invectives; mais loin d'en rougir, il n’a cessé d’exalter sa race —une race proscrite et injustement persécutée—comme étant l2 plus ancienne qui existe. - Le plus sanglant outrage à ce sujet, il le reçut un jour d'O’Connell, qui déclara, en pleine assemblée publique, que ce représentant juif descendait évidemment en droite ligne du mauvais larron qui mourut impénitent sur la croix. Le célèbre patriote irlandais se vengeait ainsi de la volte-face opérée par M. Disraeli, qui, on le croirait difficilement, avait brigué les suffrages des électeurs de High Wycombe, en 1832, sous l'égide même du radical Hume et d'O’Connell, après avoir lancé nn programme dans lequel il affirmait qu'il ne portait la livrée d’aucun parti et que ‘ pour fortifier les principes démocratiques il fallait recourir aux parlements triennaux et au scrutin secret.” Profession de foi fort peu conservatrice qu’il n’a pas tardé à désavouer dans le reste de sa carrière !
. Malgré tant d'obstacles à son avancement, M. Disraeli ne perdit jamais espoir dans son étoile ; il se concilia habilement les bonnes grâces des familles aristocratiques, après en avoir fait des portraits peu flatteurs dans ses romans ; triompha des jalousies de ses rivaux par la supériorité de son talent, et persounifia l'esprit national dans
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ses discours et ses actes au point d'être acceplé définitivement par le peuple presque tout entier. Si nul homme politique n’a eu autant de diffcultés à franchir pour devenir premier ministre de la reine, on ne saurait refuser de reconnaître qu'il a répondu dignement à la haute confiance qui lui a été témoignée. En effet, l’histoire dira que ce fils de juif=—auquel M. Gladstone a un jour reproché ‘ de n'avoir pas dans les veines une goutte de sang anglais” — s'est montré aussi soucieux du prestige et de l’agrandissement de l'Angleterre qu'aucun ministre avant lui, sans excepter Palmerston, ni mème l'illusire Pitt, cet Anglais intus et in cute, comme on l’a appelé.
Pour arriver en défini.ive à La direction du parti conservateur, M. Disraeli n’hésita pas à abandonner son chef, sir Robert Peel, avec une phalange nombreuse (1844), qui fnt d’abord commandée par lord Gecrge Dentincis, au souvenir duqueisôoù 2n cien lieutenant a consacré un livre tout à fait intéressant. Cependant, la raison d’ambition personnelle peut n'être pas la seule véritable cause de sa défection ; car Peel commençait à relâcher le système de la protection, à laquelle les députés conservateurs, représentant principalement les districts ruraux, s'étaient identifiés jusqu'alors —d'un coup il avait supprimé les droits sur sept cent cinquante articles—pour établir, deux ans plus tard, la liberté du commerce, qui était réclamée par tout le parti libéral, Cobden, Bright et Russell en tête,
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C'est dans la lutte impitoyable qu’il dirigea contre sir Robert Peel—lutte qui finit par amener la chute du cabinet—que M. Disraeli attira sur lui l'attention générale en prodiguant les ressources de sou talent oratoire et les sarcasmes les plus mordauts pour dénoncer l'infidélité du premier ministre aux principes conservateurs. Il n’est pas sans intérêt de constater que M. Disraeli aurait combattu sir Robert Peel parce que celui-ci désertait la cause de la protection, à laquelle il devait lui même renoncer par la suite. Comme trait des mœurs politiques anglaises, nous pouvons ajouter que cette guerre implacable n'empêche pas aujourd'hui le fils de sir Robert Peel de compter parmi les plus ardents partisans de l'ennemi de son père, à la Chambre des communes.
Sir John Macdonald prit en 1856 la direction du parti conservateur haut-canadien. Son prédécesseur, sir Allan Macnab, avait alors perdu beaucoup de sa force et de sa popularité ; il inspirait aussi des antipathies presque insurmontables à une portion du parti réformiste uni aux tories, et lon crut qu'il valait mieux confier le commandement à un homme plus actif, moins compromis dans les luttes et moins attaché aux traditions du passé. Sir Allan Macnab pardonna
difficilement à son lieutenant d’avoir été choisi pour le remplacer, et vota même contre le cabinet dont ce dernier formait partie. Ge désaccord ne dura pas toujours, car les conservateurs portèrent leur ancien chef, en 1862, à la présidence de la chambre haute,
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Un critique de M. Disraeli nous dit qu'il a gagné sou parti aux idées qui lui sont chères, mais qu'il n’exige pas trop, ne tendant jamais la corde jusqu’à la rompre, consentant même à des sacrifices opportuns, non-seulement pour ses amis, mais pour ses ennemis. Sous sa direction, les tories, parfois intolérants et rétrogrades, se sont transformés définitivement en conservateurs, c'est-à-dire en hommes attachés aux traditions du passé, attachés à l'essence même des institutions anglaises, mais sachant faire la part des besoins et du progrès moderne, sachant redresser des abus séculaires, sachant émonder le vieil arbre constitutionnel de ses branches vermoulues. “ En essayant, malgré ma faiblesse, de diriger les affaires du grand parti auquel nous sommes fiers d’appartenir,” disait M. Disraeli dans une circonstance publique, ‘ je me suis toujours efforcé de séparer dans ses opinions ce qui est immuable de ce qui n’est qu'accidentel. Toujours, aussi, Je me suis efforcé de lui donner une base large et nationale, parce que je le considère comme un parti essentiellement et profondément national, comme un parti dont l'attachement aux institutions repose sur la conviction qu’elles sont le résultat des besoins du pays et sont, à ce titre, la plus sûre garantie des libertés, de la grandeur et de la prospérité de l'Angleterre,”
Dans l’un de ses premiers écrits : À Vindication of the Constitution, M. Disraeli attribue ce même rôle de réformateur du parti tory à lord Bolingbroke —l'un des contemporains de Walpole—rôle qu'il n'aurait fait que continuer, avec un succès, néanmoins, beaucoup plus remarquable :
‘“ Dans une série d’écrits qui n’ont pas été surpassés dans notre littérature par leur patriotisme inspiré, par leurs vues profondes et judicieuses et par l’éloquence dont iis sont empreints, lord Bolingbroke—dit M. Disraeli—enleva du toryisme toutes ces doctrines absurdes et odieuses que ce parti avait adoptées fortuitement, exposa clairement son caractère essentiel et permanent, préparä son retour au pouvoir, puis cette carrière de popularité et de tricemphes que doit toujours produire la politique d’une administration inspirée par l’esprit de nos libres et antiques institutions.”
Au Canada, la même transformation s’est opérée sous l'impulsion de sir John Macdonald, depuis l'alliance des tories haut-canadiens et des réfor- | mistes de l ole Baldwin avec le parti français | fondé par Lafontaine et Morin, alliance d’où est
sorti le grand parti conservateur qui gouverne je pays depuis tant d'années. Cette transformation n’est pas peu surprenante lorsqu'on se rappelle | les anciennes luttes des tories contre les droits | que réclamaient, nos compatriotes avant l’Union, | puis les discussions orageuses—qui faillirent pren- | dre les proportions d’un soulèvement populaire— | \ occasionnées par la question de l'indemnité des | | d
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pertes subies par les habitants du Bas-Canada à la suite de l'insurrection de 1837. D’ennemis de la cause française, les tories ainsi régé nérés devinrent nos plus fidèles alliés, les meilleurs défenseurs de nos droits Même pendant quinze ans, ils nous ont aidé à tenir en échec les
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clear-grits qui, à cette époque, exploitaient d’une façon déplorable les préjugés religieux et nationaux.
Après avoir donné dans les fautes de son parti, le député de Kingston, devenu ministre, ne tarda pas à comprendre que l’union des races est indispensable pour imprimer à ce pays un caractère d’homogénéité et consolider ses institutions politiques, et les efforts qu’il a faits dans ce sens, souvent au dépens de sa popularité parmi ses compatriotes, constituent l’un de ses plus beaux titres de gloire. Ce west pas trop dire qu'il a travaillé à cimenter l'alliance des éléments anglais et français du pays avec la même ardeur que M. Disraeli a déployée pour unir par des liens d'intérêt mutuel les deux grandes nations dont nous descendons et les faire marcher fièrement à la tête de la civilisation.
Nous avons affirmé plus haut que M. Disraeli a toujours eu en vue la prospérité et la grandeur de son pays. Il professe aussi la plus haute admiration pour la constitution anglaise, la pius parfaite, selon lui, de toutes les formes de gouvernement, anciennes et modernes. Ecoutons ce qu'il en dit dans un discours resté célèbre :
“ Si l'antiquité, non plus que l’expérience récente de l’époque moderne, ne nous offrent point pareil exemple d’un gouvernement libre fondé sur la base la plus large des
droits populaires et combinant les libertés du peuple avec les garanties que donne l’existence d’une aristocratie et
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d'un système monarchique ; si l'esprit cultivé des Grecs, la grande âme des Romains, le brillant génie de l'Italie féodale n'ont pu accomplir ce grand résultat, restons de plus en plus attachés à cette incomparable création de nos ancêtres ; honorons la constitution anglaise avec un sentiment encore plus profond de vénération et de gratitude, Cette constitution, milord, a etabli l’egalité civile dans un âge rude, et ses bienfaisants effets ont précédé de plusieurs siècles les sublimes théories de la philosophie moderne ; nous ayant faits égaux, elle nous maintient libres. Elle a fondé un empire aussi durable que celui de Rome, aussi riche que la république carthaginoise. Elle a, en même temps, assuré le progrès le plus complet de notre agriculture, le développement le plus étendu de notre commerce ; elle nous a donné les manufactariers les plus habiles, des armées victorieuses, des flottes invincibles. Sous son égide bienfaisante, la puissance intellectuelle de l'Angleterre, sa valeur indomptable, son énergie nationale ont marché de pair avec son agrandissement politique. Les auteurs anglais ont formé l'esprit de l'Europe et imprimé leur souflle au génie vigoureux d’un nouveau monde.”
Le parti libéral avait paru faire tout en son pouvoir pour affaiblir le lien colonial, pour détacher de la mère-patrie ces nombreuses dépendances qui,
semées dans les cinq parties du monde, forment l'un des plus grands empires qui aient jamais existé. Mais M. Disraeli a su mieux comprendre les intérêts immenses confiés à ses soins. Bien loin de favoriser le démembrement de l'Angleterre, il a travaillé à resserrer son union avec ses colonies, union qui constitue sa richesse et sa force, union qui, dans un cas de guerre, peut lui être d’un avantage inappréciable, et lui permettre de dire, comme autrefois Pyrrhus parlant de l'empire romain: ‘‘ Je n'aurai qu’à fouler la terre pour en faire sortir des légions !”
Dans une sphère nécessairement plus rétrécie, sir John Macdonald à servi la cause nationale avec le mème zèle. En toute circonstance, il
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a exulté les avantages de l'union du Canada avec la Grande-Bretagne, consacrant toute son énergie à asseoir sur une base stable les institutions politiques anglaises au nord de ce continent,
Le premier ministre Canadien rêve une grande alliance anglo-saxonne, dont la métropole serait le pouvoir central, et les colonies, des puissances auxiliaires, toutes unies sous le même souverain, toutes unies par un même dévouement aux intérêts britanniques. D’après ce plan, l’empire se trouverait presque organisé sur la base du système planétaire : lui-même serait la planète puissante autour de laquelle pivoteraient, comme autant de satellites, ses nombreuses dépendances. C'est une grande idée qui ne saurait tarder de tomber dans le domaine de la discussion publique ; car nos relations coloniales sont évidemment en train de subir une transformation dont il est difficile encore de prévoir toutes les consé. quences. Recueillons quelques-unes des paroles que sir John Macdonald prononçait, il y a quelques années, pour développer ce vaste projet qu'il signalait dès 1865, lors du débat sur la confédération du Canada :
«“ Vingt-cinq ans—disait-il—ce n'est qu'un jour dans la vie Fu on et cependant cette période de temps verra l’accomplissement dé ce projet. La Sr ga brad alors quarante millions d âmes ; le Canada, ( & mi ions ; l'Australie, plusieurs millions : l'Afrique du Sud pro ae un développement considérable, et ces pays oi A a Nouvelle-Zélande, qui est presque sUssL gran: e de ngleterre, seront autant de contrées auxiliaires rouge toutes réunies autour du pouvoir mor M alrèee nb ne désire pas la représentation des colonies sr HP par cment impérial ; car celui-ci pourrait réclamer le pol de joue taxer ; mais je souhaite voir s’accomplir une alliance entre
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ces pouvoirs auxiliaires et le gouvernement central, basée sur un traité semblable à celui qui unit actuellement l’Angleterre au Canada. Cette alliance serait offensive et défensive, et quiconque s’attaquerait à l’une de ces puissances s’attaquerait en même temps à une demi-douzaine de nations.”
Ce mème superbe plan semble caressé par lord Beaconsfield, en qui les colonies ont toujours trouvé un défenseur éclairé ; car il comprend que leur sort est associé à la grandeur future de l'Angleterre. Comme l'intérêt est l’un des meilleurs liens, cette immense confédération pourrait peut-être s'organiser aussi sur une base commerciale, de façon à faciliter les échanges entre ces nombreuses populations qui, dispersées sous des latitudes diverses, croissent et prospèrent cependant sous un drapeau commun, le drapeau de l'antique Albion.
- Avant ces derniers temps, le parti conservateur anglais se reposait principalement sur l'influence des familles aristocratiques, qui, à elles seules, possèdent la plus grande partie du sol. Par contre, les whigs se recrutaient surtout dans la bourgeoisie et les classes ouvrières. Avec une rare habileté, M. Disraeli a su triompher de l'hostilité des artisans contre le parti conservateur, les atlirer vers lui par une politique large et progressive. puis les enrégimenter par milliers sous son drapeau.
La réforme électorale qu’il a opérée, en 1867.était beaucoup plus libérale, beaucoup plus radicale
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