‹ Un parvenu comedie en cinq actesChapitre 69 sur 140 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

ALBERT

Parbleu !

J’ai ceut mille fois tort, j’en fais le franc aveu,

Mais qu’y faire? J’ai pu m’amuser tout à l’aise Jusqu’à ce jour et vivre en vaurien; mais la thèse Change : le mariage impose à tout moment Un devoir sérieux qu’on doit loyalement Remplir ; on ne saurait le négliger sans crime,

Et celui qui l’oublie est indigne d’estime.

11 ne faut, pour agir en toute loyauté.

Qu’aimer sa femme! — mais c’est la difficulté !

On aime, on n’aime pas, et, sans logique aucune,

On peut aller peut-être en ballon dans la lune.

Vivre sans rien manger, marcher la tête en bas,

Mais non vous faire aimer lorsque l’on n’aime pas.

(S’auimaut.)

Quand on aime, parbleu ! c’est une belle chose !

Tout est bon, tout est bien, tout est gai, tout est rose !

— Marcher toujours à deux dans les mêmes chemins, Se parler cœur à cœur en se serrant les mains.

Sans rien dire ! — Savoir que partout, à toute heure, Quel que sdit le destin, soit qu’on rie ou qu’on pleure. Une âme est là qui pleure ou s’égaie avec vous ;

Tenez, je ne sais rien au monde de plus doux!

Rien n’est aussi charmant que cette amitié sainte. Chaste et tendre à la fois, pure de toute feinte,

Que ce lien qui joint dans un bonheur commun Deux jeunes cœurs épris qui n’en forment plus qu’un.

— Ah ! que j’échangerais mes plaisirs de naguères Contre ces plaisirs-là, simples et non vulgaires,

Et comme je vivrais loin du monde enfermé.

Si j’avais le bonheur, cousine, d’être aimé!

LAURENCE, émue.

Oui, c’est là le bonheur que chaque être réclame.

Et vous le trouverez auprès de votre femme;

Car notre espoir à tous ne sera pas déçu.

(A part.)

Comme il m’aurait aimée 1 Hélas! si j’avais su...

ALBERT

Vous pleurez?.. Qu’avez-vous?

LAURENCE

Rien. Laissez-moi, de grâce!

Les filles sont ainsi : — pour un rêve qui passe, il leur monte parfois, même aux instants joyeux.

Des rougeui’s à la joue et des larmes aux yeux.

Mais c’est Jini, voyez, et je ne suis plus triste.

— Je vais rire à présent!

ALBERT

Je suis un égoïste ;

Je vous parle de moi.

LAURENCE

Mais vous faites très-bien.

Sommes-nous pas amis? Votre bonheur est mien.

ALBERT

Ah! tenez, oublions mademoiselle Blanche.

Si je ne l’aime point, je connais eu revanche Quelqu’un de fort épris et qui serait heureux,

Cousine, d’un regard parti de vos beaux yeux.

LAURENCE, baissant les yeux.

ALBE RT, à part.

Je l’ai promis...

(Haut.)

11 en perdra la tète,

11 ne dort déjà plus 1

LAURENCE, souriant.

Et quelle est ma conquête?

Vraiment, vous m’effrayez! Ce bel amoureux-là Se nomme?..

ALBERT

Devinez !

LAURENCE

J’y renonce.

ALBERT

Mosca !

LAURENCE

Lui!

ALBERT

Qu’a donc cet amour, mon Dieu,! qui vous étonne? Le comte...

Page 1