SCÈNE II
ALBERT, MOSCA
MOSCA, arrêtant Albert qui va pour sortir.
Franchement, mon ami, suis-je un bon diplomatg ?
ALBERT
Vous dépassez Ulysse et Nestor.
8fi
MOSCA
Je m’en flatte.
ALBERT
Mais, hélas! mon ami...
M.OSCA
Dieu! quel air composé l
ALBERT
Moi, j’ai moins (le succès... — Laurence...
MOSCA
A refusé?
Je crains bien...
ALBERT
MOSCA
Tant mieux!
ALBERT
Quoi!
MOSCA
Sans doute! c’est dans l’ordre, Mais est-ce une raison pour que j’aille démordre De mes prétentions? — Vous n’y connaissez rien :
On répond toujours non au premier entretien ;
Au second l’on rougit, au troisième on soupire.
Cette fille, après tout, ne pouvait pas vous dire :
Ce monsieur veut ma main? la voilà! comment donc!
— J’augurerais fort mal de ce trop d’abandon.
Les femmes ont, mon cher, une diplomatie Spéciale, que seule une femme apprécie;
Nous ne pourrons jamais démêler l’écheveau
De ruses qui s’embrouille au fond de leur cerveau.
— Depuis Amaryllis, qui s’enfuit vers un saule Et regarde, en fuyant, par-dessus son épaule,
Jusques à la grisette en robe d’organdi.
Qui trottine en lançant l’œillade, nul n’a dit :
Philosophe, amoureux, grammairien, poêle,
Eût-il passé sa vie à se creuser la tète,
Le sens mystérieux qu’hier comme aujourd’hui,
Les femmes ont caché dans ces deux mots : non, oui. Montaigne, consulté, répondait : chose absconse !
— Ce qui fait que je suis charmé de la réponse :
Tant qu’on doute, on espère.