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Jura, en été. Tout y est de ce qui est essentiel. Et cela trouverait sa place aussi bien LOT dans le livre d’un savant que dans un musée. Nous en connaissons tous les éléments depuis les quarante-trois années d’envois assidus de l'artiste au Salon. Ils apparaissent ici, rassemblés comme pour une dernière revue. Salut suprême du
Maître à ces sites qui lui survivent. Salut reconnaissant de ces sapins, de ces
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bouleaux et de ces bruyères, reconnaissants d’avoir pris vie, sous son pinceau, à son cercueil qu’ils ont veillé du haut de ce chevalet silencieux, où les voici encore restés tels que le dernier coup de pinceau les y a laissés. Une mare reflète dans son eau de tourbe, qui opère à la manière du miroir noir, un peu de ciel en l’assombrissant. Les petits bouleaux, nerveux et frissonnants, trempent leurs racines dans le sol spongieux. Au delà, les grands sapins, âpres et drus, en leur solide plasticité obturent l'horizon, tandis que de leur subit recul à droite part une côte de pâturages où s’espacent des fermes et des forêts. Tout cela se détache d’un ciel heureux avec agitation. Il y a plus de mouvement au ciel que sur terre où règne la paix ensoleillée d’une belle matinée d'été. Des vaches passent et broutent sur le sol raffermi, entre les sapins et le marécage. Les études d’après nature, qui sont l’empreinte même de l’émoi moteur dans la matière, gardent toute la fièvre de la main, bataillant avec cette matière pour la contraindre à exprimer et la nature et l'émotion qu’elle provoque. Le tableau à l'atelier affecte une allure plus sage, plus méditée ; c’est un peu la traduction d’un allegro en un andante ou un adagio. Et la touche à n'être plus irréfléchie, lâchée «bride sur le cou », devient chose secondaire qui ne s’interpose plus entre l'impression du spectateur et la volonté de l'artiste de discipliner son émotion selon son parti-pris. Ainsi le tableau, moins passionné, acquiert une certaine sérénité qui est celle d’une belle âme, à elle-même
toujours égale, et dont les pires surprises ne sauraient prendre la foi au dépourvu.
Et maintenant, myriades de marguerites des prés du Bélieu ; somptueux tussilages satinés d’aiguail au matin; pierres brunes dans les transparences de la Reverotte et du Dessoubre; pensives ombellifères de Plaimbois ; bruyères roses de Noël-Cerneux; fourrures de mousses aux rocs et aux troncs de Consolation, nous ne vous reverrons plus, et vous non plus, — du moins tels qu’il savait vous concevoir à son image, — roseaux du Doubs, recueilli avec vous sous les grands rochers blancs,
aux rectitudes aggravées de lignes décisives par la mathématique de Vauban.
Le 21 mars 1921, M. Isenbart, toujours très matinal, se lève le premier, descend au sous-sol s'occuper de son calorifère et ne reparaît plus. Besançon apprit avec stupeur qu’il venait d’être fauché ainsi, en pleine activité, au moment même de reprendre sa journée de travail.
A l’œuvre, désormais, d’en dire plus.
Et au lecteur de tourner la page.
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