ACTE V
ALBERT
Et par contre, ajoutez :
Tant qu’on espère, on doute.
MOSCA
Eh bien?
ALBERT
Eli bien, doutez.
MOSCA
Pourquoi donc?...
ALBERT
Eh! mon Dieu!...
MOSCA
Parce qu’elle est coquette?
Cela rehausse encor le prix de la conquête.
C’est grâce à ce défaut, sans cesse renaissant,
Qu’en place d’une femme, on en courtise cent.
C’est divin ! — Croyez-moi, la coquette a son charme ;
Un simple mot l’irrite, un regard la désarme;
Elle perd et reprend le terrain défendu,
Et l’on triomphe un jour qu’on croyait tout perdu,
Car elle sait unir, mobile comme l’onde.
Les fureurs de la brune aux langueurs de la blonde,
Les tendresses de l’àme aux pointes de l’esprit,
Le mot qui blesse au mot consolant qui guérit ;
Elle éteint notre feu, mais elle le rallume ;
Entin, c’est un sérail complet — en un volume.
ALBERT
Peste !
MOSCA
Je suis dans l’âge où l’on devient sultan, Et les refus ne font que m’exciter d’autant.
ALBERT
Croyez-moi, renoncez. .
MOSCA
Jamais je ne recule.
ALBERT
Alors, vous échouerez.
MOSCA
C’est crainte ridicule. ..
ALBERT
Écoutez bien ceci : Quoi que vous lui disiez,
Vous n’épouserez pas Laurence.
MOSCA
Vous croyez?
ALBERT
J’en suis même certain.
MOSCA
Certain? Pour quelle cause ?
On refuse les gens, mais c’est pour quelque chose.
Les raisons?...
ALBERT. X
Elle en a... beaucoup.
MOSCA
Une suflit.
ALBERT
C’est que...
MOSCA
Répétez-moi ce qu’elle vous a dit.
Je ne le puis.
M OSC Aé
Pourquoi?
ALBERT
Mon Dieu!. .
MOSCA
Je vous écoute.
Je vous affligerais.
Cependant...
ALBERT
MOSCA
M’affliger!... moi? J’en doute.
ALBERT
MOSCA
Cependant, faites l’aveu complet.
On me trouve trop vieux?
ALBERT
Nullement.
M OSCA
Ah!... — Trop laid?
ALBERT
Non pas.