SIÈCLES. NOMBRE D' ANNÉES. DATES
La présente année (1853) est la première de
leur huitième siècle. Les Aztecssont persuadés
que la fin du monde doit arriver dans une des
périodes des douze jours et demi de Tun des
siècles; aussi sont-ils portés à briser tout ce qui
se trouve sous leurs mains *. Car, puisque le
* M. Middietoun Payne a observé pendant son voyage, que les fabricants, boutiquiers et artisans se contentent seulement de fermer leur maison sans briser leg articles qui leur appartiennent. Dans un
soleil doit brûler les habitants avec la terre, à quoi bon alors garder des objets inutiles?
Ces jours de misère^ comme on les appelle généralement au Géral-Milco^ sont tombés en juin dernier. On avait beaucoup cassé dans toute la ville; mais comme la fin du monde n'é* tait heureusement pas arrivée, Orteguilla commençait à douter de la croyance populaire de sa nation. Il s'était montré très-affecté de ces scènes étranges de peur etde folie, etc'était afin d'éviter par la suite le renouvellement de ces actes insensés qu'il avait résolu de modifier Talmanach aztec, si cela était possible. Il s'était donc adressé à nous pour nous prier de l'aider dans cette entreprise.
L'Inca désira que nous lui fissions un travail pour changer en signes aztecs les chiffres de notre pays : il voulait soumettre ce tableau au
doute inspiré par Tintérêt mercantile, ils attendent des événements, et non de la main de leurs compatriotes, Tannihilation des objets terrestres qui ont une valeur. C'est là une prévoyance aztèque» qui prouve une civilisation très-avancée.
conseil des grands de l'empire * quand ils se rassembleraient pour les affaires d'État; et par ses ordres, ApixtamatI, son secrétaire, était venu s'entendre avec nous à ce sujet, pour transcrire nos interprétations en signes hiéroglyphiques ; car, sans son secours, il nous eût été impossible à Ned et à moi de nous tirer avec honneur de ce travail ardu.
Nous quittâmes Orteguilla vers la fin du jour, et nous hâtant de retourner au magasin aux huit cônes^ nous emportâmes tout ce qui restait de nos effets, puis nous reprîmes le chemin du Palais des Hôtes, où nous nous trouvions bien mieux que dans la rue du Ocelot. .
Ce travail à la Mathieu-Laensberg nous tint occupés pendant près de cinq journées, car il
^ Ce corps constitué est le seul qui existe au Géral-Milco ; les seigneurs et les Guraças ont le droit de régler comme bon leur semble la solution des affaires qui sont soumises à leur décision. L'Inca, pour tout ce qui regarde le gouvernement aztec, est toutpuissant et ne subit aucun contrôle. Les pairs de l'empire — comme tous les pairs du monde — ont du reste fort peu d'occupation.
s'agissait de combiner tous les mois, les semaines et les jours. Nous parvînmes cependant à arranger tout cela sur le plan du calendrier grégorien, et nous le dictâmes à ApixtamatI, qui paraissait méditer chacune de nos paroles, car il restait des heures entières à tracer ces hiéroglyphes. Dès qu'il eut terminé cette production graphique, jl la porta, le vendredi 22 octobre» à . rinca, afin de la lui soumettre sans retard.
A peine le secrétaire d'Orteguilla nous eut-il quittés, que nous nous proposâmes, Ned et moi, de nous rendre à la promenade pour dégourdir nos jambes roidies par un trop long repos. Au moment où nous allions prendre nos chapeaux, pendus dans la salle d'entrée, Tlnca et son fidèle Apixtamâtl se présentèrent à notre porte. Orteguilla tenait en main le maudit almanach. Mon ami Grey jeta son couvre-chef de dépit, envoyant au diable Tempereur aztec, son favori et la compilation chronologique que nous venions d'élaborer. Il fallait pourtant faire contre fortune bon cœur, et nous allâmes tous nous as-
seoir dans Tune des salles. L'Inca produisit alors les objections qu'il avait à faire à notre système ; nous voulûmes les combattre, mais il s'entêta à avoir raison,. et après avoir pris part à notre souper et être demeuré jusqu^à dix heures dans notre compagnie, il se retira enûn, nous priant d'essayer quelque terme moyen pour le mieux contenter.
Il était urgent de se débarrasser de ce labeur fatigant, et, laissés seuls à nous-mêmes, Ned et moi nous nous creusâmes la tête pour trouver une combinaison plus favorable aux vues d'Orteguilla. Enfin, après douze heures d'un travail opiniâtre, nous finîmes par nous mettre d'accord, et nous transmîmes à la hâte le résultat de notre travail, confié à notre valet de chambre, au palais de llnca.
Orteguilla nous fit savoir qu'il était alors content de ce nouvel arrangement, quelque opposé qu'il fût à la longueur des mois ; il allait, disaitil, se hâter d'assembler son conseil d'État, pour mettre le projet en état de décret.
Les noms des jours du mois du nouveau calendrier composé par mon ami Grey et par moi étaient ainsi conçus :
Ac, Chi-ac, Mal-ac, Hun-ac, OU-ac, Kab-ac. Der-ac, pour la première semaine.
En, Chi-en, Mal-en, Hun-en, 011-en, Kab-en. D^-en, pour la deuxième semaine.
lia, Chi-ila, MaMla, Hun-ila, OlMla, Kab-ila. Der-ila, pour la troisième semaine.
Cum, Chi-cum, Mal-cum, Oli-cum, Kab-cum.
Der-cum, pour la quatrième semaine.
Les treize mois ont chacun vingt-huit jours, i l'exception seulement du mois memiby qui est actuellement le dernier mois de Tannée. Ge mois est actuellement composé de vingt-neuf jours, et le vingt -neuvième jour est appelé Enada. Dans les années bissextiles^ il y a aussi un trentième jour que nous avions nommé, de concert avec Âpixtamatl, Bejeca.
Les mois de Tannée sont dorénavant nommés comme suit, dans le pays aztec :