‹ Un parvenu comedie en cinq actesChapitre 6 sur 140 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Je vous fais compliment.

JACQU ES.

J’en suis ravi! — De quoi?

Des leçons que mon fils reçoit de vous.

JACQUES

De moi ?

De vous!

MERCIER

JACQUES

Me prenez-vous pour un oncle fossile.

Un Cassandre idiot, un Géronte imbécile,

Barbouillé de tabac, portant un habit bleu.

Et disant en grondant : Mon coquin de neveu?

Mon coquin de neveu, je le dis à sa gloire,

Est un charmant garçon, aimant à rire, à boire.

Je n’y vois pas grand mal et je ris avec lui,

Lui s’amuse avec moi : c’est la mode aujourd’hui.

MERCIER

Voilà certainement une vie exemplaire.

' JACQUES

Sans aucun doute! — En quoi peut-elle vous déplaire?

MERCIER

En rien, certe!

Entre nous, vous avez de l’argent,

— Oh ! beaucoup ! — Votre üls, en homme intelligent , Le croque, eh bien ?

MERCIER

Eh bien ! souffrez que je vous dise Que j’entends que mon üls se gouverne à ma guise! ,

JACQUES

Erreur !

MERCIER

Comment?

JACQUES

Albert a trop de nobles goûts Pour devenir jamais un bourgeois comme vous!

MERCIER

Eh ! Le bourgeois, c’est vous, dont les grâces bouffonnes Prêtent sujet de rire à toutes les personnes!

Au lieu de promener au boulevard de Gand,

Du matin jusqu’au soir, vos grands airs d’élégant.

Vos faux cols assassins, vos burlesques toilettes Et vos favoris teints, taillés en côtelettes,

Vous feriez beaucoup mieux de prendre sagement...

JACQUES

Bon ! je vous vois venir, un établissement?

MERCIER

Je vous l’ai dit cent fois...

JACQUES

Je le sais.

MERCIER

Je vous offre.

Pour cela, tout l’argent qu’il faut; ouvrez mon coffre! Je connais une usine...

JACQUES

Oh ! non pas, s’il vous plaît !

Tirez-moi dans le crâne un coup de pistolet,

Sucrez mon café noir avec... de la strychnine.

Mais ne me mettez pas en tête d’une usine !

MERCIER

Peut-on à cinquante ans être assez fou...

JACQU ES.

- D’honneur,

Une usine n’a rien qui fasse mon bonheur!

Je ne méprise pas les usines, mais comme Ce ne fut jamais là mon rêve de jeune homme,

Je me trouve très-riche avec le rien que j’ai;

Vous avez un hôtel où je suis bien logé ?

J’y reste! — Des vins tins? je les déguste à l’aise 1 Et des chevaux pur sang? je les monte à l’anglaise I Je ne suis pas content de votre vieux tailleur;

Je vous le changerai, j’en connais un meilleur.

Vous avez quelquefois une humeur de mégère,

Mais j’aime à discuter, surtout quand je digère,

Ça fouette le sang! — Ainsi, vous voyez bien Que le sage, c’est moi, qui n’ai besoin de rien !

MERCIER

Mais si...

JACQUES

Vous réduisiez mon modeste ordinaire?

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