‹ Un parvenu comedie en cinq actesChapitre 12 sur 140 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

MADAME MERCIER

Sa ns il ou te.

Pourquoi vous arrêter aux deux tiers de la route? Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout?

MERCIER

Ali 1 pourquoi?

— Ferme un instant les yeux, ma femme, etsuuviens-toi.

— Il était une fois une belle meunière,

— Ceci pourrait bien être un conte à ma manière! —

Elle avait dix-huit ans, la meunière; elle avait

Fine jambe et bras blancs, et lorsqu’elle lavait,

La coquette avait soin de trousser haut sa manche Pour mieux montrer ses bras nerveux et sa peau blanche. Les jeunes gens rentés s’en venaient au moulin Regarder la meunière ; elle, d’un air malin,

Accorte et nez au vent, fraîche comme une guigne,

Leur disait en riant : Je suis pour le plus digne !

• — 11 était au village un ouvrier loyal

Qui la faisait valser comme une plume au bal.

— 11 l’aima simplement, parce qu’elle était belle.

Et Jeanne, au bout d’un an, le trouva digne d’elle.

On célébra la noce au plus beau cabaret.

On dansa sous la treille en buvant du clairet,

Et je revois encor la petite Jeannette Avec sa robe blanche et sa blanche cornette,

Les vieux parents hochant la tète dans un coin,

Et tous les jeunes gars accourus du plus loin Tout exprès pour danser à la noce au grand Pierre, L’épouseux par amour de la belle meunière.

Ne te souvient-il plus, toi dont le cœur est bon,

Que c’est moi le gyand Pierre et toi la Jeanneton?

MADAME MERCIER

Moi, l’oublier? jamais!

MERCIER

Eh bien! ma chère femme,

Tu n’es plus Jeanneton, maintenant, mais Madame !

Dieu bénit notre amour, et nous avons conquis Près de cinq millions; — honnêtement acquis!

— Paysan, devenu bourgeois, ma tâche est faite ;

Que le fils du bourgeois s’élève jusqu’au faite,

C’est légitime orgueil à lui; c’est son devoir

D’employer son argent, sa force, son savoir,

Pour le bien du pays : c’est ce qu’Albert doit faire ! Nous, madame Mercier, restons dans notre sphère. Et jouissons d’un bien lentement recueilli.

Dans le milieu modeste où nous avons vieilli !

MADAME MERCIER

Moi, je m’y trouve bien, dans ce milieu modeste; Mais est-ce une raison pour que ton üls y reste? *

Il faut le marier.

JACQUES

Et le monde ?

MERCIER

A quoi bon?

Chacun donne aujourd’hui sa valeur à son nom. Ne cherchons pas si haut, car c’est avec Laurence Que je veux marier Albert, de préférence A tout autre.

MADAME MERCIER

Comment !

BIDART.

Avec Laurence ?

MERCIER

Eh quoi?

Avec notre nièce !

MERCIER

Oui! — D’où vient ce grand émoi?

JACQUES, levant les bras au ciel.

Laurence! notre nièce I

MERCIER

Oui, ma nièce, Laurence!

BIDART.

Elle n’a pas un sou !

JACQUES

C’est une incohérence !

Vous vous mésalliez!

MERCIER

Vous riez!

JACQUES

Non ! c’est clair,

(à Bidart.)

Nous nous mésallions!

BIDART.

C’est évident !

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