‹ Un parvenu comedie en cinq actesChapitre 43 sur 140 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

(Haut.)

Mon père, je voudrais parler sans vous déplaire. Laissez-moi cependant vous dire que mon tort N’est pas si grand qu’il peut sembler de prime-abord. Nous vivons presque ici dans une Thébaïde I

MERCIER

Et pourquoi?

ALBERT

De plaisirs votre maison est vide.

Vous ne recevez pas : jamais vous ne donnez De fêtes ni de bals; à peine des dîners.

Le soir, à la clarté de la lampe discrète,

Ma mère brode avec Laurence en tête-à-tête.

Nous, nous jouons un whist; c’est un fort joli jeu Que le whist, j’y consens, pourtant il manque un peu D’émotion violente et je conçois qu’il llatte Un quaker, un muet, un sourd, un diplomate ;

Mais ses calmes attraits ne sont pas suffisants A combler l’idéal d’un cœur de vingt-cinq ans.

Or donc, si vous aimez à vivre loin du monde,

Ai-je réellement mérité qu’on me gronde Lorsque je cherche ailleurs, non sans quelque raison, Les plaisirs de mon âge absents de la maison ?

MERCIER

Au lieu de t’acharner au plaisir sans relâche.

Ne peux-tu te vouer à quelque noble tâche?

Tu n’as jamais rêvé le vrai, le grand, le beau.

— Tu dis ma maison vide ? enfant, c’est ton cerveau!

— L’or que j’ai ramassé suffit à ton courage !

C’est t’estimer bien peu : moi, quand j’avais ton âge,

Je travaillais, j’allais vers un but noble et grand...

ALBERT

Vous, cela se conçoit; mais moi, c’est différent.

Vous ne comprenez pas le luxe que j’affiche,

Car vous, mou père, vous, vous n’ètes pas né riche!

MERCIER, lui touchant l’épaule.

Ah ! fils de parvenu, je te reconnais bien !

Tu te crois quelque chose, et moi je n’étais rien.

(Riant.)

Oui, l'on est quelque chose avec une fortune,

Mais on n’est pas quelqu’un, — et ce qui m’importune,

C’est de ne pas pouvoir te léguer la fierté

D’un esprit sérieux et l’âpre volonté

Qui fait les hommes grands quand elle est au service

D’une ambition haute et non pas d’un caprice!

— Si je vous écoutais, mon frère et toi, j’aurais Un vaste hôtel rempli d’un peuple de laquais!

Je donnerais par jour une grande soirée Pour vous faire plaisir, et la tourbe dorée Hanterait mes salons tout éblouissants d’or;

Car, tout serait doré pour mieux vous plaire encor. Tout, escalier, plafond, grille, loge, concierge. Aurais-je un hôtel? Non, mais une vaste auberge! Car un hôtel peut être en ruines, vieux, laid. Crevassé, lézardé; mais apprends, s’il te plaît.

Qu’un hôtel a besoin d’un nom dont on le nomme : On dit l’hôtel Rohan et non l’hôtel Prud'homme l Si tu veux un hôtel, fais un acte d’éclat ;

Qu’un service rendu pour le bien de l’État Aux yeux de tout le monde en ta faveur milite.

Avec autant de droit qu’on dit hôtel Laffitte,

Tu pourras, te passant d’un noble devancier.

T’écrier fièrement : Cocher, — hôtel Mercier!

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