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UN
J'ai connu pendant mon séjour aux États-Unis, un homme, hardi voyageur, qui depuis l'âge de dix ans avait quitté la maison paternelle pour explorer le monde. Ses lointaines pérégrina- . tions l'avaient amené maintes fois en des lieux inexplorés jusqu'alors, et le crayon en main, le carnet sur les genoux, il avait pris des vues et des notes dans tous les pays par où il avait passé.
Un jour, à New-York, M. Middleton,— tel était son nom, — Payne et moi nous devisions des races disparues ou à peu près éteintes sur le globe, et je nommai celle des Aztecs comme
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Tune des plus curieuses dont j'eusse jamais lu rhistoire.
A ce nom d'Aztec, mon interlocuteur me raconta qu'il avait fait tout exprès un voyage au Brésil, pour visiter une peuplade de vrais descendants des contemporains de MoQizuma qui, d'après certaines traditions, avaient émigré dans la zone du milieu de TAmérique méridionale et vivaient là depuis des siècles dans leur retraite fortifiée du Géral-Milco.
C'est à Tobligeance de cet ami que je dois les détails dignes de foi que j'pfifre à mes lecteurs. Son manuscrit m'a servi à prendre des notes sur lesquelles j^ai été à même de tracer le récit qui va suivre. Cette narration yéridique, simple et naïve, pourra jeter un nouveau jour sur l'histoire des peuples 4u vieux continent américain, dont l'existeikie paisible fut bouleversée par l'invasion de^ernando Cortès et de Pizarro.
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De Gharleston à Para la route est longue, et si je n'avais pas la crainte d'ennuyer mes lecteurs, je leur raconterais en détail les différents incidents de notre voyage à bord du brick Augusta^ construit à Baltimore et en destination de Rio- Janeiro.
Un de mes amis, M. Edouard Laury-Grey, avait eu l'obligeance de se charger de tous les préliminaires ennuyeux qui accompagnent ordinairement le voyageur assez hardi pour s'aventurer dans une excursion lointaine. Il avait fait prix pour notre passage, choisi nos cabines, pris dei
arrangements pour la table et la nourriture, et approvisionné notre cantine de quelques caisses de vins fins, indispensables pour refouler le mal de mer et entretenir notre appétit. Aussi n^eusje pas autre chose à faire que d'apporter mon sac de nuit et de m'installer à bord de VAugusta^ où mes malles avaient été transportées avec les ballots de marchandises de notre raison de commerce : Payne et Grey, à Para.
Nous devions faire escale à La Havane, et nous longeâmes en effet le Castel-Moro quelques heures avant le coucher du soleil, un dimanche soir, assez à temps pour entrer au port et visiter la ville. Le premier coup d*œil que Ton adresse à la « Reine des Antilles » est un des plus remarquables au monde. La vue de La Havane est vraiment admirable; au premier plan, on aperçoit une forêt de mâts appartenant à des navires de toutes nations; au second, les toits crénelés des maisons, les terrasses couvertes d'orangers; aux fenêtres de chaque habitation, des stores de toutes couleurs flottant au gré du vent, qui agite
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leurs baldaquins dentelés, et dans le lointain, sur le penchant des collines qui bornent Tho** rizon , des massifs de palmiers aux colonnes gigantesques, dont le feuillage sombre fait ressortir la blancheur des murailles de chaque demeure espagnole, soit qu'elle appartienne à Tune des plus anciennes familles de TEspagne, soit qu'elle serve de refuge à quelque pauvre nègre ou à un Catalan ayant oublié de faire fortune dans ce pays, où tout semble favoriser le commerce et Tagriculture.
La forteresse de Moro, d'un aspect imposant, est construite à l'aide de rochers arrachés par la mine aux récifs de la plage : la sombre couleur de ses murailles se détache en relief sur ce riant paysage qui l'environne et sur Tazur des eaux de cette mer caraïbe, la plus limpide de toutes celles dont sont couvertes les plaines profondes immergées par le liquide élément qui sépare les continents de l'univers entier.
Uentrée de la baie ou plutôt du port de La Havane, située entre le Moro et le fort Puntal,
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est si étroite, que c'est à peine si deux chaloupes peuvent y passer de front. Un navire de guerre s'y introduit difficilement; mais si, par hasard, deux bâtiments marchands se rencontrent, le premier entrant au port, le second mettant à la voile, Tun des deux est obligé de reculer pour faire place à Tautre.
L'intérieur de La Havane est fort beau ; les rues sont larges et l'aspect en est très-gai, non pas peut-être à l'heure de midi, lorsque les blancs et les nègres même font la sieste, et se reposent pour éviter les ardeurs tropicales dii soleil ; mais l'après-midi, lorsque la brise de la mer se lève, quand les volantes et les calèches sillonnent la ville emportant dans leur course rapide de charmantes senoritas, des caballeros élégants qui tous ou toutes vont faire leurs emplettes et terminer leur promenade avant souper au Paseo, vaste boulevard ombragé aboutissant au théâtre Tacon, la salle de spectacle la plus grandiose du monde entier.
C'est au Paseo que se rencontrent les plus
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jolies toilettes, les plus ddbtables femmes dii monde, et mon ami Grey et nioi nbiis étions vraiment étonnés de voir tant de grabieux visages rassemblés sur un aussi petit point du globe : nous eussions été tentés de suivre l'exemple de ces hardis gentlemen qui, sans connaître à qiiî ils s'adressaient, s'écriaient à leur vue :
— Qu'elle est belle I qu'elle est charmante I.,. ( Muy bella ! muy hermosa t )
N'eût-ce été que pour nous entendre répondre, à travers des lèvres roses comme du corail, entre des dents plus blanches que des perles :
— Gracias, cahalleros t (Metci, messieurs !)
— Beso las manos de V. (Je vous baise les mains), et autres gracieusetés fort émouvantes et très-dangereuses pour des cœurs aussi sensibles que celui de mon ami Grey et le mien.
Le Itindi soir c'était fête àii théâtre tàcbii; on y chantait VErnani^ et d'une façon màgistréié. Ce fut au Tacon que les Havanaises nbiis parurent plus enchanteresses encore qu'à là promenade. Leurs toilettes blanches, un itbiiillis de
dentelles et de mousseline, leur teint d'albâtre et leurs cheveux noirs, — du jais flexible natté sur une tête d*un galbe grec, — se détachaient sur l'or et la pourpre des loges découpées à jour. On les eût volontieris prises pour autant de Péris emprisonnées dans des cages aux réseaux dorés, prêtes à s'envoler à la première occasion; leurs éventails s'agitaient avec grâce, sans repos ni trêve, et répandaient dans Tatmosphère attiédie de la salle de spectacle des parfums suaves qui préparaient l'âme aux enivrements de la musique de Verdi. Je ne dirai rien de l'exécution du chef-d'œuvre musical du compositeur italien. Les artistes se. surpassèrent ce soir-là, au dire même des habitués de l'Opéra, qui s'égosillèrent après chaque morceau en bravos, bravis et bravas et dont les gants éclataient sous les efforts multiples d'applaudissements frénétiques. Cette soirée au théâtre de La Havane restera dans nos souvenirs comme l'une des plus agréables de notre vie à mon ami Grey et à moi. Le mardi matin, le capitaine de VAugusta
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nous fit prévenir que ses affaires étant terminéeS) ii allait mettre à la voile. Nous nous hâtâmes donc de retourner à bord, et à midi sonnant, heure de la marée, nous sortions du havre de La Havane, disant «dieu à cette ville unique au monde, qui nous était apparue comtne . dans un rêve, tant notre séjour avait été raccourci par la hâte du capitaine de notre brick.
Notre compagnie, à bord du navire Augusta^ se trouvait augmentée par la présence de deux charmantes jeunes femmes, deux créoles de la Jamaïque se rendant à Rio-Janeiro pour y rejoindre leur famille. Mon ami et moi nous fûmes obligés de leur abandonner notre cabine : hélas! c'était la meilleure du navire.
Il fallut donc, par galanterie, nous réfugier dans un méchant trou noir et malpropre, où grouillaient la nuit d'énormes blattes, de fantastiques cancrelas bien faits pour empêcher de dormir des gens habitués comme nous à tout le |)ien-êtrp de 1^ vie. ]N[éanmoins, çn dépit de oç
voisinage nauséabond et bruyant, j'étais parvenu à céder au sommeil, lorsque vers trois heures du matin une tempête se déclara. Je fus forcé de m'apercevoir de l'inclémence de la température lorsque je me sentis lancé du haut de mon hamac sur le parquet de notre cabine, enseveli sous deux sacs de nuit, étouffé par les draps, l'oreiller, le matelas et les couvertures de ma couchette, écrasé par les deux chaises qui ornaient notre boudoir, et inondé par le pot à eau de notre table à toilette. Dès qu'il me fut possible de reprendre mes sens, je me débarrassai de cet attirail incommode, je comptai mes contusions, et je pus me convaincre à la fois que si je n'étais pas blessé, du moins je me trouvais frappé de la vérité de ce passage biblique : c( Celui qui s'élèvera sera abaissé. > Aussi, pour ne plus commettre cette faute répréhensiblc aux yeux du Seigneur et des chrétiens croyants, j'allongeai les cordes de mon hamac, résolu à me trouver désormais terre à terre, au niveau du parquet de mon réduit ma-
ritiine. C'était là une précaution de la plus haute sagesse.
Heuretisement pour nous deux, mon amî (îrey et moi, nous n'éprouvions pas le mal de mer, et je dois raconter eh passant que c'est a cette particularité de notre constitution, ou plutôt à cette conformité de nos goûts, que lui et moi nous nous étions liés d'amitié en 1834, lors de notre première rencontre à bord d'un bâtiment anglais qui se rendait de Londres à Saint-Pétersbourg.
Ned (c'est ainsi iqué j'appelais mon ami Edouard Grey), 'ayant découvert que j'étais la seule personne à bord du navire britannique qui ne fût point aflfectée de cette fâcheuse indispoi sition, s'était avancé près de moi, et, après les premiers compliments d'usage, m'avait prié de vouloir bien le considérer désormais comme moii féal serviteur, tout dévoué à m'êlre agréable en quelque circonstance que ce fût. Dès ce moment notre liaison se fit, et bientôt, avant la fin de notre traversée. sur les eaux mouvantes de la
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)[ mer Baltique, nous étions inséparables. Dès
Il cette époque cette intimité devint si grande que
jamais Tun de nous n'entreprit un voyage sans que Tautre raccompagnât.
Un matin le matelot de quart nous réveilla de meilleure heure qu'à Tordinaire, en criant d'une voix énergique ce mot émouvant : Terre ! mot qui nous réjouit autant que si nous eussions appris que la banque d'Angleterre venait de nous léguer tout son capital, à la seule condition d'en jouir uniquement pour notre plaisir et notre comfort. Cette plage annoncée par le f Jack » de YAugusta^ c'était celle du Brésil : ces huttes et ces maisons de briques et de pierre, qui s'étendaient sur le bord de la mer, c'était la ville de Para.
Nous n'avions mis que vingt-deux jours pour opérer notre passage de l'île de Cuba à notre destination, et ce fut le 15 septembre 1853 que nos pieds foulèrent le sol fortuné de l'Amérique méridionale.
La lunç brillait d[ans tout son éclat, elle allait
bientôt disparaître à Thorizon pour faire place au soleil, dont les premières lueurs pointaient déjà du côté opposé, au sein du grand Océan. C'était un spectacle magnifique que celui de cette plage couverte de cocotiers élancés et d'upas au feuillage sombre, dont le vernis miroitait, grâce aux rayons de Phébé, tandis qu'à l'autre horizon une lumière rougeâtre éclairait les vagues purpurines de la mer I Jamais rien d'aussi grandiose n'avait frappé nos yeux.
Le débarquement des marchandises et des passagers ne fut pas de longue durée : la banquise et les récifs de corail, qui s'étendent devant la ville de Para, ne permettaient pas à notre brick d'entrer dans le port; ce fut donc à des bateaux plats, les seuls utilisés dans ces parages, que nous confiâmes t César et sa fortune; » et dès neuf heures du matin, le dernier de nos ballots, l'ultime sac de nuit faisant partie de notre bagage, était arrimé sous les hangars de la douane brésilienne, confié à la garde d'un soldat en guenilles qui se pavanait, son fusil ^
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lô main, teVêtu d'un uniforme fantastique et armé d'un sabte dont le fourreau avait disparu.
Le brick Augùstay ii'ayant plus rieri à faire à Para, reprenait le chemin de la plaine liquide, et, peu de temps après, sa coque légère et ses voiles blanches se confondaient dans tes brumes , de l*horizon. Le navire se dirigeait vers Rio- Janeiro, où l'attendaient avec impatience les consignataires de la maison de commerce qui ravalent nolisé pour se rendre de Charleston au Brésil.
Avant de continuer mon récit, je crois qu'il est bon de faire savoir à mes lecteurs quel était le bût de notre expédition, et pour cela je dois remonter à quelques années avant celle où je transcris ces hôtes, en 1848 et en 1846, lorsque, en compagnie de M.-6rey, ]ë voyageais dans Tintérieur de la Syrie.
Au mois de février 1845, nous étions campés, lui et moi, protégés par une demi-douzaine d'Arabes qui nous servaient d*escorte, sur les bords du lac Asphaltite» près de la vallée de
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Siddim, lorsqu'un des hommes de notre caravane, s'étant écarté pour faire du bois, reviht en courant vers noiis pour nous apprendre qu*à une demi-lieue de la vallée il avait rencontré tlii gentleman américain qui, comme nous, était venu là pour visiter la mer Morte.
Aussitôt, Ned et moi nous remontâmes à cheval sans nous souvenir un seul instant de là fatigue que nous avait fait éprouver une longue marche dans les sables du rivage de Gomorrhfe, et nous épefonnâmes nos montures qui s'élàiicèrent au galop dans la direction indiquée pai? notre Arabe. Le voyageur, qiie nous trouvâmes tranquillement couché sous sa tente et prenaiil son repas du soir, était bien un Américain, si Ton veut, mais au lieu d*avoir reçu le jour sous le cîei républicain des États-Unis, il était originaire de Lima : aussi fûmes-nous réduits à: converset tant bien que înal avec lui dans Tidiome espagnol, au lieu de nous entretenir, comme nous Tavions espéré, dans noire langage natif, le pur anglais de rAitiérique du Nord. De
toute manière nous passâmes une soirée charmante, pendant laquelle nous causâmes tous les trois d^ voyages, de recherches sur les antiquités des premiers âges et enfin des races éteintes du monde entier.
Grey se lança dans une dissertation savante relative aux Péruviens et aux Mexicains qui vivaient avant l'époque de la conquête ; il déplora rétat de dégénération de leurs descendants, qui avaient laissé se perdre les notions des arts et des sciences pratiqués par leurs ancêtres, et il chercha à nous prouver que les deux monarchies qui régnaient autrefois sur ces deux nations n'avaient aucun lien de famille, aucun rapport entre elles.
— Il est vrai, mon cher monsieur, fit le gentleman de Lima, que votre opinion est celle de tout le monde; mais, croyez-moi, c'est là une grave erreur. Les deux peuples dont nous parlons connaissaient non-seulement la situation, les ressources, la civilisation et le gouvernement r^n de l'putre; m^is, plusencpre, ilsavaiept
ensemble des rapports fréquents, si j'ajoute foi au contenu d'un certain manuscrit tracé en caractères hiéroglypliiques, que j'ai découvert par hasard dans les casiers délabrés de la bibliothèque du muséum de la ville de Mexico. Je m'aperçois, messieurs, ajouta le Liméen, que mes paroles vous font sourire; mais, patience, je n'ai pas encore achevé. Ecoutez-moi, si cela ne vous ennuie pas trop, et je vous aurai bientôt appris ce que j'ai encore lu sur les pages de mon vieux manuscrit.
Lorsque Hernando Certes s'aventura pour la seconde fois dans la vallée de Tenochtitlan, un grand nombre de Mexicains, malgré la défense de Guatémotzin, abandonnèrent leurs demeures et s'enfuirent au loin. Ils errèrent longtemps sur le territoire du Guatemala, et après avoir couru des dangers sans nombre, après avoir perdu un certain nombre des leurs, ces malheureux fugitifs pénétrèrent sur les possessions des Incas, dont le siège gouvernemental était établi à Cuzco.
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Là s'arrêtait le contenu du manuscrit; mais je puis, messieurs, ajouter à ces détails les traditions qui m'ont été révélées dans les tribus de Quichuas. A peine les pauvres Mexicains s'étaient-ils établis parmi les Péruviens de Cuzco, que l'Espagnol Pizarre, suivi de son armée, se présenta devant la ville. Les conquérants massacrèrent Atahualpa, tandis que Toparca, le second Inca, mourait dans son palais de peur, si Ton ajoute foi à Topinion générale; ils pénétrèrent dans les murailles^ et, par l'ordre du chef, Manca prit les rênes du gouvernement. Quelque soumis en apparence que fussent les Péruviens à leurs ennemis, à ceux qui avaient conquis leur pays natal , les hommes les plus éminents de la nation Voyaient avec peine leurs compatriotes supporter un joug honteux; aussi, à l'instigation des Mexicains réfugiés, une députation des chefs les plus hardis pénétra-t-elle dans le palais où les femmes et les enfants de l*Inca massacré (Atahualpa) gémissaient sur cette perte fatale non-seulement pour eux, mais
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èticor^jour le pays : ils persuadèrent à cespau* vres infortunés de fuir avec eux, et là tiixit suivante, la petite caravane quitta Cuzfco, se dirigeant vers les déserts du Brésil pour y fonder un Iricalat ou plutôt une colonie qui serait régie par les mêmes lois établies par les Incas depuis Torigine de la nation et perpétuées jusqu'à eux.
— Il y a cinq ans, ajouta le Liméen, je me trouvais pour mes affaires dans la ciudad de Villa-Bella, sise nôti loin des sources du Rio- Guapore, lorsqu'un iriàtin quelques amis qui connaissaient mon goût pour lès excursions pittoresques vinrent m'engager à les abcompagnèt dans une excursion pédestre qui devait durè> trois ou quatre jours, et dont le but était de gravir les monts Paricis.
Une joûrhéë de marche suffit pdur tious aitteher au lieu désigné, et le lendemain, dès l'aube,' nous partions tous remplis d'une ardeur sans égale, nous proposant de gravit les arêtes de la montagne principale, du sommet de laquelle^
suivant toute apparence, nous devions jouir d'un coup d'œil magnifique. La plupart de mes camarades de route m'abandonnèrent à moitié cliemin, et lorsque, parvenu à quelques pas du point culminant, je jetai les yeux en arrière, je m'aperçus que j'étais seul. Loin de me sentir découragé, je m'avançai jusqu'au haut du pic ardu : enfin j'y pus poser les pieds, et je regardai avidement de tous côtés.
— Jugez de mon étonnement, messieurs : devant moi, au fond d'une vallée profonde, j^apercevais... la ville des Incas!
Sans songer davantage à mes compagnons, je m'élançai par un sentier que j'aperçus devant moi , désireux de visiter une cité inconnue , inexplorée peut-être avant ce jour ; mais à peine avais-je franchi un demi-kilomètre , que ma course se trouva soudain arrêtée par l'apparition de cinq hommes revêtus d'un costume pareil à celui avec lequel on représente les Incas des siècles passés. Ces sentinelles avancées s'étaient jetées sur moi au moment où je pénétrais dans
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un bosquet touffu. Je fus sommé de rebrousser chemin, car ces Indiens me dirent, dans le langage des Amaquis, qui m'était assez familier, qu'aucun étranger armé, — hélas I je me trouvais dans ce cas, — ne pouvait pénétrer dans leur vallée, qu'ils nommaient le Gérai.
Il fallut donc me résigner à retourner sur mes pas; je retrouvai mes compagnons, à qui je racontai mon aventure, et nous retournâmes ensemble à Villa-Bella.
"— Vous êtes les premiers, messieurs, ajouta le Liméen en terminant son récit, à qui j'aie jamais raconté ce qui s'était passé sur le versant des monts Paricis.
Une fois de retour en Amérique, mon ami Grey et moi nous résolûmes un beau jour d'aller visiter la vallée des Incas, et c'est pour cela que nous avions quitté Charleston. Notîre but était de pénétrer, coûte qui coûte, dans le Geral-Milco *. A cet effet, il nous avait paru prudent de nous
* Le mot milco, dans la langue des Aztecs, veut dire vallée et celui de gérai signifie ville royale.
îfiif^ passer pour des lu^f chands, persuadés que le vrai moyen de ne pas être forcés de revenir sur nos pas était de nous présenter aux Aztecs d'une manière toute pacifique, comme des gens dont le seul but est de faire une bonne spéculation.
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Notre séjour à Para se prolongea jusqu'au 18 septembre, et nous nous embarquâmes à bord de la felouque le San-Joao, en destination pour le port de Santarem, au confluent du Tapajoz et de l'Amazone. Une fols arrivés dans ce lieu, notre intention était d'acheter ou de louer un bateau plat qui nous conduirait dans le pays où nous désirions nous rendre. Notre bagage fut donc placé à bord du schooner, et nous mimes à la voile. Tandis que le bateau vogue au gré du vent, mes lecteurs me permettront d^énumérer les marchandises que nous emportions avec nous.
Nous avions fait, Ned et moi, tout notre possible pour assumer la tournure de bons marchands, mais par malheur Tétat de nos finances ne nous permettait pas d'emporter une énorme pacotille. Quelques amis nous avaient donc confié des éventualités^ et s'étaient intéressés dans le succès de notre entreprise. Nous reçûmes de leurs mains divers articles de quincaillerie, des couteaux, des ciseaux, du thé, des ustensiles de cuisine, des instruments aratoires et des étoffes de prix, telles que du satin, du velours et des rubans de soie.
Ces articles devaient être d'une bonne vente, même à Quito, à Lima, ou bien dans toute autre ville du littoral de la mer Pacifique, au cas où il nous serait impossible de pénétrer dans le Géral- Milco. Nous avions, outre ces divers articles, des objets de valeur que Ned et moi avions apportés des provinces asiatiques, en 1842, et nos provisions de bouche étaient de la meilleure qualité. Quant à notre bagage personnel, il se réduisait au strict nécessaire.
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Nous voilà donc remontant le fleuve Amazone, n'ayant pour toute occupation que Tétude du langage des Amaquis, Tun des plus diTTiciles dialectes de TAmérique du Sud.
Nous arrivâmes à Santarem, la ville la plus malpropre que j'aie jamais vue au monde, vers onze heures du matin, le jeudi qui suivit le jour de notre départ de Para. Aussitôt que le San- Joao eut débarqué nos ballots, nous nous hâtâmes de choisir une embarcation parmi les mille et une étendues sur la plage. C'était assez difficile, et pourtant, après maints débats plus ou moins ennuyeux et très-prolongés, nous finîmes par réussir.
Dès la pointe du jour, nous quittâmes Santarem, et, eu égard à la construction bizarre de notre esquif, nous avancions avec assez de rapidité sur les eaux limpides du Rio-Tapajoz. Favorisés par une brise sud-ouest, nous faisions quatre lieues par soixante minutes; aussi, vers sept heures du soir, nous dépassâmes le dernier village de la province, celui de Aldea de Mon-
drucos. La nuit se faisait, noire et profonde, lorsque nos rames nagèrent dans les eaux ombragées par les grandes forêts du Brésil; mais il était trop tard, et Tobscurité était telle que nous pouvions à peine distinguer la route liquide que nous avions à parcourir. Notre guide nous engagea à prendre du repos; car, disait-il, d'ici à Povoakao, vous aurez le temps d'admirer les plus belles forêts du monde. Cet avis nous parut bon. Aussi nous nous enveloppâmes dans nos manteaux, et le pont de Tembarcation nous servit de lit.
Le soleil était levé depuis longtemps, lorsque Ned et moi nous ouvrîmes les yeux. L'aube commençait à paraître; des nuages purpurins se développaient à Thorizon, pareils à de gigantesques oriflammes qui précédaient le char du soleil. Ces nuages furent chassés par d'autres d'une teinte rosée, scindés de toutes parts des jets de lumière, et enfin le globe de feu se développa sur la cime des arbres verts. C'était bien le spectacle le plus grandiose qui eût jamais
frappé nos yeux dahs aucun pays du monde.
Notre bateau s'était arrêté en face d'uû défrichement où deux ou trois cabanes consfruites de trônes d'arbres superposés lious prouvèrent que ceux qui habitaient en cet endroit appartenaient à une race civilisée différente de la caste indienne de l'intérieur du Brésil. Tandis que nous nous livrions à ces réflexions, un individu de haute taille et d'une tournure assez fantastique sortit de Tune des habitations; il portait à la main un énorme paquet de fourrures.
— Dieu me damne ! dis-je à mon compagnon de voyage, voilà un Yankee ou je ne m'y connais pas î Essayez donc de lui parler.
Ned ne se le fit pas dire deux fois, et lorsque le pionfaiet* qui s'était avancé vers notre bateau eut prié le capitaine, dans une langue presque incotiipréhensible, qui pourtant avait la prétention d'être de l'èspagtiol, de vouloir bien se charger de son ballot pour le remettre à Povoakao à l'adresse indiquée, Grey lui adressa la parole en anglàië:
— Halloa! mon ami, je parierais ma tête que Yous-êtes Yankee?
Le pauvre diable manifesta le plus grand étonnement en entendant parler ainsi le langage de son pays. Il nous regarda d'abord sans répondre, mais enfin ses lèvres s'ouvrirent, il ajouta :
— A vrai dire, étranger, je confesse que je suis né dans l'État du Massachussetts.
— Comment diable êtes-vous venu jusqu'ici? demanda Ned à son tour. Et le squatter nous raconta une histoire fort longue et très-lamentable, que je vais rapporter ici d'une manière plus concise. Engagé comme matelot à bord d'un baleinier, il avait fait naufrage sur les plages inhospitalières de l'Australie. Accompagné de quelques-uns de ses camarades, il s'était dirigé à grand'peine vers la ville de Sydney. Après quelques mois de séjorur, il avait pris passage comme matelot à bord d'un navire anglais appartenant au pénitencier du gouvernement britannique. Ce bâtiment se rendait en Angleterre,
en faisant escale à Rio-Janeiro. Dans cette dernière ville il déserta un beau matin, afin d'éviter les mauvais traitements du capitaine, et se cacha jusqu'à ce que celui-ci eût quitté le port. Une fois délivré de toute appréhension, il se présenta à bord de tous les navires de la marine des États-Unis, mais leur équipage était au complet. Ne pouvant trouver le moyen de se rapatrier, il résolut de s'en aller à pied jusqu'à Para. Ce voyage à travers les vallés pittoresques du Brésil séduisit son imagination, et l'audacieux Yankee conçut le projet de venir s'établir dans ce pays. Aussi, dès qu'il fut arrivé à Para, il se hâta de chercher un emploi et en trouva un à bord d'une tartane en partance pour Nahant, où il débarqua après avoir fait un voyage trèspérilleux. Le printemps suivant, il amena sa famille, et vint s'établir sur la rive du Tapajoz où nous l'avions trouvé.
Nous lui demandâmes s'il se plaisait dans son pays adoptif, et il nous répondit que, grâce à Dieuç le3 affaires étaient favorables, mais que
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les maudits Indiens (Jlli vivaient autour de lui étaient souvent fort turbulents. L'endroit où demeurait notre compatriote n'avait pas de pareil sur la terre; mais, ajoutait-il comme pour atténuer son éioge, il y fait chaud comme au milieu d'un million de tonnerres.
Nous fimes présent à ce brave homme de quelques couteaux et d'autres instruments qui pouvaient lui être Utiles, mais ce ne fut pas sans peiné que tioUs parvînmes à dompter son amourpropre qui se refusait à rien accepter d'inconnus, quoiqu'ils fussent ses compatriotes. Enfin nous lui flmés nos adieux et noiis démarrâmes notre embarcation.
Le bâpitaine nous avait dit vrai : les arbres de la forêt étaient si touffus et si élevés, que leurs cittiès se Rejoignaient au-dessus du fleuve et etopêchaient au inoindre rayon de soleil là possibilité de pénétrer sous ces arcades sombres : aucun soufiBie de la brise ne ridait la surface du courant, et nous nous vîmes contraints, pour nous rafraîchir, de prendre les ra-
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mes afin de flaire mouvoir notre embarcation.
Le lendemain, nous avions remarqué à la tombée de la nuit que la largeur de la rivière diminuait sensiblement; nous nous imaginions donc arriver près de sa source : aussi quand, aux premières lueurs de Taube, nous pûmes distinguer les objets qui nous entouraient, quel ne fut pas notre étonnement en nous voyant au milieu d'un fleuve qui avait plus de six kilomètres de large ! Nous nous trouvions à l'embouchure du Rio-Azovedo, Tun des plus grands tributaires dû tapajoz. A quelques heures de là, nous passâmes au confluent d'un autre cours d'eau paraissant couler du nord au sud, et qui n'était point marqué sur les cartes. Nos matelots le nommèrent le iUo-Urupas. L'après-midi du même jour nous franchîmes aussi le Rio-Cavaïva.
Le lit du Tapajoz devenait de plus en plus étroit, et très-peu profond : l'un des hommes de l'équipage se tenait debout à la proue de l'embarcation, une rame à la main, pour sonder la rivière et empêcher un choc dangereux contre
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les bancs de sable et les rochers qui hérissaient le lit du fleuve. L'eau était si transparente, qu'il était inutile de se servir de la sonde.
— Tourne à bâbord I vire à bâbord I s'écria tout d'un coup le matelot en ajoutant : Sancta Maria I Jésus I et autres exclamations pieuses, — des prières au lieu de blasphèmes. — Hélas 1 il n'était plus temps : notre barque était échouée. Les infortunés marins d'eau douce invoquèrent tous les saints du calendrier pour se tirer d'embarras; mais ce qui opéra plus sûrement, ce furent les efforts de leurs bras et Taide de deux longues gaffes qui repoussèrent notre croft dans un cours d'eau plus profond.
Vers les six heures du soir, notre timonier dirigea la proue vers le rivage du côté de l'ouest, et je crus un instant que nous allions échouer, car je ne pouvais distinguer autre chose que l'épaisseur du feuillage. Heureusement il n'en fut rien. On amena la voile, le mât fut abaissé, et en quelques coups de rames, nous traversions le ridesiu ()e branches qui nouç paraissait impé-
nétrable de prime abord ; et, sans secousse, sans le moindre danger, nous nous trouvions tout d'un coup au milieu d'un grand lac qui n'était pas autre chose que Tembouchure du Rio-Arinos. D'où venait le courant? Nul n'aurait su le dire, car de tous côtés nous apercevions des montagnes couvertes d'arbres de leur base à leur cime, des arbres qui poussaient dans le lit du fleuvç et masquaient la vue du torrent impétueux. Ce lac en miniature était çà et là moucheté de petits Ilots de forme conique. On eût dit une peau de tigre dont chaque tache eût été une touffe de verdure.
Bientôt cependant il nous fut possible de nous servir de la voile, et, grâce à un vent léger qui se leva, nous pûmes nous aventurer dans le Rio- Arinos.
Le lundi, vers le milieu du jour, notre embarcation s'arrêta dans le port de Povoakao : il nous eût été difficile de continuer notre route, car à un mille au delà de la bourgade, le fleuve se précipitait du haut des rochers et formait un
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saiil impossible à franchir. Un pont d'une structure particulière sert à traverser le fleuve Arinos du rivage de Povoakao au côté opposé. Cette construction hardie est à peu près faite comme suit : qu'on se figure trois cordes tendues sur une poutre, d'un bord à l'autre, comme celles d'un saltimbanque acrobate, entre lesquelles on glisse d'intervalle à intervalle, à trois pieds de distahce, des planches de bois d'un pied de large. Il n'y a pas de parapet, pas même une quatrième corde pour guider la main; celui qui s^aventure sut ce fragile passage, doit avoir bon pied et bon œil, ou bien c'est un homme... à Tfeau. Il arrive souvent que les cordes pourrissent fet que le pont s'écroule, riiais ce n'est là qu'iin détail de peu d'importance.
Povoakao est situé, suivant mes calculs approximatifs, à trois cent quarante milles des lietix civilisés : aussi cet établissement est-il fort peu connu sur les rives de TAtlantique. J'hésite même à croire que si j'avais cherché à Para un marinier pour m'y conduire, il eût pu
me prouver qu'il savait dans quelle direction était la ville demandée. Et cependant Pavoakao est une colonie considérable, dont quelques habitants sont fort riches et possèdent d'immenses troupeaux de chevaux, de mules et autres bêtes de somme. Us ont aussi des plantations très-étendues, mais elles sont trc^ mal cultivées pour être d'un bon rapport La ville elle-même n'a rien de curieux à offrir aux regards des visiteurs : elle a très-souvent été attaquée par les Caraïbes ennemis, dont les efforts nombreux paraissaient tendre à empêcher tout nouvel établissement de s'asseoir d'une manière stable.
Notre bagage et nos ballots de marchandises ne devaient donc plus voyager par eau; aussi nous hâtâmes-nous de les débarquer, et nous les plaçâmes sous les portiques d'une maison abandonnée, dont nous primes possession san& en demander permission à personne. Ned et moi nous nous hâtâmes de trouver une trentaine de mules pour transporter nos marchandises et deux ehevaux destinés à nous servir de montu-
res. Quand notre marché fut conclu, nous songeâmes à diviser nos effets en petits ballots^ pour pouvoir les placer plus commodément sur le dos de nos bêtes de somme.
Le mercredi matin, bien avant le jour, à la clarté des torches de sapin, nous fimes nos préparatifs de départ, nous chargeâmes nos animaux, et au lever du soleil, après avoir pris un déjeuner â la hâte, nous nous mîmes en route par une belle journée, dont la chaude atmosphère était tempérée par une brise rafraîchissante.
Nous emportions avec nous des armes défensives, malgré l'impossibilité qu'il y avait de pénétrer avec elles dans le cœur du pays inconnu que nous allions explorer. Mais, du reste, telles qu'elles étaient, ces armes : deux rifjles^ deux fisioleis revolvers et des bowies-kniveSj pouvaient facilement être cachées aux yeux.
11 nous fallait traverser le pont vacillant dont je viens de parler; mais, grâce aux pieds de nos mules et de nos chevaux, tout se passa fort heu-
reusement, et le soir, après avoir franchi à gué leRiô-Oru, nous allâmes camper sur le bord d'une épaisse forêt au confluent des deux fleuves Sumidor et Florès.
On se hâta d'alléger les bétes de somme, afin de les laisser paître à leur aise. On dressa les tentes, on alluma les feux pour tenir à distance jes animaux malfaisants, et, quand le souper fut achevé, nous ne nous fîmes pas prier pour songer au sommeil. Rien ne vint l'interrompre jusqu'au lever du soleil, et nous continuâmes notre route le long de la rive ouest du Sumidor.
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Une forêt vierge n'est pas aussi facile à traverser que les grandes routes de TEurope et des États-Unis; il n'y a pas au monde d'opération plus pénible que celle de se frayer un passage dans ces taillis impénétrables. Aussi fûmes-nous obligés d'employer à chaque pas le trancBant de nos bowies-knives ; et enfin, le soir du cinquième jour depuis notre départ de Para, nous nous trouvions campés sur une hauteur qui dominait un paysage unique, d'un effet pittoresque et sans pareil. Un ruisseau murmurait devant nous sur un lit de cailloux, effleurant des rives tapissées
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d'une fient bleue pareille aux piedS d'alouette, et connue par les botanistes sous le noiti dô lycdhis. Au milieu des arbres exotiques de là plus belle venue placés sur notre gauche, nous remarquions entre autres le bombax, ou Tacacîa à feuilles de soie, dont le tronc est hérissé d*é^ pinés acérées; le platane trompette, aux fleurs semblables aux instruments de brotïze dont se servaient lèà clairons romains ; le palmier aux éventails fantastiques : puis encore à difôité, le bois de rosé, ou le jacarantha, dont les grappes de couleur dorée et les feuilles légères charment la vue et Todorat, le vanillier aux senteurs balsamiques, le févier de Tonquin, Tipécacuanha et le salsepareillier.
Notre tente était adossée contre un énorme arbre à lait, d'où, grâce à une profonde entaille, découla bientôt dans un vase une immense quantité d'un liquide blanchâtre, d<)nt le goût fietApprochait, à s'y méprendre, de celui du lait dé vache : C'était le fnilkofV'tree, avec lequel les litdiefls dû Brésil «ont d'excélleîit beurre végétal.
Ned et moi nous avions tout le jour tué le temps en abattant, à l*aide de nos fusils, les oiseaux qui voltigeaient autour de nous, au-dessus de nos têtes, toucans, perroquets, curasses, uras, veuves, paradis, avec Tintention formelle d'en faire un salmis pour notre souper. J'avais, entre autres, eu la chance de démonter un magnifique aracari, dont la tête couverte d'une crête rose et le plumage d'un blanc orangé rendaient mon ami jaloux de ma chance sans pareille. D'un autre côté, Ned montrait avec orgueil un oiseau rare, le sonneur de cloches, autrement dit le darra, qui est un des plus curieux spécimens de Tornithologie américaine. Par malheur, le pauvre oiseau était désormais sans vie et mis dans l'impossibilité de faire entendre son carillon. Grey connaissait l'art d'empailler, et c'est lui qui se chargea du soin de préserver les dépouilles de notre gibier, auxquelles il ajouta par la suite une admirable collection d'oiseauxmouches, dont les volées s'abattaient à chaque pas dans les pampres des lianes qui flottaient
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dans la cime des arbres en bas comme en haut jusqu'au sol et se perdaient dans un tapis de gazon.
Un fait digne de remarque, c'est que, si les oiseaux abondent au milieu des forêts du Brésil, en revanche, à l'exception des singes, les quadrupèdes de la race dangereuse sont tout à fait inconnus.
Parmi les quadrumanes qui gambadaient autour de nous, nous parvînmes un matin à nous emparer d'un marikina {midas rosalia), autrement dit le lion-singe ou le singe-lion, qui, si on excepte Texpression grimacière de son museau, ressemblait, à s'y méprendre au roi des animaux africains. A peine avait-il un pied de longueur du plumeau de la queue au bout du museau. Nous prîmes toutes les précautions nécessaires pour conserver ce curieux animal, dans le but de l'emporter avec nous aux États- Unis; mais le petit drôle parvint à nous échapper pendant la nuit, et oncques, depuis ce jour, nous ne vîmes aucun de ses congénères.
Le 7 octobre, vers les neuf heures in matin, pous parvînmes sur la lisière de la forêt. Devant nous s'étendait une plaine ondulée, pendant plus d'un tiers de lieue, par une quantité prodigieuse de mamelons de formes à peu près égales. On eût dit que cette vaste boursoufflure avait été faite par la main des hommes. Plus loin, nous aperçûmes deux montagnes élevées; et enfjn, près de là, à l'horizon, la chaîne de la Sierra Paricis étalait ses pics aux cimes bleues, dont les plus élevés paraissaient être couverts de neige.
Nous avancions toujours, escaladant une montagne, descejiidant au fond d'une vallée> ou traversant un bois de bananiers et de goyaviers, lorsqu'enfln au détour d'un taillis sur la lisière duquel s'élevaient des arbres gigantesques, notre vue se trouva frappée par un magnifique spectacle : un fleuve nous barrait le passage; mais, au lieu de couler paisiblement dan$ un lit bordé de mousse ou tapissé de sable et de cailloux, ce courant d'eau s'élançait de rochers en rochers et fprmait six cascades successives su--
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perposées et étagées à une distance égale. Un cerf et sa biche, effarouchés paç notre arrivée imprévue, se précipitèrent devant nous, et, grâce à quelques rocs, à des troncs d'arbres abattus qui formaient un pont naturel, ils disparurent à nos yeux avant que nous eussions songé à pos armes à feu. A Test, les deux pics ardus qui précér daient la Sjerra Paricis se déployaient dans toute leur magnitude. Notre route était dans cette direction, et, après avoir franchi à gué le fleuve aux cataractes, nous éperonnâmes nos montures avec l'espoir de jouir plus tôt de la vue du pays et peut-être de celle du Géral-Milco. Mais cette course désordonnée n'amena point le résultat attendu; lorsque nos chevaux s'arrêtèrent, exténués, n'en pouvant plus, uQijs n'aperçûmes devant nous que des précipices, des rochers taillés à pic et des passes infranc})issables. H nons fallut alors faire un circuit, ^\. ce pe fut qu'à la nuit tombante que nous pûmes parvepir au piçd de la Sierra.
Pès le lendemain ppys commepçâmes, ^vant
le joar, à gravir la montagne, et sept heures après nous posions les pieds sur un vaste plateau aux flancs duquel, sur la bordure, une source limpide sourdissait entre deux pierres et retombait dans un petit bassin naturel creusé par le temps et Taction de Teau. Nous nous désaltérâmes avec bonheur, et nos pauvres bêtes en éprouvèrent autant que nous-mêmes à étancher leur soif.
Un déjeuner composé de bananes, d'ananas et de quelques verres d'eau-de-vie fut aussi vite dévoré que servi; nous avions hâte d'avancer et d'atteindre avant la fin du jour, si cela se pouvait, les pentes abruptes qui conduisaient au Géral-Milco. Enfin, vers les cinq heures du soir, au détour d'un chemin qui passait entre deux rocs taillés à pic, une fissure monumentale danss les flancs de la montagne, nous aperçûmes tout d'un coup un immense horizon se dérouler devant nous.
Qu'on se figure un vaste bassin , une vallée profonde parsemée de villes, de fortifications, de
villages reliés les uns hux autres par des routes pavées, des deux côtés desquelles de grands arbres plantés de distance en distance, d'une manière égale, projetaient une ombre épaisse et abritaient le voyageur contre les feux du soleil.
 la base de la montagne, au sommet de laquelle nous nous trouvions, nous distinguions une grande ville entourée de murailles dont les maisons et les monuments, blancs comme s'ils avaient été la veille abandonnés par les maçons, brillaient au soleil et forçaient le spectateur à fermer de temps en temps les yeux pour ne pas être ébloui.
Dans rintervalle qui s'étendait de Tendroit où nous étions à celui où commençaient les murailles de la ville, la montagne avait été façonnée en terrasses sur lesquelles, d'étage en étage, s'élevaient de charmantes maisonnettes, des cabanes pittoresques entourées de jardins et séparées les unes des autres par des haies d'arbustes et de plantes grasses. De riches moissons
du plus pur froment couvraient la plaine parai,
tout OÙ le sol végétal en ftcilitait l^ icroissance et la maturité, — et des fruits §ans nombre, bananes, plantins, goyaves et cocos pendaient en régime le long des arbres qui poussaient çà et là, dans des vergers plantés avec art.
Nous demeurâmes plongés dans cette contemplation tant que la lumière nous permit d'examiner à loisir ce spectacle intéressant; mais il n'y avait pas à s'y méprendre, nous étions arrivés au pays des Aztecs. Il ne s'agissait plus que d'obtenir accès dans l'intérieur de 1q vallée et d'être admis à visiter les villes qui y étaient bâties.
Ned et moi, nous passâmes nne partie de la ni^it à délibérer sur le nieilleur moyen à suivre pour arriver à ce résultat. Il était d'abord iniportant (}e cacher nos armes de manière à ne pas donner le moindre soupçon au caractère ombrageux des habitants. Nous enveloppâmes avec soin nos fusils, nos revolvers et nos bowiesknives daps des lambeaux d§ laine, puis appès le^ avoir placée dans une caisse fabriquée à
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Vs^li^ de quelques planches arrachées à Tup (Je no^ ballots, nous enfouîmes le tout entre dei^x blocs d^ rochers, dans une fissure naturel!^ que nou^ recouvrîmes de pierres et de gazqn.
Aussitôt que le jour parut, npus fîmes charger i^QS mules, et, montant sur nos chevaux, nous dèscen4înies la pente qui conduisait aux habitations. Nous avancions lentement sur une route parfaitement entretenue, bordée des fleux côtés par une liaie de plantes vivaces au centre desquelles poussaient régulièrement des arbres de la famille des palmiers. Ce chemin était, comme nous rapprîmes plus tard, la véritable entrée de la colonie, car du côté opposé, la Sierra s'élevait en falaises abruptes totalement dénudées et de nature volcanique.
Devant nous, à quelques portées de fusil, §e dressaient les murailles d'une grande yillp, et au inomept où nous allions atteindre les champs de blé, nous rencontrâmes un troupeau de lamas gardé par une vingtaine 4e bergers. A notre vue, bêtes et gens prirçpt Jia fufte, Ç^tte panique
nous surprit désagréablement, car notre intention était de prouver à ces Indiens qu'ils devaient voir en nous des amis et non des personnes arrivant avec des intentions hostiles : aussi Ned et moi lançâmes-nous nos chevaux sur leurs traces en recommandant à nos guides de rester auprès de nos mules. Cette course au clocher le long des pentes rapides de la Sierra n'était pas chose facile; néanmoins nous n'abandonnâmes point la partie, et afin de mieux réussir, nous pensâmes à descendre de cheval et à tirer nos montures par la^ bride, afin de prouver aux Aztecs que nous arrivions à eux d'une manière pacifique. A mesure que nous avancions, plusieurs laboureurs et agriculteurs quittaient leurs travaux et s'enfuyaient à leur tour du côté de la ville.
Enfin, vers onze heures du matin, nous parvînmes à l'entrée d'une forêt de palmiers-nains devant laquelle se tenait une petite armée de guerriers rangés en ligne de bataille comme pour nous empêcher d'avancer. Tous avaient eq
main des arcs, des flèches, des lances, des javelots, des massues et autres armes défensives, et au milieu de cette peuplade en rumeur, on apercevait çà et là des bannières couvertes de caractères hiéroglyphiques.
En avant de cette légion de soldats, tout autour d'une litière de bois de rose, incrustée de nacre et d'or, se tenaient les chefs, et lorsque nous ne fûmes plus qu'à quelques pas, ces officiers se rangèrent de côté, les rideaux de la litière s'écartèrent, et nous vîmes descendre de ce véhicule un personnage couvert d'un riche costume. Sa tête était surmontée d'un diadème d'or, le long duquel pendaient des ornements incrustés de pierres précieuses, et sur le sommet de ce couvre-chef des plumes de rhea, pareilles à celles d'une autruche, teintes en rouge éclatant, se balançaient au gré du vent. A ses épaules était appendu un manteau d'une forme particulière : une sorte iepuncho qui nous parut un vêtement rond, avec trois ouvertures, l'une pour y passer la tête, pratiquée au milieu, le^ deux autres pour
y introduire les bras, faites à égale distance lies deux côtés. Ce manteau, retombant en plis gracieux autour du corps jusqu'aux genoux, était fait d'une étoffe épaisse, blancbe comme la neige, orné de bandes d'or et bordé d'un large galon ponceau. Ses pieds étaient protégés par des sandales aux semelles d'or attachées autour de la cheville par des lanières de cuir recouvertes de plaques de même métal. Ce noble personnage, haut d'environ six pieds, nous parut avoir environ une trentaine d'années, et sa physionomie respirait à la fois la dignité, et la douceur.
Au moment où ses pieds touchèrent le sol, tous les pflftoiers qui l'environnaient portèrent d'une part leur main droite à leur front, puis de la main gauche allèrent toucher le sol. Comme il s'avançait de notre côté, nous fîmes halte, et nous attendîmes patiemment ce qui allait se passer.
L'Aztec marphait rapidement, suivi par son état-major ; quand il parvint à quelques mètres
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de Qos Riontures, il s'arrêta court, et ses camarades en firent autant. Un des chefs de }4 troupe, qui se tenait près 4u baut personnage, nous adressa alors la parole dans le dialecte d'Ama* quis, et nous tint à peu près ce langage :
— Cioaco, le. courageux et puissant Guraça de Ocopaltepec, demande aux étrangers, au nom de Orteguilla, fils du soleil, Tlnca et le père dps Aztecs, pourquoi ils ont pénétré dans le Gérai- Milco sans y être autorisés?
— Nous venons, répondis-je, des pays du Nord pour vendre nos marchandises dans la ville de l'Inca, et nous lui apportons nos présents.
— Qui nous prouve que vous n'êtes pas des ennemis ? répliqua un individu d^n aspect féroce qui se tenait auprès du Curaça.
-rr S'il eu étjait ainsi, ne serions-nous pas plus nombreux? et pourquoi ^lors offririons-nous des présents à l'Inca ? Ceux qui veulent combattre n'ont-ils pas des flèches et des arcs ?
|1 n'y avait rien à répondre à cela, et pendant
que je continuais à faire comprendre aux Aztecs que nos intentions étaient toutes pacifiques, Ned alla chercher dans les ballots une hache et une pièce de soie bleu de ciel. Je craignis d'abord que la vue de ce tomahawk de la civilisation ne produisît un mauvais effet sur le chef des Aztecs; mais lorsque Ned déposa la hache et la brillante soie aux pieds du Curaça, toute l'assemblée ne put s*empêcher de témoigner son admiration; et à l'enchantement qui se peignit sur les traits de chacun d'eux, il nous parut évident que nous allions être reçus en amis.
L'orateur de la troupe nous dit alors> par ordre du Curaça, que nous allions suivre Cioaco jusqu'à la ville voisine, où nous demeurerions jusqu'à ce que l'Inca eût accordé la permission de nous laisser entrer dans le pays.
Aussitôt le Curaça remonta dans sa litière portée par quatre guerriers aux robustes épaules, et nous le suivîmes à pied jusqu'aux premières dalles de la route pavée qui donnait accès dans la ville. Là, mon ami et moi, nous nous mîmes
en selle au grand étonnement de toute Tescorte du Curaça, qui n'avait probablement jamais vu de chevaux. Nous marchâmes ainsi jusqu'aux portes de la cité aztèque, où, sur l'ordre du chef, nous flmes halte pour attendre le bon vouloir de rinca. Nous dressâmes en conséquence notre camp sur une place gardée à vue par une vingtaine de guerriers, à la tête desquels se trouvait un chef nommé Mixtecallzin.
Le dimanche matin, 10 octobre 1847, avant le lever du soleil, un ofiacier nous apporta la réponse de rinca, et Mixtecaltzin se hâta de nous en donner connaissance. Voici quelle en était la teneur :
« Aux étrangers qui sont à Quauhtitlan.
» L'Inca Orteguilla, fils du soleil et de la lune et frère des étoiles, ordonne aux blancs des pays du Nord de venir le trouver dès qu'ils auront reçu cette lettre. Le chef de leur escorte a la mission spéciale de ne point laisser entrer les étrangers dans la ville, non pas à cause d'eux,
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niais de crainte que les apipiaux fantastiques (nos chevaux et nos roules) qui sont avec eiix ne blessent nos sujets. L'Inca a fait préparer une maison pour ses bûtes; il » aussi désigné un magasin du marché public pour Texposition et la vente de leurs marchandises, et un appartement particulier .sera affecté au dépôt de leurs présents. Qu'ils se hâtent t
f Au nom de l'Inca,
» ApIXTAMALT HUAXTEVOLTl. »
Ce document en langage amaquis (qui est toujours en ma possession, ajoute Fauteur, et que je garde soigneusement) était écrit en signes hiéroglyphiques à Taide d'une plume trempée (Jans des couleurs diverses.
No^ préparatifs de départ furent bientôt faits, ^t une heure après la réception de cet ordre de l'Inca, pous quittions Quauhtitlan toujours accompagnés par notre escorte, qiii paraissait éprouver la plus grande terreur à la vue de np? ipontures et de pos bêtes de somme, pour ne
pas devancer les Aztecs qui nous guidaieht, il nous fallut maîtriser l*ardeur de nos animaux, ce qui retarda notre voyage; aussi était-il dix heures lorsque nous arrivâmes à l'entrée d'une ville qui s'appelait Ocopal. Aucune fortification n'entourait cet amas de maisons, et cependant on ne voulr.t point nous laisser pénétrer à plus d'un demi-mille des premières habitations : on nous apporta des mets et des rafraîchissements; puis, quand onze heures sonnèrent, nous partîmes de nouveau avec une escorte commandée par le même officier. Vers trois heures aprèsmidi, une autre troupe de guerriers remplaça la seconde devant Colucatl ; c'était encore une autre ville aztèque située sur une colline des hauteurs de laquelle nous pouvions facilement distinguer le panorama pittoresque qui se développait devant nous. Nous apercevions au loin une ville fortifiée dans la direction du sud-ouest de la vallée, au centre de laquelle miroitaient les eaux d'un grand lac qui reflétaient les édifices bâtis sur ses bords. De hautes murailles *
bordaient la limite des habitations, et encerclaient différentes collines qui avoisinaient la ville.
De Quauhtitlan à Colucatl nous avions parcouru une route magnifique, bordée d'une triple rangée d'arbres sur les deux côtés. Des habitations élégantes et des jardins remplis de fleurs et de fruits s'espaçaient de distance en distance le long de ce grand chemin ; et à quatre heures, lorsque nous continuâmes notre marche, nous suivîmes encore une voie digne de celles qu'avaient autrefois construite les Romains sur le vieux continent européen.
Une chose nous surprit surtout dans l'appellation des différents endroits près desquels nous passions, ce fut la quantité de noms mexicains; car, à l'exception de celui de l'Inca Ortéguilla, de Cioaco, de Curaça notre ami, et du titre de Gérai donné au pays, tous les autres étaient plus mexicains que péruviens. La qualification -de milco ajoutée au mot Gérai en faisait un nom tout à fait identique à ceux du pays aztèque,
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tahdiè que lé nom du chef de Hoti^e escorte^ Mixtecaltzin, et cèiix ded villes prës desquelles nous avions passé, Quauhtitlan et Colucatl offraient aux oreilles les sons habituels du langage du noM de rAmérlqtle.
A la chuté du jour, notre petite troupe s'ari-êtâ devant la grande ville d'Ameralqua, bfifléf sui^ les bords d'un lac nommé Naloma, et niniê prîmes tous notre repas du soir. Au miliètl de* eaux de ce vaste réservoir naturel, on apercevait trois grandes lies fortifiées et un grand fibthbw d'îlots flottants que nos guides appelèrent CMnampas, comme le faisaient autrefois les habitants de Tenochtitlan. Du rivage où s'élevait la cité aztèque à la première île régnait une digue percée de différentes ouvertures triangulaires, pratiquée^ pour permettre tin libre passage aux eaux, et ces sortes de ponts étaient construits d'île en îlots de manière à former un réseau der communications.
A l'extrémité de la digue qui se relevait â l'autre bout de rAme^alqûa,oti apercevait deux
forteresses d'une grande élévation et d'une forcé qui nous parut très-redoutable. Le soleil n'était pas encore couché, quoiqu'il fût déjà ôept heures et demie, lorsque nous passâmes devant elles pour traverser la jetée.
A la moitié du chemin, Mlxtecaltzin s'écria tout d'un coup : Hàtez-vous, guerriers! du haut de la montagne Atola, notre maître nous dit adieu; allons, amis, doublons le pas, ou les portes de la citadelle seront fermées f
A ces paroles, la petite troupe allongea démesurément ses jambes, et Ned ayant éperonné son cheval, je suivis son exemple, ce qui effraya les Âztecs; aussi, -afin de nous laisser passer, se rangèrent-ils tous contre l'un des parapets de la digue.
Le dernier homme de notre escorte venait d'entrer dans les murs du fort, lorsque le soleil disparut à l'horizon, et aussitôt les portes se fermèrent : rious étions clos comme touà les autres ; il n'y avait pas à s'y méprendre. Il fallut 86 résoudre & cette détention momentanée;
nous fîmes donc contre fortune bon cœur, et après avoir choisi pour y passer la nuit et dresser nos tentes un des coins de la cour intérieure, nous déchargeâmes nos mules et nos chevaux; puis, montant sur le haut des murs, nous jouîmes d*un spectacle enchanteur qui nous récompensa de toutes les difficultés du voyage.
C'est à peine si le soleil avait disparu depuis une heure, et cependant la nuit était noire et obscure comme elle devait Tétre lorsque le monde était un horrible chaos. La lune se trouvait cachée, les étoiles demeuraient blotties derrière les nuages. On eût dit que les trois îles hérissées de forteresses près desquelles nous avions passé étaient à quelques mètres de nous, et que leurs murailles empêchaient les eaux du lac de sortir du bassin où elles étaient contenues. Par delà ces murs gigantesques et pour ainsi dire cyclopéens, nos yeux, perçant les ténèbres, apercevaient les pics de la Sierra Paricis, que Tastre des nuits illuminait par derrière d'une clarté douteuse dont la puissance ne pou-
vait pas encore s'étendre sur les profondeurs de la vallée.
Tout d'un coup les effets de lumière changèrent l'aspect comme eût pu le faire une décoration d'opéra. Un jet de flamme, un sillon de feu jaillit à l'horizon : il éclaira les plateaux de la Sierra à travers les forêts qui croissaient sur les cimes escarpées. Les créneaux des forteresses absorbèrent quelques parcelles de cette flamme et se produisirent plus nets à nos regards. Puis nous distinguâmes les pics neigeux des monts Paricis, dont la blancheur tranchait sur l'obscurité de la nuit.
Tandis que nous examinions ainsi ce spectacle grandiose et solennel dont aucune description ne saurait donner une idée véritable, nous demandâmes à l'un des Aztecs qui nous avaient accompagnés sur la terrasse du fort quelle était la cause de cette lumière vacillante de couleur rougeàtre, pareille à des feux du Bengale. On nous répondit que dès que la lune paraissait au cœur de la Sierra, il était d'usage que Ton al-
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lumàt des feux sur le toit de chaque maison du Gérai. À mesure que Tastre brillant se hissait dans Téther constellé, les feux mouraient Tun après Fautre; mais si par hasard la mère de ïlnca — c'est ainsi que les Aztecs nommaient la lune •— refusait de se montrer^ il était d'usage que les bûchers fussent entretenus jusqu'au lever du soleil.
Gomme nous devions partir dès le point da jour, nous nous retirâmes pour prendre du repos sous le toit improvisé qui devait nous abriter pendant le reste de la nuit. Notre sommeil fut fréquemment interrompu, je Tavoue, par Texcitation que nous éprouvions en songeant à ce que nous promettait la journée qui allait oonn mencer. Aussi nous n'eûmes pas besoin d'être réveillés avant l'heure désignée pour le départ. Nous hâtions nos préparatifs et engagions, nos guides à nous imiter; mais il nous fut répondu qu'on n'en ferait rien avant 16 lever du soleil. Tout en fumant nos cigares, Ned et moi nous nous étions dirigés vers une des barrières don--
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nant sur u» pl^emin coaduisant, comme nous le pensions, aux portes de la capitale, et nous nous étonnions de la lenteur apportée par nos guides au départ annoncé, lorsque, grâce à Tapparition du dieu des Incas, Tbuis de la place forte fut grand ouvert par les hommes préposés à sa garde. Nous avions déjà fait quelques pas dans cette direction, lorsque Grey, en jetant les yeux devant lui, me ût remarquer que nous allions nous engager sur une passe de la digue qui j^mB ramènerait infailliblement au rivage, et cepen- (Jant, à ne pas s'y méprendre, ce n'était pas par ca chemin que nous étions entrés dans le fort où nous avions été abrités la nuit dernière.
Notre hésitation durait encore lorpque Mixtecaltzin nous rejoignit, après nous avoir cherchés pendant plus d'une heure. La digue qui s'étendait devant noms aboutissait à une vil)e nomn^ée OnadeUa, construite sur le rivage ouest du lac. Notre guide nous apprit que nos bagages et nos marchandises noi^s attendaient près d'une ^utre porte.
Notre départ s'opéra sur-le-champ, et bientôt nous fûmes au milieu de la troisième digue majestueuse, qui allait en s'élargissant jusqu'aux murs de la capitale des Aztecs.
Déjà l'annonce de notre arrivée s'était répandue dans le public; le chemin était envahi par une foule avide de nous voir, mais qui cependant se tenait à distance par crainte des chevaux, sur lesquels nous caracolions : le lac était couvert d'embarcations surchargées de curieux. Ce fut au milieu de ce peuple ébahi que nous parvînmes au pied d'une tour de pierre, formée de blocs massifs superposés les uns sur. les autres, devant une ouverture qui, à n'en pas douter, était celle par laquelle on pénètre dans la ville.
En jetant les yeux à ma gauche, j'aperçus la cité aztèque, bâtie sur un plan incliné qui eût permis d'en dessiner les moindres détails. Ça et là on voyait de larges rues bordées de grandes maisons de pierre blanche, aux toits en terrasse, entourées de jardins, et cette agglomération de demeures grandioses s'étendait de la base de la
Sierra Paricis jusqu'au bout du lac, d'une manière si régulière, que l'on eût dit que les rues avaient été tirées au cordeau. Une centaine d'édifices d'un aspect monumental, probablement des temples, dominaient les maisons particulières, et à différents intervalles on distinguait des parcs plantés d'arbres gigantesques.
La foule était devenue plus dense à mesure que nous approchions, et au moment où nous arrivâmes à la porte d'entrée principale, une musique étrange vint frapper nos oreilles. C'était, comme nous l'apprîmes, l'orchestre mîlilitaire de Tlnca, et bientôt ce noble personnage parut à nos regards. Jamais de ma vie je n'avais vu spectacle plus remarquable.
Le cortège était ouvert par une foule d'officiers revêtus des plus riches costumes, portant sur leurs tètes des casques dont la forme affectait de ressembler à celle de plusieurs animaux, et dont la matière était d'or, d'argent et de bronze. Des deux côtés, chose étrange I l'ouvrier
ciseleur avait placé des anneaux enrichis de
diam^Dts, propres à pontenir un panache de plumes aux plus vive$ couleurs. Tous portaient des cuirasses faites des mêmes métaux que les casques, mais disposées en écailles pareilles à celles d'un poisson, et, à dater de la ceinture, attachée à cps cuirasses brillantes, une tunique composée de bandes de riches étoffes descendait Jusqu'aux genoux. Leurs épaules étaient recouvertes de longs manteaux d'étoffe de coton teipt^ de couleurs diverses ou brodés à la main. D'aucuns portaient aussi des pelisses faites de plumes tissées ensemble avec un art sans pareil. Différents guerriers, les plus redoutables à n'en pas douter, abritaient leurs épaules squs la dépouille d'animaux sauvages dont la tête se dessinait en relief au dessus de leurs casques, 6t doQt le$ pattes venaient ^'agrafer l'iine sur l'autre devant la poitrine de celui qui la portait. Tqms ptfiient armés à la façon de leur pays.
Derrière ces hommes d'armes s'avançait; la P)i4]^iqye : Ifs Aztecs qui en faisaient partie $^es- #(9ufflai^nt dans des flûtes de roseaux et des
trompettes de bois, atse livraient à d'atroces contorsions an faisant un boniment Incessant sur des tambours recouverts de peaux de serpents. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette musique discordante, cette cacophonie barbare étaient bien faites pour écorcher même des oreilles de sauvages.
Les nobles de la nation s'avançaient ensuite suivis des employés du gouvernement. Tous étaient à peu près revêtus d'un costume pareil à celui dont était revêtu Cioaco lors de notre première entrevue à l'entrée de la vallée aztèque. Quatorze de ces grands de )a race mexicaine et péruvienne portaient sur leurs épaules une li^ tière sans rideaux, dont les brancards, le siège et les colonnes étaient de Tor le plus pur, travaillé avec art et recouvert de pierres précieuses, de nacre et de perles. Un dais de plumes de couleurs étincelantes abritait l'Inca Orteguilla, portant une mitre sur la tête et un sceptre d'or d'une forma recourbée, pareil au bâton des pasteurs de la Bible. La cuirasse du cbaf âa 1^ nation
était d'or et d'argent, artistement ouvragés ensemble en forme d'écailles et parsemés de diamants. Les sandales qu'il portait à ses pieds étaient du même métal et ornées comme le reste de pierres précieuses. La mitre, autrement dit la borla, bordée de franges éclatantes, donnait au visage de Tlnca un aspect vénérable, qui inspirait à la fois le respect et Taffection. Le teint de cet homme était d'une couleur olivâtre toute particulière à la race aztèque, et ses yeux noirs comme des charbons brillaient par intervalle de réclat du feu. Il avait tout au plus quarante ans, et paraissait posséder une force sans pareille. L'ensemble de ses formes était agréable, à l'exception toutefois de ses oreilles, qui, ayant jadis été fendues pour donner passage à d'énormes boules d*or, s'étaient naturellement abaissées jusqu'au niveau des épaules, grâce au poids de ces ornements inutiles. Heureusement une forêt de cheveux bouclés cachait celte difformité. L'Inca, comme tous ceux qui l'entouraient, portait des cheveux d'une longueur telle,
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qu'au costume près on aurait pris tous les Aztecs pour des gentilshommes de la cour de Louis XIV.
Dès qu'il nous apperçut, Tlnca donna ordre de faire halte : il descendit de sa litière et s'avança vers nous suivi par son état-major, tandis que Ned et moi nous marchions à sa rencontre.
Il y eut un échange mutuel de compliments fort difficiles à comprendre de part et d'autre : ce qu'il nous fut facile d'apercevoir, c'est que nous étions les bienvenus dans le Gérai, que la ville nous était ouverte et qu'un palais était mis à notre disposition. Le chef suprême des Aztecs se retira ensuite avec toute sa cour, ne laissant avec nous que deux d'entre ses nobles, nommés Gonatzin et Oradalda, qui devaient nous servir de guides jusqu^à notre domicile.
Nous marchâmes dans leur compagnie à travers les grandes rues de la viile, où se pressait une foule avide de contempler les étrangers. Et, malgré l'heure matinale, les rues étaient encombrées au point que nous n'avancions qu'à
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grand'peine. Nous parvînmes en cheminant ainsi jusqu'au Tianguez ou place du Marché, suivant l'appellation aztèque.
Là nous descendîmes de cheval afin de conduire nos montures par la main, tant nous redoutions qu'une ruade n'occasionnât quelque malheur au milieu de ces gens qui faisaient leurs emplettes.
La rue dans laquelle nous nous engageâmes ensuite était démesurément large et très-longue. C'est à l'extrémité de ce boulevard que se trouvaient le jardin et le palais dont l'usage nous avait été affecté.
Les grilles dofées qui entouraient le pftrc étaient grandes ouvertes. Une allée abritée par des arbres taillés en ogives nous conduisit jus^ qu'au palais, devant lequel se tenaient une vingtaine de serviteurs que l'Inca avait mis à notre dispositioQ. La première ohose dont nous nous enqulmes, Ned et moi, fut d'un emplacement pour nos montures et nos bétes de somme. Un hangar placé dans Tàrrière-partie du palais servit à cet usage, et bientôt les pauvres animaux se reposaient de leurs fatigues sur une bonne litière, devant des monceaux d'un excellent fourrage.
Une fois nos marchandises placées en lieu sûr, après avoir pris nous-mêmes quelque nourriture, nous fimes Tinspection générale de notre habitation.
Le parc avait une étendue de deux cents acres : les fleurs les plus odorantes y croissaient de toutes parts. Des fontaines coulaient dans des lits de sable fin, des pavillons invitaient au repos dans des asiles mystérieux, et, grâce à un immense filet jeté sur la cime des arbres et retombant mollement jusqu'au sol, où il était retenu par des piquets, on avait formé une volière dans laquelle voltigeaient des oiseaux de toutes sortes. Les rayons du soleil miroitaient çà et là sur les eaux limpides de lacs et de bassins remplis de poissons.
Le palais, construit en pierre grise, n'avait qu'un seul étage sur le haut duquel était placée la terrasse ou Yazoiea, comme l'appellent les Mexicains. II couvrait une longueur de quinze cents pieds sur neuf cents de profondeur et trente de hauteur. Deux rangées d'escaliers coq-
duisaient du sol à la terrasse, et Tarchitecte les avait placés sur la façade de la maison princière, qui se trouvait ainsi divisée en trois égales parties. Au pied de la balustrade de ces escaliers Ton voyait deux énormes serpents enroulés en spirale de manière à former corbeille. Le sculpteur s'était plu à donner à ces monstres une figure hideuse qui faisait peur à voir. La largeur de leur gueule était d'environ treize pieds de l'angle d'une mâchoire à l'autre : un homme aurait pu se coucher très à son aise dans le creux formé entre les dents de cette bizarre sculpture.
L'extérieur du palais était vraiment fort pittoresque : quoique ce monument ne fût composé que d'un seul étage, on aurait dit qu'il y avait au-dessus du rez-de-chaussée une sorte d'entresol avec des ouvertures pour éclairer chaque pièce. A douze pieds au-dessus du niveau des fondations, régnait une corniche faite de longs blocs de granit d'égale longueur, au-dessus de laquelle on voyait en retraite l'espèce de second
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étage dont je viens de parler. Les pans de mu^ raille du premier étage étaient unis^ à groi» grains^ sans aucune moulure; mais ceux de la partie la plus élevée offraient à la vue une orne*^ mentation du plus riche travail, bordée par une grecgw des mieux formées et du dessin le moins cont^tftble. A chaque angle se tenaient accrou-pies des statues d'une forme quasi^humainé, dont la figure était très-hideuse. A Tendroit où se trouvaient placées les trois portes, le mur formait aussi retraite dans une profondeur de vingt pieds, et la pierre, dans ces niches d'une bizarre architecture, était recouverte de sculp^ tures admirables pareilles a celles de l'étage supérieur%
L'^nti^ée principale était placée entre les deux escaliers. C'était une ouverture haute de dousè pieds sur dix de large, se fermant à l'aide d'une grille de bronze doré^ et donnant accès dans une immense salle pavée de marbre, d'où l'ôft pénétrait sur la piazza qui régnait tout autdtir d'un jardin extérieur. Des draperies de oouleurs
brillantes faisaient Toffice de portes pour empêcher le vent ou la pluie d'incommoder les habitants. Dans chaque aile du palais se trouvait une salle carrée pareille à celle dont je vais faire la description.
L'Aztec qui nous servait de guide souleva la draperie qui retombait sur la porte principale, et nous introduisit dans un quadrilatère immense, large de cent pieds carrés. A environ vingt pieds de distance du sol régnait une rangée de colonnes de porphyre dont la forme rappelait celle des monuments des grandes Indes. C'était un vase placé sur un piédestal élevé et surmonté d'un chapiteau qui avait l'apparence d*un coussin écrasé par le poids qu'il supportait : au-dessus de chaque chapiteau s'ouvrait une pierre taillée en forme de grille, au travers du Jour de laquelle la lumière filtrait dans l'appartement et se reflétait dans les eaux d'un petit bassin aux ondes murmurantes dans leur Ut de marbre.
Le long des murailles étaient appendues des
tapisseries d'un tissu vert de mer, parsemées de broderies d'or. De nombreux coussins de la même étoffe gisaient sur le marbre pour servir de couchettes aux habitants du palais.
De cette première salle, en soulevant une autre portière, nous pénétrâmes dans un autre appartement plus grand que le premier, mais dont la décoration nous inspira une sorte d'effroi; car les tentures en étaient d'une couleur soufrée peu agréable à la vue. Nous nous empressâmes de quitter cette salle, qui donnait accès danô une série de petits appartements, après lesquels venait une antichambre avec deux ouvertures : l'une traversait la muraille nord et conduisait dans le parc; l'autre, cachée par une draperie, nous laissa pénétrer dans une galerie fort longue éclairée par deux ciels ouverts et tendue d'étoffe de couleur gris ardoise qui, au premier aspect, ressemblait à de la peau de chamois brodée d'argent. Le pavé était de marbre poli et le plafond de bois de rose. Les coussins, rangés avec ordre le long des murailles, étaient pareils aux tentures.
Pour ne pas ennuyer le lecteur, je me contenterai de décrire ici ma chambre à coucher, située à l'angle sud de la salle du milieu, dans laquelle on s'introduisait à travers deux petits salons admirablement décorés et appropriés à l'usage de deux Européens; longue de soixante pieds environ et large de quarante, supportée par des colonnes de porphyre, au centre desquelles les eaux d'une fontaine s'élançaient et retombaient en murmurant. Le plafond de bois de cèdre richement sculpté, le plancher parqueté d'un bois précieux partiellement caché par des broderies d'un tapis admirable de dessin et de texture, tout était digne de la plus haute civilisation. Les tentures des murailles, d'étoffe teinte en pourpre et brodées en damier d'or au centre duquel était un rond d'argent, retombaient en plis onduleux et se rattachaient aux corniches par un galon large d'un demi -pied. Sur le côté qui s'étendait le long de la cour iatérieure, des ouvertures laissaient pénétrer la lumière, dont l'éclat faisait ressortir les
vives couleurs de cet ameublement princier.
Dans Tun des angles de l'appartement était placée la couchette destinée au repos de la nuit : c'était une sorte d'ottomane recouverte de cotonnade blanche, sur laquelle se prélassaient cinq oreillers moelleux de différentes grosseurs. Un daisd^un tissu léger orné de plumes aux teintas brillantes, une étoffe empennée et formant dea dessins multiples, retombait en plis gracieux, se rattachant sur le devant à deux colonnes trè9légères d'argent massif, et pouvait au besoin entourer le lit de toutes parts. Aux quatre angles de l'appartement on avait placé des cassolettes à parfums de bronze doré émaillé d'argent. Les autres meubles de l'appartement, tables, tabourets et chaises étaient de bois d'ébène» de cèdre et de caroubier, sculptés avec art, polis avec soin et inscrutés de nacre de perle.
La cour, ou plutôt le jardin autour duquel le palais était construit, avait environ quatre cent trente pieds de largeur et de longueur, et tout autour de la piazza régnait un portique soutenu
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par des oolonnes d'une forme identique à celle dont j'ai déjà parlé. Une fontfiine à la vasque de marbre blano murmurait au milieu, et, aux quatre coins, des réservoirs laissaient couler l'eau dans des bassins de porphyre gris. Dans les carrés laissés exprès au milieu des dalles de marbre qui pavaient cette cou(, croissaient des plantes des tropiques couvertes de fleurs odorantes, cultivées avec soin par les nombreux jardiniers de rinca.
Jamais rêve des Mille et une Nuits ne se réalisa d'une manière plus palpable aux yeux ébahis d'un amateur du bien-être et du dolce far niente; et ce palais du Géral-Milco était vraiment digne d'étonner un Européen, quelque habitué qu'il fût aux splendeurs de la civilisation.
Le reste la journée fut employé par Ned et par moi à disposer toutes nos marchandises dans nno^des salles de l'habitation, et à transporter notre bagage particulier dans nos appartements respectifs, contigus l'un à l'autre.
Vers les trois heures de l'après-midi, un ser-
viteur se présenta devant nous, salua profondément, et nous donna à comprendre qu'il fallait le suivre. Il nous fit passer dans différentes autres pièces qui nous étaient inconnues; puis, soulevant une tapisserie, il nous introduisit dans une salle tendue d'étoffe bleu, de ciel brodée d'argent, éclairée par trois ciels ouverts. Perpendiculairement sous l'un d'eux se dressait une table de marbre, autour de laquelle on avait placé cinq couchettes à la manière des Romains. Une nappe de cotonnade blanche, bordée de pourpre et d'argent, était déployée sur la table et recouverte de plats d'or, contenant pour la plupart des légumes bouillis et du maïs fortement épicé, nageant dans un bouillon ou plutôt dans une sauce faite, à n'en pas douter, avec du jus d'oranges; des tortillaSj espèce de galette composée de riz et cuite dans du lait, et du poisson bouilli. Il avait aussi un rôti de chair de lama flanqué d'oiseaux cuits à point, des canards, une oie, et plusieurs perdrix qui nous étaient tout à fait inconnues. Ces dernières nous
parurent d'un goût exquis; mais les deux oiseaux aquatiques sentaient le poisson et étaient immangeables.
Nous avions apporté avec nous des fourchettes et des couteaux, persuadés que Tusage de ces ustensiles était inconnu au Géral-Milco; mais nous trouvâmes placés à côté de nous des ins<truments faits de roseaux coupants et des pointes triangulaires d'or qui remplaçaient même avec avantage les inventions de la civilisation. A côté de chacun de nous se trouvait une serviette assortie à la nappe, dont nous osions à peine nous servir pour nous essuyer les doigts et les lèvres.
Devant nous on avait placé des coupes d'or dans lesquelles le serviteur qui présidait à notre repas versait une liqueur acidulée dont le goût, d'abord particulier et bizarre, finit par nous être agréable.
Dès que notre faim eut été apaisée par le dîner succulent dont nous avions pris notre part, on enleva tout ce qui se trouvait sur la table,
la nappe y comprise. Pes serviteurs se pr^seutèrent portant des vases d'argent remplis d'une eau parfumée, et des aiguières pour y tremper nos mains et enlever Todeur des viandes; puis on remplaça nos serviettes, dont nous avions forcément fait usage afin d'essuyer nos qiains, par des linges fins frangés d'or et d'argent.
Pondant que nous avions procédé à nqtre toilette, on avait placé sur la table des bananes, des ananas, des limons, des citrons, (}e§ oranges et autres fruits et du lait parfumé dô vanille. Tout cela était délicieux.
Dès que nous fûmes rentrés dans notre appartement, un envoyé d'Orteguilla s'y présenta. Il venait, de la part de l'Inca, nous inviter et npus rendre au Tianguez, afin d'y choisir un empl^icement pour la vente de nos marchanclisie^, k vrai dire, cette hâte d'Orteguilla noug pairut d'abord tant soit peu inquisitive ; mai§ il ét^it fort naturel de comprendre cette anxiété, Au?si, afin de nous conformer à ses vQlontés, dqi^s n<^s empressâmes 4e suivre Palayna, son ofîiçier.
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I^e çbemin qui conduisait de notre demeure au Tianguez était ))ordé de maisons de plaisance entourées de jardins, qui, d'après ce qvie nous as^urfi Palayna, étaient toutes habitées par les nobles do la nation: ^pssi l^ ri^e s'appelait-çl^e le Chemin des Puissants.
En arrivant çiu grand marché, nous aperçûmes 9ur notre droite un édifice grandiose à trois étages superposés, et formant en quelque sorte la pyramide, avec dieg terrasses à chacun d'eux,
Notre guide, à qui nous demandâmes à quoi servait ce bâtiment, nous annonce^ que c'était la Cour de justice.
Sur notre prière de visiter l'intérieur, Palayna nous fit entrer, et bientôt on nous introduisit dans une salle où se tenaient trois Aztecs revêtus de longues robes bleues, qui, à ce que l'on nous apprit, étaient des juges.
A^x\ même instant la foule se précipita, entraînant avec elle un feomme qu'à son habit nous devinânies être \in marchan4 4u Tianguez, Ou l'accusait d'avoir vendu de mauvais fruits^
et on prouvait la vérité de cette assertion en montrant une partie de la marchandise. Le délinquant fut condamné à manger le fruit avarié séance tenante, ce qu'il fit, à son grand désappointement; puis on le laissa aller après qu'il eut versé entre les mains du juge une somme en espèces monnayées. Ce numéraire consistait en plaques d'argent de la grandeur d'un demidollar, percées par le milieu, et ne portant aucun signe, aucune empreinte particulière. L'un des juges m'assura que cette monnaie courante s'appelait ochol, et qu'il y avait d'autres pièces en or et en bronze, dont, en effet, il me fit voir des échantillons. L'ochol d*or était seulement plus petit que les autres.
J'ai appris pendant mon séjour au Géral-Milco que l'ochol d'or valait trois dollars vingt-cinq cents (environ dix -sept francs d'argent de France), et qu'on pouvait, à l'aide de cette monnaie^ acheter quatre nailles^ autrement Ht quatre boisseaux et demi de blé. Or, comme le froment se vend aux États-Unis environ un dollar 12 1/2
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cents le boisseau, l'ochol aztec \dMt vingt dollars 25 cents.
L'ochol d'argent est évalué à trois dollars 37 1/2 cents; il en faut six pour un d'or, — en y ajoutant un ochol de bronze, car six de ces derniers valent un ochol d'argent.
Les trois magistrats parurent fort étonnés lorsque Ned et moi nous leur dîmes que jamais de notre vie nous n'avions vu de pareille monnaie; naturellement ils nous demandèrent quel numéraire était en vogue dans le pays du nord d'où nous venions, et pour satisfaire leur curiosité, je tirai de ma bourse quelques échantillons de notre monnaie que je leur montrai. Les dollars d'argent et les aigles d'or furent l'objet de leur admiration. Grey leur fit même voir un johannes du Brésil qu'il leur assura — le fourbe — être aussi une monnaie américaine.
Nous quittâmes enfin les magistrats de la cour aztèque pour aller au Tianguez choisir notre magasin. Ce bazar, long d'un mille et demi et large d'un demi-mille, est entouré des
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quatre côtés par une piazza dp.Qt les cplonpes ont à peine sept pieds de haut et dont la profc®deur est de quarante pieds envirop, C'est là-desgous.que se trouvent les magasins ou plutôt le§ stalles où sont exhibés en public les différents pifoduits des manufactures de la vallée. Dans Içi coiîr intérieure, ou plutôt dans l'espace vide laissé par les quatre ailes de ce marché, se trouvaient des troupeaux de lamas et de vigognes parqués et gardés par des bergers.
L'angle Est du Tianguez est spécialement affecté aux fabricants de chaises, de tables et d'fl^t^es ustensiles de bois, et les outils employés par les Aztecs étaient d'un ];)ronze for^ ^yr composé de cuivçp çt d'ui^ alliage d'étaiii.
L'emplaceipent que no^s phoisîmes, Ned et moi^ pour y établir nos marchandises, était sitv|é au nord. Il était fort convenable pt parfaitement éclairé.
Pendant que qous retournions à notre habitation,, Palayna, qui no\is avait fejoints, nous asr sura qu'il y avait encore deux çiutçes marchés
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drns la ville, Tun de forme carrée et l'autre payai! à un diorama, sur les bords du lac Coxxoc. En outre, ajouta-Ml, il y a dans notre ville deux rues, celle de Oztengatl et celle de Colucaltepec, entièrement occupées par des magasins.
Palayn^, en nous quittant, nous annonça que rinca nous donnerait audience le jour suivant, et il nous fit entendre que certains présents lui seraient plus agréables que d'autres. Afin d'être prêts à tous hasards, nous nous hâtâmes, mon €mi et moi, de déballer nos marchandises et de choisir pe qui nous parut digne d'être offert à un haut et puissant personnage, à l'Inca du (îéral-Milco. Notre hésitation pe dura pas longtemps, et bientôt nous eûmes achevé nos préparatifs,
Nous noiîs |»endîmes ensuite à la scelle à manger, que pous trouvâmes brillapipiient éclairée à Taide de can4élaj)res de bronze soutenant des coupes de terre cuite, dans lasqiieUes brûlait une }iuile p^i'fumée d'orange. A.u nombre des mets particuliers que Ton nous servit ce soir-là,
je mentionnerai un breuvage sucré et parfumé, fait avec des noix de oacao, qui ressemblait, à s'y méprendre, à du chocolat. Les Aztecs, qui appellent les arbres qui produisent le cacao chacao^ ont donné à cette boisson le nom de chacaoltj d'où dérive naturellement celui de chocolat, évidemment tronqué par les Européens.
Les dernières heures de la soirée s'écoulèrent sur Yazotea de notre maison princière d'où l'on découvrait le plus admirable panorama dû monde. La ville se déployait devant nous, illuminée à giorno par les feux du soir, brûlant en l'honneur de la lune, et puis enfin par l'éclat plus moelleux de la chaste Phébé. Avant de nous livrer au repos, nous voulûmes encore visiter le parc, et à dix heures du soir nous nous retirions dans nos chambres à coucher. Toutes les deux étaient brillamment éclairées à l'aide de lampes suspendues entre chaque colonne. Cet aspect était vraiment féerique, et la première nuit que nous passâmes au Géral-Milco fut bercée des plus doux rêves.
La matinée du 12 octobre était l'une des plus belles dont j'ai jamais joui pendant mes nombreux voyages. Je me laissai aller à ce sommeil oriental si bien favorisé par la disposition des lieux ; aussi, lorsque après avoir pris un bain préparé par les soins de l'un de nos serviteurs et m'être revêtu de mes plus beaux habits, je sortis de mon appartement pour aller m'informer des nouvelles de M. Grey, je le trouvai qui venait à moi dans la même intention, s'étonnant de ce que j'avais été plus paresseux qu'à J'ordinaire.
Nous nous hâtâmes de déjeuner et de placer ensuite dans une corbeille, sur le dos. d'une de nos mules, les présents destinés à Orteguilla ; puis nous sellâmes nos chevaux, afin d'être prêts à suivre ceux qui viendraient nous chercher de la part de Tlnca,
Vers onze heures, un officier de la maison du chef aztec Onalpo, dont le titre fort long et trèsdifflcile à transcrire signifiait i le chef des barrières, » vint nous prendre à la tête d'une nombreuse escorte que ilnca lui avait donnée afin de nous faire honneur et nous montrer le chemin ; car, étrangers comme nous l'étions et peu aptes à nous faire comprendre, il nous e^i été difficile de parvenir sans guides au palais im-r périal.
Nous nous mîmes en marche, et après avoir parcouru une distance d'environ deux milles, nous pénétrâmes dans l'intérieur d'un parc au milieu duquel s'élevait le palais d'Orteguilla. Ce mo» nument avait plus de soixante pieds d'élévation, quoiqu'il ne fût composé que d'un seul étage. Ce
qu'il y avait de plus étrange dans cette demeure impériale, vc'était que la façade seule était de pierre, tandis que toutes les autres parties étaient de bois. Je n'eus pas, ce matin-là, assez de loisir pour examiner le palais en détail ; cepen-dant je pus voir qu'il était bâti sur une terrasse élevée de cinq ou six pieds au-dessus du sol, sur laquelle on arrivait par des escaliers très-roides. Il nous fallut en conséquence laisser nos chevaux au bas de ce perron aux mains de l'un de nos guides, et, précédés par Onalpo, nous nous avançâmes tirant la mule après nous. La ter* rasse était couverte de gens appartenant à la maison de l'Inca, et portant leurs vêtements les plus beaux, enrichis de pierres précieuses et de plaques de métal. A notre aspect ils se rangèrent tant soit peu de côté, de manière à nous livrer passage; mais tout me porte à croire que c'était moins par respect pour nous que par crainte des ruades de la mule.
La grande salle dans laquelle on nous introduisit était l'antichambre destinée à l'attente
des visiteurs. Onalpo y quitta ses sandales, cou* vrit son costume brillant d'une robe noire, et nous fit comprendre qu'il était prêt à nous amener devant Tlnca. A la vue de notre impatience, il souleva une tapisserie, et nous nous trouvâmes de plain-pied sur le seuil d'un immense salon, dans lequel régnait une double rangée de colonnes dorées. Les murailles percées par de larges meurtrières donnaient du jour à cet édifice, et sur chaque pendentif on voyait des étoffes de couleur bleue, constellées de tout petits soleils d'or estampé. Le plafond, de bois de rose sculpté, contrastait avec la richesse du sol, couvert entièrement, dans l'intervalle de la colonnade, d'un tapis pareil à celui de mon appartement : puis entre chaque colonne, des plaques de marbre et de brèche remplissaient les interstices, autant que je pus le voir à travers les jambes des seigneurs de la cour d'Orteguilla, qui tous étaient revêtus de robes noires.
A l'extrémité de la salle où nous avions pé-
nétré s'élevait le trône de l'Inca, surmonté d'un dais d'étoffe cramoisie, à peine visible sous les broderies et les pierres précieuses, dont les rideaux retombaient avec grâce le long du siège impérial. Au fond de cette estrade brillait un énorme soleil d'or, rayonnant aux feux de la lumière.
Orteguilla était assis, portant à la main le llatUu^ sceptre de bois blanc comme Tivoire, dont la tête est recourbée ainsi que le sont les cous de cygnes. Sont front, recouvert de la borlùf était réellement imposant, et sa robe bleue mouchetée de diamants lui seyait à merveille. Il était environné des officiers de son empire, tous habillés de noir, parmi lesquels j'aperçus le Curaça de Ocopaltépec.
Au moment où nous étions entrés, nous avions laissé la mule au dehors entre les mains de notre serviteur, L'Inca nous fit le meillear accueil à Ned et à moi; il descendit de son trône et s'avança vers nous jusqu'au milieu de l'appartement, puis il nous fit asseoir à côté de lui
sur des sièges qui se trouvaient placés là à notre intention.
Nous causâmes avec Tlnca sur différents sujet* pendant plus d'une demi-heure, mais particulièrement sur les États-Unis et sur le Géraî- Milco, deux sujets de conversation qui intéressaient doublement Orteguilla et ses deux hôtês. Il me parut enfin qu'il était bon de songer au départ; aussi je fis signe au serviteur d'atnefief la bête qui portait les présents : hélas ! mes ordres étaient inutiles, l'animal se cabra, rua, renifla, et, se cambrant sur les quatre pattes, devint bientôt immobile comme une statue de bronze. Il nous fallut décharger nous-mêmes là mule obstinée, et porter la corbeille au pied du trône. A mesure que j'offrais à Orteguilla les a^ ticles qui lui étaient destinés, il les examinait avec soin, nous remerciait et les faisait trans^ porter dans un appartement voisin. C'est de là que l'on apporta les présents que l'Inca avait préparés en échange des nôtres. C'étaient des étoffes du pays, des armes, des vêtements aïtecB
et autres articles patmi lesquels je vais décrire un seul digne d'être mentionné entré tous. Cette curiosité était un oiseau artificiel , dont le corps, recouvert du plus admirable plumage de fetitaisie qu'il soitcapable d'imaginer, vert, bleu, jaune, violet et rouge, était flexible eoiume s'il était en vie, à l'aide de ressorts intérieurs. Le bec let les pattes étaient d'or émaillé, et les yeux se composaient de rubis entourés de brillants. Cet oiseau, haut d'environ deux pieds y compris le piédestal sur lequel il repose, ferait la fortune d'un musée mécanique *.
Onalpo nous fit comprendre que cet échange de présents terminait l'audience, et sans plus
^ Ces présents de Tincà da Géral-Bfilco sont encore dans les mains de M. Middletoun-Payne» dans sa résidence du comté d*Orange-Burg^ dans la Caroline du Sud (États-Unis)* Sur Tinvitation du célèbre voyageur dont je transcris les notes, j*ai eu le plaisir de visiter cette charmante propriété^ et le souvenir de Taimi^le hospitalité que j y ai reçue^ <K)mme aussi celui des heures trop courtes que j*y ^ passées à écouter des récits fantastiques, prouvés par des objets plus fantastiques encore, m'a si vivement impressionné, que je me rappelle tout cela comme si j'étais encore à Orangë-Burg.
tarder, nous présentâmes nos respects à Tlnca et nous prîmes congé de lui.
Après diner, Ned me proposa d'aller visiter la ville, et, nous aventurant sans escorte, nous passâmes d'abord auTianguez, qui nous parut fermé, tant il y avait encore peu de boutiques ouvertes. De cet endroit, nous aperçûmes deux monuments gigantesques de forme pyramidale, surmontés d'un palais tout sculpté. La rue qui y conduisait était celle du Soleil, à l'extrémité de laquelle une grille de bronze nous empêchait d'aller plus loin. Cette balustrade renfermait un parc au milieu duquel s'élevaient les deux édifices géants. Notre parti le plus court, aûndechercherà y pénétrer, était d'en faire le tour; aussi longeâmes-nous les maisons et le parc jusqu'au moment où nous parvînmes dans une grande a^ tère de la ville, rue tortueuse dont l'aspect était vraiment extraordinaire. Les maisons, bâties les unes contre les autres, étaient toutes de pierre. La partie élevée surplombait sur le rez-de-chaussée, dont la décoration était, aux arcades près, pa-
relUe à la rue de Rivoli de la capitale de la France. Les colonnes qui remplaçaient les arcades étaient plates et carrées, et les chapiteaux représentaient des plumes de rhéa ou plutôt des branches de palmier. Cette rue, remplie d'une foule immense, était, à n'en pas douter^ une des plus commerçantes de la ville, car chaque maison, du moins la partie basse, était consacrée à un commerce quelconque. Il y avait là des armures, des plats d'or et d'argent, des vases de bronze; des trépieds, des vêtements, des bijoux, des meubles, etc., et au milieu de la rue, des ballots, des caisses d'une énorme dimension; cette rue était celle de Colucaltepec.
Nous nous hâtâmes de nous sortir de la foule qui encombrait la rue et de quitter la rue ellemême; mais, chemin faisant, nous traversâmes trois autres voies publiques aussi commerçantes, parmi lesquelles celle de Oztengalt.
A peu de distance de là s'élevait un monument de marbre blanc, de forme cubique, de seize pieds environ de hauteur et de sept pieds carrés de lar-
geur à sa base. Sur le sommet, large de quatre pieds, on voyait un vase d'argent d'un admirable travail, et sur les quatre faces de marbre, la sculpture avait tracé des inscriptions hiéroglyphiques.
La foule qui nous entourait était immense, le bruit des voix nous brisait le tympan; je fis signe à Ned qull fallait nous tirer de ce péril dangereux pour notre ouïe, et nous nous jetâmes dans la première artère venue, afin de retourner à notre logis ; le Tianguez, que nous rejoignîmes, nous servit de guide pour rentrer au Palais des Hôtes.
Nous avions appris, chemin faisant, que te grand marché de la semaine devait avoir lieu dès le lendemain; il était urgent que nous y prissions part. Nos marchandises furent donc mises en ordre, afin d'être transportées à notre magasin, quoique, en y réfléchissant mieux, je fusse d'avis que nos affaires seraient bien plus avantageuses dans une des deux rues commerciales.
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Au lever du soleil, nous quittâmes le Palais desHôtes pour nous rendre au Tianguez précédés et suivis de quinze mules chargées de marchandises, et notre magasin fut bientôt organisé et ouvert au public. Notre pacotille consistait en instruments d^agriculture: bêches, râteaux, sarcloirs, faux, pelles, et même en deux charrues portatives, deux herses et deux machines à faucher. Ces six derniers articles attiraient l'attention générale.
II y avait déjà trois heures que nous étions installés, les acheteurs ne se présentaient pas.
lorsque tout d'un coup, au moment où personne ne s'y attendait, Tlnca Orteguilla parut à nos yeux, comme s'il fût sorti de terre par une machine de théâtre. Il examina avec attention tout ce qui se trouvait exposé aux regards de ses sujets, et se fit expliquer Tusage de chaque article. Lorsque j'eus achevé de lui montrer Tutitilité de la charrue, il me dit :
Je désire voir travailler ces machines, Xitulo (titre qui en amaquis signifie ^^rawflf^); nous viendrons te prendre avant que mon père (le soleil) ne disparaisse demain aux limites de son empire. Nous sortirons des murs de la ville, et là tu me montreras comment on se sert de ton instrument aratoire.
Bientôt après avoir achevé ces paroles, Orteguilla nous demanda si nous avions visité sa capitale, et je répondis que la veille nous l'avions parcourue en tous sens; je saisis même cette occasion pour lui parler du désir que nous aurions, Ned et moi, d'exposer nos marchandises dans une des rues comèoérçantes de sa capitale*
Ma demande ne lui parut point être désagréable, et sur-le-champ il nous promit de nous oc* troyer ce que nous ambitionnions dans l'une des rues que nous désignerions parmi celles que visitaient les nobles de sa cour et les dames du Gérai. Il nous engagea donc à accepter un magasin dans la rue du Ocelot, nous permettant toutefois d'aller voir si Tendroit nous paraissait propice à nos affaires.
Lorsque Orteguilla prit congé de nous, il était environ deux heures et demie; aussitôt après son départ, Ned et moi nous fîmes nos paquets sans avoir allégé les ballots de nos mules, ni alourdi nos poches d'un simple ochol. Nos bétes de somme retournèrent au palais sous la garde de nos serviteurs, et nous allâmes visiter la rue du Ocelot, qui se trouvait placée près du palais impérial et donnait dans la rue de Huaxtepec.
Cette promenade était plantée d'arbres de chaque côté; les maisons de toutes sortes et d'architectures diverses étaient placées dans les jar-
^ina et ombragées par des palmiers et autres arbres à la taille élancée. Aucun passant ne se montrait à cet endroit écarté, à Texceptiou de nous. L'on ne voyait que des litières richement décorées portées généralement par quatre hommes. La plupart étaient ouverte^, d'autres étaient soigneusement fermées par un treillis doré. Les premières appartenaient aux nobles et aux officiers de la nation aztèque, tandis que les secondes contenaient des dames de qualité ; mais il ne nous fut pas possible d'en apercevoir une seule, car aucune d'elles ne descendait dç sa litière dans la rue. Il était d'usage qu'on les transportât dans les maisons^ où on ouvrait le treillis qui les cachait à tous les yeux vulgaires.
L'Inca, à qui nous allâmes rendre visite, afin de le remercier de sa protection, se montra trèssatisfait en nous voyant charmés de la situation de la rue du Ocelot : il nous promit que, dès le lendemain, il nous ferait ouvrir uq des magasins de ce fevorable emplacement, et, quand nous primes congé de lui, ce monarque affec<-
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tueux nous engagea à le visiter ainsi ^ouvenl, sans oérén^onie. Je dois ajouter en passant que, plus on se trouvait en compagnie de ce noble ûrteguilla, plus on Taimait. Son affabilité, sa capacité et son esprit naturel lui avaient gagné nos cœurs. J'ajouterai en passant qu'il avait une érudition, relative à l'histoire de son paya, qui était vraiment admirable.
Lorsque nous arrivâmes au Palais des Hôtes, l'on nous montra un présent envoyé à ses amis (nous) par Conatzin, l'un des chefs qui condui-r saient notre escorte lors de notre entrée dans la capitale des Aztecs. C'était un palanquin à deux places, fait de bois de rose, doublé d'étoffe écarr late et ayant deux longs brancards devant et derrière pareils à ceux d'une chaise à porteurs. C'était un cadeau royal, et nous nous hâtâmes dèi le même soir d'en remercier potre excellent ami, l'officier de l'Inca.
Dès le lendemain matin, nous ftmes des essais particuliers pour voir si no^ charrues étaient en ordre et si nos chevaux consentaient à tirer
convenablement. Après quelques épreuves difficiles, les excellentes bêtes finirent par se faire à ce travail; aussi, lorsque raprès-midi le cortège de Tlnca vint nous chercher^ il nous trouva prêts. Tous les dignitaires de Tincalat étaient dans des litières : la première contenait rinca, puis venaient Cioaco, Movoga , le Curaça de Poanogo, Opanilla, le seigneur des plaines, et différents autres nobles dont les titres étaient démesurément longs et difficiles à prononcer.
Ned et moi nous trouvâmes alors occasion de nous servir de notre litière. Nos deux chevaux furent attelés, Tun devant, Tautre derrière, au lieu et place des porteurs, et dans ce palanquin d^un nouveau genre nous suivîmes l'escorte de rinca, tandis que notre serviteur marchait à pied, tenant par la bride deux mulets chargés des instruments aratoires.
En sortant des murailles de la ville, hors des terrasses du Xuaxtepec, nous avions devant nous un coup d'œil magnifique. A nos pieds s'éten-
dait la plaine dans laquelle nous devions essayer nos charrues, et dans le lointain nous apercevions au pied des montagnes la ville de Pocolatl, l'une des plus pittoresques du pays.
Toute l'escorte de Tlnca mit pied à terre dans un endroit convenu. Notre serviteur détacha les ballots qui contenaient les instruments portés sur le dos de nos mules, et quand tout fut préparé et mis en place, lorsque les chevaux eurent été attelés aux charrues, l'opération du labour commença. L'Inca et les gens de sa suite, en voyant ainsi une machine si simple tracer un profond sillon, se montrèrent très-satisfaits. Les autres instruments opérèrent avec autant de succès, et Orteguilla nous fit entendre qu'au lieu de chevaux, il comptait employer des lamas pour labourer ses terres : aussi nous acheta-t-il, séance tenante, les charrues, les herses et les machines à faucher. Le soir, en rentrant à notre domicile, Ned et moi, qui n'étions pas de force à résister à notre tâche de laboureurs, nous
nous sentions si courbaturés qu'il nous fut im- {M)ssible de souper. Nous nous couchâmes surle-champ, et une nuit de repos sufGit pour nous rendre toute notre énergie.
Dans la matinée du jour suivant, Apixtamatil, seigneur de Huax et secrétaire de Flnca, nous fit savoir que le magasin aux huit eânes, dans la rue du Ocelot, était à notre disposition. Nous nous empressâmes d'opérer le transport de nos marchandises, et, guidés par le porteur du message, nous nous rendîmes à notre nouveau domicile.
C'était un vaste jardin orné de plusieurs fontaines entourées de fleurs et ombragé d'arbres de la plus belle venue. Au milieu de Tallée qui bordait la Pue s'élevait une construction octogone de marbre blanc, dont la façade ouverte était supportée par six colonnes d'un style oriental. La première salle, de forme ovale, était pavée de marbre de couleur, et, à travers quatre piliers massifs surmontés de chapiteau carrés, on apercevait une autre grande salle
dans laquelle on entrait par des portes de bronze, et dont les murs étaient cachés par deà tentuféÉ tose pâle brodées d'argent. Le plafond était de bois de cèdre poli, et, quoiqu'il n'y eût pas de ciel ouvert dans cet appartement, on n'en apercevait pas moins au milieu un bassin rf'où s'élançait tm jet d'eau peu élevé.
La seconde salle était de forme octogotte, et âfvait environ quarante pieds de diamètre. Le plafond, garni de planches de cèdre artistemeftt travaillées, se terminait en mourant ve^s une ouvertuîe placée au centre, d'où la lumière se projetait dans Tintérieûr, et par laquelle te soleil mêlait ses rayons aux eaux argentées f une source limpide qui coulait dans un bassin de porphyre rouge. Le sol était couvert de plaques de marbre et de brèche de couleurs variées. La tenture de cette pièce était faite d'une étoffe couleur bleu mazarin brodée en argent. Partout, dans cette grande salle, on avait placé dés tables allongées et des chaises, car c'était là que devait être installé notre magasin;
Les autres parties de la maison étaient très* confortables : il y avait aussi des chambres à coucher pour nous et nos domestiques, une salle à manger, une cuisine, et des dortoirs pour les serviteurs que llnca avait mis à notre disposition, et qui étaient aussi nombreux dans le magasin aux huit cônes qu'ils l'étaient dans le palais que nous venions de quitter.
Ce fut le samedi, vers les neuf heures du matin, que nous ouvrîmes les portes au public. Ned et moi, nous étions assis dans la salle du fond, attendant patiemment Tarrivée des acheteurs. Toutes les tables étaient couvertes de pièces de velours, de soieries de toutes sortes, de brocarts, de dentelles, de mousselines, de glaces et de couvertures. Deux superbes tapis de Perse se trouvaient aussi étendus sur une table, et quatre autres plus grands encore étaient appendus à des cordes le long de la muraille. Mes lecteurs se souviendront que mon ami M. Middletoun Payne avait reçu ces marchandises en consignation à Para, pour être vendues à Lima ou à
Quito; et, suivant les derniers avis reçus, ces articles devaient rapporter des prix fabuleux, eu égard à leur rareté et à leur supériorité sur ceux fabriqués par les indigènes.
Pendant que Ned et moi nous nous bercions des plus douces espérances, une litière portée par quatre Aztecs se présenta à notre porte, et quand elle s'arrêta sous le portique du magasin aux huit cônes^ nous en vîmes descendre Orteguilla, à la rencontre duquel nous nous précipitâmes.
Llnca, qui avait aperçu la magnificence de nos marchandises, nous laissa à peine le temps de lui adresser la parole :
— Eh quoi ! s*écria-t-il, deux soleils se sont à peine écoulés depuis que j'ai vu le contenu de
VOS ballots; les ustensiles qu'ils renfermaient étaient tous coupants, pointus et destinés à fendre et creuser la terre. Quelle est cette métamorphose? Voici maintenant des objets aussi brillants que Tarc-en-ciel, propres à faire des vêtements? Expliquez-moi ce prodige?
Nous nous hâtâmes de faire comprendre à l'Inca que les articles exposés à ses yeux n'étaient point les mêmes que ceux du magasin du Tianguez, et que c'était seulement aux dames aztèques qu'ils étaient destinés. Orteguilla examina chaque chose Tune après l'autre, fit emplette d'un tapis de Perse dont le tissu lui parut admirable, et se retira bientôt, en nous disant qu^il allait chercher sa femme pour l'amener à notre magasin.
Trois quarts d'heure après, nous vîmes s'avancer processionnellement huit litières entièrement closes, qui toutes, les unes après les autres, entrèrent dans le jardin et s'arrêtèrent devant l'entrée principale. Une garde d'officiers aztecs, en grand costume, entourait les véhicules.
Chaque palanquin contenait deux dames d'honneur qui, à mesure qu'elles posaient le pied sur le sol, se rangeaient sur deux files. Le dernier palanquin, magnifiquement doré et orné de pierres précieuses, fut déposé à son tour à l'entrée du magasin aux huit cônes^ et Flnca descendit le premier, tendant les mains à une femme de la plus grande beauté, aux formes éléganteà et irréprochables, dont le costume, d'une richesse orientale, scintillait auxrayons du soleil, comme l'astre du jour lui-même. Les dames d'honneur vinrent faire escorte à Tlncaresse, car c'était elle, à mesure qu'elle s'avançait vers Tintérieur de notre maison, et la garde se rangea en bon ordre devant l'entrée, pour empêcher les visiteurs de pénétrer avec les dignitaires de l'empire.
— Voici ma femme Ahtelaqua, fille de la lune, nous dit Orteguilla en s'avançant vers Ned et mol, qui nous étions prosternés en voyant tant de grâce et de beauté réunies dans une même personne. —Je vous l'amène, Xitulos, qui êtes
mes hôtes, pour admirer les richesses de votre magasin.
A ces mots, nous nous relevâmes et conduisîmes réponse de Tlnca vers un siège préparé pour elle,et tandis que cette reine des amours examinait Tun après l'autre les articles dont se composait notre étalage, j'eus tous le loisir possible pour Texaminer attentivement et pour graver dans ma mémoire chaque particularité relative à son visage et à son costume.
Ahtelaqua avait des traits d'une régularité sans pareille. Son front élevé était orné d'une chevelure d'un noir de jais, artistement arrangée en boucles épaisses qui tombaient sur 'ses épaules. Un bandeau d'or fin, tout autour duquel des diamants et des perles étaient sertis avec art, reposait sur ce front adorable. Sur le devant de ce bandeau impérial, au centre, vers la partie la plus élevée du front, deux serpents émaillés s'enroulaient autour d'un rubis d'une taille énorme, et une touffe de plumes se balançait derrière cet ornement fantastique. Le teint de
rincaresse était olivâtre; mais malgré la couleur étrange de cette peau satinée, Téclat de deux yeux noirs, ombragés de longs cils, Témail de ses dents, pareil à celui de la nacre de perle, la forme aquiline de son nez, la grâce de ses lèvres rosées, la rondeur de son menton, l'élégance de son cou, tout concourait à rendre cette femme Tune des plus belles qui soient jamais sorties des mains du Créateur. Sa gorge était recouverte d'une étoffe de coton bleu de ciel, brodée d'argent et ornée de pierres précieuses. De sa taille jusqu'aux chevilles, une jupe de mousseline blanche, ornée d'une grecque pour** pre et d'une frange d'argent, retombait en plis gracieux et formait queue par derrière; aussi nous parut-elle tout d'abord plus grande qu'elle ne l'était véritablement. Ses bras étaient nus, du haut de l'épaule à l'extrémité des mains, et deux longues manches ouvertes, d'une étoffe pareille à celle de la jupe, retombaient jusqu'aux genoux, agrafées par des cercles d'or incrustés de pierreries. Les doigts effilés de ses mains
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mignonnes étaient chargés d'anneaux d'or et de diamants, et autour des chevilles de ses petUs pieds chaussés de sandales de cuir rouge, s'encerclaient des anneaux d'or du plus riche travail.
Tel était le portrait, telle était la description du costume de la belle Âhtelaqua, qui s'extasiait devant les riches étoffes de notre fonds de commerce.
Les dames d'honneur de Tlncaresse, dispersées par groupes le long des tables sur lesquelles étaient déployées nos marchandises, offraient toutes à nos regards une régularité de lèrmes, une beauté régulière qui nous remplissait, Ned et moi, du plus grand étonnement. Vraiment lo,sexe féminin de la race aztèque, dont nous apercevions les échantillons pour la première fois, nous donnait la plus haute opi«nion du reste de la nation. L'étiquette rigide de la cour d'Orteguiila avait disparu, et l'on se serait cru en famille. Ces dames d'honneur portaient toutes un costume identique de forme,
quoique raoins riche, à celui de la femme de l'Inca. La seule différence, à la richesse près, qui fût manifeste dans leur habillement, était remarquable dans leur coiffure. Elles n'avaient pas le droit de porter plus de deux plumes dans le bandeau qui leur ceignait le front, tandis que leur impératrice pouvait se parer de toutes celles que son bon plaisir ou sa fantaisie la po^ tait à placer dans sa couronne : jamais, toutefois, elle ne devait en avoir moins de quatre.
L'Incaresse multiplia tellement ses achats, que bientôt les sacs d'ochols d'or envahirent une table sur laquelle nous déposions les sommes que le payeur d'Orteguilla plaçait devant nous, à mesure qu'un marché était conclu. Ahtelaqua n'acheta pourtant qu'un seul de nos tapis, car évidemment elle parut effrayée du prix énorme que mon associé Grey demanda pour ce tissu étranger. A vrai dire, lorsque j'avais entendu Ned énoncer le prix fabuleux de 7,500 dollars (trente-cinq mille huit cents francs environ) pour ce seul article, je n'avais pu m'empêcher
de lui adresser un regard significatif, comme pour lui demander s'il ne plaisantait pas, ou même si ce n'était pas une erreur de sa part. Mais mon rusé compère connaissait mieux son métier que moi, et il me dit plus tard, quand tout le monde fut parti, qu'il avait agi ainsi, de propos délibéré, afin de donner aux Grandesses aztèques la facilité de se procurer un de ces tapis : il avait deviné, à Texpression d'admiration reflétée sur chaque visage, que le péché d'envie était commis par chacune des dames d'honneur de la cour aztèque. Ned avait raison ; car avant la fin du jour les quatre autres tapis de notre magasin étaient achetés et payés cush dotons autrement dit argent sur table, par quatre des belles suivantes de Tlncaresse, qui s'étaient disputé ces articles inconnus dans le pays et les avaient payés cinquante mille francs (près de 10,000 dollars) pièce.
Du reste, Ned fit Variicle avec la femme d'Orteguilla pour toutes les autres marchandises dont
elle eut envie, et Ahtelaqua laissa entre no^
mains une bonne partie du trésor impérial de rinca. C'était, comme on le voit, un vrai tourde YaniLee que mon associé avait joué aux dignitaires aztecs; mais, en matière de commerce comme en bataille rangée, tous les tours ne sont-ils pas de bonne guerre?
Au moment où la famille de Tlnca manifestait l'intention de se retirer, Grey ordonna à l'un de nos domestiques d'apporter du thé qu'il avait fait préparer pour en offrir à Orteguilla et aux siens. On servit cette boisson, inconnue dans le pays, dans des vases d'argent faisant partie de la vaisselle plate que Tlnca avait mise à notre disposition. Ned prit une des coupes et la présenta à Orteguilla, tandis que j'en offrais une autre à Ahtelaqua. L'un et l'autre parurent trouver la liqueur chinoise fort à leur gré, et je m'empressai de mettre à la disposition de Flnca quelques livres du meilleur thé de notre stocks en lui expliquant quel pifocédé il fallait employer lorsqu'on voulait le préparer. Grey, dans cet intervalle, ne perdait pas son temps pour piéri-
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ter les bonnes grâces de Tlncaresse, et, afin de se faire bien venir d'elle, il lui offrit un magnifique yoile de dentelle choisi parmi les plus beaux de notre pacotille.
Ce dernier présent fut le signal du départ de toute la cour d'Orteguilla, qui se retira dans le même ordre que celui observé quand elle était arrivée.
Pendant tout le reste de la matinée, les acheteurs envahirent notre magasin, et avant la fin du jour, toutes nos marchandises, à peu d'articles près, étaient vendues à des prix fabuleux. Il était évident que notre visite au Géral-Milco serait très-profitable non-seulement à nousmêmes, mais encore à ceux de nos amis de Para qui avaient bien voulu augmenter notre pacotille.
A sept heures du soir, nous illuminâmes notre magasin au moyen de lampes de terre suspendues à des cordes faites de fibres de palmier^ et de bougies de graisse de mouton, préparées par nos serviteurs suivant nos indications, et la foole afflua de nouveau à tel point qu'on étouffait.
Nos trois domestiques vinrent à notre aide pour veiller à la sûreté de nos marchandises et empêcher qu'on les touchât avant de les acheter. A minuit seulement, les curieux se retirèrent, au moment où le dernier lampion mourait dans son alvéole de terre cuite, et, nous hâtant de fermer les grilles de notre demeure, nous allâmes nous coucher, car nous étions tous harassés de fatigue.
Le lendemain était un dimanche, et, suivant Tusage de notre pays, nous laissâmes notre magasin fermé, au grand étonnement de cette nation païenne, qui trouvait étrange que nous refusassions de vendre.
Nous demeurâmes enfermés à la maison, recevant le matin des visites, et nous occupant l'après-midi à préparer les marchandises destinées à être vendues le lundi suivant. Quand vint Taprès-midi, nous parcourûmes notre jardin dans tous les sens, en rêvant à la patrie absente, car ces arbres élancés, ces fleurs odorantes nous rappelaient le sol natal de notre Caroline du Sud.
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Le lundi matin, notre magasin offrit un singulier mélange de marchandises diverses. D'un côté Ton apercevait le peu de soieries et d'étoffes qui restaient de la vente du samedi; de Tautrc un assortiment complet de coutellerie; ici des boites de thé et des caisses de sucre ; là des ustensiles de ménage; et enfin, sur un espace spécialement consacré à ces articles, nos instruments d'agriculture que nous avions exposés au Tianguez sans pouvoir trouver d'amateurs.
Les visiteurs et les acheteurs assiégèrent de nouveau le magasin aux huU cânes^ car, comme
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on doit s'en douter, nous étions « à la mode du jour.» Orteguilla arriva le premier, et fit emplette de la plus grande partie des objets de quincaillerie. Les dames aztèques enlevèrent tout ce qui restait des soieries, des velours et des dentelles, de thé, de sucre et de batterie de cuisine, sans même en connaître Tusage, comme j'en étais persuadé; et je me convainquis de cela quelques semaines après, en visitant un palais construit sur les bords du fleuve Géraltépec, où, sur une table de bois de gayac poli, se trouvait placée une bouilloire de cuivre polie avec le plus grand soin et Contenant des fleurs baignant dans de reau.
Il était évident qu'avant la fin du second jour nous aurions vendu tout ce qui se trouvait dans notre magasin, et ce que j'avais pré\u arriva, car, le mardi avant midi, il ne nous restait plus un seul article de notre pacotille.
Dès le soir même, Ned et moi, aussitôt après notre dîner, nous nous acheminftmes vers le palais impérial, où, dès que nous arrivâmes, nom
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fûmes admis en présence de Tlnca. Lorsqu'il eut appris que toutes nos marchandises étaient vendues, et que, si tel était son bon plaisir, nous étions pFéts à retourner au Palais des Hôtes pour céder la place à un autre marchand, il nous parut très-satisfait de cette manière d'agir. Orteguilla nous répondit que nous pouvions faire comme bon nous semblerait, et que nous aurions la liberté de demeurer dans le Géral-Milco aussi longtemps que nous le désirerions. Je lui dis alors que notre intention était de rester dans son pays jusqu'au commencement de janvier, prononçant ce mot en anglais, sans y faire plus d'attention.
— Quoi? fit-il, JanWy (lisez January)^ que veut dire ce mot ?
— C'est celui qui, en anglais, signifie le premier mois de Tannée. Et cette parole nous entraîna dans une conversation chronologique dont je vais transcrire ici, sur des notes prises sur les lieux, les principales phases, très-intéressantes pour ceux qui s'occupent de l'histoire des peuples.
L'année des Aztecs se divise en quinze mois de vingt-quatre jours chaque, et ces mois sont divisés en quatre semaines d'un nombre de jours égal, c'est-à-dire six par semaine. Chaque sixième jour est celui où se tient le marché. Ces mois se nomment comme suit : Olab, qui commence le 10 juin, — Canno, — Malan, — Cop, — Xoo, — • Zina, — Naon, — • Pavan, — Queloo, — Zapx. — Kamem, — Geb, — Allac, — Memib,
— et Caxc.
Les jours qui composent la première semaine de chaque mois sont nommés : En, — Chi-en, — Mal-en, — Hun-en, — OU-en^ — et Kab-en; ceux de la seconde semaine : Ac, — Chi-ac, — Mal-ac, — Hun-ac, — 011-ac, — et Kab-ac; ceux de la troisième : Cum, — Chi-cum,
— Mal-cum, — Hun-cum, — OU-cum, — et Kab-cura; et ceux de la quatrième : lia, — Chi-ila, — Mal-ila, — Hun-ila, — OU-ila, — et Kab-ila.
Lorsqu'on veut désigner un certain jour en langue aztèque, on le fait précéder du nom du
mois, comme par exemple : Caxc-Kab-ila, qui signifie le dernier jour de l'année.
Gomme la quantité de jours, d'après l'arran-* gement ci-dessus expliqué, n'était point suffisante pour parfaire le nombre de trois cent soixante-cinq^ qui est celui le plus ordinaire, les cinq jours omis sont exactement ajoutés entre la fin du mois Caxc et le commencement de Olab, et ils tombent les 5, 6, 7, 8 et 9 juin. Ces jours ne font partie d'aucun des mois réguliers, et on les nomme Odar, Nordo, Caman, Sonn et Tuled.
La théorie des années bissextiles étant entièrement inconnue à la nation aztèque, pour ajouter ce jour, qui tombe à une certaine époque, ils emploient un moyen qui est peut-être plus exact que le nôtre, mais qui n*est pourtant pas plus commode; et, chose très-curieuse à remarquer, c'est que les habitants du Yucatan, lors de . la découverte du pays par les Espagnols, employaient cette même méthode.
Il ne m'appartient pas d'expliquer ce fait, car je ne fais point profession d'être un savant : je
me borne aie constater. Ce qu'il y ô de certain, c'est que les Aztecs divisent le temps en périodes de cinquante-deux de leurs années, à la fin de chacune desquelles ils ajoutent douze jours et demi, ce qui, suivant moi, n'est pas extrêmement commode. Ces siècles ou révolutions de centuries sont appelées par eux gerbes d'années^ et sont représentées par quatre faisceaux de treize baguettes chacune, placés dans la salle du conseil, desquels l'Inca régnant retire une baguette à Texpiration de chaque Caxc-Kab-Ila.
Afin de désigner chaque année du siècle avec plus d'exactitude, les Aztecs le divisent en quatre parties égales représentées tous les quatre ans par des signes en forme de fer de lance placés dans quatre positions différentes, de manière à bien marquer les périodes séparées de treûee • années. Us placent des points depuis un jusqu'à treize inclusivement, vis-à-vis les fers de lance, sur des lignes séparées, et tracent des signes semblables à la suite sur une ligne distincte.
Les Aztecs comptent leur première gerbe à
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dater du 10 juin 1535, époque à laquelle ils vinrent s'établir dans la vallée. Le tableau que voici démontrera mieux que des chiffres le calcul de cette nation, comparé avec les siècles des pays civilisés.