Hemib
— le 7 juillet.
le 4 août, le 4«' septembre, le 29 septembre, le 27 octobre, le 24 novembre, le 22 décembre, le 19 janvier, le 16 février, le 16 mars, le 13 avril, le 11 mai.
Il était pourtant décidé que nous ne sortirions pas ce jour-là; car, au moment même où nous mettions le pied dans la rue, Tlnca vint nous remercier lui-même en personne/et nous inviter à l'accompagner le jour suivant à Thôtel des monnaies de la capitale des Âztecs, où on devait lui remettre, suivant Tusage, son revenu en ochols monnayés. Comme on le pense bien, nous acceptâmes cette offre, car elle remplissait un de nos plus grands désirs, celui de tout
voir et de tout étudier dans cet étrange pays.
Le lendemain matin, nous nous préparâmes à aller trouver Orteguilla à son palais impérial, et quelques instants après, grâce au galop de nos deux chevaux, Ned et moi nous arrivions dans la cour de la résidence princière du chef aztec, où ce grand personnage nous attendait entouré de sa maison.
^'établissement où se fabriquait le numéraire du Géral-Milco était situé à l'extrémité de ia ville : c'était un vaste bâtiment, placé sur une terrasse d'environ huit pieds d'élévation. La première salie où nous pénétrâmes avec Orteguilla et les siens, était de forme carrée, et nous donna accès dans une pièce moins grande dont le sol était couvert, à la hauteur d'environ un pied, d'ochols d'argent. Dans un appartement attenant, les ochols de bronze se trouvaient amoncelés dans une proportion vingt fois phis grande encore, et dans la troisième, les ochols d'or remplissaient des corbeilles immenses^ pareilles à celles dans lesquelles on porte la les-
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sive aux États-Unis. De là, nous entrâmes dans un magasin ouvert, soutenu par des colonnes carrées surmontées de chapiteaux gigantesques, et prenant jour sur une cour intérieure : c'était là l'atelier de fabrication. Une centaine d'ouvriers aztecs frappaient des jetons d'or^ d'argent et de cuivre, au moyen d'un marteau, sur une matrice placée au-dessus d'une masse de cuivre. Orteguilla nous apprit que dans les salles contiguës il y avait encore près de huit cents monnayeurs employés à la manufacture des espèces. Lorsque Tlnca eut pris place sur un siège surmonté d'un dais qui avait été préparé pour la circonstance, il nous engagea à nous asseoir auprès de lui, et là, pendant cinq heures consécutives, nous posâmes, Grey pour la statue du Silence^ moi pour celle de la Patience, assistant au compte des ochols. Les pièces, à mesure qu'on les apportait, passaient dans les mains de vingt officiers de l'empire aztec et étaient enfouies dans des sacs de toile de coton rouge, Pendant ce temps-là, Apixtamatl Usait un docu-
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ment, sorte de compte-rendu de la situation flnancière et numéraire, avec autant de lenteur qu'il avait compulsé les études que nous avions faites sur le calendrier aztec. Nous eussions volontiers voulu voir le secrétaire de Flnca au fond du lac Naioma, ou plutôt à la fin de son discours. Enfin ce moment ardemment désiré arriva pour nous. Des porteurs chargèrent sur leurs épaules les sacs contenant le total de son revenu. Chaque homme avait deux de ces sacs contenant dix-huit mille ochols confiés à ses soins.
Cette immense somme est allouée chaque mois à rinca par la nation aztèque, à la condition d'en employer un tiers au culte du soleil ^ un
* C'est à l'entretien des vestales et des prêtres du soleil que Tînca consacre cet alrgent^ dont une partie . sert à subvenir aux besoins^ des temples les mms salariés. Le produit du Geral-Milco^ comme aussi les territoires conquis, le butin et autres rapports, sont toujours divisés en trois parties égales, allouées, comme les ochols, au culte du soleil^ etc., et les terres appartenant à cette institution religieuse sont cultivées pour le compte des sacrificateurs.
autre tiers à payer le traitement des fonctionnaires publics, et de garder la troisième partie pour ses besoins particuliers.
Vers les quatre heures, on servit une collation abondante, après laquelle on revint au palais impérial. Là nous primes congé du chef de la vallée des Âztecs pour retourner à notre domicile. Une surprise nous attendait dans notre demeure respective à mon ami et à moi : c'était un sac d'ochols d'or, contenant chacun six cents pièces de monnaie, que nous acceptâmes comme une rémunération de l'ennui de la longue cérémonie à laquelle nous avions été contraints d'as* sister.
J'ajouterai ici en passant que, tandis que nous étions à Thôtel des monnaies, Orteguilia nous avait parlé d'une institution bizarre, répandue dans toute la vallée des Aztecs, et nommée en langue amaquis le Tribunal de musique. Cette Académie impériale était présidée par un comité composé des membres les plus éminents appartenant à la littérature hiéroglyphique, au com-
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merce el aux arts. Orteguilla nous avait promis de nous montrer cette institution en détail, et nous nous proposions un très-grand plaisir d'être initiés à cette nouvelle étude de mœurs.
Nous étions prêts bien avant que Tlncase présentât à l'entrée du Palais des Hôtes, et, couchés nonchalamment sous Tombre des portiques massifs, nous attendions sa venue, lorsque notre rêverie fut d'un coup interrompue par un atroce charivari. A n'en pas douter, Orteguillâ et sa compagnie de mtmciens s'avançaient vers nous. En peu d'instants nous nous joignîmes au cortège, qui longeait les limites de notre demeure. La procession des Aztecs s'allongea dans la rue Huaxtepec, à Textrémité de laquelle on fit halte devant un grand square planté d'ar-
bres au centre duquel s'élevait un monument gigantesque de forme ronde, construit de marbre blanc et de porphyre.
Des colonnes élancées, pareilles à d'énormes vases de Chine, taillées dans une brèche rosée du plus beau grain, s'étageaient sur deux rangs pour supporter un toit de pierre blanche formant un cercledétachédu bâtiment principal par un espace d'environ vingt pieds. Le temple, delaforme d'un panorama, est entouré de deux piazzas superposées Tune sur Tautre, et Ton monte à la plus élevée par deux escaliers étroits et assez raides. Dans la partie inférieure du bâtiment, on est introduit à travers quatre grandes portes qui donnent accès dans une grande salle circulaire, à ciel ouvert, dans le milieu et au-dessus de laquelle règne une galerie d'environ trente pieds et surplombant sur la salle elle-même. Une rangée decolonnes pareilles pour la formeàcellesde l'intérieur, mais recouvertes d'argent, soutient cette construction bizarre.
Du côté de l'Est, un grand escalier de marbre
blanc conduisait à la galerie supérieure : c'est là qu'on avait placé le trône d'Orteguilla, tandis que le conseil des nobles s'était assis vis-à-vis, au basdes marches du trône. Des dames aztèques, revêtues de leurs plus riches vêtements, s'étaient emparées de la tribune opposée aux escaliers où siégeait Orteguilla ; et, dans l'enceinte de la salle, les nombreux officiers de l'armée, portant leurs armures d'or et d'argent, se tenaient debout, tandis que les seigneurs et les Curaças étaient assis près de l'Inca.
Orteguilla nous avait fait préparer deux tabourets à côté du trône, car la première affaire qui allait être soumise à l'approbation du conseil était le calendrier qu'il nous avait chargés de composer.
La séance fut ouverte, et nous eûmes le plaisir de voir qu'après une discussion qui n'eut pas de suite, le décret du changement du calendrier aztec pour celui de MM. Grey et Peyne fut voté et accepté séance tenante. Cette satisfaction personnelle nous était bien due pour tout le mal que ce méchant travail nous avait donné, et notre
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amour-propre se trouva encore plus flatté lorsque nous entendîmes llnca déclarer que notre calendrier entrerait en vigueur et ferait loi à dater de Naon-OU-ac (le 5 novembre), et qu'alors notre ouvrage serait gravé sur des tables de marbre que Ton placerait dans le temple du Soleil.
Au moment où Ned et moi nous nous aperçûmes que Ton allait procéder à d'autres débats, nous profitâmes d'une Interruption de la séance pour nous échapper sans être remarqués.
Le soir et les jours suivants nous visitâmes la ville, nous fîmes des visites à nos noml)renx amis aztecs, — à Orteguilla, qui lui-même nous les rendit maintes fois sans nous rencontrer, car bien souvent nous étions sortis.
Le !•' novembre, dès six heures du matin, au moment où nous achevions notice déjeuner, Tlnca, suivi d'une escorte peu nombreuse, vint nous chercher pour nous rendre au Tribunal de mu-' sique. Nous n'avions qu'à prendre nos chapeaux et à le suivre : c'est ce que nous fîmes^ aussitôt que la litière, présentdeConatzin, eut été placée
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sur le do6 ie nos deux chevaux. Il neus fiallut près d'une demi4ieure pour parvenir à notre destination.
Le monument public appelé le Tribunal de musique est un quadrilatère parfait, d'un seul étage, entouré par un jardin diapré de fleurs admipableft, et rafraîchi par des fontaines multiples coulant à pleins bords. La pierre qui avait servi à élever cet édifice était de couleur brun chocolat clair, et sculptée dans un style d'une richesse sans pareille. Le sommet du monument^ formé.par un treillis à jour percé dans k pierre, offirait un merveilleux «oup d'oeil.
Le portail sou& lequel nous passâmes pour entrer dans la première salle était orné de basreliefs habilement fouillés, représentant des sig^te tout à fait fantastiques. Sous ce vestibule se tenaient le& directeurs de T institution musicale, qui» . soit dit en passant,, sont très-^largem&ûJL rétribués^ par le gouvernement aztee. Us se prosternèrent devant Offteguilla, et rintroduidirent dand uneprenûère pièce oùone qjuinzaiae
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déjeunes gens étaient occupés à transcrire en caractères hiéroglyphiques les notes des professeurs. Les couleurs dont ils se servaient étaient le rouge, le bleu, le jaune et le vert, dissous dans des godets de terre; et pour tracer leurs signes, ils se servaient de piquants deporc^pic, taillés de la même manière que nos plumes d'oie.
Cet atelier de copistes donnait dans une immense salle, autour des murailles de laquelle des tablettes, placées à quatre pieds au-dessus dn plancher, étaient couvertes de manuscrits chargés d'hiéroglyphes de formes et de grandeurs diverses, les uns roulés comme les papyrus égyptiens, les autres plies à la mode des Chinois et des Japonais, et contenus dans une reliure de carton ou de bois. Les lecteurs attachés à l'institution étaient placés à égales distances, tout autour des rayons de cette bibliothèque, sur des coussins moelleux, occupés à se rendre compte du contenu des volumes soumis à leur inspection, car du rapport qu'ils allaient faire
dépendait Tautorisation du gouvernement de multiplier et de vendre les copies ^ de ces ouvrages. Tout cela est fait sans la participation pécuniaire des auteurs, dont la seule obligation est de faire parvenir un exemplaire de leurs œuvres à la bibliothèque de llnca. Comme on le pense bien, cet établissement est immense, et nous pûmes nous en convaincre, car Orteguilla nous engagea à le visiter toutes les fois que nous le jugerions convenable.
Des prix sont en outre accordés aux auteurs de livres utiles, et la perspective de cette récompense est très-favorable à la production d'ouvrages d'un grand mérite.
La salle dans laquelle nous pénétrâmes ensuite était d'une dimension des plus grandes, et toute consacrée à l'exposition des produits des manu-
* M. Middietoun Payne assure dans une note que dans la seule ville capitale du Gérai, il y a plus de trente-sept mille personnes occupées à copier des manuscrits^ et dont le salaire est vraiment très-minime. Dans ce nombre on compte trente-deux mille femmes.
factures aztèques. Sur les dalles étaient posée» six tables allant d'une extrémité de t'appartement à l'autre, et contre tes muraitles des étagères régnaient toul; autour, stir tesquelte£f étaienl placés en ordre des échantillons de teôtifirès, d» tapis de pied, de cotonnade teintes è& coulecrni diverses, de tîsstfs de plttmeis^, de four^tires, dèf peaux de daim coloriées et brodées de b^Aeê de porc-épic et de fils d'or et d'argent. Shï ter murailles, au-dessus des tabfetlés, M apereelaiii des habillements, des armures, des armes, des instruments d'agricuHitre, desolqetsd'um usage domestique, groupés en trophées; et sui^ les étagères, on admirait dès tables, des sièges, iêi lits de repos, des Btîères', des pailanqains, ées véhicules militaires et civils, dont la Vue éfaiB pour noiTs du plus grand intérêt.
Sur les tables, il y avait aussi des vases et de la vaisselle d'or et d^argent travaillée avec art, des trépieds, des coupes à brûler de l'encens, des cassolettes, des candélabres faits des plus précieux métaux incrustés de pierres précietw»,
deal mîroirs de verre, des botrteîlles, des gobelets, des pots à eatr, des plats, des assiettes et autres articles utiles et luxueux'. Toiït cela avait été etivèyé au tribunal afin d'être afchûfs ati concours et pour recevoir tfn prix, si faire se pouvaft.
Sur Tunô des fables, ïl y avafît, chose étonnante qui me surprit atr plus haut degré, de la pôrcetaine * mfodeïée sous diffétenteiS tofme^ et destinée à dès usages divers. Tous fes vaafes, assiettes et platts^ étaient couverts de pteiriturès émaïHèés i^eprésentant des fleurs, des' oiseaux, dés àùimaux, tifacés d'uijfe ittanière fantÉ^tîqué,' de foriôes itflpossiblèiSv ^t ntenqi^atït tout à fàîl de perspective.
JTai ottilî* de dire en pas^nt qittf lès iriiroîrs
1 Mes lecteurs déront sans doute éurpris en lisco^t ce mot dans le récit de M. Middietoun Payne, mais le fait esl authentique, et j*ai vu entre les mains de ihôn ami des États-Unis les spécimens de l'art céramique des Aztecs. Du reste, il est avéré que les Péruviens fabriquaient de là poterie et mèine du verre, et, â tout prendre, le contact des Espagnols aurait pu faciliter la connaissance de ces fabrications utiles à rhdtnme.
n'étaient pas étamés; on avait obtenu la reproduction des objets à Taide d'un drap noir collé sur Tun des côtés.
En sortant de cet appartement, nous entrâmes dans la cour intérieure, car nous n'avions pas à visiter le reste de Tédiflce, qui est spécialement consacré aux demeures des officiers. Dans un vaste jardin s'élevaient des fontaines de proportions diverses, toutes sculptées dans des blocs de marbre, mais peu agréables à la vue.
Au moment où nous traversions de nouveau le vestibule pour sortir du monument, Tlnca releva en passant une draperie qui cachait rentrée d'un certain sanctuaire éclairé par un ciel ouvert, au milieu duquel, sur un piédestal, s'élevait un groupe de grandeur naturelle, sculpté dans une seule pierre gypseuse pareille à de l'albâtre. L'aspect de ces statues nous étonna, surtout dans la vallée aztèque, et, quoique le dessin et le modelé fussent horriblement mauvais, cet essai était vraiment très-curieux.
Le statuaire avait eu l'intention de représenter
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Orteguilla, Ahtelaqua, leur fils aîné Onaméra, et leurs deux filles, Inéralla et Garoda. On ne pouvait nier que les deux premières figures fussent ressemblantes, mais à coup sûr elles n'étaient pas flattées. Quant aux trois autres, comme les enfantsule Tlnca nous étaient encore inconnus à cette époque , " nous ne pouvions exprimer une opinion; mais plus tard, nous reconnûmes que ce que nous avions pensé de la ressemblance d'Orteguilla et d'Ahtelaqua pouvait être aussi appliqué à leurs enfants.
L'empereur des Aztecs paraissait faire le plus grand cas de ce groupe informe; mais pour nous autres Européens, cette sculpture n'était qu'un . objet de curiosité, et j'avais vu avant ce jour-là, dans les différents parcs du Géral-Milco . des statues bien supérieures. Il y avait même devant le groupe dont il s'agit, placé sur une tablette de pierre, un autre groupe de deux personnages *
1 Les deux figures dont il est ici question font maintenant partie de la collection de M. Middletoun Payne, qui les acheta pour la somme de cent cinquante ochols
(jipnt Iç dessin était in&nimeut préférable à eelni des statues de 1$ famille impériale.
I^Qtre visite au tribunal de muiùque Avait duré près de cinq heures; mais le temps, je l'avoue, me oous parut pcânt long pendant cette excursion, qui fut Tune des plus agréables de toutes celles que nous fîmes dans le pays des Âztecs.
d'or (5,000 fr. de notre monnaie) quelques jours avant son départ du Gérai. Le sculpteur de ce groupe se nommait Goantcotzi^»
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Ciaoco, le Curaça d'Ocopaltepec, vint au point du jour nous invita à visiter les environs de la capitale aztèque. La chaleur était extrême ; mais malgré cela, comme nous devions voyager à Tabri, nous acceptâmes avec grand plaisir. Les arbres qui couvraient les routes nous faisaient espérer de l'ombre et de la faîcheur.
C'était le 2 novembre^ et je marque cette date pour donner une idée de là différent de température qui existe dans le centre du Brésil, si on la compare avec celle des autres contrées.
Le Curaça se faisait porter en litière, mais
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nous préférions voyager sur nos chevaux; aussi priâmes-nous notre illustre compagnon de nous dispenser de monter dans les riches palanquins qu'il avait fait amener à notre intention. Nous nous fîmes accompagner par nos trois domestiques, et nous laissâmes nos mules paître en liberté sur les pelouses du parc de notre palais des Hôtes. Ciaoco avait une suite nombreuse; toute sa maison lui servait d'escorte, et chaque individu qui en faisait partie portait un riche costume.
En sortant de la ville, que nous traversâmes dans toute sa longueur, nous nous trouvâmes au pied du mont Géral-Tepec, dont les pentes abruptes ont été cultivées par les Aztecs en de nombreuses terrasses, qui donnent à cette montagne Taspect d'une pyramide couverte de végétation. 11 était dix heures du matin quand nous parvînmes sur les plateaux inférieurs de la Sierra Paricis.
Notre route s'étendait dans la direction du sud, et au bout de deux heures nous arrivâmes sur
les bords d'un ruisseau, le long duquel nous nous avançâmes jusqu'au lac des Cîmes-Élevées, vaste réservoir qui alimente les fontaines de la vallée aztèque, A Tendroit où les eaux du lac déversent dans le ruisseau que nous avions longé, nous eûmes le plaisir de voir une cascade fort pittoresque tombant d'environ vingt à vingt-cinq pieds de hauteur devant le bâtiment construit pour partager les eaux dans les différents conduits qui convergent en tous sens dans la vallée.
Tandis que Ton préparait notre repas, nous eûmes tout le loisir d^examiner l'art hydraulique des Aztecs. Les machines en sont très-simples, et consistent eç une chaîne à laquelle sont attachés des seaux S qui, en passant à la surface de Peau, s'emplissent, et, se relevant, vont porter leur contenu dans un réservoir auquel sont
^ Les lecteurs qui ont visité l'Egypte et la Nubie, ou même ceux qui n'ont fait que lire les descriptions des voyageurs, reconnaîtront dans ces machines aztèques les mêmes qui sont en usage de nos jours encore parmi les races éthiopiennes et syriaques.
annexés des conduits en bronze, a travers les* ■ quels J'eau coule pure et limpide.
Nous laissâmes passer en ce lieu la phaleur i}|i jour, et pe fut seulement vers trois heures que nous nous mimes en route dans la direction de rpuest. Nous longeâmes les murailles de la grande ville de Gérai, qui ont environ quatrevingts milles d'étendue, et renferment dans leur enceinte près de trois cents milles carrés, dont les trois quarts sont couverts d'habitations contiguës les unes aux autres, et le reste de pâtés de maisons disséminés. Nous fûmes admis dans l'intérieur de la grande cité au moyen d'une passe que nous avait donnée Tlnca, une plaque d'argent sur laquelle quelques signes hiéroglyphiques étaient gravés, et nous arrivâmes devant une porte fortifiée avec une grande habileté, dont le travail nous parut vraiment admirable.
Le soleil déclinait à l'horizon lorsque nous parvînmes aux abords de Patapalanamit, ville sans fortifications bâtie sur le second plateau de 1q Sierra. C'est là que nous fîmes halte pendant la
nuit, et le leademaii} matin de trè&^nse heure, nous al^âm^ déjeuner dans le village d'Iztina* pan, dans la maison de plaisance de Mixtecaltzin, qui, on s'en souvient, était le chef aztec par lequel nous avions été conduits de Quauhtitlan à Gérai, lors de notre arrivée dans la vallée.
Des hauteurs de ce village, on jouissait d'une vue magnifique. Nous découvrions le plus admirable panorama du monde, et la capitale du Géral-Milco se déployait devant nous comme si nous l'eussions vue de la nacelle d'un ballon. Nous ne nous séparâmes de notre hôte que vers dix heures, afin de nous rendre à Pocotatl, situé à deux lieues de là, sur les plateaux inférieurs de la Sierra, en suivant une route aisée et parfaitement entretenue.
Le paysage de ce village n'avait^rien de remarquable; on y trouvait même si peu d'arbres pour s'abriter contre les ardeurs du soleil, que nous en étions à regretter d'avoir suivi Ciaoco, et d'avoir quitté les ombrages touffus du palais des Hôtes, les saUes fraîches et confortables ^e
notre demeure. Aussi, le soir, lorsque nous parvînmes à la halte désignée; quand, après avoir soupe dans Tenceinte d'une habitation princière, où le Curaça nous avait introduits, Theure de se retirer pour prendre du repos arriva, nous ne nous fîmes pas prier pour nous étendre sur les couchettes préparées pour les hôtes étrangers.
Le lendemain matin, nous devions rentrer dans la capitale. Afin d'éviter, si faire se pouvait, la chaleur intolérable de la veille^ nous pressâmes le pas de nos montures; mais Tastre du jour parut bientôt, incandescent, projetant des rayons qui ressemblaient à des jets de flamme. La plupart des gens de l'escorte du Curaça nous abandonnèrent en route, afin de chercher un abri dans les différentes maisons bâties le long du chemin. Nous ne parvînmes à Onadalla qu'à six heures du soir, harassés, exténués.
II s'agissait pourtant de rentrer dans l'enceinte de Gérai avant la fermeture des portes;
aussi nous pressâmes le pas de nos chevaux en suivant la digue qui conduisait au pont-levis le plus rapproché. Lorsque nous arrivâmes devant la herse, il était temps, car on s'apprêtait à la laisser retomber. Nous avions failli coucher à la belle étoile. Ce ne fut pas sans un grand sentiment de béatitude que nous nous retrouvâmes, Ned et moi, dans notre domicile. La fraîcheur de nos apjiartements, le bien-être qui nous environnait, tout eût concouru à nous rendre nos forces, si nous n'eussions été courbaturés par une promenade à cheval de quatre jours. Nous nous hâtâmes de nous mettre au lit, car le lendemain matin, à cinq heures, une des grandes fêtes du soleil devait être célébrée dans un des temples.
Dès les premières lueurs de Taube, Ned et moi nous étions sur pied> habillés, et Testomac pourvu d'un bon déjeuner. Nous montâmes à cheval, afin d'arriver plus vite au palais de rinca. Déjà les terrasses, les salles d'attente, l'appartement consacré aux audiences et les
autres chambres étaient remplis de lampioos qui projetaient de brillantes lueurs. Le$ bauts dignitaires du pays, tous les nobles formant la cour d'Orteguilla se trouvaient là, revêtus de brillants costumes, sur lesquels les pierres précieuses scintillaient comme autant d'étoiles auK feux de Tillumination. Dans ces grandes occasions seulement, les hauts personnages aztecs avaient la permission de se présenter devant rinca sans porter leurs robes noires; aussi profitaient-ils de la permissjLon en 3e revêtant des plus magnifiques habits.
Qrtegui}la parut bientôt dans la grande salle, au milieiï de laquelle se dressait le trône impérial, et son arrivée fut le signal du départ de la procession. L'Inca lui seul devait ce jour-U monter dans sa litière. Aussi, de suite qu'il s'y fut installé, l'on se mit en marche. Ned et moi nous suivîmes Texemple général, et^ laissant nos chevaux entre les mains de nos serviteurs, nous nous avançâmes à pied à la suite des puis- $ant$ seigneurs aztecs. Bientôt nous arrivâmes
devant cette grille qui ne nous levait pas permis de passer outre le i2 octobre, lorsque nous errions i J'aventure dans les rues de la ville.
î^es partes étaient grandes ouvertes, et nou^ entrâmes dans un vaste parc, au centre duquel, environnés par des arbres gigantesques, s'élevaierit deux monuments de forme pyramidale supportant une large terrasse sur laquelle était bâti un temple.
Nous gravîmes les marches 4» côté de Tpu^st, en suivant un escalier très-escarpé, à la base duquel se dressaient deux serpents dont la tête énorme reposait sur les deux premières marches, et dont le corps s'en allait en spirales jusqu'au sommet, pour servir de balustrade. Tout autour de la terrasse, il y avait une muraille d'environ douze pieds de hauteur, recouverte de bas-reliefo d'un grand fini, et au centre de cette plate-forme une autre rangée d'escaliers condui* sait sur une terrasse plus élevée servant d'assise à un temple de marbre blanc, flanqué d'une tour aux qua^e coins, et n'ayant réellement qu'un
seul étage, quoique, au premier aspect, on pût s'imaginer qu'il y en avait deux. Sous le péristyle de ce temple se tenaient lesp rêtres du soleil, revêtus de longues robes blanches sur lesquelles on avait brodé des soleils d'or.
Le grand-prêtre attendait l'Inca sur la dernière marche du second escalier : c'était un homme âgé d'environ quarante ans, à la physionomie aussi digne que ses traits étaient fins et réguliers. La robe, par laquelle on le distinguait des autres prêtres, était d'un bleu de ciel clair des plus agréables à l'œil, faite sans manches, parsemée d'étoiles et de soleils d'or. A son cou pendait une chaîne d*or, au centre de laquelle on voyait attaché un soleil rayonnant, dont l'admirable travail enchaînait nos regards.
. La procession pénétra dans le temple en traversant une salle remplie de prêtres, donnant accès dans une vaste enceinte dont les murs et le plafond étaient recouverts d'étoffes bleues pareilles à celles dont était faite la robe du grand-
prêtre. Une corniche dorée régnait tout autour de l'appartement, et vis-à-Yis la porte d'entrée on apercevait une énorme plaque d'or d'environ cinq pieds de diamètre, entourée de rayons sans nombre. Devant cette pièce massive d'orfèvrerie, sous un dais d'étoffe blanche enrichie de broderies, se dressait un autel de marbre blanc incrusté d'or. Un vase fait du même précieux métal était placé sur le bord de l'autel, et frappait les yeux particulièrement par l'élégance de sa forme et par le travail des anses faites à l'aide de deux serpents entrelacés. Ce vase avait environ dix-huit pouces de largeur et trente de longueur. Sur cet autel, vers l'arrière-partie, on voyait une espèce de tabernacle en or ciselé, haut 4e près de trois pieds, du plus admirable travail. La porte était d'argent, sertie de pierres fines, de saphirs et de topazes, comme l'étaient aussi le socle et l'orifice du vase placé devant ce sanctuaire.
Tout autour de l'autel se trouvaient quinze autres vases d'un grand modèle représentant les
mois de Tannée, dont le nom était inacrit fiur te poitrail en signes hiéroglyphiques; ils élai^ rangés par ordre et alignés sur deux rangs. Un aromate, qui ressemblait assez à de l'enceps S brûla, pendant tout le temps de la cérémonie dans ces vases d'or massif, et le feu sacré était entretenu par une troupe de vestales revêtues de robes bleues ornées de soleils d'pr. Le temple était éclairé par des lampes sans nombre suspendues tout autour de la corniche, et dans lesquelles brûlait une huile parfumée. Il y avait, en outre, de riches candélabres dont le socle reposait sur la mosaïque qui servait de pavé à ce monument religieux, l'un des plus curieux aa monde.
Dès que nous fûmes entrés dans le temple, la draperie qui couvrait ce sanctuaire dans la partie . éclairée par l'ouest fut relevée à dessein, et lès rayons du soleil levant pénétrèrent dans Tinté-
* Mélange de vanille et de fèves de Tonquin. M» Vîddletoun Payne m*a assuré que l'odeur prçduite par cette combustion était nauséabonde.
tTN PATS INCONNU 163
rieur de l'édiâce et rinondèrent de lumière au
point de faire pâlir l'éclat des lampes.
Le grand-prêtre s'avança vers Tautel et alluma im feu préparé ^^n^ le vase qui ae trouvait placé au-dessus^ au paoyen d'un tison qu'il alla choisir
dans le brazero portant le nom du mois dans lequel nous »ous trouvions : celui de Naon (vieux style aztec), septième de l'année. Il vint ensuite à pas lents jusqu'au trône occupé par Orteguilla, et celuinci, prenant de3 mains d'Apixt^ynaalt le rouleau sur lequel était inscrit le nouveau calendrier préparé par mes soins et ceux de mon ami Grey, le remit en ses mains avec toute la dignité convenablie pour un travail préciejix. Le grand-prêtre Jiat ce manuscrit élevé au-dessus de la flamme qui brillait dans le vase placé sur l'autel, e^, le déroulant ensuite, il le Iijt en entier à haute et intelligible voix devant l'assemblée qpi rexppli^ait l'enceinte sacrée. Lorsque cette lecture fut achevée, il leva la tête dans la direction du soleil levant et alla placer avec respect le manuscrjit sacré dans le tabernacle, de-
vant lequel il se prosterna, tandis que les prêtres et les vestales entonnaient, chacun dans un ton différent, — ce qui formait une cacophonie effrayante et des plus déchirantes... pour nos oreilles, — une hymne sacrée en Thonneur du soleil. On peut s'imaginer facilement quel effet ces cris sans harmonie produisirent sur notre ouïe civilisée.
Telle fut la cérémonie à laquelle nous assistâmes idans le temple de Gérai. La procession reprit sa marche, et lorsque tous ceux qui en faisaient partie furent de retour devant le palais de rinca, chacun rentra dans son domicile. Mon ami et moi nous avions voulu esquiver le retour en si nombreuse compagnie; aussi, prenant sur les derrières du temple, nous essayâmes de descendre le long des gradins élevés, polis et glissants de la pyramide sur laquelle le temple était bâti. Heureusement qu'il ne nous arriva rien; mais nous courûmes le danger de nous briser le crâne sur les arêtes des assises de pierre qui formaient saillie dans cette partie du monument;
ftr
car Tarchitecte aztec avait pris ses précautions pour que nul ne pût monter sans danger jusqu'au temple du Soleil, à moins qu'il ne suivît la voie ordinaire, celle qui conduisait par les deux escaliers.
466 UN PATS INCONNU
L'Inca nous avait invités à venir visiter sa bibliothèque toutes les fois que bon nous semblerait : aussi, le surlendemain de la cérémonie dont il a été question dans le chapitre précédent, mon compagnon me fit-il songer à profiter de la permission. Nous quittâmes notre demeure, bras dessus, bras dessous, errant dans les rues de la ville, nous arrêtant comme de vrais oisifs aux endroits curieux, devant les monuments inconnus, au milieu de la foule des promeneurs^ Lorsque nous parvînmes au palais d'Orteguilla, il était déjà fort tard.
L'Inca nous îetint auprès de lui à causer de choses diverses, puis nous arrivâmes au but de notice visite, et il nous renouvela l'offre de visiter la salle des manuscrits. Cette bibliothèque s'élevait a^ns une des dépendances dit parc impérial, aftr milieu d'un jardin parfaitement entretenu. Bâtie en marbre blanc, ornée de bas-relîefs fort curieux, cette cohstruction est une des plus extraordinaires du- Gérai -Mîlco. La première SâlIè dans Mquèlfe nous entrâmes était tendue d'une tapîsseïie bïeue; de là nous eûmes accès dans te bibliothèque pifopremeiit dite, vaste paraîFélogrôtoiùe renïj^i de tables dont les planches pffeaient soiiâ ïe poîds^ de manuscrits de toutes formes et de toutes dimensions.
Ortegiiilla nous assura qu'il y avait lâ près dé? cetif quarante-quatre mille volumes; ma:is c'était fort dotiteiïx, rieù qu'à la simple itispecttofr des otfvrages amoncelés. Depuis, nous^ eûmes Toccaston de nous convaincre que c'était <ôut au plii^ si le nombre de ces mantiscrits ^'élevait à une quarantaine de mille. Avec la permission
de rinca, nous examinâmes longtemps les ouvrages de la biblothèque, dont certains contenaient des peintures enluminées très-curieuses et des hiéroglyphes d'une bizarrerie sans pareille. Comme il nous était impossible, vu notre ignorance de la valeur et de la signification de ces signes, de nous instruire dans la science et l'histoire aztèques, dès que notre curiosité fut satisfaite, nous prîmes congé de Tlnca, et longeant la rue du Ocelot, nous fîmes différentes emplettes de livres ou plutôt de manuscrits qui nous parurent — au premier coup d'œil — d'un très-grand intérêt. Il est vrai qu'on nous les fit payer très-cher, comme aussi les objets de curiosité, dont la valeur paraissait d'autant plus grande qu'elle nous était inconnue.
Pendant que nous visitions la bibliothèque du Gérai, llnca nous avait proposé de nous rendre à sa maison de campagne, située sur les bords du Manotepec, et il avait été convenu que nous partirions le jeudi suivant. La chaleur était si forte que, si notre unique but n'eût pas été de trouver
un endroit plus frais, nous eussions accepté, sans même songer au plaisir d'un voyage curieux.
Le jour suivant, nous nous occupâmes de nos préparatifs, et il fut jugé nécessaire de laisser deux de nos serviteurs au palais des Hôtes, pour prendre soin de nos mules, car aucun Aztec n'osait approcher ces animaux, dont les ruades étaient considérées comme très -dangereuses. Notre valet de chambre — c'est ainsi que nous appelions le plus habile de nos domestiques — devait seul venir avec nous afin de conduire les deux mules, et pour préparer notre thé et notre café; car, quelque habitués que nous fussions à la cuisine aztèque, il nous était impossible de nous passer de ces deux boissons favorites. Je ferai observer en passant que l'arbre à thé et le caféier croissent à l'état sauvage dans le Géral- Milco, et qu'il serait très-facile aux habitants de les cultiver, s'ils le jugeaient convenable. La qualité serait des plus supérieures.
Ainsi que cela avait été convenu, nous par-
tîmes le jeudi matin, 18 novembre, en compagnie de Hnca, dont le cortège était peu noimbreux, car sa famille avait déjà pris les devants depuis trois oii quatre jours, et par conséquent toute la cour avait accompagné Tlncaresse.
La procession des palanquins — y compris lé nôtre, celui que nous avait offert si galamment Conatzin, auquel nous avions attelé noâ deux chevaux, un devant, un derrière, suivant Tusage, s'ébranla à six heures et s'avança à travers la" ville dans la direction de Tôùest, en longeant les nombreux parcs publics qui se trouvent dans cette partie du Gérai. II étâi^dix heures du matin quand nous fraïijèhîmes les murailles, où les hommes qui portaient là lilïère furent relevés pour la troisiènie fois depuis nôtre départ. Nous avançâmes alors doucement, éa suivant un chemin tracé à la base des montagnes.
Ce fut seulement à quatre heures de Faprèsmidi que nous parvînmes aux confins des possessions de rinca. Jamais de ma vie je n'avais
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admiré un p-ays^e plus beau et plus pittoresque, p.ans v.n espace de terrain de jTorme triangulaire, s'étçndant à la bas^ de trois montagnes dont les plaçs étaient étages en terrasse presque iusqu'^ la hauteur la plus extrêpie de Jeurs pics couverts de nçige, qn apercevait ui) y^te pj^rc .entouré d'une balustrade de fcrppze doré, ^jnbragé par des arl;>;res gigantesque? epjre Jes troues desquels Fceil se reppsait si^r un palais de marbre bfjanç et des fontaines jaillissantes, 4put Jes eaux çpplaiept enjre dejs gazon§ ej .des fleurs, J^es portes éji^^ept gpQcJps oi^yerpSj çj; sous les ^Jlée^ Qgibreus^s^jj rf}i\i^l^ des.(j[ije)les p.otre cortège s'ayapçait, gn apercevait cj^ç cjiacjj^ç côjl^ les poWes ^t le^ gpp^ de Içjf r sujte, tou§ vçjtijs dbe leur copjiime j^e fê.tç.
Li^ grapide avenue par laquelle nous étfons entré? iavait .enyipp^ deux njilles de long, et ses nombreuis: jfiéandr^^ conduisajyBpt tanti^t à up pavillon d'une architecture çfépute, taufô); à ji^n pont jejté sur ^ï^^ rivière artificielle, au-dessous duquel le tojj^pbillpn d'une çasca4.<e écun^ante
se mirait aux rayons du soleil incandescent.
Au tournant du chemin apparut soudain à nos yeux le palais d^Orteguilla, maison de plaisance de marbre blanc richement ornementée, d'un aspect vraiment grandiose. Quatre grandes marches, tant soit peu creusées, supportant un quadruple rang de colonnes de Tordre Geralien, dont la hauteur diminuait en proportion de la hauteur des escaliers, conduisaient à un péristyle somptueux au-dessus duquel régnait un toit d'une hardiesse infinie, supporté, pour former une salle d'attente, par des piliers légers de bronze doré au nombre de cinquante-deux sur un même rang. Les poutres du plafond étaient sculptées et dorées, et les murailles recouvertes de plaques de verre formant miroir, par le même procédé que j'ai déjà expliqué. Le pavé était de marbre blanc et de brèche rouge, et la lumière s'infiltrait à travers des ciels ouverts placés entre chaque colonne.
De cette antichambre princière on pénétrait dans une salle de forme circulaire dont le toit,
fait de miroirs pareils à ceux de la première pièce, était supporté par quatre rangs de colonnes de porphyre et au centre duquel le jour pénétrait par une ouverture dont la circonférence devait être d'environ quarante à cinquante mètres. Au-dessous de ce dôme ouvert jaillissait, dans une fontaine à la vasque de marbre, une nappe d'eau si épaisse qu'elle cachait à nos yeux un groupe qui supportaitle bassin supérieur.
Au-delà de cette rotonde monumentale étaient
TA
placées les chambres destinées aux hôtes d'Orteguilla. Aux quatre coins de celle qui m'était réservée, je trouvai des vases d'or i'un travail fort riche, et les tables comme les sièges dont se composait le mobilier étaient sculptés et dorés avec un grand art. J'admirai, à la lueur du jour qui pénétrait à travers le dôme, supporté par cinq colonnes de brèche verte, la tapisserie appendue aux murailles, dont les broderies étaient du plus beau dessin, et représentaient des animaux fantastiques, des fleurs et des feuilles
d'une forme inconnue. La broderie couvrait presque le cramoisi de l'étoffe, dont on apercevait à peine la couleur. Les rideaux et les oreillers de ma couche étaient pareils aux tentures des murs.
Tout ce qui m'entourait était d'une richesse sans égaie; mais je commençais à être blasé sur ce luxe des Âztecs, et tous les objets que je voyais, quelle que fût leur magnificence, me paraissaient désormais ordinaires. Certes, un mois avant Tépoque où nous nous trouvions, lorsque Ned ei moi nous avions pénétré dans le . Géral-Milco, nous éprouvions à chaque instant, lui et moi, une sensation d'admiration qui nous faisait battre le cœur, mais à cette heure, cette splendeur générale avait perdu tout le charme de la nouveauté. Je l'avouerai pourtant, le palais du Manotepec surpassait en beauté tout ce que j'avais vu depuis longtemps ; le luxe de la cour de l'Inca était bien fait pour exciter notre étonnement, aussi les deux semaines que nous passâmes dans ce séjour enchanteur s'écou-
lèrent- elles avec une rapidité sans pareille. Orteguilla nous avait admis dans son intimité, et tous les jours nous pouvions nous extasier devant les charmes de la belle Ahtelaqua et de son adorable fille aînée Ineralla, à peine âgée de seize ans, dont la grâce et les formes n'avaient certainement pas de rivales au monde. Un soir, à la tombée de la nuit, j'étais assis devant la table de ma chambre, écrivant les notes relatives à mon voyage au Géral-Milco, à la lueur d'une lampe remplie d'huile parfumée, lorsque Ned parut inopinément devant moi, ruisselant comme un fleuve, me priant de raccompagner auprès dlneralla, qui, au moment où elle avait posé le pied sur les pierres placées au bord d'une cascade, était tombée dans l'eau, heureusement en présence de sa famille, avec laquelle il se promenait. Mon ami, se précipitant dans le courant, avait sauvé d'une mort certaine cet ange de beauté et de jeunesse qui avait déjà perdu connaissance.
Naturellement je me bâtai de le suivre, extir
portant avec moi ma boîte à médicaments. Nous passâmes à travers de longs corridors sombres avant d'entrer dans l'appartement réservé à Tlncaresse. Cette salle était brillamment éclairée par des lampes appendues au plafond, aux fenx desquelles chatoyait l'or dont chaque partie des murs, des tentures, des meubles et même do sol était incrustée.
Sur une couche recouverte d'une étoffe cramoisie, brodée avec art, reposait la belle Ineralla, tout près d'une fontaine dont les eaux retombaient dans une vasque entourée de fleurs. La pâleur relative de cette figure angélique, ses vêtements imprégnés d'eau appliqués sur ses formes aux plus admirables contours, contrastaient avec la richesse du costume de ses parents et des serviteurs qui lui frappaient dans les mains, lui frictionnaient la plante des pieds, agitaient des éventails autour de sa tête et prenaient tous les moyens pour la faire revenir de son évanouissement.
Ahtelaqua se tenait assise vers le haut de sa
couche, tenant sur ses genoux la tête de sa fille chérie, dont la chevelure luxuriante, dénouée, allait retomber en boucles soyeuses jusque sur le pavé de marbre. Il ne me fut pas difficile de m^apercevoir que la belle Ineralla n'était pas en danger, et qu'il n'y avait rien à craindre de ce bain intempestif, seule cause d'une syncope prolongée par la terreur qu'avait éprouvée la pauvre enfant. Quelques gouttes d'éther offertes aux narines, et de douces frictions sur la poitrine, ramenèrent bientôt la vie dans ce corps insensible. Ineralla reconnut tous ceux qui Tentouraient, et lorsque la première émotion se ftit dissipée, on l'engagea à se reposer; car, en ma qualité de médecin, j'étais convaincu que le sommeil dissiperait toute trace de ce fâcheux événement. Aussi, le lendemain, la fille d'Orteguilla avait tout oublié; sa chute n'était plus qu'un rêve, et le carmin avait de nouveau reparu sous l'épiderme coloré de son gracieux visage. Comme on doit le présumer, Ned et moi nous fûmes appelés ses sauveurs par toute la
famille de Tlnca, et, considérés comme tels, reçûmes les bénédictions unanimes de la et de la population aztèques.
Le second jour de décembre, Orteguilla avertit qu'il fallait nous apprêter à retoi dans la capitale, car Tépoque était venue i préparer au voyage annuel qu'il faisait dan États, pendant lequel, nous dit-il, il serait reux de nous avoir à ses côtés, si ceja était agréable.
En conséquence, le lendemain, nous revîi au Gérai, en compagnie de Tlnca et de XonU escorte.
L'Inca quitta Gérai le 8 décembre, suivi de toute sa cour et d'une troupe armée. Les nobles, les grands dignitaires de l'incalat, les curaças et les principaux ofiQciers avaient reçu Tordre d'accompagner Orteguilla, suivant l'usage, et les litières dans lesquelles ils étaient montés formaient une interminable procession, dont les replis s^étendaient à plus de deux milles. Seize nobles portaient sur leurs épaules le palanquin où s'était assis l'Inca, et tout autour s'avançait en bon ordre une compagnie de soldats brillamment équipés et faisant partie
du corps qui précédait et fermait la marche.
Mon ami Grey et moi nous nous étions joints à la suite du chef aztec sur son invitation. Montés dans notre litière, nous nous étions fait suivre par un serviteur en selle sur le dos d'une mule et en conduisant par la bride trois autres qui portaient notre bagage. Nous traversâmes, en suivant la digue qui scindait le lac, les quatre grandes forteresses, aux murailles desquelles étaient appendues des bannières et des guirlandes de fleurs, et nous regagnâmes le rivage du lac à Onadella, vers les neuf heures du matin. Là se trouvaient les manufactures de bronze des Aztecs, qu'Orteguilla visita et nous lit visiter avec lui, pour nous montrer des socs de cha^ rues en bronze, qu'il avait fait fabriquer sur le modèle des nôtres; mais tout me porte à croire que la matière mêlée d'alliage de bronze et d'étain, dont ces instruments étaient formés, n'avait point assez de force pour résister aux aspérités du sol où ils devaient tracer le sillon.
A onze heures, après avoir pris notre part
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d'une collation préparée pour les besoins de rinca et de sa suite, nous quittâmes Onadella, et après cinq heures de marche nous fîmes halte devant les murs de Tezcutlipotenango (un nom fort difficile à écorcher), dont les habitants étaient accourus afm de complimenter leur chef suprême. A leur tête on voyait le Curaça de leur ville, dont le nom signifie Cité circulaire, et cet officier, quoique faisant partie de la suite de rinca, nous avait précédés en ne s'arrêtant pas à Onadella.
Bientôt après avoir reçu les hommages de ses . sujets, Orteguilla pénétra, suivi de son escorte, jusqu'au palais du gouvernement qui, par une bizarrerie digne d'être consignée, se trouvait placé au centre même de la Cité circulaire^ et offrait aux- yeux des proportions gigantesques, quoique l'architecture ne fût pas des plus remarquables. Nous laissâmes à notre serviteur le soin de découvrir un logement pour Ned et pour moi, et pleins de confiance dans son habileté, nous partîmes pour explorer la ville. La rue que nous
suivions, et qui s^ouvrait droit devant nous, conduisait à l'une des portes de la ville. Elle était spacieuse et fort peuplée; mais, lorsqu'au premier détour nous voulûmes obliquer à droite, nous trouvâmes la voie interceptée par une longue chaîne de bronze, derrière laquelle se tenait un peloton de soldats, armés en guerre, qui nous empêchèrent de passer outre.
Un instant nous songeâmes à nous servir de deux pistolets revolvers que Ned et moi nous portions constamment dans l'une des poches de notre paletot de voyage; mais les douze coups que nous avions à tirer n'étaient point sufiSsants pour nous débarrasser de cent hommes : aussi pensâmes-nous que la prudence devait remporter sur le courage, et cependant, comme c'eût été probablement la première fois que ces bwr^ bares auraient entendu la détonation d'une pareille arme, tout nous portait à croire qu'en faisant feu en Tair nous mettrions en ftiite cette horde de soldats. En vain essayâmes-nous de forcer la consigne à l'entrée de deux ou trois
autres rues; voyant qu'il n'y avait pas moyen de passer outre, nous résolûmes de retourner au palais, où, par l'ordre d'Orteguilla, des logements avaient été préparés pour nous. Pendant toute la soirée, l'Inca tint ses assises, recevant les dignitaires de son empire qui résidaient à Tezcutlipotenango, et écoutant les rapports qu'on lui lisait au sujet des manufactures, rapports que le secrétaire impérial Apixtamatl rangeait avec soin pour les présenter à Tapplication du Conseil des nobles, dès que l'Inca serait de retour dans la capitale du Géral-Milco.
Nous quittâmes la Cité circulaire le 9 décembre, juste deux mois après notre arrivée dans le pays des Aztecs. La première place où nous parvînmes deux heures après notre départ s'appelait Otompan : ville entourée de murailles et placée au milieu d'une vallée pittoresque. Ce site, nouveau pour nous, était aussi arrosé pai* leNaloma, qui le scindait en deux. On apercevait çà et là des ponts très-larges, dans les arebes desquels coulait tranquillement le même
cours d*eau qui arrosait Gérai et Tezcutlipotenango.
Le Naloma avait dans cet endroit environ un demi-mille de largeur, et se trouvait encaissé dans des quais bâtis en pierre. Chaque pont était formé par des massifs de granit; d'énormes madriers qui supportaient les poutres sur lesquelles le plancher était fixé, se dressaient au milieu do ces piles solidement construites. Sur les quais, le long du fleuve, des plantations d*arbres régulières et bien entretenues servaient de promenade aux habitants.
Pendant qu'Orteguil la donnait encore audience aux sommités de Fendroit, nous parcourûmes, sans difficulté cette fois, les rues de la ville, et, après avoir dîné vers une heure, nous repartîmes pour aller coucher dans la troisième cité curaciale, celle de Mixocolo, où nous entrâmes avant le coucher du soleil. Cette ville est sans contredit plus belle que les deux premières par où nous avions passé : elle contient un grand nombre d'édifices fort remarquables que nous aperce-
vions du haut de la terrasse du palais du gouvernement, car, comme dans les autres villes, une troupe de soldats avait cerné les issues du palais, avec la consigne d'empêcher n'importe qui de pénétrer dans Tenceinte s'il n'appartenait pas à la noblesse, et de sortir s'il n'était pas muni d'une passe d'Orteguilla. Aussitôt que la réception fut terminée, le chef aztec vinjt nous prendre, et nous engagea à le suivre pour visiter avec lui les principales curiosités de la ville. Les rangs de la garde s'ouvrirent sur son passage, car les soldats avaient reconnu celui qui nous conduisait. Orteguilla nous fit parcourir un labyrinthe de rues tortueuses et nous amena devant la façade d*un bâtiment d'environ cent pieds de long sur trente de hauteur, dont la seule ouverture consistait en une porte basse placée au milieu. On devinait plutôt qu'on ne voyait les côtés de l'édifice, dont les murs se trouvaient cachés par des maisons particulières. Une foule compacte pénétrait et sortait par la porte basse, et nous étions vraiment intrigués de
savoir quelle était l'attraction si grande qui les amenait dans ce lieu.
Llnca se mêla à ses sujets en nous disant de ne pa^ le quitter, et bientôt lui et nous nous fûmes entraînés par le courant humain. Peu dlnstants après, nous nous trouvâmes dans une immense salle supportée par sept rangs de colonnes toujours pareilles à de grands vases, entre chacune desquelles s'ouvrait un dôme à jour qui éclairait une boutique placée comme dans un bazar. Nous nous trouvions, en effet, dans le marché couvert de la ville de Mixocolo, et les acheteurs se pressaient devant tous les magasins, marchandant, payant et emportant les articles qui leur étaient nécessaires, La diversité des costumes, le bruit des voix, la nouveauté des objets exposés à nos yeux, tout nous remplissait d'étonnement. Bientôt nous fîmes comme tout le monde, et notre bourse se vida dans les mains des marchands aztecs en échange de denrées» d'étoffes et de certains articles qui nous parurent dignes de figurer dans notre musée géralien.
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Il était fort tard lorsque nous retournâmes au palais, très-fatigués et cependant enchantés de notre après-midi. Notre souper était préparé, et nous lui fîmes honneur.
Le lendemain matin, en quittant Mixocolo, un brouillard assez humide couvrait la vallée, et bientôt il tomba résolu en pluie. C'était la première fois depuis notre départ de Para que nous avions éprouvé un changement de température. En effet, c'était l'époque de la saison torride, qui, dans ces régions élevées, commence en septembre et ne finit qu'au mois d5 février suivant. Quoique cette pluie rafraîchit l'atmosphère, elle n'était point de notre goût, car ni mon ami ni moi nous n'eussions été satisfaits 4'être contraints de rester à Gérai pendant la saison pluvieuse, ou d'être exposés à retourner à Para par des chemins défoncés et remplis de boue.
A environ deux milles de Mixocolo, nous quittâmes le bord du fleuve, nous avançant dans la direction de l'ouest, sur une grande route le long de laquelle nous apercevions à droite et à
gauche, de distance en distance, des édifices que Ton nous assura être des magasins de vivres, des silos aztecs, destinés à approvisionner ^a^ mée du pays lorsqu'elle est forcée de voyager pour la défense de la vallée. De cette manière les habitants n'avaient point à souffrir ni dans leurs récoltes ni dans leur propriété par le passage des soldats qui^ si souvent, dans les pays civilisés, traitent leurs compatriotes comme ils le feraient de leurs ennemis. L'armée du Géral- Milco est considérable, car il est important d'être toujours prêt à repousser les attaques des tribus sauvages qui vivent par delà les limites de la vallée aztèque, et dont les excursions avaient souvent été fatales aux paisibles sujets de rinca.
Levillagedansrenceinteduquelonfithaltepour dîner avait un nom si extraordinaire, qu'il me fut impossible d'en traduire le nom en signes de notre langue. On avait dressé sur la principale place une tente de dimensions gigantesques, pour suppléer au manque d'édifice impérial, et (Me-
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gnilla puts'y reposer, ainsi que tous les seigneurs de son escorte. Le soir, nous entrâmes dans la petite ville de Poanango, Le palais du gouverneur était à peine suffisant pour donner asile à rincaetà ses officiers; aussi fûmes-nous forcés à demander l'hospitalité pour la nuit dans une des maisons particulières de la cité. Le lendemain matin, au soleil levant, nous devions nous remettre en route afin de gagner la ville de Xaromba.
En effet Ton se remit en marche pendant six heures consécutives, sans s'arrêter autrement que pour donner le temps aux porteurs de palanquins de se relayer. Nous seuls n'avions pas besoin de faire halte autrement que pour attendre les autres, car notre litière, portée par nos deux chevaux , excitait Tadmiration générale. Ce véhicule aztec avait été fabriqué de manière à être porté par seize hommes, et les brancards étaient longs en conséquence, ce qui nous prémunissait contre les ruades du cheval placé en tête, au cas où il eût eu des velléités de se cabrer.
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Un quart d'heure avant midi, la caravanei arriva à Atalatl, ville d'une certaine importance, où Ton se reposa tandis qu'on laissait passer la chaleur, et vers les trois heures on se remit en route pour arriver à Xaromba avant le coucher du soleil. Malgré la rapidité de notre marche, le dernier rayon de Tastre adoré par les Aztecs avait disparu lorsque nous entrâmes dans la ville fortifiée. Nous nous retirâmes Ned et moi dans Tappartement qui nous avait été destiné, et, malgré la fatigue de notre marche, nous restâmes longtemps accoudés sur la meurtrière * d'environ quatre pieds carrée qui éclairait notre chambre dans le palais impérial. De cet endroit, nos yeux s'égaraient sur les pics escarpés — de vraies aiguilles I — des monts Atolatepec, qui domi* naient les terrasses couvertes d'une verdure
* C'était la première fois que Middletoun Payne trouvait une fenêtre dans l'un des monuments des Aztecs. La forme en était carrée, et lorsqu'on roulait, en interceptant l'air extérieur, laisser pénétrer la lumière, on appliquait contre l'ouverture un cadre de bois dans lequel était enchâssée une feuille légère de jaspe.
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luxuriante, placées te long des pendants étages jusqu'aux portes de la ville^ La lune brillait d'un éclat indicible, et sa lueur argentée donnait un aj^>ect féerique à cette partie du Géral-Milco, ^ont le pittoresque était sans pareil. Devant elle uvaient pâli les feux multiples allumés en Thon* neur de Tlnca^ sur toutes les âzoteas de Xaromba. Aussi fallut-il un grand sentiment de raison pour nous arracher à ce spectacle en^ chanteur et nous livrer au sommeil.
Un vieux proverbe français : t Hurler avec les loups » sert à remplacer le dicton américain : Faire à Roae ce qu*y font 1^ Romains* » C'est ce que firent M. Middletoun Payne et son ami M. Grey; car, sans observer ta solennité du dimanche, ils se mirent à Tunisson des païens aj^ tecs, et, sur l'invitation d'Orteguilla, partirent sans songer à mal, afin de se rendre aux mines de sel qui gisent dans le voisinage de Xaromba. Voici comment M. Payne raconte son excursion :
Le dimanche matin 12 décembre, nous quittâmes le palais à huit heures du matin^ et, tra-
versant la ville aux Fontaines, —car telle est la signification de Xaromba, nous gravîmes le Xarombatepec, malgré la fatigue occasionnée par la chaleur, et nous nous reposâmes forcément, eu égard à la difficulté de Fascension, sous une tenté de cotonnade bleli et blanc d'une richesse fabuleuse. Llnca, pour qui Ton avait préparé un abri plus élégant et plus spacieux, nous envoya dire vers dix heures qu'il se disposait à pénétrer dans rintérieur des mines.
Nous nous hâtâmes de le rejoindre, ce que nous fîmes au moment où il se tenait debout près de Toriflce de la mine principale, dont l'entrée était formée de masses de sel de la plus éclatante blancheur. Immédiatement à la suite venait une galerie entièrement taillée dans le sel gemme et d'une pureté non moins éblouissante, éclairée par des candélabres appendus au plafond entre chaque colonne de forme géralienne dont, à en croire le directeur des mines, la solidité était inébranlable. Cette galerie était fort longue, et aboutissait brusquement devant une grande
tranchée descendant en plan incliné dans la direction de Touest.
Il y avait environ six cenl^dix pas de l'entrée de la mine à l'endroit où nous étions parvenus, et de là nous descendîmes encore à peu près quatre cent vingt-cinq marches pour arriver à une seconde galerie longue d'environ sept cents pieds. Tous ces cheminssouterrains conduisaient dans une seule et même direction; mais, au centre de la montagne, à la profondeur de huit cents pieds, il y avait un troisième boyau aboutissant à une vaste salle circulaire d'environ douze cents pieds de diamètre et partiellement voûtée sans le secours de la main de Fhomme, car les mineurs avaient, comme on me l'assura par la suite, très-peu fait pour donner du pittoresque à cette grotte naturelle. Des lampes suspendues au plafond, des candélabres appliqués le long des colonnes de sel gemme et des torches de résine éclairaient â giorno une grande table de sel blanc comme du marbre de Paros, sur laquelle était placée la collation destinée à Tlnca
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et à sa suite, repas copieux dont chaque plat dis^ parut comme par enchantement, tant Tair de la saline souterraine avait aiguisé notre appétit.
Dès que le lunch fut fini, les guides nous con- ^ duisirent à travers une autre issue placée à dnrite jusqu'au sommet d'un vaste escalier taillé dans le sel, descendant à près de six cents pieds de profondeur etdonnant accès à différentes galeries divisées en appartements. Toutes ces chambres étaient illuminées avec éclat; mais la réverbération des feux sur les piliers ou les murailles de sel rendait insupportable la fixité du visiteur, et nous étions contraints à fermer les yeux.
En descendant encore une trentaine de pieds, nous nous trouvâmes à environ 2,600 pieds an* dessous de l'endroit par lequel nous avions pénétré dans la mine. Le directeur nous assura qu'à l'endroit où nous étions parvenus on se trouvait au niveau du fond de la vallée.
En suivant une série de huit pentes inclinées, façonnées en forme de zigzags et parallèles pour
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la direction aux galeries supérieures, nous parvînmes encore à une profondeur de cinq cents pieds âu-de^sous du sol. Là, à l'un des détours de la route souterraine, s'entr*ouvrait devant nous U{ie ouverture carrée par laquelle on pénétrait dans une $aUe dont la voûte se terminait en pointe, comme eût pu le faire le minaret d'un palais turc.
Un bruit pareil à celui d'une chute d'eau vint frapper mes oreilles et celles de mon camarade, mais nous n'y fîmes pas autrement attention pour le moment, car la suite d'Orteguilla s'engouffrait dans une npuvelle passe, longue d'environ soixante^dix pieds, boyau assez pbscur pour nos yeux à moitié éblouis par l'éclat de l'illumination de la salle du festin. A mesure que nous avancions, le bruit de l'eau tombant d'une certaine hauteur devenait de plus en plus distinct, et nous découvrîmes quelle en était réellement la cause lorsque nous aperçûmes, au moment où le directeur des mines soulevait une épaisse tapisserie qui retombait à l'issue de la
galerie, pour intercepter le courant d'air, un demi-cercle enseveli dans une profonde obscurité, et au-dessus duquel, à deux cents pieds sur nos têtes, se précipitait une nappe d'eau produisant une commotion pareille à la décharge d'une batterie de pièces de canon. Le torrent impétueux tombait dans un gouffre immense, et le liquide se perdait en écumant dans une ravine tortueuse le long de laquelle la main des hommes avait placé, comme parapets, des blocs de sel dur de plus de deux pieds d'épaisseur sur trois et demi de hauteur. Nous avions devant nos yeux une caverne naturelle de sel gemme, dont aucune description ne peut faire imaginer le grandiose et la magnificence. Malgré la clarté projetée par près de deux cents torches, des candélabres éclairés, des lampes multiples, c'est à peine si nous pouvions percer les ténèbres amoncelées dans les hauteurs de la voûte, à travers lesquelles, de temps à autre, scintillaient des lueurs pareilles aux feux des étoiles, produites par les micas des cristallisations appendues au plafond
de la grotte. Plus près de nos yeux, des colonnes, des arceaux, des arches isolées et des niches formées de stalactites et de stalagmites, offraient à la vue des chatoiements imités de toutes les couleurs de Tarc-en-ciel.
A quelques pieds de la cataracte, Grey me fit remarquer une ouverture donnant accès dans une grotte plus petite, et dont la forme ressemblait à celle des ogives gothiques. On apercevait à s'y méprendre les acanthes historiées du moyenâge, sculptées en spirales au-dessus des nervures arquées, et se réunissant au sommet par le chou fleurdelisé habituel. A proprement parler, tout cela était grossier, fantastique, peu régulier, mais, l'imagination y aidant, et mon ami Tavait réveillée en moi, il m'était prouvé que j'avais devant les yeux une ogive du plus beau temps des Goths. Grey en fit un croquis à la hâte, tandis que, muni d'une torche, je m'aventurai à travers l'arcade , dans l'intérieur de la nouvelle grotte. La salle où j'étais parvenu n^avait pas la grandeur de la première, mais les beautés
qu'elle renfermait étaient réellement admirables.
C'est à peine si la voûte atteignait une soixantaine de pieds d'élévation, mais on distinguait tous les détails de son architecture irréguliëre, formée de colonnes semblables à deux entonnoirs placés l'un sur le bec de Tautre, et d'arcbe^ de forme triangulaire. Le sel gemme dont se composait chaque colonne avait assumé des couleurs diverses, et l'écarlate, le bleu, le vert, le jaune et le rose se mariaient ensemble de la façon la plus ravissante. Je restai longtemps ébloui par le merveilleux tableau qui s'offrait à ma vue rt, quand je sortis de ma grotte, Ned venait d'achever le croquis représentant le portail de l'église souterraine, où je me hâtai de le conduire, afin de jouir de son étonnement.
Lorsque nous retournâmes auprès de l'Inca, il avait déjà repris sa marche, et gravissant un escalier ardu qui se trouvait placé devant nous, Ned éprouvait un violent désir, et il ne put ré^ sister à Tenvie de mettre son projet à exécution. Saisissant dans sa poche un de ses pistolets
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revolvers, il se hâta, avant qu'il me fût possible de Ten empêcher, ou plutôt de deviner ce qu'il allait faire, d'en décharger un coup dans la direction du plafond. La détonation fut immédia* tement suivie d*ua tourbillonnement dans Tespace, et une énorme stalactite vint se briser en mille morceaux sur le sol, à quelques mètres de nos pieds.
Je laisse à penser dans quelles convulsions se trouvèrent les nobles qui entouraient Orteguilla, lorsque la répercussion de ce bruit terrible frappa leurs oreilles. Ils s'élancèrent pêle-mêle dans la salle supérieure, laissant tout seul, au milieu des escaliers, Tlnca, près duquel nous nous hâtâmes de monter, afin de lui témoigner toute notre suprise au sujet de la commotion qu'il venait d'éprouver. Naturellement nous ne lui avouâmes point que nous en étions la cause. Dans la salle où nous parvînmes, tout le monde se tàtait en cherchant à savoir s'il n'était point blessé; et lorsque l'on se fut convaincu delà disparition du danger, on se compta les uns les
autres. Nul ne manquait à TappeL Des tables, des bancs, des sièges de toutes formes se trouvaient sculptés dans le sel gemme, au milieu de la grotte où nous nous trouvions; mais rien de tout cela ne pouvait chasser de l'imagination le fantastique souvenir de la cataracte et de Téglise au portail gothique.
Nous trouvâmes encore des couloirs, des salles, des pentes abruptes, des galeries sans fin, des escaliers aux marches innombrables, et enfin, harassés, moulus, rendus, hors d'haleine, nous éprouvâmes la joie de nous retrouver à la' lumière du jour, à quelques pas de la tente d^Orteguilla et devant la nôtre. Un souper avait été préparé pour toute la cour de Tlnca, et chacun y fit grand honneur. Il était près de quatre heures et demie lorsque nous rentrâmes au palais de Xaromba, après une absence de huit heures, pendant laquelle nous n'avions pas pris une seule minute de repos; mais nul de nous ne regrettait la fatigue, car le spectacle offert à nos yeux méritait bien que l'on bravât même un danger.
Nous quittâmes Xaromba le lendemain matin à six heures, et ne nous arrêtâmes qu'à midi dans la petite ville de Teman, sans nous être éloignés un seul instant de la route construite le long de la base des monts Atolatepec. Après avoir pris notre repas, nous nous remîmes en marche, vers trois heures, en détournant du côté du sud, et vers le coucher du soleil nous entrions dans la ville fortifiée de Panonco, où toute la suite de rinca trouvait ses quartiers préparés à l'avance.
A peine Orteguilla eut-il achevé son dîner.
qu'il vintnous rejoindre dans notre appartement, Ned et moi, tout en fumant nos cigares, nous étions étendus sur des couchettes près de la fontaine placée au milieu de la salle, et nous reçûmes du chef suprême des Aztecs la proposition • d'aller avec lui visiter le temple du Soleil. Naturellement nous acceptâmes avec joie, et nous partîmes à Tinstant même, car cette excursion devait nous faire connaître une nouvelle particularité des mœurs aztèques.
Le monument consacré au culte de l'astre du jour était bâti dans le milieu d'un parc entouré de grilles de bronze placées au sommet d'une muraille de trois pieds de hauteur. Deux barrières dorées placées aux quatre entrées du parc empêchaient le public de s'introduire dans l'enceinte consacrée; mais à l'aspect d'Orteguilla le gardien se hâta d'ouvrir la porte, et nous fûmes admis tous les trois.
Une avenue bordée d'arbres gigantesques nous amena devant un édifice de marbre blanc ayant la forme d'une étoile à huit triangles, et tout en-
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touré de colonnes de Tordre géralien. La partie massive aux murs octogones d'où saillissaient les huit pointes triangulaires était surmontée d'un second étage faisant retraite et entouré, comme le reste du monument, de colonnes multiples. Plus encore, dans le sommet de Tédiflce, un pavillon à jour, supporté par ving^quatre colonnes, donnait à ce temple un aspect d'élégance et de bizarrerie qui excita notre admira^ tion. Une rangée de vases pareille au nombre des colonnes se détachait en relief sur Tazur du ciel. A mesure que nous approchions de cette construction fantastique, je remarquai que les triangles faisant face à l'est et à Fouest étaient complètement à jour, tf est-à-dire qu'il n'y avait pas autre chose que des colonnes et pas de murailles. L'entrée principale était du côté du nord, et, lorsque noua nous présentâmes, nous fûmes reçus par une foule nombreuse composée de tous les prêtres du temple, qui s'étaient assemblés à la nouvelle de l'arrivée de l'Inca ; car non-seulement Orteguilla était le chef su-
prême du gouvernement, mais encore le directeur des afifaires religieuses. Les prêtres nous introduisirent dans la salle triangulaire, dont on couvrait les murs, au moment de notre arrivée, avec des tapisseries de couleur bleue.
De là bous pénétrâmes dans le sanctuaire, vaste construction de forme octogone, éclairée par un ciel ouvert supporté par quatre-vingts colonnettes d'or massif. C'est au dessus de cette ouverture grandiose qu'est placée la rangée de colonnes de marbre blanc du dôme extérieur. Au milieu de la colonnade de l'extérieur du sanctuaire s'élève un dais du plus riche tissu, au des« sous duquel on a placé un.autel composé d'or et de plaques de porphyre. La place du tabernacle est marquée sur cette table massive, mais cet objet ne se trouvait pas encore là; car, à ce qu'on nous apprit, il n'était pas encore achevé. Les vases destinés à représenter les mois, comme aussi celui placé sur l'autel, étaient bien là, mais c'était du provisoire, en bronze; les ouvriers qui fondaient et ciselaient des vases défini'
tifs n*ayant point encore terminé leur travail. Dans tous les temples consacrés au soleil que j'ai visités pendant mon séjour au Géral- Milco, Tastre vivifiant est invariablement représenté par un disque d'or bordé de rayons pointus et ondulés. Ce bijou grossier est toujours placé derrière Tautel à trois mètres de hauteur. Cependant le temple de Panonco faisait une exception à cette règle, car à cause de sa construction bizarre, le soleil était représenté par une boule ronde, d'une grosseur étonnante, faite en métal précieux repoussé et orné de pierreries étince- lantes. Cette personnification informe de l'orbe de feu était appendue au dessus de l'autel au moyen de chaînes d'or fixées au bord du ciel ouvert. Les côtés est et ouest du sanctuaire étaient ouverts, et l'absence de murailles permettait au jour et à Tair de pénétrer dans Tintérieur à travers les colonnes; mais cependant, dès que le soleil se couchait, on plaçait des barrières de chaque côté, et, à l'aide de tapisseries,
le temple se trouvait clos. Gomme on doit le pré-
Bumer d'après la description qui précède, le sanctuaire de Panonco n'était pas complet; mais comme la congrégation des prêtres qui desservent ce monument comptait parmi les pins riches du pays, tout me portait à croire, lors de ma visite à Panonco, que ce monument serait achevé avant peu. Quel que fût Tétat provispire et incomplet de ce temple, c'était indubitablement le plus admirable de tous ceux que j'avais vus jusque-là dans le pays des Àztecs. Nous ne rentrâmes au palais impérial qu'à sept heures du soir, afin de nous reposer pour être à même de reprendre le lendemain le cours de notre excursion.
Nous partîmes avant le lever du soleil, en nous avançant vers le nord. La première halte se fit à Gopul, où l'Inca fut contraint de s'arrêter jusqu'à quatre heures de Paprès-midi pour y recevoir les rapports des différentes institution» du pays et la visite des autorités. Nous eûmes cependant tout le temps d'entrer dans la ville d'Atola, vers six heures, et malgré la fatigue de
la route, qous nous hâtâmes de souper, afin d'aller visiter, en compagnie d'Orteguilla, le temple d'ÂtoIatepec, bâti sur une des aiguilles de la Sierra, et considéré, par sa position éle« vée, comme le plus vénérable de tous ceux du Géral-Milco; car c'est lui qui^ le premier, reçoit la visite du dieu de la lumière. Gomme il s'agis* sait de gravir les pentes abruptes de la montagne, nous montâmes à cheval, laissant là notre palanquin oublier à son aise les soubresauts de la route.
La nuit se levait brillante et étoilée, quand Orteguilla, suivi de son escorte, parvint aux premières terrasses de la Sierra. Jamais je n'avais vu de ténèbres plus claires; Téclat des constellations était tel, qu-on eût pu facilement lire dans un livre, et lorsque la lune se leva, on se serait cru en plein midi. Onze heures sonnaient lorsque nous arrivâmes devant la grille du parc, au milieu duquel le temple était construit. Bientôt, à travers Fépaisseur de la forêt, dont Tombre éta^ telle qu'on ne voyait pas à deux pouces
devant soi, nous pûmes apercevoir la colonnade de marbre blanc sur laquelle chatoyaient les rayons de la blanche Phébé, Les prêtres da temple avaient abandonné leurs appartements à rinca et à ses officiers, et comme cela ne suffisait pas pour abriter tout le monde, ils avaient dressé des tentes dans Tenceinte du parc réservé, se retirant dans le sanctuaire du soleil pour y passer la nuit.
Nous ne nous fîmes pas prier, Ned et moi, pour fermer les yeux et céder au sommeil, et cependant notre étonnement fut grand lorsqu'un des serviteurs de Tlnca vint nous réveiller pour nous avertir que le soleil allait se lever avant que vingt minutes se fussent écoulées. Nous étions persuadés que c'était une mauvaise plaisanterie, et qu'il y avait tout au plus une demiheure que nous étions endormis. Il fallut cependant céder à l'évidence, et notre montre nous prouva que la réalité n'était point un songe. Nous revêtir de nos habits, hâter nos ablutions, prendre nos couvre-chefs et courir vers le temple,
tout cela fut Taffaire d'un moment. Le monument sacré (levant lequel nous nous trouvions était, comme tous les autres, construit en marbre blanc, et sa façade s'étendait dans la direction de l'ouest : d'une forme oblongue et carrée, rarchitecture du temple était particulièrement remarquable par un portique dont le fronton était supporté par une triple rangée de colonnes. Sur Tentablement, on avait placé, à distance égale, des vases au nombre de vingt-huit. Ce portique était plus bas d'environ quatre ou cinq pieds que le monument lui-même, et tout autour du fronton et de Tédifice régnait une palissade de pierres ouvragées et sculptées d'une manière admirable.
Les entrées du temple, au nombre de deux, sont placées aux extrémités du portique, entre les deux dernières colonnes. Nous pénétrâmes par la porte du nord dans une grande salle aux corniches d'or, tendue d'une étoffe bleue, et divisée en treize niches dans lesquelles sont placés autant de vases d'or représentant les mois de
ilO UN PAt« mcowNC
l'anfiée. Le p^iatotid esl aussi {)eint en bleu^ el c'est au cefttr© que les prêtf es ont suspendu un soleil &ÙT dont les rayons avaient ptas de vingt pieds de longueui?. Le temple était illuminé à giorno et rempli de prêtres en grand costume^
De cette première salle im>u3 entrâmes dansrle sanetuaire, en passant à travers une porte cp» se trouvait à gauche. Ce sanctum vénéré des Aztecs était de forme carrée, et les mnrailleè disparaissaient sous d'épaisses étoffesr bleues^ dont les plis relevés de distance en distanoe lai»saient apercevoir^ à travers des feuilles de jaspe blanCf les rayons du soleil qui pointait à l'hori^ zon. L'autel, le dais, les vases se trouvaient da côté gauche dans Tordre habituel. Orteguilla officia en sa qualité de grand-prêtre, et la cérémonie étant terminée, on nous conduisit dans un immense réfectoire où une collation exquise nous attendait tous. Puis, lorsque le repas eut été dévoré, la procession reprit sa marche pour redescendre à Atola.
Deux heures furent consacrées par l'Inca aux
réceptions officielles, puis on quitta la ville pour se rendre à Tontam, bourgade bâtie sur les bords du Naloma, d'où, après avoir passé une heure à entendre les compliments d'usage, le chef suprême alla coucher à Edarallaqua, grand centre de population placé au pied de la montagne qui porte ce nom et qui est le premier des placers aurifères du Géral-Milco.
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La chaleur était intglérable le 16 décembre, et cependant nous partîmes pour continuer notre chemin en visitant les mines d'or situées à environ six milles de la ville dans laquelle nous avions passé la nuit. Nous préférâmes encore, pour cette fois, eu égard à la torpidité de Tatmosphère, faire la route sur nos chevaux plutôt que dans notre palanquin : aussi, avant que deux heures se fussent écoulées, nous avions franchi Tespace qui nous séparait de TEldorado géralien. Cette raison nous engagea à décliner rhonneur de descendre dans l'intérieur des
mines, en compagnie de Tlnca : nous étions persuadés que la chaleur devait être là bien plus forte qu'au dehors. Nous demeurâmes donc près des orifices par lesquels Orteguilla et les siens avaient disparu, et pendant leur absence, nous examinâmes â loisir les magasins dans lesquels on enferme le précieux minerai. Ce sont de vastes constructions en pierre, fortifiées comme des places de guerre, entourées elles-mêmes d'une muraille et, aux quatre angles, de tours d'une épaisseur sans pareille. Comme il y a là des provisions de toutes sortes, ces fortifications pourraient, sans aucune difficulté, soutenir un long siège. Cela est, du reste, arrivé plus d'une fois, lorsque les Lambys, assistés par plusieurs tribus sauvages des sierras du Brésil, vinrent attaquer les Âztecs dans leur vallée, jadis occupée par leurs ancêtres, car la possession de ce pays était la cause des dissensions et de l'inimitié entre les Indiens et les descendants des Mexicains et des Péruviens. Les forts des mines d'Édarallaquatepec ne sont, à cette heure, occupés que par
lueur des lampes qui brûlaient de toutes parts appendues au plafond, accrochées aux murailles. L'heure était venue de se mettre au lit; aussi personne ne se fit prier aussitôt que Ton eut achevé le repas du soir, et une demi-heure après, tout le monde dormait, à Texception peutêtre des sentinelles qui veillaient sur Tazotea de la forteresse.
Les rayons du soleil, dont était inondée notre chambre à coucher, me réveillèrent le lendemain. Ils perçaient une feuille de jaspe, qui remplissait le cadre de la fenêtre, et se jouaient entre les filets d'eau coulant sur les lèvres d'une triple vasque de porphyre, où sourdissait un conduit alimenté par les sources de la montagne. Mon premier soin, avant de procéder à ma toilette, fut d'ouvrir la fenêtre et de jeter les yeux au loin. La vue qui s'étendait à mes pieds était vraiment sans pareille; du troisième étage du fort où je me trouvais, j'étais placé à merveille pour tout voir sans perdre le moindre détail. Devant moi j'avais la forteresse
de Jacoqulatl, aux murailles d'une épaisseur extraordinaire. Puis au-delà un grand fossé rempli d'eau dont les bords étaient reliés par un pont- • levis. Plus loin s'étendait une plaine verdoyante, au milieu de laquelle on apercevait différentes constructions, que je sus depuis être des casernes. Puis enfin, à près d*un mille du fort, on voyait un cercle formé de murs élevés, au delà duquel il devait y avoir une ceinture d'eau.
Grey et moi nous nous bâtâmes de déjeuner et d'aller présenter nos respects à Tlnca, près de qui nous arrivâmes au moment où il se disposait à visiter Textérieur de Jacoqulatl. Il nous invita à le suivre, et se fit un plaisir de nous montrer en détail cette fortification digne d'avoir été construite par les Romains. Une tour principale, d'environ cent cinquante pieds d'élévation, celle à travers laquelle on pénétrait dans le fort, était flanquée de murailles ornées aux quatre coins de bastions quadrangulaires, composés chacun de quatre étages dont les proportions diminuaient
eu égard à la hauteur. Sur les remparts, qui
Hd UN >ATS iPiCONPfC
s*étagealeni aussi entre chaqae tour, il y atatt des casemates, que de loin on aurait pu prendre pour des créneaux et des arcs-boutants.
Nous moulâmes au haut de la tour principale, ' surlaquelle flottaient les trois étendards derinca, dont le plus important était fait de plumes dis^ posées sur un fond d'étoffe blanche, de manière à former des bandes horizontales de toutes couleurs. Le second — au point de vue du rang et de l'honneur — était fait d'une cotonnade bleue, sur laquelle on avait brodé un soleil d'or av^. tous ses rayons, et le troisième, d*une étoffé noire, avait au centre une lune d'argent entourée d'étoiles de toute grandeur, — une voie lactée sur six pieds carrés.— Ces deux derniers drapeaux sont délivrés à l'armée, et se placent • sur le sommet des édifices qui servent de caserne; .tandis que le premier signifie, comme celui qui flotte au haut des Tuileries, que l'empereur des Aztecs honore de sa présence le monument où il a été arboré. Ce même drapeâtf est porté derrière lui toutes les fois qu'il voyagé.
Lès deux fbèàéà dont est entourée fà fdrterêsse étaient alimentés par deux torrents qui S'élançaient du liaut des pics neigeux, et dont le surplus allait se décharger dans le lit dii fleuve Naloma, au dessus de Tendroît ou ce courant d'eau se précipitait à son tout, en passant par dessus sept ou huit couches de roches formant autant de cataractes dans la plaine au delà de la Sierra.
Du sommet des murailles de Jacoqulatî, qu'il visita avec un soin tout scrupuleux, Orteguilla se rendit dans les magasins à provisions et à mu* nitions. Cette importante place de guerre était occupée par près dé trois mille cinq cents hommes. A différentes époques assiégée par les tribus ennemies, elle avait été quatre fois prise et détruite dans une seule campagne. Aussi la garnison éfait-elle toujours sui^ le qui-vîve; car les Indiens ne se font point annoncer, et quand leurs hordes sont devant une ville, il n'est plus temps de fermer les portes.
Dans ï* après-midi du môme jour, nous partîmes
pour Acaposinga, où nous arrivâmes vers les sept heures du soir. Le palais du gouverneur Nerenoulla, un des nobles de la cour de Tlnca, avait été préparé pour nous recevoir, et Thospitalité tout écossaise du seigneur aztec nous prouva, comme nous rapprîmes depuis , qu'il était aussi généreux que riche.
La ville d'Âcaposinga est considérée comme la seconde de l'empire des Aztecs; mais, à mon avis, c'est la plus belle du Géral-Milco, si l'on considère le nombre des édifices publics et particuliers qui en font Tornement, au premier rang desquels je placerai le palais de Nerenoulla. Il y avait dans ce monument une salle destinée aux audiences publiques, dont la description mérite de trouver place dans cette narration.
Longue d'environ quatre cents pieds, large d'à peu près cent cinquante, elle est soutenue par des colonnes de porphyre placées à quatre mètres des murailles; et dans l'épaisseur de ces constructions massives, s'ouvrent à différents intervalles des fenêtres sculptées avec un art
étonnant. Le ciel ouvert du milieu est surmonté d'un entablement convexe sur lequel l'architecte a placé de nombreux vases de marbre blanc. Les tentures de la salle sont faites d'une étoffe blanche recouverte de broderies d'or, tandis que celles de l'hémicycle, d'une couleur pourpre, tranchent sur les autres ornements. Le porphyre, du plus beau rouge, poli avec soin, fournit la mosaïque dont le sol est recouvert, et* entre chaque colonne, il y a une double rangée de fontaines d'où Teau jaillit et retombe dans des bassins de marbre blanc supportés par des colonnettes de brèche verte. Le trône de llnca est placé à Textrémité de la salle, dans la partie ouest, sous un dais d'une richesse éblouissante. Orteguilla nous proposa, vers les trois heures de l'après-midi, d'aller avec lui visiter le temple consacré à la lune, édifice d'une architecture peu élégante, situé non loin du palais du gouverneur. Les murailles en sont de granit blanchâtre^ et forment un carré de soixante pieds sur vingt-quatre de hauteur. Au centre de la
façade, se trouve un portique supporté (^^r quatre colonnes géraliennes, de$ deux c6té^ 4l^*' quel un escalier de douze gradins cQnduU sur l'azotea du monument. Tout autour d06 ii^iirailles, formant retrait sur un espace d'eavirOA un mètre et demi, se trouvait iim rangée dt pierres habilement jointes ensemble e| oouvefttf de sculptures hiéroglyphiques. La seule porti par laquelle on pût entrer dans ce temple ét^t placée sous le portique, entre les colonnes» rt l'on arrivait dans une salle carrée tendue d'étofito blanche brodée d'argent, et de draperies noirei pareilles ^ celles d'un catafalque. De suite aprdi, on pénétrait dans le sanctuaire situé dans la partie nord, et occupant un espace de trente pieds de large sur soixante de long.
Une tapisserie noire parsemée d'étoiles d'êrgent recouvrait la pierre des murs, et, aux deux çi^trémités, le temple était ouvert pour laisser parvenir dans l-intérieur les rayons de la chaste Phébé pendant son règne- de qUslques heur^ii, l^^queilea tentures s'abaisiaieQt
au^i0t que le joiir allait paraître. Vis- à-vis de Ici portQ d'entrée se trouvait un dais placé au dehors des quatre autels de marbre noir, sur lequel étaient appliquées des étoiles de pur ar* gept, et le ml ouvert habituel se trouvait supporté par un double rang de colonnes de marbre noir, La chose la plus remarquable dans ce temple, celle qui nous frappa le plus, Grey et moi, fut la représentation de la lune : il y avait là une quadruple personnification de Tastre des nuits qui était fort ingénieuse. Sur le premier autel était placée la pleine lune; sur le deuxième la lune à son premier quartier r sur le troisième, le croissant à sa deuxième période; et sur le quatrième, le simple croissant pareil à celui du drapeau turc. Ces images étaient produites au moyen de boules noires sur lesquelles un plaqué en argent représentait les diverses phases. Chacun des autels était surmonté d'un tabernacle et d'un vase d'argent. Les mois n'étaient point personnifiés par des vases, comme je l'ai expliqué dans le temple du Soleil. Tandis que
nous examinions ces détails en vrais chrétiens, avec plus de curiosité que de respect, les prêtresde Diane entonnèrent une hymne faite pour écorcher des oreilles qui n'étaient point aztèques, aussi nous empressâmes-nous de fuir ces sons discordants dès que l*occasion nous parut opportune.
En sortant du temple de la Lune, nous aperçûmes sur la gauche, au milieu d'une place entourée de maisons particulières, un monument de* forme cubique, haut d'environ seize pieds, pyramide de marbre blanc, large de sept pieds carrés à sa base et de deux au sommet, surmonté par une urne d'argent massif. Orteguilla, qui nous rejoignit au moment où nous examinions cet obélisque aztec, nous apprit qu'il avait été élevé en raison d'une grande victoire remportée sur les Indiens. L'Inca nous assura qu'il y avait plus de sept cents pyramides du même genre élevées dans les villes et les terres du Géral-Milco en commémoration d'événements remarquables.
A Acaposinga se terminait la visite triomphale
de rinca aztec, et il fut décidé que Ton reviendrait à la capitale de Gérai en remontant le fleuve Naloma dans les canots impériaux. Aussi renvoyàmes-nous nos chevaux et notre palanquin, confiés aux soins de notre serviteur, et le dimanche matin, 19 décembre, nous nous embarquions dans l'esquif d'Orteguilla, barque de soixante pieds de long, taillée dans un tronc de cèdre et recouverte de sculptures fort remarquables. Cinquante rameurs faisaient mouvoir cette machine flottante, — • le Bucentaure du Gérai; — l'Inca était assis à la proue sur des coussins disposés sous un dais frangé d'or. Cette partie du canot impérial était plus élevée que le reste de Tembarcalion, et nous rappelait en quelque sorte les trirèmes grecques ; partout les ciselures, les ornements étaient recouverts d'or, et des guirlandes de fleurs naturelles retombaient dans le liquide élément qui fouettait les flancs de cette admirable construction nautique. Au-dessus du gouvernail flottait la bannière de Tlnca, tiss^
de plumes de rhéa teintes de couleurs diverses.
Les rameurs faisaient voler la rame, et le canot impérial glissait sur les eaux avec la ra* pidité d'une hirondelle légère; aussi, ea moins de six heures, eûmes-nous parcouru une dis-* tance de trente milles, grâce surtout à cinq voiles triangulaires qui aidaient les efforts des bateliers aztecs et se gonflaient au souffle d'une brise vent arrière.
Les rivages du Naloma sont ornés de chaque côté, particulièrement entre Acaposinga et Mixocolo, de plusieurs monuments dignes de re* marque, parmi lesquels je citerai Tarsenal, construction de forme bizarre que mon ami Grey voulut dessiner à toute force, après ea avoir demandé la permission à notre ami Or teguilla, qui fit arrêter le canot tout exprès à cet effet. Dans cet édiflce sont conservées les armes de rechange pour l'armée aztèque, %ï c'est là aussi que se fabrique tout ce qui a trait à Tart de la guerre, ou plutôt ce qui sert i défendre le pays contre les invasions ennemie^. Qu'on se figure une large pyramide IroaqUie
par le milieu et ayant à 8a base près de trois cents pieds de long. Au lieu de se continuer en ^inte comme celles de TÉgypte, cette pyramide est surmontée d'une tour à sept étages superposés et distincts, car le dernier est à peine grand comme la lanterne d'un phare.
Le courant du Naloma traverse la capitale dans un lit encaissé entre des quais de pierre, le long desquels s'élèvent des maisons de plaisance, des habitations princières entourées d'arbres. A chaque extrémité de rue, un pont jeté sur le fleuve sert de communication avec la rive opposée : une seule partie de ce canal est recouverte d'un tunnel de mille pieds de long, c'est celle qui se trouve sous la promenade baignée par les eaux du lac, et d'où sort le Naloma, comme le fait le fleuve du Rhône après avoir traversé le lac Léman. Le canot impérial s'arrôta devant la porte du jpare de l'inca, près de son palais, et le chef des Aztecs, ayant reçu les hommages des gens de sa cour, rentra dans sa demeure, tandis que nous retournions à notre domicile.
L*époque de notre départ approchait, et il fut convenu entre Ned et moi que nous quitterions la vallée le 3 du mois de janvier, c'est-à-dire* deux semaines à dater du jour de notre retour de l'excursion faite dans le pays des Aztecs. Nous étions encore indécis pour savoir par quelle route nous regagnerions la côte de Tocéan Atlantique, mais mon opinion était qu'il valait mieux retourner à Para par le même chemin que celui par où nous étions venus. D'ailleurs il fallait que nous fussions rendus avant la fin de janvier dans ce port de mer pour trouver des navires en partance pour les États-Unis, sous peine d'être forcés d'hiverner là pendant six mois.
Le 23 décembre au matin, Orteguiila vint nous chercher afin de nous faire visiter le gymnase situé à l'extrémité de la rue Huaxtepec, par delà le monument consacré au conseil d'Ëtat. L'édifice connu sous le nom géralien qui se traduit par le mot, t Gymnase, » était bâti, comme tous les autres, dans un parc fermé de grilles de bronze, et formait deux ailes placées en rc-
gard Tune de l'autre aux extrémités est et ouest du terrain. La bâtisse écrasée, faite de marbre blanc, était ornée d'un portique supporté par une triple colonnade tout ouverte et n'ayant sur le devant, pour toute muraille, que des tentures d'étoffe bleue dans la partie ouest , et d'étoffe noire dans celle qui s'élevait à Test. Ces deux édifices étaient reliés l'un à l'autre par une double enceinte qui en formait une cour carrée. Ces murs, de trente pieds de hauteur sur cinq cents de longueur, étaient divisés en quatre parties égales, le premier par une porte massive, le second par un pavillon de marbre blanc placé à la cime d'une rangée de gradins à la base desiiuêls deux colonnes, surmontées de larges cerceaux de pierre, s'élevaient à près de trois mètres du sol.
Orteguilla, en nous expliquant le but de ce gymnase où la jeunesse de la ville allait développer ses forces et entretenir sa santé par des exercices combinés, nous apprit que les deux cerceaux de pierre dont l'utilité nous était in-
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connue, servaieni à un jeu d'adresse qoi consistait à faire passer des boules à travers ces anneaux à une distance de trente pieds en jetant le projectile à force de bras. Ce tour de force était si rare, que le vainqueur du jeu de bagues recevait quand cela arrivait, -^ et le fait ne se présentait pas souvent, -^ un ocbol d'or de chacun des spectateurs.
Tous les mois, on donnait, dans Tenceinto da gymnase, une représentation des exercices athlétiques de la jeunesse du Géral-Mileo.
Le premier de Tan arriva enfin ; noua n'avions plus que deux jours à passer dans le pays, nos préparatifis de départ étaient achevés , tous nos ballots cordés et prêts à être chargés sur ie dos de nos mules, dont aucune n'était malade. Et cependant nous n^étions pas encore au complet. 6rey avait certaines velléités d'achat qui devaient tant soit peu alléger sa bourse et la mienne. Neoi sertîmes donc pour satisfaire ces désirs bien naturels, car notre voyage parmi les Aztecs n'était pas de ceux que l'on recommence tous les Jour».
L'air était tiëdé et embaumé, le ciel du plus pur a2ur, empourpré de quelques nuages roses, les oiseaux chantaient et gazouillaient dans les arbres de notre parc, les fleurs s'ouvraient suaves et parfumées, diaprant les gazons des pelouses et les plates-bandes de nos allées; jamais peut-être, depuis notre arrivée dans la vallée aztèque, ne sentions -nous plus que ee jour-là le regret que nous éprouvions de quitter un séjour aussi eiichanteur«
Le lendemain de cette journée, qui fut tout entière employée à faire un choix de costumes, d'étoffes, et d'objets précieux du commerce aztec, nous allâmes prendre solennellement congé da rinca et de sa famille. Toute la cour était assemblée dans la grande salle du palais, et Orteguilla nous exprima dans un long discours tout le plaisir que notre visite lui avait fait, nous assurant de Tamitié constante qu'il conserverait toujours pour nous^ II nous invita à venir, le soir, présenter nos hommages à Tlncaresse qui, ee matln^lA ^ étail retenue dans toi ap-
parlements par une indisposition sans gravité.
Vers les neuf heures, dès que notre repas eut été achevé, nous partîmes pourvoir une fois encore la belle Ahtelaqua et son adorable fille Ineralla. Le palais de Tlnca était brillamment illuminé "pour nous recevoir, et dès que nous eûmes quitté la selle de nos chevaux, deux officiers nous conduisirent à travers les méandres de rhabitation impériale jusqu'à la salle de réception de rincaresse et de sa famille.
Le toit de cet appartement, de forme circulaire, tendu d'étoffes pourpre brodées d'or, était supporté par une double rangée de colonnes de jaspe et de porphyre.
Entre chacun de ces piliers massifs, envoyait, suspendue à des chaînes d'or, une lampe d*ua travail merveilleux, et la fontaine placée au centre de la salle, était aussi éclairée au moyen de feux disposés sous les nappes d*eau qui tombaient d'une vasque dans Tautre. Le ciel ouvert par où pénétrait la lumière, était ce soir-là, recouvert d'un voile bleu parsemé d'étoiles d'or.
Un tapis brodé de fleurs placées au centre d'un damier en losanges, recouvrait le marbre de la mosaïque. Dans des vases d'or, de magnifiques fleurs naturelles mêlaient leurs parfums à ceux de rhuile des lampes. Des^ coussins multiples, étaient jetés çà et là sur le tapis, destinés à servir de sièges aux invités.
Le trône de Tlnca s'élevait vis-à-vis de l'entrée par laquelle on pénétrait dans la salle. C'était un fauteuil d'argent massif, serti de pierres précieuses, sur lequel on avait placé un coussin d'étoffe violette, aux broderies argentées. Les gradins qui conduisaient au siège impérial étaient recouverts d'une draperie bleu de ciel surchargée d'ornements d'or, et au-dessus de ce trône un dais projetait son ombre, augmentée par des rideaux de pourpre constellés de pierres précieuses.
La belle Ahtelaqua, nonchalamment étendue sur une couchette près de son époux, portait un costume d'une richesse et d'un goût exquis, fait de mousseline blanche, — un des articles de
notre importation, ^ que les modistes^ in Gérfil avaient embellie à l'aide de broderies et de bi« joux précieux. La jupe, le cor3age et les man? ches pendantes étaient tout ornés du même gr^ cieux travail dont nous ne pouvions nou^ \^mt d'admirer la splendeur. Des bracelets du plui grand prix cachaient, hélas | 4 PPS yeuii;, H forme adorable des bras de l'I^caresset comme aussi son cou de cygQ3 se trouvait étranglé par des colliers de perles et des joyaux d'une valeur fabuleuse. A ses oreilles, déformées par la pe* santeur du métal précieux, étaient appendues deux boucles d'or dans lesquelles la aiseluro avait enchâssé des diamants d'une taille sauf égale et des pendeloques dô rubis qui descen-* daient jusque sur les épaules.
Le diadème que la belle impératrice des Aztecs portait sur son front était sans eontredit ce qu'il y avait de plus riche dans sa toilette éblouissante. Un diamant énorme, de la plus belle eaui qui, à vue d'œil, devait peser près i$ mille carats, taillé et poli avec un art tout aura*
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pé0i|, était retenu eptre deux gnf(^ d'pi? i'Qi-r 9eau« %n%, forsa^s fantastiques placés le long dQ ses tempes, et dont les beos retenaient uiie gerbe de plumes de eouleur blanche. Jamais plus adorable Qlle d'Eve n'avait ei^isté même dans notre imagination. La vue de la belle Ahtelaqua était la réalité d'un songe des Milk et une nuits,
A ses pieds étaient assises sur des coussins Ineralla, S4 radieuse fille, sauvée par firey, et Garada sa so^ur, enfant de dix ans, dont las gràaes el las charmes ne le cédaient en rien à la beauté de son ainée. Sur les marches du trèn», rangées de chaque côté, pn apercevait les damas et demoiselles d'honneur de l'Incaresse et de ses deux filles. Les autres parties de la salle étaient remplies par la foule des nobles, des dames de la cour, tous costumés en habits de fête dont les draperies resplendissaient de diamants et de pierres précieuses.
Au moment où nous entrâmes, la famille de rinca descendit des marehes du trône et vint à notre raneontre : Ton nous fit asseoir suf te
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septième gradin, où des sièges avaient été pré' parés à notre intention. La conversation fut courte, malgré la solennité des adieux, car au bout d'une demi- heure nous prenions congé de nos amis aztecs, en donnant à chacun une affectueuse accolade. Chacun d'eux, depuis Flnca jusqu'au dernier des grands dignitaires, voulurent nous offrir un présent qui nous rappelât son souvenir; aussi avions-nous les poches remplies et les mains pleines. Bien plus encore, un certain nombre d'entre eux nous escorta jusqu'au palais des Hôtes, car tous désiraient demeurer avec nous jusqu'au dernier instant de notre séjour parmi eux.
Le lendemain de cette soirée mémorable, 3 janvier 1853, nous quittâmes Gérai à sept heures du matin. Quand notre caravane passa dans les rues, où la foule s'était amassée pour nous souhaiter bon voyage , quand au bruit des clochettes de nos mules vint se joindre celui des voix aztèques nous exprimant leurs affectueux compliments, lorsque nous traversâmes
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le fort de Naloma à rexlréraité de la ville, je sentis mon gosier se resserrer, et certes la sensation douloureuse que j'éprouvais n'avait point pour cause la pression d'un magnifique collier d'émeraudes, qui m'avait été jeté, dans la rue des Nobles, au moment où, le chapeau à la main, je m'inclinais devant une dizaine de dames placées sur Tazotea d'une maison particulière. Le riche bijou était tombé dans mon feutre, entortillé autour d'une fleur admirable, une sorte de magnolia rouge, dont le parfum m'avait étonné plus encore que l'éclat des pierreries qui ornaient sa tige.
Nos excellents amis Ciaoco, Conatzin, Palayn, Onalpo, Maraga et plusieurs autres nous conduisirent jusqu'à Améralqua, où enfin il fallut se séparer par force majeure, le service de l'Inca réclamant ces officiers, et aussitôt que nous eûmes échangé les compliments et souhaits d'usage, chacun se retira.
Notre voyagejusqu'àQuauhlitlan s'opéra d'une manière assez rapide. Il était cinq heures de l'après-midi lorsque nous parvînmes aux premières
maisons de cette ville, tout eiitoufée de tfinrs élevés formant oiie enceinte d'une Vtfftte éteôdue, quoique la population soit peit Considérable.
Le seul endroit qui nôiis parut digtie d*ét^ viâité fut un temple élevé au milieu d'une place très-large; mais, après y aMf pénétré, tiôHs nous aperçûmes que Tintérieur iié valait pki l'extérieur.
Dès que nous eûmes parqué nos Sétei <k somme sur lâ place du marché, nous nous enquimes d'un logement pour nous-mêmes, ce qui he fut pas difficile, car Orteguilla, avant de partir, nous avait donné une pasâe au moyen de laquelle tout te monde obéissait comme par enchantement. Jamais autocrate de Russie où grand sultan de Turquie n'eut Son sceau ou son « firman plus respecté que la borla de l'Inca des Aztecs ne l'est par ses sujets.
Nous ne quittâmes Quauhtitlan qu'au point du jour. ïl nous fallait gravir les pentes terrassées le long desquelles nous avions d'abord pénétré daiis la vallée du Géral-Milcoi La montée
Cfi PAYS INCONNU î$$
était rapide et fatigante, aussi û'attèigftîmesïiôtîâ le Sommet que vefs les trdis hèuféâ dé Taprès-midi. Du haut de ôes mofitdgiles escaiPpées, la vue du soleil qui s'înôlinâit à Thonzon et éclairait de ses f ayons attiédis le paysage dti Ôéral-Milco éblouissait tïOS yéûx ftumideâ dé larmes» car liôus éprouvions des regrets bien faits pour émouvoir notre ccéuf . Autant, lorS dé notre arrivée à la même place, nous avions été iflcertâins de raccuéil qui allait nôiis être fait, autant, en quittant îa vâlîée aztèque, étions-nous aàsurésd'une parfaite réception si nous retournions jamais au milieu de cette nation hospitalière;
il fallait enÛn nous arrachei? à ce spectacle émouvant, et (îrey, qui avait plus de courage que moi, donna le signal du départ. Aussitôt que nous eûmes retrouvé nos armes, enfouies dans cet endroit, nous descendîmes les rochers de la Sierra, et à la nuit tombante notre caravane parvenait dans la pi aine sans avoir éprouvé aucun accident. On dressa nos tentes, puis, après souper, nous tînmes conseil, et il fut dé-
cidé que nous retournerions à Para par Povoacao, 3i nous pouvions nous y procurer une barque pour descendre la rivière.
Nous avions encore à traverser les forêts impénétrables de TAmazone, et è nous frayer un passage dans un pays inconnu. Le lendemain de notre départ, nous quittâmes la base de la Sierra en suivant la direction de Test, et le soir nous vînmes camper à la source du Rio-Oteicorolla. La marche avait été pénible, et aussitôt que les l'eux eurent été allumés, le souper cuit et mangé, chacun se hâta de se livrer au sommeil.
Il y avait à peine une heure que nous étions endormis, lorsqu'un cri épouvantable se lit entendre, poussé à la fois par un grand nombre d'individus. Grey et moi nous nous précipitâmes hors de la tente. Quelle ne fut pas notre surprise? Nous étions environnés d'Indiens qui se démenaient comme des diables dans un bénitier.
Grâce à nos revolvers, nous avions douze coups >;^irer, et nous ne fîmes pas grâce d'une seule A£he à ces Peaux-Rouges barbares, qui
cartoi ^
UN PAYS INCONNU t4<
tombaient sur nous à ^improviste. Tandis que je m'occupais de. recharger les pistolets, Grey allait chercher nos carabines, et s'en servait avec une telle adresse que deux de nos ennemis mesuraient le sol avant que vingt secondes se fussent écoulées. Les Indiens faisaient pleuvoir sur nous une grêle de flèches; mais la décharge de nos armes à feu, dont les effets leur étaient inconnus, et au moyen desquelles nous en avions abattu une huitaine, les força de songer à la retraite. Il nous eût été très-facile de les tuer les uns après les autres, si nous eussions été moins éblouis par notre feu de bivouac : car la lune brillait, et à Taide de sa lueur phosphorescente, on eût pu voir distinctement nos ennemis. L'avantage était donc de leur côté; mais, malgré cette position favorable, la victoire se déclara pour nous; les détonations successives de nos pistolets les effrayaient au point de rendre moins certaine la direction de leurs flèches. C'est ce qui fit que nous échappâmes à cette
surprise des Peaux -Rouges, qui s'enfuirent
dans les bois eïi huMant comme deâ dgfiioûè.
Tandis que je rechargeais encore n<ïâ armèi par pure précaution, Ned éteignait le fèu. Nous ne crûmes point prudeht de poursuivre les Indiens, car une autre bande eût pu proQtèr clé notre absence pour piller nos bagages et tuer hos mulets, nous eussions même pu tomier daùs une embuscade, et, certes, le jèu ri'èïï valait pas la peine. Nos serviteurs et nous, nous résolûmes seulement de faire bonne garde pendàfit toute la durée de la nuit; mais aucune pointe àcérée'j à l'exception des aiguillons des moustiques, ne vint atteindre notre peau. Ces maudits insectes étaient peut-être plus à redouter que les Indiens eux-mêmes, car leurs morsureé nous parurent plus venimeuses, que les flèches dès sauvage des vallées de TAmazone.
Le matin, au moment où nous faisions boire nos chevaux, avant de reprendre notre marché, une grêle de flèches vint encore s'abattre à nos pieds sans nous atteindre. En suivant la direction de ces projectiles dangereux, nous aperçu-
vg^& ^^ grp9^ QOI][l))r^ d*Indie)[i$ qui se tpffiaiept spf l^ Ywère i& la forêt, à quelque distance 4u 4ip-0leicorQ|l^. ^oua élancer sur noa ehevpuii dgi^a Id directipn de noa ennemia et décharger mf eux nos di^u^e coups de pistolet, tout cela fut raffeire d'un mbment. La terreur paralysa cea malheureux pndant quelques instants : }a vue de noa chevaux leur paraissait épouvantable. Aussi, en pousisant des pris à nous faire boucher [es oreilles, prirent-ils de nouveau la fuite et disparurent-ils dans les profondeurs de la vallée aveo la rapidité de la pensée.
Cette bataille avec les Indiens des déserts de FÀmazone fut la seule que nous eûmes à livrer pendant notre voyage du Géral-Milco à Povoacao. Nous arrivâmes dans cet endroit sains et saufs, sans autre mésaventure fâcheuse, le ijî janvier, neuf jours après notre départ.
A notre grand regret, il nous fut impossible de trouver une seule embarcation pour descendre It cours du fleuve jusqu'à Para. La dernière chaloupé pgntée qui eût visité ces parages avait
tu UN FATS INCONNU
mis à IH voile deux Jours avant notre arrivée, et il n'y avait pas de probabilités que le moindre sloop s'aventurât jusqu'à Povoacao avant que la saison des pluies fût passée. La situation était embarrassante, et nous ne savions ô quels saints nous vouer. Regagner les c6tes de la mer Atlantique par terre n'était pas chose facile : nous ne nous souciions pas davantage de traverser les Andes, afin de rejoindre Lima. Dans cette incertitude, nous nous aperçûmes, en suivant les méandres d'une carte, que nous étions fort près du fort et de la ville d'Angéja, sur la rivière Araquay, vis-à-vis l'île de Bannamal, où l'on nous affirma qu'il y avait toujours des bateaux et des embarcations de tout tonnage. Nous n'avions pas le temps d'hésiter sur le parti à prendre, aussi nous fermâmes nos valises, et, pressant le pas de nos mules, nous partîmes l'après-midi du même jour, sans avoir demeuré plus de dix-sept heures à Povoacao.
Le 17 janvier au matin, à peine avions-nous franchi quatre milles depuis notre départ du lieu
de campement, que tout à coup les fourrés entremêlés de lianes à travers lesquels nous nous creusions une issue, s'éclaircirent et firent place à une plaine gazonnée qui nous parut avoir environ une douzaine de milles de longueur sur trois de largeur. Une vue admirable s'offrit à nos regards. Çà et là des bouquets de palmiers s'élançaient du gramen et se balançaient au gré de la brise. Vers le nord et du côté du dud, le long des pentes des montagnes dont le sommet allait se perdre dans les nuages, ces colonnes verdoyantes ressemblaient aux fûrs des arceaux gracieux des monuments gothiques de la vieille Europe. Du sommet de Tun des plateaux de ces montagnes, un torrent se précipitait de rochers en rochers; on eût dit un fil d'argent irisé par l'arc-en-ciel, et, après avoir formé plusieurs cascades d'un aspect très-pittoresque, on le voyait se créer une issue jusqu'à l'extrémité d'une vallée dans les sinuosités de laquelle il disparaissait tout à coup.
Les montagnes, superposées les unes sur les
autres, étaient formées de roc)ies grisâtres, de nature volcanique, groupées en éi^orme^ bloQS. Au milieu croissaient dans les régions élevées 4e$ pins rp|)ustes, et dans les zol(ie^ ii^férieures de$ mimosftç couverts de fleurs.
yn ifQiQense troupeau de lamas se dé^altériiH suf le^ bords du ruisseau, tandis que l'yu d'eux» — un anin^al de la plus belle taille, faisait ^RtîQelle. Mai^ au moment où Iç vent port^ jusqu'à ejix le t)rui( de notre marqhQ, ranimai poussa \\ï\ cri aigu, et soudain toute la barde s'élançi^nt sur les pentes abruptes ^\x roçl^^, iU dispftçurent tous dans les vallées boisées d^ ^ Sierra,
^QH^ parvinn^es à Angéja le jeudi ^ jaoviQr, vçi^s |çs on;^e heures du mfitiq, sans avoir é(p inqu)ç(és, ni par les tribus fllndiens, ni f^\^ ^nio^aux sauvages.
t^Qus trouvâmes dans cette colonie un sl^op as$6% V\^f\ éq^lpéf dont le capitaine Al çQarçb^ avec nous pour nous çonduk^ h VAXh Qt ^^ jours aprèii celui 4g uptre dôparf 4« Mgéja,
nous jetions Tancre dans le port de cette ville, Un trois-mâts de Boston, en partance pour les États-Unis, nous reçut ensuite, Ned, moi, nos deux serviteurs et nos bagages, et dans Tespace de vingt jours, y compris notre escale à Cuba et à la Nouvelle-Orléans, nous arrivions à Charleston, heureux de saluer notre pays natal, la terre libre de la république modèle du Nouveau- Monde !
XYI
Certes, voilà des sujets biéti importants à traiter, et le lecteur pourra croire avec raison qu'une résidence de quatre-vingts jours ne m*» pas permis d'acquérir assez de lumières pour m' acquitter sérieusement de cette tâche. Qu'on me permette toutefois d'affirmer que j'ai tout vu, tout étudié avec soin, et que l'on considère surtout que je suis le premier étranger qui ait pénétré dans la vallée du Gérai et qui y soit resté quelque temps. Malgré le court séjour que Grey et moi nous avons fait parmi les descendants hospitaliers des anciens Péruviens, il faut dire que nous avons eu toutes les facilités d'étudier
les rouages du gouvernement, sur lesquels le seul directeur, Tlnca Orteguilla, dans la compagnie duquel nous nous trouvions journelle-ment, nous donna à ce sujet les explications les plus complètes. Nous voyagions avec lui, nous habitions dans ses palais, la salle d'audience du conseil privé nous était continuellement ouverte, lors même que le grand-prêtre du soleil en était exclu. En public comme en particulier, nous trouvions toujours Orteguilla prêt à converser avec nous, et il venait à chaque instant nous faire visite sans aucun cérémonial. A vrai dire, malgré tous ces avantages, il nous eût été impossible d'acquérir toutes les connaissances nécessaires à Tétude complète du gouvernement des Incas, si nous n'eussions eu recours aux manuscrits hiéroglyphiques du pays, qu'il nous était facile de nous procurer, mais que nous comprenions diMcilement.
Mes lecteurs voudront bien comprendre que les documents qui m'ont servi pour écrire ce chapitre sont tdus tirés des trois ouvrages suivants : V Histoire véridique du goupernfmèni des
Incas^ par Loverca de Acaposing^; la (Satirir? nemcfii 4ii Gérai, par Caopaga de Nalava, et In Jnsiifufms 4^ Gérais par Yalaïon de Nalavi. Jq\i$ cp$ écrivains, attachés au professorat (Amatj^u) daps le gr$i)d collège de la eapitate, sont pro^a)))eineDt les autorités les plus accep* tables, et iians aucun doute les plus snoderaei qu'pfi puisais trouver sur ce sujet, puisque lea ouvrages cités ci*dessus furent tous publiés pef^flant notre si^Qur à Gérai. L'ouvrage de Ta* laïoa est le plus considérable des trois, tant à cause de la grandeur du sujet qu'il traite qaa ppur spn étendue. Il couvre de son écriture bi^ roglypbiquô deux cent trente-sept feuillets pa pages de sept pouces de long sur douze de larga» Les caractères sont fins et trèsrùsibles , et la style fort coulant ; en m mot, c'est le meillaur spécimen de littérature géralienne que j'aie rencontré dans la collection assez considérable d'ouvrages que jai* rapportés du âéral-Milao. Les dei}!^ autres ouvrages sont beaucoup plus petits »t comptent à peine à eux -deux soixaiitaquiPM feuillets, 4ont vingt-deux pour rbisloiia
trïJ Pkits iKcoNNtJ iU
ië riiïôâlat, et lé téàlë pouf celle au gouvernéftëïit dti bèfa!. Le dei'niér ou\rhgë réssènibté plutôt à un ôode à l'usage des gôiivèrhànfà qii'â an livre destiné au public. L'auteur èntfè dàîiè lés détails les plUs miiïùtiéti^ eut tôui ce qui à trait & léi téglsfatioii, tant ëh tnatièrës civiles ju'et! affàîfeâ tiiiljtàii'es et religieuses; leS docu- Kènts? renfcrttfés dairis cet ouvragé étaient tout [ua^e ce ^11 tne fellaiit, et je feùds grâces à ï'Amdtan Coâniàgà: dé l'avoir éétit.
Le gouvêrnémèM dé Gérai est urie îtiôriaf'èîiîé aT)8ôîtfè et hérédrfaiire. Llnièa tésuïriè & M èétfl ftfi goUVéf nemeht tout éritîér* Cest luî c(tiî eSt à la tête dé toutes les iristïttitMms nilfitâiréï, cîtïFes et réïîgîéuses. C'est de lui qù'éiûàriént toutes les lofe, ratîfiéeà par un conseil dé nobles dont l'autorité est purement nomîftàlë; éi c'est titfft-séuleïïient par respect pour flnca, qu'on r^rde comme fé ftlë du soleil, maïs encore par tth nïâiïque d'organisation qui rie permet pas à cette chambre des pairs aztèque de prêridrè d'elle^môitae aucune espèce d'initiative. L'fncà est un deâpbte, tyfannique 6à non, suivant (à
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disposition naturelle de son caractère. Ses édits sont des lois que nul autre que lui n'a le droit de contrôler. Après llnca Ton compte trois hauts dignitaires : le grand-prêtre du soleil, le commandant d*Âcaposinga, chef des forces militaires, et le président de la vallée, grand-maltre de la police et juge suprême en matières législatives. Sous les ordres du grand-prêtre du soleil sont placés les grands-prêtres des diverses cités de Tincalat préposés aux temples de leurs diocèses respectifs. Chaque temple a en outre son vicaire-général, chargé de surveiller la conduite des prêtres et des néophytes. Ce fonctionnaire religieux est responsable au grand-prêtre de son diocèse dS la conduite de ses subordonnés. Puis viennent les couvents de prêtresses et de novices, sous les ordres immédiats du grand-prêtre da soleil lui-même, et sans autre autorité intermédiaire que celle du vicaire-général. Le grandprétre réside à Gérai, et fait tous les ans une tournée dans Tincalat, afln de recueillir les éloges et les plaintes, pour punir et récompenser. Il est alors accompagné de ilnca, chef suprême
UN PATS INCONNU S53
du culte, qui consacre tous les temples achevés depuis la visite précédente. Un des officiers principaux du grand-prétre est le surintendant des temples, dont les fonctions consistent à veiller à ce que tous les édifices religieux soient construits selon les lois posées par le fondateur àe la dynastie.
En ce qui regarde le gouvernement militaire, le chef des forces actives est, sous la direction de rinca, le commandant d*Âcaposinga. Il réside dans cette place forte, où se trouve le grand ar-senal de Tincalat. Ce chef a sous ses ordres les gouverneurs militaires des cités et des forteresses, aussi bien que le grand-maître des arsenaux, personnage important, chargé de llnspection de tous les magasins de la vallée, dont chacun a un administrateur résidant, chargé de le tenir en ordre. Tous les gouverneurs militaires réunis forment un conseil de guerre, devant lequel comparaissent tous les délinquants à la discipline. L'armée est partagée en corps, ou, comme ils rappellent, en carrés de cinquante
hommes, commandés par un officier. Huit de
ce6 carrés forment une division, sous les ordres d'un capitaine, et dans chaque place de guerre ii y a deux divisions relevant immédiatement du gouverneur. Dans les arsenaux, l'inspecteur A aussi ù sa disposition un carré d*hommes, et toutes ces forces ne peuvent étrie mises en mouvement que par le commandant d'Âcaposinga^ sur un ordre écrit de i'Inca.
Le troisième département comprend la juridiction civile, et se trouve sous la direction du président de la vallée, qui, en sa qualité de juge, a deux assesseurs, 1-un pour le nord et l'autre pour le district central de l'incalat. Geux-ei ont sous leurs ordres un juge qui réside dans chacune des villes de leur ressort. Outre cela, toutes les petites cités, les villages et les communautés ont aussi leurs magistrats inférieurs, chargés de rendre la justice à un certain nombre d'individus. En somme, la population de la vallée se divise en sections de dix familles, le chef de l'une desquelles a le droit d'inspection sur les membres de toutes les autres. Par chaque section, il y a un magistrat qui tient un registre.
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sur lequel il inscrit les noms, Tâge, le sexp, les occupations et la richesse de tous les individus des cinquante familles sous sa juridiction. On fait de ces registres trois exemplaires, dont Tun est expédié au juge de la cité, le second au juge du district, et le troisième au président de la vallée, qui le remet aux mains du conservateur des chartes. Cet officier peut donc fournir, à la première requête, tous les renseignements sur la population exacte de la vallée, Tàge et les moyens d'existence de chacun des habitants; et c'est sur ce document que se fait la répartition du travail.
Le président de la vallée a aussi sous ses ordres les gouverneurs civils des cités auxquels est conflée Tadministration de la police, et qui nomment des officiers dont les fonctions ressemblent à celles de nos commissaires, ayant sous eux des agents subordonnés pour maintenir la tranquillité publique et arrêter ceux qui chercheraient à la troubler. Dans ce cas, les perturbateurs comparaissent devant le commissaire, et sont condamnés, suivant la gravité du
délit, à servir pendant un certain temps dans la milice et dans les travaux publics. C'est ainsi qu'on punit Tincendie, le vol et l'attaque d'un particulier sur la voie publique; cependant, lorsqu'il en résulte la mort d'un individu, el même ordinairement pour le cas d'incendie, le coupable est condamné à la réclusion cellulaire dans une prison d'État. L'assassinat est puni de mort par la strangulation, mais ce crime est fort rare; et alors l'accusé comparait devant les juges du district, assisté du gouverneur civil de l'endroit où le délit a eu lieu.
Les conseils sur les affaires de la guerre, de l'intérieur et de la religion se composent de rinca, du grand -prêtre du soleil, du commandant d'Acaposinga et du président de la vallée.
A cela se borne tout ce que j'ai pu apprendre au sujet du gouvernement des Aztecs. Passons maintenant aux sources du revenu public et à la manière dont il est perçu.
Il n'y a pas d'impôts, pas de commerce étranger, et, par conséquent, pas de douanes dans le
Géral-Milco. Le revenu provient donc des mines, des carrières, des plantations, des manufactures, et principalement du produit d'immenses troupeaux dé lamas, errants sur les plateaux élevés des montagnes, sous la garde de nombreux pasteurs à la solde du gouvernement. A TÉtat seul est réservé le droit d'élever ces animaux d'un rapport si précieux. Aucun particulier ne peut posséder de troupeaux sans y être autorisé par un décret spécial de Tlnca, qui, assez souvent, accorde ce droit aux manufactures particulières d'étoffes de laine.
La principale source du revenu de TÉtat provient des mines d'or, d'argent et de cuivre. Les premières sont situées dans FEdarallaquatepec, dont les terrains recèlent partout des couches profondes de ce précieux minerai. On en recueille aussi d'énormes quantités dans le lit d'un petit ruisseau sortant des montagnes de Pocotatl , sur la frontière occidentale de la vallée, où le sol a déjà été fouillé à une très-grande profondeur. Tous les six mois on détourne le cours de ce ruisseau : pendant une moitié de Tannée,
il cotilô dans son lit fiatûrel, et ensuite dans tin canal crèùsé à cet tfiet. i^ènSànt que l'un dè« deax est à sec, des travailleurs sont emi)loyés à recueillir les parcelles d'or que Tèau à ftppof^téès dans lè'à crevasses des rbfeherS. On ëW fait ainsi une récolte coritlrittellè qu'ôri transfiofte imiae^' diatemëîït dans les fonderies vdisirfès, où an réduit le mêlai en lingots. Tous les vîtifet jours on expédie le-précieui' niiixefal à la capitale, et là ôh eri fabrique dé la monnaie, côfflnie je l'ai exi)riqué ddfis trri précédent Chapitre.
Les mines d'argent doiveril, si Ton efl cfWt Valaïon, ctrë d'uiiè beauté remarquable, et si nous avions pu présiïttier, mon ami Qrey etinoi, qu'elles fussent telles, nous n'eussions pas iiïânqtiG de les Visiter. Le minerai est si pur, ^u'on le taille au ciseau, — comme dans la mine de Huantajaya, —. éri blocs de diverses grdssëKrs, et il n'est pas nécessaire de l'épureif; la fonte seule suffit pour le dégdgc^ de toute matière étrangère. Ces travaux si dvàritageux se font en dëdâris môme de l'eiicèitlte de la capitale, date rHddtèipec; COttibleii dc fois 6tey et mtAniitbtft
UN PATS maoNNu %99
sotnmês-ncnls pas promenés dur ees maghiSqueé terrasses,' sans nous douter des merveilles que Boas aurions pu voir dans Tintérieur de la colline!
Le cuivre du Gérai-Milco est plutôt exploité dads des carrières que dans des mines.^ L'esdavation, eOinmeneée à fleur de terre; se eoiléuil jusqu'k une profondeur de deut cents pieds a» bas de la montagne dlmamba^ aihsi nommée d'après une petite ville située vers rextrémité nord-est de la vallée, à environ dix milles de Xaromba. Yàlaïon prétend que cette partie de rincalat est devenue stérile et inalsaine depuis l'ouverture de la mine, et II ajoute que cela est dâ probablement à la présence d'une quantité de poudre jaunâtre que Faction du feu calditie dans les creusets où l'on fbnd le minerai de duivre. Cette poussière, h vrai dlre^ ne peut être que du soufre impalpable.
Toutes, ees minefi sont dctivement ex^leitées par le gouvernement^ les produits en s^nt envoyés à la capitale^ où en les partage eii cer^ laines proportions entre le trésor, où on les eonvertil en mennaiei et au Tiànguet eu m
les vend au plus offrant. L'argent brut est déposé à l'hôtel des monnaies, pour être ensuite distribué de la manière que nous indiquerons plus loin.
Les grandes mines de sel de TAlolatepec forment encore une branche considérable de revenu. Les produits en sont immenses, et sont vendus sur la montagne à des particuliers qui viennent l'acheter en gros pour le détailler dans leurs villes respectives.
Toutes les carrières de pierre de la vallée appartiennent à l'État, qui vend aux particuliers le marbre, le jaspe, etc. Les profits qu'il réalise sur cette exploitation sont d'autant plus considérables, que la plupart des ouvriers qu'il y emploie sont des gens condamnés aux travaux publics.
Les manufactures d'étoffes de laine et de coton ne sont pas d'un aussi bon rapport, vu qu'il n'y a pas de monopole dans cette branche d'industrie : mais ce qui est une source énorme, ce sont les plantations de coton, de sucre, de riz, de maïs, d'orge, de blé, de fèves et d'ignames, qui appartiennent toutes au gouvernement, occupent
une vaste étendue de terrain et couvrent les plateaux des montagnes et les plaines de la vallée. Les récoltes, renfermées dans de vastes magasins construits dans toutes les provinces du pays, sont vendues au peuple par des inspecteurs qui, tous les six mois, envoient à la capitale le montant de leurs recettes. Ce revenu de l'État, comme je l'ai déjà expliqué ailleurs, est partagé en trois portions parfaitement égales. Tune affectée à la cassette particulière de llnca, la seconde au soleil et la troisième au paiement des salaires.
L'Inca emploie le tiers qui lui est alloué à rérection de palais, de bâtiments publics, de manufactures, à Tentretien de son harem et de sa nombreuse famille, dont chaque membre reçoit une pension annuelle. Dans ce nombre sont compris les nobles de la vallée, tous parents de Tempereur régnant, et conséquemment intéressés à maintenir ses droits contre tout agresseur.
La part affectée au soleil sert à Tentretien des
prêtres, des couvents, des temples, ainsi qu'à
l'érection de nouveaux édifices religieux; enfin
la troisième partie est presque entièrement ab-
263 UN FATS INCOIINU
sorbée par les honoraires des innombrablet fonclioniiaires du gouvernement.
En 1853, la population de la vallée était dd 2,815,070 habitants, dont 1,664,000 résidaient dans la capitale, 231, 56i à Âcaposinga, 142,369 à Tezcatl, 75,623 à Xaromba, et les 701,491 autres étaietit disséminés dand les vilieit et lesi villages qui couvrent le pays. Ce nombre de personnes habitant une contrée de 3^600 milles car^ rés environ donne une moyenne de 781 17/18 individus par mille carré, c'est-à-^dire plus du double de la population de la Belgique^ qui est le pays le plus populeux de l'Europe. La duréd de la vie est en moyenne de cinquante4rois an» et quelques semaines; les maladies sont rares; ce sont ordinairement des fièvres d'un caractère qdi n'a pas de gravité.
Plus de deux cent mille personnes travailleut dans les mines et dans les carrières : HA nombM à peu près égal est employé à réfeeiidn 4es édiOces publics. L'armée se composé de qufr' rante-sept mille six cents hommes^ dont éeai mille résident à Gérai et quatre nillc à JUsp^
tofrr PATS INCONNU lia
Binga ; vingt à trônte mille personnes sent pré* pesées à la garde des troupeaux de lamas et de vigognes; le reste de la population ôonsiste en artisans, laboureurs^ tisserands, marehands et commerçants»
lie revenu de la vallée atteint le ehUfre fabu^ leux de près de trois milliaris de monnaies fraâ^ taises, selon Yalaïon^ et de quatre milliards» si nous croyons Caonaga^ Ce chiffre peut parailpe exorbitant^ bien qu'il faille se souvenir que presque tout le numéraire se trouve entre les mains du gouvernement.
Je ne puis oublier) danb ees ohapitres deseriptifs, de parler des grands fehémins et des moyens de transport usités dans 6e beau (lays. Rien de plus adînirable que les routes eu plutôt les allées qui sillonnent le Oeiral-Miloo dads toutes les directions^ reliant chaque ville, ehaque bourgs chaque village^ avec la grande eapitale d'où les provinces tirent leur subsistante, et offrant au voyageur toutes les commodités possibles. Ces immenses allées sont tonstruilès avec 4éi pierres braies, taillée» eeuklaiéot sur tes
côtés, et si bien encaissées l'une dans l'autre, qu'on a peine à distinguer Tendroit où elles se joignent. La largeur de la route est d'au moins vingt pieds, et la surface, recouverte d'une sorte de gravier, est constamment tenue unie et dans la plus grande propreté. Ces chemins, bordés de parapets de dix-huit pouces de hauteur, sont percés dans le genre de nos chemins de fer, sur un niveau parfait, à travers tous les obstacles, et sans dévier de la ligne droite. Cette méthode est loin peut-être de coïncider avec nos idées du pittoresque; mais elle est, sans contredit, la plus commode pour les animaux et le voyageur, qui y jouit de l'ombrage fourni par des rangées d'arbres touffus, plantés de chaque côté de la route, et entremêlés de jets d'eau et d'arbres fruitiers dont les productions sont au service de tous les passants. A chaque kilomètre et demi, on rencontre une cabane de pierre élevée dans un petit enclos; ce sont là des stations occupées par quelques hommes qui remplissent les fonctions de chasquis^ c'est ainsi qu'on nomme les coureurs de la poste; et à chaque demi-mille.
le voyageur peut s'arrêter devant de jolies petites maisons servant de demeure aux nombreux porteurs de palanquins qui gagnent leur vie à transporter les voyageurs d'une station à l'autre. Huit de ces hommes se considèrent parfaitement payés lorsqu'on rémunère leurs services par le don d'un simple ochol d'argent (environ 3 fr. 10 cent.) Presque tout le monde voyage en litière. Les plus nobles, les plus riches se font porter par leurs domestiques, et les autres de la même caste, dont les revenus ne sont pas si considérables, ont recours aux porteurs dont nous venons de parler; c'est ce que font aussi les bourgeois les plus riches. Les basses classes se servent de véhicules dont l'établissement a été fait par le gouvernement. Ce sont des voitures à roues, ou sortes de char-à-bancs pouvant contenir quatre ou six personnes, tirés par une douzaine de lamas attelés trois de front. Le conducteur se tient toujours à la tête de son équipage. Dans toutes les villes de quelque importance, il y a chaque matin un service de départ de plusieurs de ces maraconas^ dont les places sont toujours
%êê ON PATS INCONNU
oceupées, car le prix en est modéré. Du reste, ees voitures marobent presque aussi Yile que les palanquinsi
Une multitude sans pareille encombre les rues de la capitale^ lors de la fête annuelle du soleil^ pour voir les magnifiques cérémonies du grand temple» Comme cette solennité a lieu au milieu de Tété, je n'ai pas eu l'occasion d'y assistei*, et je dois emprunter la description qu'en fait l'auteur Departesa de Xaromba dans son ouvragé intitulé : Des mœurs géralUnnes. « A eette épeque^ dit-il^ les routes sont eouvertes de palaa« quins et de maraeùnas; il en entre par jour dans la ville des centaines, qui se hâtent; de dépeser leur cargaisoii de passagers pour en aller eher^ eber d'autresi Pendant les trois jours que duré la fête, la population dei la tille esl presque doublée, car il n'est pas dans la vallée de famills • qui n'envoie Un ou plusieurs dé ses membres assister à cette cérémonie religieuse. Les ïiou^ veau^venus logent chez leurs amift, ou dans les immenses coralans qu'oà rencontre à diaqae pat âans la capitale. « Un etnrakm feaatmkte i
un FATS IHGONNTJ 107
yfi khan orie&tal i ohaoun doit s'y procurer boh fepas^ car lé propriàtaire ne fournit que le lit^ oompoté d'une couche de mousse pareille à celle eonnue aux États-Unis sous le nom de mousse de la Caroline du Sudi
Le transport des produits des mines et des carrières s'effectue au moyen de chariots carrés, porlès sur quatre roues faites de bois de la eeeropia peliata (l'arbre trompette)^ et garnies de bronse; ces voitufes^ appelées lalamoêi ont de vastes proportions; leur solidité est & toute èptm\é^ et elled sont attelées d'un noiâbre con^ sidérable [de lamas ^ qui parcourent en treize heures la distance qui sépare Gérai des mines d'Edarallaquatepee ^ environ cinquante et un mUlee, course assez longue pour des animaut qui ne paraissent pas doués d'une grande vi*^ ^6itr« On se sert aussi des lamas pour transporter les bagages des riches voyageurs^ mais o'est surtout pour les bronzes et les objets de gros Volume qu'on en fait usage.
Le cetout la laine et les objets semblables sont empaquetés «veo «oia et plaéés sur k de»
26K UN PATS INCONNU
deâ lamas; ces animaux peuvent porter §ans inconvénient un poids de 200 à 250 livres. On rencontre continuellement sur les grandes routes de longs attelages de lamas chargés, accompagnés de leurs conducteurs, et suivis ordinairement d'un intendant porté dans une litière.
On distingue plusieurs espèces de palanquins : les loca-dals, dont on se sert seulement pour voyager ; les ma-dals^ pour traverser les rues ; les fomer-dals, pour aller faire des visites, et les poesi'dals^ exclusivement réservés à Tusage des dames. Ces quatre véhicules aztecs sont tantôt à une, tantôt à deux places. On en voit aussi quelques-uns construits pour quatre personnes; mais alors ce ne sont plus des palanquins, car ils sont suspendus sur quatre essieux et sur huit roues, et traînés par des lamas.
Le locadal simple a environ huit pieds de long et quatre de large, sur une hauteur à peu près égale; il est garni de coussins épais, et au fond se trouve une sorte de matelas sur lequel le voyageur repose en lisant à son aise, ou en admirant la beauté du paysage qu'il découvre à
travers des jalousies pratiquées dans les panneaux placés sur chacun des côtés. Ces fenêtres sont garnies de rideaux pour mesurer la lumière selon le bon vouloir du voyageur. On peut à son gré avoir à sa disposition une table très-commode : il ne faut pour cela que lever une tablette appendue à un des côtés, et on trouve dans le fond du loca-dal une petite armoire dans laquelle on place les comestibles. Le loca-dal double est tout à fait semblable au simple, seulement il a six pieds de large et est porté par huit hommes au lieu de quatre,
Vena-dal n'a que quatre pieds de long sur trois de large et cinq de haut; en un mot, c'est une grande boîte oblongue garnie de sièges confortables. Assez ordinairement, les côtés ne sont solides que jusqu'à la hauteur de deux pieds, le reste est à jour et se compose d'un toit supporté par quatre petites colonnes, ou bien encore quelquefois garni de jalousies et de rideaux. Il est porté par quatre domestiques, ou, s'il est double, paç huit ; on y entre par des portières pratiquées de chaque*côté. ,
S70 UN PATS INCONNU
Le fomerdal a beaucoup de rapport aTeeh Ifut précédent^ et n'en diffère que par la manitn m^ dont on le porte. L'ena-dal a les supports plaoti iBie en dessous, et se trouve, par conséquent^ trèl^ )^ élevé au-dessus du sol^ sur les épaules des poi^ jn ttutki tandis qde les brancards du fomer^ i comme ceux du lota-daU sont plaéés prèadi (^ sommet; Ces palanquins mis en mobventent flbfli t donc â peine à quelques potices du pavé. Le dê^ ^ vaut et Tarrière sont fermés^ â l'excefltion tt | deiix petites ouvertures èirctilalres par W \ quelles le voyageur voit où on le mène et conH j munlque ses ordres enit porteurs.- Les éôtéftsdnt | ouverts^ mais on considère k(]ltiime de haute inconvenance l'action dé passer la téie par fees ptiftièreSi et, eil effet, jè n'ai jamais vu pëftontié commettre ufië semblable Infraction atî décorum;
Ces IrOis espëfciès de pàlànquiiis sont èxclusivetilèrit réservées aux homrtles, à rexcèptWii pourtant du loca-dat^ que lés dames emploient ail voyage lorsqu'il leur prétld fantaisie de qtli^ ter le lieu de leur résidence babituelle, ee qui arrive très-rarementj mais elles ddl Hitâ ès^
iiiî PkIié ir^coNND fil
rfirilctriiëtè de litière Mmkttéé ft lear tisage f€6Mi (fè^ celle qu'on appelle la poèii dah Hîë û Sit pieds dé long et qoatre de haiiï et dé fhgë; et rie ttbtité fermée jusqu'au toit; I6S côtés ètii df nés dé Jalousies garnies de gaze, de mattètc à rèhdf e FintéHétir impénétrable à la tue lèiBi paissants, tandis 4be du dedans bh Vdit par- SlteÈdent ttiùt ce qtii dé' passe M deUofS: l'intêieur est parfaitement rembfcftirrê et gawl de Hoelleùi coussins, ëHv léâquélâ reposent les fôllés Voyageuses (car èlléà tie vdyagént jàrtials lèiiléà), tandiâ ijuc l'eitérietlt est dtné de do- ?arèà et de peltitutés selon le gdùt du pli-oprlêiitivé. Ëllèsr étitit poTiéèè sur les épatiléS dé quatre JëHiteiiW âù intlyeri de supl^jorls placée vêts 18 Stoimet de la lltiéré. QdelquefcliS oti dontie â ce$ supports Id ibrâië d'dn ser|»eiit,~ et bn les gàrfllt 9ë Hclies bmetiiënts.
Lincà des Aiteèà, ëicè^iê â l'ë^bqlië de âa mtûéë ëfaiitiellé daii^ la Vàlléé,' se ^ërt d'uil [iàlàti4tiiil d'une fd^lnë paHicûliëré : c'est dh gddrè ddité rësseniijlàht en quelque sorte à uil siégé gaf tii de codtàlng Et diiibi'dgd pdi" éHi ^Id-
27î UN PAYS INCONNU
mes magnifiques entremêlées de guirlandes d'orfèvrerie. Ce siège est placé sur quatre perches disposées de manière à former un brancard porté par deux nobles du plus haut rang. Devant le siège se trouve une sorte d'escabelle. en bois sculpté sur laquelle Tlnca repose ses pieds. Lorsqu'il s'avance ainsi dans les rues, le faite de ce dais se trouve élevé au moins à quinze pieds au-dessus du sol.
Aux notes qui précèdent se borne ce qu'on peut dire sur la manière de voyager par terre dans le Gèral-Milco. Les moyens de transport par eau sont très-limités, car les cours d'eau sont trop faibles pour servir à la navigation. Le fleuve Naloma et un de ses tributaires qui prend sa source près des mines de Pocotatl, sont les seuls cours d'eau qui portent bateau. Les produits de ces mines sont apportés à Gérai dans de grands canots mus par vingt ou trente rameurs. On transporte aussi par eau des munitions de guerre jusqu'à Acaposinga. Entre cette ville et la capitale, on rencontre quelquefois des convois de marchandises qui montent et des-
cendent la rivière ; mais les bateliers ne s'aventurent jamais à l'est, car un peu plus bas commencent des rapides très-dangereux.
Les nobles et les riches habitants de Gérai ont des canots dans lesquels ils vont faire des promenades sur le canal qui traverse une partie de la ville et sert de communication au lac Naloma avec ceux qui se trouvent sur les plateaux supérieurs de la sierra Paricis. Ce canal est formé naturellement; les indigènes Tout seulement enfermé dans un lit de pierres taillées jusqu'à l'entrée du parc de Tlnca, et là les eaux reprennent leur cours naturel. Dans Tenceinte de la ville, ce canal est couvert par une quantité innombrable de ponts d'une construction simple, mais solide, dont j'ai déjà parlé dans les premiers chapitres de cet ouvrage; mais à sa jonction avec le lac de Naloma, on a élevé un arc de triomphe magnifique. Ce n'est pas une courbe parfaite, ce «sont deux arcs réunis par une dalle allongée, tandis que les côtés extérieurs sont construits en degrés ^ Il y a deux
^ Un arc de la môme forme se voit encore presque
cents ans qu'il fut bâti en commémoration de l'achèvement du canal pap llnca Huayna Evora, et il est encore dans un parfait état de con8e^ vation, grâce probablement aux énormes blocs de pierre avec lesquels il a été construit. Il est situé à la distance de deux cent cinquante pieds du lac, car, à partir de cet arc de triomphe, le canal est entièrement caché sous le pont continu qui unit les deux parties orientale et occidentale des quais qui bordent le lac. J'ai déjà mentionné les barques de cérémonie de rinca et de sa suite, il ne me reste donc plus qu'a parler des canots de moindre dimension sur lesquels trois ou quatre personnes s'embarquent pour une partie de plaisir. Ce sont des bateaui étroits, de quelque vingt pieds de long, et guidés par un seul homme. Au milieu se trouve une petite cabine ornée avec goût. En somme, ils ressemblent assez à la gondole vénitienne, si Fon en excepte les rideaux auv brillantes couleurs
dans tonte sa perfection à Labrà dans Iç Yu.cpytan. Gt'lui dont nous parlons ici est tout pareil^ aYecls seule dilférence qu'il est beaucoup plus élevé.
lombant jusque dans Teau, des jalousies de la eabinÊ, dont les ornements sont d'une magnificence sans pareille. Que de fois nous sommesnous aventurés, Grey et moi, en compagnie d'un de nos amis aztecs, dans un de ees charmants esquifs, sur ia caime surface du lac, nous dirigeant vers une des Iles flottantes (Chinompas)^ pour y admirer le clair de la lune et la vue magnifique de la cité de Tlnca! Souvent encore nous passions avec la rapidité d-une flèche sous la sombre voûte du pont, et nous nous trouvions tout à coup en plein canal au milieu des rires et des joyeux propos de la foule qui remplissait les bateaux ou qui se pressait sur les quais, à rom})ris des arbres, le long des jardins diaprés de fleurs. Il est tout ra|;ionnel de penser que^ dans une période de plus de trois cents ans, les Géraliens ont fait des progrès dans les divers genres d'architecture en usage chez leurs ancêtres les Péruviens et les Mexicains. Dans Thistoire de toutes les nations, nous voyoqs les habitants primitifs se bttir des huttes de ter^e recouvertes de rameaux pour leur servir d'abri exulte l'inteippérift des
saisons. Que Ton examine avec soin les traditions les plus anciennes de la nation de l'antiquité gui s'est le plus distinguée par sa civilisalion. Son origine se perd dans la nuit des temps, et, à l'arrivée de l'Égyptien Inachus, nous trouvons les habitants de la Grèce demeurant dans des cavernes, plongés dans la plus profonde barbarie; et cependant personne n'ignore jusqu'à quel point ils portèrent plus tard l'art de l'architecture. Les Péruviens et les Mexicains commencèrent probablement aussi par habiter des fissures de rochers et des grottes, des excavations qu'ils se creusaient eux-mêmes; puis, progressant par degrés, ils en arrivèrent à ériger ces temples, ces palais gigantesques dont les ruines couvrent aujourd'hui le Pérou et l'Amérique centrale^ et qui, pour les dimensions et la grandeur de la conception, rivalisent avec les plus beaux monuments produits par l'art moderne. Quel n'eût pas été le degré de perfection auquel ils eussent pu atteindre sur le sol de leur patrie? C'est ce que nous ne pouvons que conjecturer, car les invasions des pirates espagnols vinrent arrêter tout
UN PAYS INGOIfNU 277
progrès dans les arts des coatrées qu'ils soumirent, et dont les habitants furent réduits à la servitude la plus affreuse.
Les Géraliens avaient donc tous les avantages possibles pour faire des progrès rapides. L'union fortuite de deux nations renommées par leur civilisation leur donnait une condition d'existence des plus favorables. Ils emportaient avec eux dans leur fuite les notions de tous les arts et de toutes les sciences, résultats d'une expérience de plusieurs siècles, et de plus ils possédaient, inné dans eux, un sentiment d'action et de hardiesse, qui les portait à faire un dernier effort pour conserver leur liberté dans les déserts du Brésil.
Aussi les premières habitations de cette nation nouvelle ne furent point des cabanes de feuillage. Les premiers colons élevèrent un magnifique palais en pierres de taille, dans le style mixte du Pérou et du Mexique, pour servir de résidence à leur Inca. Au dehors, les escaliers gigantesques étaientgardés par les serpents symboliques de la nation du nord et ornés des disques d'or du culte vénéré par le peuple du pays méridional.
C'était, en un mot, le même édifice dont j'ai déjà donné la description, et dans lequel Grey et moi avions été logés par l'ordre de l'Inca.
Je désire, dans ce chapitre, décrire Tétat présent de l'architeclure dans la vallée aztèque, et, pour arriver à mon but, je vais commencer par énumérer les matériaux ordinairement employés par les entrepreneurs géraliens. Ces matériaux sont au nombre de cinq: les marbres blancs et noirs, la pierre brune, le granit et une pierre d'une teinte chamois pâle susceptible d'être polie et sculptée de la manière la plus délicate. Pour les décorations intérieures, on emploie le jaspe, Tagate, la brèche de couleurs diverses, le marbre veiné, qui est rare et d'un prix fort élevé, une espèce de verde aniico^ et un marbre d'une teinte rosée, dont on recouvré quelquefois les murailles.
Parfois les salles entières sont garnies de plaques d'ambre ou de lapis lazulL L'ambre est quelquefois disposé en colonnes creuses, et les plaques en sont jointes par des anneaux d'argent: dans l'intérieur on place des lumières, ce qui produit un effet singulier. Je me rappelle un
UN PATS INCONNU 279
magasin dans ta rue de rOcelot, qui avait un porti^iue supporté par quatre colonnes de cette sorte ; pendant tout le temps de iflon séjôiit; je ne pouvais me lasser d'adUlirer Cette (feUvre d'ôrtfi Gérai;
Dans les édtQéès publics et ÉiSÀlë dans ^^quèS édiftcéà partlfcttliers, oïl Ifemarqué une grande quantité de sculpluîes p.arfëitetnèrit exécutées^ représentanl'flts hiéroglyphes, des ôisèafiîi et fles hottitilè* en Bas-telief^l.es colonnes sont d'une folriiiè pareille à Un vase de Chine; coihitlè Jërài eitpliquè t)lds d'une fois dans mon journal, et tes chapiteaux ont befslUcoup d'analOgîë avec teuk qu'oli voit dShS leâ vieux temples dé rHîridOUslan; c'èSt-à-diré qu*iis ont la foriîië dé couâèînâ circulaires, aplatis en apparéfiOé pkt le pbids de \é poutre qui lès surmonte. Lfe cdïltou* de la ftèche est plus èRgant, plus léger et plus gràcieui qhé danS les monuments oHefltattx» cependant il ft'esfc pas difflcilè d'y refcfenàitfé \xhé tessèiùblahcë frappante.
L'affcàdé que nous déèl^ffbns èoUS W tioni déf gOthlqùe lèiié ëSt pëlrfaitënÉftt cohnue et est j^tx^ Èàixièûi ftriiïltfyéë iûé celle àtà foriiiè aelàî-
• circulaire ou autrement dite normande. Je n*ai remarqué cette dernière que sur les bords du canal de Gérai, où, dansquelques maisons bâties sur Teau, on en a construit au-dessous d'un escalier conduisant ^u premier étage. Les habi* tants passent sous cette voûte pour descendre dans leurs canots. Dans ces arcades souterraines, Tarcade en ogive est plus commune.
C'est là un progrès évident dans Tarchitecture américaine; car la seule chose qui approchât de la forme de Tarcade parmi les nombreuses ruines qu'on avait explorées jusqu'ici, étsit celle de Lubna, indiquée par Stephens dans son ouvrage sur le Yucatan. C'est une porte formée de deux arcades légères dont le point d'intersection est coupé par une dalle horizontale; description qui se rapporte parfaitement avec celle que nous avons donnée plus hau^de l*arc de triomphe de rinca Huayna-Évora à Gérai. Dans un corridor du palais de Palenqué, dans l'Amérique centrale, on voit.de petites ouvertures destinées à laisser pénétrer la lumière et représentant une arcade demi-circulaire : mais ces fenêtres sont taillées
dans un seul bloc et ne sont pas formées à l 'aide de plusieurs pierres réunies ensemble. J'ai souvent remarqué dans la vallée des fenêtres semblables.
Lorsqu'on construit un bâtiment, on commence par faire une excavation d'environ deux ou trois pieds, qu'on remplit d'un ouvrage de maçonnerie massive et bien cimentée. Sur cette terrasse, que dans quelques cas on exhausse jusqu'à quatre ou cinq pieds au-dessus du niveau de la mer, on élève les murailles jusqu'à la hauteur voulue, rarement au-dessus de deux étages, à moins que ce ne soit pour des boutiques ou des magasins. D'après la loi, les maisons particulières d'un seul étage doivent avoir leurs murs de quinze pouces d'épaisseur, celle de deux étages de vingt-deux pouces, et les magasins jamais moins de trente.
Tous les nobles aztecs habitent des palais superbes, dont l'architecture est si identique à la description donnée plus haut, qu'il me parait inutile d'y revenir. Quant aux maisons des riches citoyens, elles sont ordinairement entourées d'un jardin qui longe une des rues princi-
Jg« UN FATS' IliCONNV
palel En- smvant une allée saUéë* et Hnie OB' parvient deVant le Z'ilathat (le portiqaie), ordinait*éffiieht supporté^ par it» coloanes, et qii^ àsm les maisemsf de deui^ étages: ne faH pa& saillie,' mfais' s'enfonce dafis' les appartementa voisinis. En somme, c6^ porti<¥tfé^ resa^amble d'au-< tanif j^lus' à nne salle doAt oi^ aui^ait enlevé une murattlé,-^ ^u'rl ôât garni de divans et de tàb^es, tandlis qu'au plafond est sfaspendne la Utktb ilaihal (lampe dte la bienvenue), aieuble éturté e^rtainè grandeur et asse^élé^ant,^ com-*~ poèéf'. d'un tf èUiis délicat en ûls d'or on d'afutresmféta^iè motos ptécreùx, entoufè de Icfngs^ glands pétiûMî à trn balostre qui forine eoninie la edrniic&e du chandeFîef /
itï passant par une porte prati^ïtrée au cen^d du portique, le visiteur pénètre dang ttn long corriéûf^. Sur l'un des côtés est YEgctratron (le saloin),^ tfU le inaltré de la maison reçoit ses Mlos^ et de Térutrè, VOvvàlâon (autrement dH salle i manger). Lé salon, généralement earré^ est gfiltm à rune de dès eltrêmiiés d'an dais élété dé éé&x tnàfèhes ^u'o^ ajifteUèf TartmikUM
Vfi DAYS INCONNU Î83
(siééfê àé la bienvenue.) C'est là (Jtle le maître de la maison est assis, et c'est là qu'il cause ave'î^ ses visifeufs, reçus par lui debbut avec la plus pàrfeîte urbanité.
Conitfie marque de grande faveur, il descend les deux dégrés, et l'honneur est plus grand encore s'il avanôe jusqu'à moitié chemin, car aÎ6r§ l'étranger comprend qu'on lui offrira une place sut» le îdfimilathal. Cette pièce est sotrverît faut richemeht décorée^ les murailles sont sculptées, couvertes de marbres précieux, ou bien Cftchées sotis des tapisseries d^ là plus grande magniflceîioe.
Prés de ïEgar&lfon est la chambi^e pôrtiôu^ lière du maître ; c'est là qu'il instruit ses eiifants^ qu'il fait ses cotftpteà, qu'il donne audieride à sort maître des cérémonie», et qu'il reçoit sie^ aiôté les plus intime^, t^lus loin est son Evoridua (chambre à coucher)^ communiquant à un passage qui mène à Télage supérieur^ lorsqu'il en existe un; autrement, les chambres dont nous allons parler s'étendent de plàin-pied derrière celles que nous Venons de voir. VAvvoraga (appftnéinei^t dëë femiUës) coAsiftte ëii ^luilkitihi
chambres à coucher, une pour les enfants et u:: «alou où les dames filent, brodent, lisent ou s'occupent de quelque façon. C'est là que se trouvent les armoires où sont serrés les vêtements de la famille et les coffres qui contiennent le linge et la vaisselle plate qu'après chaque repas on rapporte à la maîtresse de la maison. Aucun homme ne pénètre jamais dans VAvvoraga^ à moins que ce ne soit le maître de la maison, ceux de. ses amis qu'il veut présenter à sa famille et le principal serviteur.
Si les étrangers sont ainsi exclus des parties intimes de la maison, ils sont en revanche librement admis de l'autre côté de l'allée, où se trouvent YUvvitton (roffice), VOvvaidon (salle à manger) derrière laquelle est placée VHanalpa (qui est la cuisine). VOvvaidon est une vaste salle correspondant en grandeur et en position avec YEgaratron^ et également ornée avec magnificence. VUvvitlon est aussi une grande pièce dans laquelle on dépose les mets avant de les servir. Les chambres à coucher des domestiques sont au-dessus ou derrière ces deux salles.
ly PAYS INCONNU 285
car la cuisine est séparée de la maison par une ouverture de quatre ou cinq pieds, bien qu'elle soit placée sous le même toit.
Lorsque la maison a deux étages, les appartements sont éclairés par des ouvertures pratiquées dans les murailles près du plafond, et composées d'élégantes ciselures; ou bien encore, comme dans les habitations du Nord de la vallée, la lumière pénètre par des fenêtres oblongues ou ovales, fermées par une couche très-mince de jaspe blanc, qualité fort différente du genre connu dans la minéralogie, en ce qu'il est presque aussi transparent que le mica.
Au second étage, toutes les pièces reçoivent le jour d'en haut, par des lucarnes qui, la nuit et au milieu du jour, sont fermées au moyen de rideaux, tandis qu'en hiver, ou plutôt dans la saison des pluies, on les couvre de toits élevés de deux pieds au-dessus de l'ouverture, (Je façon à laisser pénétrer quelque jour par les interstices; des plaques de jaspe blanc sont aussi placées dans ces couvertures temporaires, afin d y laisser pénétrer une lumière suffisante.
285 UN PATS INCONNU
Les planchers sont ordinairement composés de marbres variés ou de marqueterie^ c'est-à-dire de bois teints de différentes couleurs et arrangés en dessins pittoresques et bizarres;
Le toit ou plutôt la terrasse de tous les édifices est complètement plat et entouré de parapets en maçonnerie massive^ de sorte que,* sans let largues tuyaux de bronze pareils à des serpenta qui ornent les coins de toutes les maisons^ les terràssed deviendraietïl en hiver de véritables Wcà:
Leâ iNonstrueui serpents de pierre qui formaient la balustrade de l'escalier de notre palais étaient credx, on les avait indubitablement placés dé manière à servir de conduits d'eau sur tine large échelle. A vrai dife, ces gueules ouvertes doivent avoir une apparence étrange lorsqu'elles vomissent des cataractèis d'eau pluviale;
Les gouttières ne sont pas eti ûàage chet lèS Aztecs. Des tuyaul souterrains conduisent Tèatt de chaque nïaison à la itië voisine et là déversfefti dans uti vaste égodt en pierre qiii se vidé dans le lac de Naloma. Le sommêft dé cet égtiiît est aitdessous du niveau de lâ l'Hé^ et je tië lôe ilBiëB
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Jamais douté de ce système de draiaage, si un jour, pendant une de mes excursions avec mon ami Grey, nous n'avions rencontré sur notre chemin des ouvriers qui y réparaient une brèche causée par la chute d-une maison, dans la rue des Manufactures. Je fus alors à même de découvrir tout le mécanisme de cette partie de l'architecture aztèque.
Pendant mon séjour dans le Séral-Milco, j'ai fait de nombreux efforts pour m^ntroduire au milieu des familles aztèques, afln d^étre à même d'étudier les mœurs et coutumes domestiques de cette nation ; aussi les détails qui suivent compléteront ceux que j'ai déjà donnés dans le chapitre précédent.
Les gens riches, appartenant à l'aristocratie du pays, tiennent à honneur de soutenir la rang qu'ils occupent, et leur domestique est généralement fort considérable. On ne compte pas moins de cinquante serviteurs à leurs gages, et encore les porteurs de palanquins ne sont-ils pas compris dans ce nombre : ils sont habituellement seize, et je mentionnerai en outre les valets ié
chambre qui suivent leur maître lorsqu^ii fait une excursion d'apparat dans les provinces. Parmi ces cinquante domestiques d'une famille de rang, on trouve habituellement trente femmes, les autres vingt sont des hommes ou des petits garçons. Tous sont dirigés par un chef qui a pour titre celui de SHUa-il-alhl, autrement dit « maître des bienvenues, » et dont les fonctions équivalent à celles d'un maître d'hôtel des grands hôtels d'Angleterre et d'Europe. C'est lui qui engage les domestiques, qui les commande, qui les punit en cas de mauvaise conduite; c'est lui qui s'entend avec le maître et reçoit les communications de ses subordonnés. Le seule fonction dont il n'ait pas à s'occuper est celle de payer les salaires.
Les femmes qui s'engagent pour servir ont différents titres : il y a d'abord lesAwar-ilavvaroga (la femme de chambre et les couturières), qui ne quittent point les appartements de leurs maîtresses et travaillent avec elleâ, ou bien président aux soins de leur toilette. Les Awar-il-itanalpa sont occupées aux travaux de la
cuisine ou au nettoyage de la vaisselle, sous la férule du Mattorilitanalpa (ou maître cuisinier), auquel obéissent aussi les Avvar-il-uvvitton (femmes préposées à confectionner les provisions), et même les Iwar^il-owaidon^ domestiques mâles servant à table. Les valets de pied, dont le service est d'introduire les visiteurs, se nomment Iwar^-il^-egaratron^ et les valets de chambre Iwar-il-evoridua. Le portier d'une maison bien tenue a pour titre celui de Milla-ilzilathal^ et tout ce monde-là, — à Texceptiondes domestiques de voyage, les Iwar-il-millay et des porteurs de palanquin, Ivvar-il-dalr^ — est logé dans la demeure du maître.
Parmi les grands du pays aztec, il y en a qui poussent le luxe jusqu^à garder à leur solde une troupe de danseuses et de musiciens, et qui remplacent les valets qui servent à table par des femmes que l'on nomme Apvar^-il'Ovvaidon, et dont les gages sont bien plus élevés que ceux des autres domestiques.
Les nobles qui ne sont pas de service à la cour de l'inca, car dans ce cas-là ils sont logés et
nourris au palais du gouvernetnent et tte communiquent point avec leurs familles, commencent leur journée à six heuries dii matin. Leur premier valet de chambre vient alors les réveiller et présider à leui^ toiletté, tfn bain pris à la fontaine est suivi de frictions hygiéniques, après lesquelles le mattre se revêt de son costume négligé et déjeune légèrement dâttâ soii appartement, bès que ce préttiier tepas est achevé, TAztèc noble vô faire visite à sa famille, au cas où il est marié, et demeut^e quelques instants avec TAvvaroga; puis il se rend à sort cabinet d'étude, et donne à ses fils des leçons préliminaires, afin de les préparer a être admis à Tacàdemie des Incas. On visiteur survient-il, ou bien le maitre prend-il lui-même le désir d'aller voir ses amis, il congédie sa progéniture et ne revient trouver sa famille qu'à la nuit tombante, afin de dîner avec les siens.
Qu'on ne suppose pas que les Aztecs ne mangent rien depuis ce léger déjeuner du matin
* jusqu'au soir. Vers le milieu de la journée, on
sert généralement un lunch côlinposé de flruits
frais OU conservés, dB liquides rafraîchissants et autres comestibles ou boissons d'une digestion facile. Toute la famille et les visiteurs qui; par hasard, se trouvent présents, prennent place à ce second déjeuner et en mangent leur part.
La grande affaire de la journée, c'est le dîner, qui ne dure pas moins de deux heures. Dès que ce repas est achevé, on passe dans la salle de réception, ou bien oîi se rend chez des amis; quelquefois encore les Aztecs qui aiment à s'instruire, vont dans un magasin où Ton vend dèâ livres, pour y lire les productions nouvelles des littérateurs du pays. Ce n'est que le matin que l'on achète et que l'on vend dans leà rues marchandée de la ville aux hommes comme il faut. L'après-midi, à peu d'exceptions près, est réservée aux dames.
Dans la saison torréfiante, les parcs publics, plantés d'arbres séculaires, sous Tombrage desquels coulent des fontaines d'eau vive, sont éclairés au moyen de lampes suspendues, et le peuple vient là respirer l'air frais et boire des liqueurs édulooréesetglacéesquisevendentàtrès-basprix.
Pendant l'époque où la pluie tombe, souvent durant des mois entiers, la classe populaire reste le soir dans ses habitations respectives; les nobles et les gens riches sont les seuls qui s'assemblent les uns chez les autres, pour passer le temps de leur mieux, soit à causer, soit à chanter, soit quelquefois à danser entre eux. Comme on le voit, d'après cet aperçu succinct, les mœurs du Géral-Milco ne diffèrent pas beaucoup de celles du monde civilisé.
L'emploi de la journée des dames du pays, du moins de celles qui appartiennent à Taristocratie aztèque, doit aussi trouver sa place dans ce chapitre.
Sans compter la femme en titre, Tépouse légitime avec laquelle un noble contracte solennellement mariage dans le temple du Soleil, en présence du prêtre et du premier magistrat de la ville, il y a encore dans le gynécée géralien des maîtresses ou des odalisques (Ulvamathalr) qui font partie de la maison. Leur nombre est soumis aux désirs et aux moyens d'existence du chef de la famille, et il varie de cent à deux' cents.
C'est rinca qui décide en dernier ressort cette question de morale; et lui seul, comme le sultan de Turquie, a le droit d'entretenir autant de femmes qu'il en veut.
Il y a des lois qui défendent à YUlvamathalr de vivre avec un maître qui ne lui paierait pas une pension de cent ochols d'or par an*, et, au cas où celte somme ne lui serait pas comptée, il est loisible à la femme de faire comparaître son entreteneur devant un magistrat, et de le forcer à lui payer l'argent convenu. Les Ulvamaihalrs vivent dans les mêmes appartements que l'épouse légitime, en parfaite intelligence, travaillent avec elle aux labeurs de couture, visitent leurs amis communs, parcourent les magasins et voyagent dans les mêmes litières ; on dirait une famille de sœurs professant les unes pour les autres une amitié inaltérable.
Les Ulvamaihalrs ne sont point considérées comme des esclaves; car, en prévenant leur maître de leur intention de le quitter, il leur est loisible de rompre avec lui; mais au cas où elles s'échapperaient clandestinement du gytiécée.
elles sont arrêtées par la justice, et on les condamne à rester avec leur seigneur jusqu'à ce que la mort les délivre de cet état de servitude. Si malgré cette sentence elles tentaient de c'enfuir une seconde fois, leur maître a sur ses femmes un droit de punition qu'il règle suivant son désir. Ces maîtresses, condamnées à rester esclaves, sont nommées Inlathalr^ et par les règlements des institutions aztèques, on peut les punir de mort au cas échéant.
Les enfants des Ulvamathalrs^ comme ceux des Inlathalrs^ sont élevés avec ceux de l'épouse légitime, sans distinction, sans préférence. Le Jour de leur mariage, on les dote h Tégal des autres héritiers directs. A Tépoque de leur mort, on leur rend les mêmes honneurs. Les Inlathaln ne fréquentent point les UlvamathulrSy et ne sont reçues dans leur compagnie que sur Tûrdre formel du maître.
Du reste, celui-ci n'est pas très-rigide à cet endroit, et la plupart du temps il leur donna toute faculté de se voir. La seule distinction qui existe entre elles, à proprement parler» eit iW9
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la peusioQ^ réduite à ciaqu^t^ ocbols d'or, tandis que les autres, conume je^ T^i expliqué plus haut, en reçoivent ceut,
La race aztèque est sans contredit une des plus belles du inonde. l,es (ormes, 46f1;]^aits des hommes et des femmes sont 4'une finesse et d'une distinction remarquables. Le teint de ces Indiens est, à peu d'exceptions p9ès, as^z clair, quoique d'une couleur de brique. On jurerait qu'un sang de blanc coule dans leur$ veines, et que le soleil est la seule cause de la teinte bistrée qui les distingue des Américains du Nord, Les Âztecs ont les cheveux noirs ou tout au moins très-foncés ; les yeux de la môme couleur, larges, fendus en amande, et très-expressifs ; les dents l)lanches et d'un émail de perle; le menton et Je nez ressemblent à ceux qu'on voit dans les statues grecques. La taille des hommes n'est jamais au-dessous de cinq pieds huit pouces, et leurs membres soniadmir^ble^ ment proportionnés. Les femmes sont d'une distinction qu'envieraient beaucoup de nos compatriotes moins bies douées par la nature.
Les occupations de Tépouse légitime d'un Aztec appartenant à la classe élevée de la nation sont de diverses natures.
Dès que les premiers rayons du soleil pénètrent à travers les sculptures à jour de la corniche de leur chambre de repos, et font scintiller les dorures du plafond et des draperies appendues contre les murailles, lailfaUo-iTatn^aroga se présente devant sa maîtresse, couchée sur un lit surmonté d'un dais resplendissant, et vient prendre ses ordres; elle est bientôt suivie de toutes les Ulvamathalrs du gynécée, qui se sont levées depuis une demi-heure, et viennent présenter leurs hommages à leur souveraine. Celle-ci sort de sa couche, et, assistée par les Ulvamathalrs et les Malla-il-awarogas, va se baigner dans la fontaine placée au milieu de sa chambre. Si, par hasard, la chaleur accablante rend la chose nécessaire, toutes se dirigent dans un de ces lacs artificiels disposés au milieu du parc de la résidence princière, et entouré d'une muraille épaisse de verdure, afin d*y trouver une eau plus fraîche et plus salutaire. Le bain
dure une heure, et aussitôt qu'on en sort, tout le monde retourne dans les appartements du palais pour y procéder à la toilette. Quand six heures sonnent, on se réunit dans le Ovvaidon Avvaroga (c'est ainsi qu'on appelle le réfectoire des femmes), où Ton prend en commun le repas du matin, et dès qu'il est terminé, les ustensiles d'or et d'argent qui ont contenu les mets et servi aux besoins du ménage sont lavés avec soin, essuyés et renfermés dans de grands coffres, sous la surveillance de la maîtresse de la maison et de sa Malla-Hrawaroga,
Les Ulvamathalrs se rendent ensuite à la salle destinée aux travaux de couture et de broderie, où les enfants de la famille viennent les rejoindre. Là, chaque personne s'occupe suivant ses goûts : les unes à filer, les autres à broder, celles-ci à confectionner les robes, celles-là à peindre, et, parmi ces femmes, il y en a qui excellent dans cet art; enfin, d'aucunes se livrent à des travaux de calligraphie.
Le maître de la maison vient alors visiter son gynécée, et quand, après un court séjouji* avec
ses femmes, ii se retire en emmenant ses fils* les petites filles reçoivent des leçons diverses jusqu'à l'heure du lunch.
Bien souvent les Ulvamatbalrs sont sorties en litière pendant la matinée, pour parcourir les magasins ou se rendre auprès de leurs amies; mais, en général, elles sont de retour pour le repas de midi, après lequel on fait la sieste, puis on reprend les mêmes travaux du matin.
Vers les quatre heures du soir, on se jette encore dans le bain, puis on va se promener en palanquin tantôt hors de la ville, tantôt sur les terrasses des montagnes, où souvent ces dames se rendent à pied. Elles vont aussi présenter leurs hommages à l'Incaresse, ou bien encore visiter les boutiques de la rue de rQcQlot, si mieux elles n'aiment se reposer sous les om-^ brages du jardin en attendant l'heure du dîner, qui se prend en commun dans le grand Qpvai^ don. Maintes fois, dans la saison chaude, la soirée se passe dans le jardin où les Ulvamaih(àr$ se reposent sur le gazon, le long des pièces d'eau, ou bien encore dans des hamacs appsiida^
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aux arbres, sous dea lampes aliumées et répandant une lumière éblouissante.
Il arrive parfois que tes dames aztèques accompagnent leur maître dans les visites qu'il rend à ses amis, ou bien qu'elles reçoivent leuia amies, avec lesquelles elles se livrent à des ébats joyeux aii elair de la lune, dont les lueurd argentent la verdure des arbres et des fleurs. Lors de la saison des pluies, les femmes seules se rassemblent le soir dans VAwaroffë, pour y causer, y jouer entre elles ou avec les enfonts, y manger, y boire, y danser et y entendre quelquefois la musique ou une lecture poétique. Les poëmes les plus estimés sont en généra) des récits héroïques relatifs aux exploitsides premiers Incas, à leur bravoure dans les combats, et à l^histoire romantique de leurs amours.
Il me reste encore, avant de terminer ce chapitre, à raconter les cérémonies en usage pour le mariage, la naissance et la mort des individus de la race aztèque.
L'amour entre pour peu de chose lorsqu'il s'agit de contracter un mariage chez les Âztecs.
Voici comment on procède pour prendre femme dans le Géral-Milco : le père du jeune homme ayant jeté son dévolu sur Tune des filles de ses amis dont ralliance lui paraît devoir être avantageuse, arrange une entrevue entre les deux futurs, de manière que chacun puisse avoir une idée Tun de Tautre. Dès que cette présentation a été faite, le père du futur, qui a environ quinze ou seize ans, tandis que sa fiancée est à peine âgée d'un ou deux ans de moins que lui, demande à son fils, par pure forme d'usage, si la jeune fille lui convient, et toujours on lui répond affirmativement, car refuser son consentement serait chose inutile. Dès que le oui exigé a été articulé, le père fait porter à la fiancée, au nom de son fils, un présent splendide, et celle-ci lui renvoie un bouquet de fleurs toutes blanches comme la neige, symbole, à n'en pas douter, de sa chasteté et de son innocence.
Tout est donc arrangé pour le mieux ; les deux pères ont désigné le jour des noces et invité leurs nombreux amis à assister à la cérémonie, qui doit avoir lieu au temple du Soleil élevé dans la
ville OÙ les deux conjoints résident. Puis l'on s'occupe des préparatifs de la fête.
Le matin du jour où doit avoir lieu cette cérémonie, le futur^ revêtu d'un brillant costume, se rend, porté dans un riche palanquin, à la maison de sa fiancée, suivi de son père, de sa mère, et de tous ses parents et amis. La maison de l'épousée a été recouverte de draperies bleues, et la porte est plus particulièrement tendue d'un épais rideau. Le jeune homme descend de sa litière, et, accompagné par deux de ses amis, s'approche de la porte, tandis que l'un de ses camarades appelle à haute voix les habitants de cette maison cachés derrière la tenture. Nul ne répond de l'intérieur de cette demeure silencieuse. Alors le second ami interpelle à son tour ces gens si obstinés, qu'ils ne daignent même pas encore faire attention à ses paroles. Alors le futur tire un couteau de bronze et coupe les liens qui retiennent la tapisserie fixée au chambranle de la porte. Aussitôt qu'elle tombé, un grand nombre de serviteurs se précipitent par cette issua, portant sur leurs épaules une litière close
dans laquelle se trouvent Tépouse et sa mère.
Pendant ce temps-là, le futur est remonté dans son palanquin, près duquel vient se placer celui de la jeune fille. La mère descend alors du véhicule et se tient à côté, près du père da jeune homme et de ses parents, auxquels se sont joints aussi ceux de la Qancée. Aussitôt celle-ci relève les rideaux qui la cachent à tous les yeux, et tandis que les trompettes sonnent, on la voit enjamber le palanquin où elle est abritée et aller se placer dans celui de son mari. Et pourtant sa figure et ses formes sont entièrement recouvertes d'un voile impénétrable aux regards.
L'on se met sur-le-champ en marche pour se rendre au temple du Soleil, dans lequel sont réunis les prêtres et les chanteurs qui escortent les conjoints jusqu'à l'autel consacré. On fait asseoir les deux jeunes gens sous le dais, tandis que les choristes exécutent un morceau d'ensemble et le grand-prêtre implore la haute protection de l'astre adoré.
Les parents offrent alors des présents au temple, ou plutôt à ceux qui le desservent •—
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usage qui est aussi celui de toutes les religions païennes ou chrétiennes» rm et le futur exhibe un permis écrit en double, par lequel le premier magistrat de la ville, le gouverneur civil, lui permet de prendre femme. Ces deux certificats de mariage sont bénis par le prêtre, qui y appose sa signature. L'un est rendu au marié et l'autre est placé dans le tabernacle de Tautel, derrière le vase des sacrifices, après avoir été encensé et tu à haute voix par le prêtre offl^ ciant ce jour^là.
Dès que cette cérémonie est terminée, Tépousée est ramenée à la maison de ses parents, où elle doit demeurer trois jours.
Pendant la soirée du troisième Jour, aussitôt que la nuit est arrivée, la nouvelle mariée est transportée, toujours recouverte d'un voile, à la demeure de son époux. La procession qui raccompagne marche à la lueur des flam* beaux : elle se compose de tous les serviteurs du père, qui portent la garde-robe et les présents.
La demeure du mari (Véhirb-it-athl), devant laquelle s'arrêtât lés porteurs, ei^'^rillamment
éclairée, et sous le portique se trouvent rangés de nombreux domestiques, qui tous ont des torches à la main. L'épousée descend de son palanquin et se jette dans les bras de sa belle-mère. Accompagnée par toutes les femmes de la maison, elle pénètre dans la salle de réception {Evoridua)^ où son mari est assis sur le siège du maître son père (Tarim-il-athl)^ tandis qu'une bande de musiciens, cachée à tous les yeux, fait entendre une harmonie rhythmée pour la cérémonie. L^épousée s'avance jusqu'aux premières marches de l'estrade et s'arrête devant, entourée de toutes les femmes, tandis que la mère, qui la suit pas à pas, détache le voiU qui enveloppe la jeune fille et le fait tomber à terre pour montrer au mari sa fiancée revêtue d'une riche toilette (Pavisa) faite d'étoffes blanches toutes brodées d'or. Les musiciens soufflent à tout rompre dans leurs trompettes, et bientôt chacun se retire pour aller prendre part à un festin préparé pour l'occasion, tandis que les nouveaux mariés restent seuls ensemble... Telle est la cérémonie dii mariage chez les
Aztecs. Nous raconterons, en peu de mots, celle en usage pour les naissances.
C'est seulement le lendemain du jour où Tenfant est venu au monde que Ton songe à lui. Avant le lever du soleil, le portique extérieur de la maison se peuple de tous les amis de la famille, hommes et femmes, et, au moment où les premiers rayons de Tastre du jour pointent à rhorizon, le père de Tenfant s'avance en compagnie de la mère portée sur une couchette recouverte de riches tentures, te rideau qui cachait l'entrée de YEvoridua se soulève, et les domestiques de la famille s'avancent, portant des comestibles de différentes sortes, suivis par les UlvamalhalrSy dont la plus âgée tient entre ses mains un grand plat d'or dans lequel est couché l'enfant, recouvert d'une draperie blanche. Chacune de ces personnes est revêtue d'un riche costume, et la procession s'avance aux sons de la musique. Le père du nouveau-né vient luimême enlever le voile sous lequel l'enfant était caché, et, prenant sa progéniture entre ses mains, il la présente à tous ceux qui l'entourent,
tandis que YUlvamathalr le suit, portant toujours son plat d'or, sur lequel les invités déposent des joujoux et autres menus objets destinés à amuser le petit être dès qu'il sera à même de comprendre et d'apprécier les jeux de l'enfance. Dès que toute la société a vu la progéniture du père, on se rend à la salle à manger (Owaidon), afin de procéder au déjeuner.
Trois jours après cette présentation officielle de l'enfant, que Ton appelle en langue aztèque la parade du nouveau-né^ on le porte au temple du Soleil pour lui donner ui\ nom. Cette céré-^ monie est tenue secrète, car les seules personnes qui y assistent sont le père, la mère et les parents les plus intimes. Si par hasard l'enfant est malade, le grand-prétre se rend à la maison des parents, où il procède à sa consécration. Il s'agit tout simplement de tenir l'enfant au-dessus du vase du sacrifice, dans lequel on fait brûler des parfums, et à prononcer quatre foia, au nord, au sud, à l'est et à l'ouest, le nom que les parents ont résolu de donner à leur rejeton.
Les funérailles des morts ne sont pas aussi
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compliquées que les cérémonies dont les vivants reçoivent les honneurs. Dès qu'une personne a rendu le dernier soupir, on fait venir les gens qui s'occupent d'embaumer les corps; ils remportent chez eux, et trente jours après la rendent à la famille. On . la place alors sur une estrade élevée, et pendant soixante-deux heures ces pestes mortels sont entourés par les femmes de la maison qui, comme on le pratique dans rOrieat se frappent la poitrine, s'arrachent les cheveux, déchirent leurs vêtements et poussent des cris effroyables. Cette veille du mort étant achevée pour le plus grand honneur de celui-ci et la plus grande satisfaction de celles-là, le corps, embaumé par un procédé particulier qui lui donne l'apparence de la vie, est placé sur un palanquin découvert et transporté la nuit à travers les rues, (Suivi par un grand nombre de personnes portant de^ torches, dans les caveaux destinés à recevoir les morts, construits sous les murs de la ville. Le cadavre est placé debout dans une niohe, et tout aussitôt chacun s'échappa comme s'il avait peur d'être enfermé dans ces eatacombes.
Mon camarade de voyage et moi, nous eûmes roccasion, pendant le mois d'octobre, de visiter un de ces caveaux; mais la plus grande difficulté fut moins d'y pénétrer que de trouver un guide qui nous y conduisît. L'entrée de cette catacombe s'ouvrait à près de cent mètres de la porte de Coluca : on descendait par une pente inclinée, formée de petites marches, à trente pieds plus bas que le niveau du lac Naloma. Au bas de cette rampe, on faisait un détour dans la direction de Touest, et Ton apercevait un immense souterrain creusé dans le roc. Labyrinthes tortueux, salles immenses, corridors, tout s'y trouvait réuni dans une étendue de près d'un mille. Nous parcourûmes cette nécropole d'un bout à l'autre, examinant les murailles dans lesquelles, comme dans un pigeonnier, on avait taillé des niches de six pieds d'élévation et de deux de profondeur, dans chacune desquelles se trouvait un corps embaumé , et sur la partie supérieure de la niche on apercevait, tracés en caractères hiéroglyphiques, le nom du mort et la date de son décès. Il y avait, à n'en
pas douter, près de quinze mille momies dans la grande salle de ce cimetière souterrain, par laquelle on pénétrait dans une vingtaine d'aures reliées ensemble par tant d'entrées, de corridors, de boyaux et de tranchées, que, sans un guide, on s'y serait perdu comme dans le labyrinthe de Crète.
A l'extrémité de la grande nécropole, nous descendîmes encore trente pieds plus bas par une rangée de gradins dans une autre salle en tout semblable à la première; aussi crûmesnous inutile de continuer plus longtemps notre visite. On nous appïit ensuite que le cimetière souterrain que nous avions été voir était Un des plus petits du Gèral-Milco, et cependant, suivant Orteguilla, qui nous donna, avec son obligeance ordinaire, tous les renseignements possibles à cet égard, ce charnier contenait plus de cinq cent mille cadavres de tout âge et de tout sexe.
Dans l'un des ouvrages manuscrits que je possède , composé par Valaïon et écrit de sa main, j'ai découvert que les grands-prêtres du so-
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leil avaient, de temps lilimémoriâl/recomniàndé comme article orthodoxe de faire enterrer les morts près de la capitale. Pour obéir à cet ordre, les Aztecs qui résidaient loin du Gérai étaient forcés de faire embaumer lei» restes de leurs parents, afin de pouvoir les ômôiler au lieu désigné pour la sépulture, et naturellôiiient les 6éraliens virent l'effet pirt)duit par Teûibaùmement. Ces derniers finirent eu!^-mémeà par adopter ce inode de conservation, et leà môinies devinrent dès lors d'un usage général dans le Géral-Milco. Voilà près de cent vingt-six ans que tous ceux qui sont morts parmi les Âztecs ont été embaumés et placés dans les niches des catacombes du Gérai et des autres villes; car un des prédécesseurs d'Orteguilla, Ftnca Huayna- Evora , comprenant inconvénient sanitaire et local qu'il y avait d'être forcé d'enterrer tous les morts près de Gérai, publia un décret par le* quel chaque ville du Géral-Milco pouvait creuser ses catacombes. On pouvait, d'après cela, se passer désormais de la dépense défaire embaumer les morts; mais l'usage a prévalu, et il est
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toujours ïAis en pratique. L'édit relatif atïk enterrements ftit publié en 1685, Suivant le nouveau calendrier de ttotre fSaçon, let Huayna-Evora mourut en 1661.
Leé leteteurà &è te livre ne éèront pôtit-iètre point fâchés de trouver ici quelques détails relatifs à la vie champêtre des Aztecs. Noùà Bdrtironâ donc ensemble des cités êéraliennés pont jeter les yeux du côté des mohtâgnes et dés valions de la isiérra du Brésil décrite dans c^ê livre.
n est bon d'àvouêr que ce n*est point de mu que je rendrai compte de là vie pastorale des • Aztecs, car lorsque mon camarade Grey et moi nous parcourions les provinces de llncalàt, lious faisions partie de l'escorte d'Orteguilla et nous n'avions pas le temps d'examiner tout à loîsit et de prendre des notés sur les mœurs pastorales des Aztecs. J'ajouterai donc, en passant, que les détails contenus dans ce Chapitré m'ont été fournis par Yalaïon et particulièrement par uh autre auteur nommé Dopartesa, et que je les ai combinés avec ceux donnés par notre excellent ami Ciaoco, lê Cùraçà de Ocopaltepec, qui, à tout
prendre, était peut-être mieux informé que les littérateurs dont je viens de citer les noms, car il avait fait un long séjour dans ses terres situées à quelques lieues de la capitale, faisant valoir ses propriétés et administrant lui-même ses paysans.
La population agricole de la vallée du Gérai- Milco est approximativement évaluée à trois cent mille âmes, résidant, pour la plupart, dans les villages ou les hameaux perchés sur les pentes cultivées de la Sierra. Il en est peu qui demeurent dans des maisons isolées, par crainte des attaques inopinées des Lambys ou autres tribus hostiles des Indiens du Brésil.
Les paysans aztecs sont divisés en deux classes : celle des fermiers et celle des gardiens des troupeaux de lamas. Les premiers cultivent d'immenses plantations appartenant au gouvernement et dont les produits sont transportés dans les dépôts de la province dans laquelle ils résident. La seconde catégorie, celle des pasteurs, est elle-même scindée en deuxtatégories, celle des bergers proprement dits, qui
veillent sur les troupeaux, et celle des conducteurs qui se rendent dans les marchés des villes pour y porter des fardeaux placés sur le dos de ces précieuses bêtes de somme. Dans ces deux classes de paysans, il y a ceux qui sont à la solde du gouvernement et ceux qui travaillent pour le compte des fabricants d'étoffes de laine.
Les femmes des familles d'agriculteurs, dès qu'elles ont atteint Tâge de douze ans, sont employées à carder et à filer dans les différentes manufactures de coton et de laine du gouvernement. Avant cette période de leur vie, les enfants des deux sexes sont envoyés aux écoles du district, dont chacune est destinée à Tusage de trente familles seulement. Chaque année on choisit parmi les jeunes gens cinq individus, les plus travailleurs, qui se rendent à Gérai afin d'y être élevés au collège Amatau, aux frais de l*Inca. Un nombre égal déjeunes filles est aussi placé dans Je couvent du Soleil, afin d'y recevoir Une bonne éducation.
A rage de douze ans, l'inspecteur des écoles
fait choisir à ces enfants une carrière libérale :
il n'y a que le flls aîné de la famille qui doive suivre la même profession que celle exercée par son père. Les plus jeunes frères peuvent, à leur choix, aller aider leur famille, devenir soldats, apprendre un métier à la ville, s'engager comme domestiques, se faire mineurs ou s'enrôler parmi les ouvriers salariés par le gouvernement. Les autorités aztèques leur prêtent un concours des plus bienveillants.
Pendant trois années, les fils aînés des familles ont pour mission de tendre des pièges aux oiseaux, dont les plumes servent à faire ces riches tapisseries dont il est question dans ce livre, et ce n'est que lorsqu'ils ont atteint Fâge de quinze ans qu'ils sont considérés agriculteurs à régal de leur père.
Les travaux des fermiers dans le centre de la vallée sont fort pénibles eu égard à la grande chaleur qui règne dans le pays, mais sur les plans terrains des montagnes, la température est plus supportable : aussi le gouvernement, par une sage prévoyance , a décidé que les agriculteurs travailleraient alternativement, chacun à leur
tour, six mois de l'année dans la vallée, et six autres sur les plateaux de la Sierra.
Les bergers du Géral-Milco ne descendent presque jaipais des plateaux escarpés et couverts de neige de la Sierra Paricis, excepté lorsqu'ils viennent en ville y amener des marchandises. Le salaire de ces gens-là est assez considérable, et si l'on y ajoute celui que leur famille reçoit pour filer la laine des lamas, il est facile de comprendre quUls peuvent vivre très-confortablement au milieu de leurs montagnes. Us ne pégligent pourtant auçuno occasion d'augmenter leur revenu, cpmmeje vais le prouver p^r Iq fait suivant ;
Chaque troupeau de inillQ Iqmas ^st surveillé par sept bergers , et chaque animal est marqua (ï'un signe particulier qui le ferait reconnaître dans quelque partie de I^ vallée qu'il «'éch'ftp-^ pàt. Il arrive souvent pendant Tété que les bergers de quelques troupeaux se réunissent, et que, se confiant les uns aux autres pour garder leurs bétes à laine, ils organisent une associa-* t|on, au moyen de laquelle la moitié des hommes
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gardera les lamas, tandis que l'autre ira faire le commerce de la glace. Et voici comment ils procèdent pour arriver à un heureux résultat pécuniaire. Ils se procurent ou plutôt ils fabriquent un large traîneau (Laloma)^ auquel on attelle une douzaine de lamas, et ils se rendent au nombre de trente vers un des glaciers des pics neigeux de la Sierra. Là, armés d'instruments tranchants, ils coupent et taillent un chargement i*eau dure^ — c'est ainsi que dans la langue aztèque on nomme la glace, — et vont le porter à vendre à la ville la plus voisine, où cet article est acheté à un très-bon prix par les sybarites de l'aristocratie. Comme on le voit, l'art du glacier n'est pas tout à fait inconnu dans le Géral-Milco. Ces mêmes bergers apportent aussi des chargements de neige; mais la pluie gelée n'a pas autant de valeur que la glace, car elle se fond beaucoup trop tôt. On s'en sert seulement pour envelopper ces blocs de glace, car les Aztecs sont persuadés que c'est là le seul moyen d'empêcher Veau dure de redevenir de ïeau tendre.
Les Aztecs, chose étonnante, connaissent Tusage du vin; mais comme la vigne est rare, cet article est un objet de luxe dont les nobles seuls se donnent la jouissance. H y a deux pressoirs seulement dans tout le Géral-Milco : l'un est situé à Afolatepec, et Tautre dans le faubourg de la capitale nommé Huaxtepec. La récolte du vin dans la vallée aztèque est de deux cents gallons qui, suivant Fusage, se divisent en trois portions égales : la première pour llnca; la seconde pour les nobles désignés par le chef suprême, et la troisième pour le grand-prêtre du culte du soleil. Cette dernière partie est revendue des prix fabuleux à ceux qui ont assez d'ochols pour en acheter, Orteguilla nous fît présent de quatre bouteilles ou plutôt de quatre jarres au col étroit : ces dames-jeannes aztèques contenaient trois pintes chacune de cette liqueur, et Ciaoco nous offrit à son tour deux autres récipients pleins de la même quantité. Je possède encore à Charleston trois décanters remplis jusqu'au bord de ce vin aztec, qui ressemble beaucoup au Porto pour le goût, la force et l'épaisseur
Le raisin du Géral-Milco est noir, à gros grains ie
et très-doux. La manière de fabriquer le vin est ^
très-primitive : on écrase le fruit, on fai|; passer ^
la liqueur dans des linges et on la met ep bou- I T' teilles. Rien n'est plus simple ; uiais^ pomma on ) ^ ne laisse pas fermenter le jus (lu raisin et oomme on ne le soutire pas» il arrive que le fond de la jarre est rempli d'uq dépôt qui influe sur la qualité du liquide.
Les plants de vigne des Âztecs sont fort beaux, et la manière de les cultivep ressemble, à peu de chose près, à celle usitée par les (t^* lien^ : ce sont en général de^ treille ^u^ pendues, sous les pampres desquels pi^rît U grappe.
A Huaxtepec, les plants de vigue étaient cUs-
gpsés §ur un échafaudage ass^ compJUiqué do
bois et de pierres, et servaient de pro^]^çli^(}^
aux offiçlgifs de la cour de l'Inca et à Qrte^
uilla lul-u^ême.
Les vignes d'Huaxtepec, comme celles d'Atolatepec, sont confiées aux soins d'un officier, aux ordres duquel obéissent les viguerous des
deux plantations, et la culture des piants est considérée comme si importante, qu'il y a un vigneron pour chaque trente pieds de vigne. Tous ces gens-là sont à la solde de Tlnca, qui paye leur traitement sur ses deniers particuliers.