‹ Un peintre alsacien de transition; Clément Faller;Chapitre 5 sur 8 · COLLECTIONS · texte numérisé non relu

COLLECTIONS

Collection de M. Paul Bernard, à Montbéliard

Dans une lettre du 30 septembre 1866, Faller écrit à Xavier Mossmann : « J'ai passé un mois et au delà dans les environs de Belfort, où j'ai peint deux tableaux, dont l'un était d'une assez grande dimension. » Il nous a été impossible de découvrir de quels tableaux il s'agissait et ce qu'ils ont pu devenir.

Par contre, grâce aux recherches de M. Auguste Hœnsler, conservateur du Musée des Arts décoratifs de Mulhouse, nous avons retrouvé, à Montbéliard, la première Lecture et Prière chez les trappistes, passée de la collection Alfred Nsegely, de Mulhouse, dans celle de M. Paul Bernard. Nous en publions une reproduction.

La collection de M. Mouquet, de Paris, conserve une esquisse qui a dû servir à la seconde Prière,

Collection de M. René de Chaudesaigues de Tarrieux,

à Paris

Nous devons un hommage à l'éclectisme, au désir de vérité, à l'infatigable dévouement de M. de Tarrieux durant les recherches qui préparèrent la résurrection de Clément Faller.

Dans sa collection, nous avons trouvé le plus de pièces qui démontrent combien notre peintre fut le type de l'artiste de transition du XIX® siècle. Études d'après l'antique et le modèle vivant oii l'élève de Paul Delaroche subit d'abord l'ascendant des lignes sèches de son maître. Esquisses qui marquent non seulement la compréhension de l'esthétique de Delacroix, mais encore l'analyse des origines de cette esthétique, de ce qu'elle doit à Géricault et à Constable. Paysages de la première manière où s'impose d'abord, comme dans les premières toiles des Impressionnistes ^, l'influence de Corot ou de Courbet, tandis que la grasse polychromie de Diaz réchauffe telles Fleurs, telles Couseuses, Tout à coup, Faller oublie les nacres de Corot, les verts de Courbet et les confitures de Diaz. Il se retourne vers les tons acidulés des maîtres anglais et les tonalités sourdes des paysagistes de la Hollande. Dans le Guichet, près Orsay^ il salue une dernière fois le Corot de Y Étang de Ville-d* Avray, le soir (1860). Il invente

^ Théodore Duret : Les Peintres impressionnistes, p. 1 et suivantes.

alors ses admirables Peupliers, qui firent la joie de Degas. II peint aussi un Sous bois, derrière lequel il écrit orgueilleusement cette phrase bien romantique : « A garder, les bourgeois ne le paieraient pas. » Et il continue, faisant alterner ses verts lavés et ses visions enveloppantes : masses d'arbres, sous-bois et clairières, effets de ciels d'aube ou de crépuscule, en passant par les ciels de clarté et les ciels d'orage. Il n'oublie pas la figure. Il peint VOphélie comme une fleur qui tombe. Il délimite, dans la pénombre, la silhouette de Mademoiselle Mayer. Il évoque l'art du XVIIP siècle dans une série de portraits de jeunes filles et de jeunes hommes. Il meurt enfin, les regards émerveillés par le Sentier dans la forêt et la Maison dans les bois qui sont la dernière étape de l'évolution de ce romantique vers l'art moderne. En plus des peintures, nombre de dessins, pastels, etc., etc., des diverses époques de Palier ont été rassemblés dans la collection de M. de Tarrieux.

Collection de M. Christian Cherfils, à Paris

M. Christian Cherfils est un fervent de rimpressionnisme. Il a discerné fort judicieusement les origines complexes de Clément Faller, ses recherches de technique, son évolution vers l'art indépendant. Il possède un grand nombre d'œuvres du peintre, mais il a réuni surtout la plus grande partie des arguments en faveur du titre de Préimpressionniste, qui est réclamé pour lui. Ce sont des esquisses où la notation des couleurs ou de l'heure, dans toute leur étrangeté, prédomine le souci de la forme : un Village au soleil levant avec des frémissements de chair, un Torrent qui roule ses eaux tourbillonnantes, des arbres comme les symptômes d'un formidable incendie, quantité de ces «visions vertes» où luttent l'influence des Anglais et du paysagisme moderne : Constable, Turner, le Monet et le Renoir de la première manière, etc. Dans une suite de dessins et de pastels, M. Cherfils a recherché la psychologie de Clément Faller, son besoin de précision qui alterne avec des fougues d'homme malade, fatigué de vivre, trop sensuel.

Le même esprit a présidé à la formation de la collection de M. de Bermingham, à Paris.

Collection de M"^^ Delaherche

^me Delaherche, fille et élève de l'artiste, possède une collection qui doit contenir des pièces fort curieuses dont le choix fut dicté par une connaissance parfaite du talent et des préférences de Clément Faller. Il ne nous a pas été permis de l'étudier.

Collection de M. Jean Dollfus, à Paris

Aux nombreux témoignages de sympathie de M. Jean Dollfus, déjà cités dans ce livre, ajoutons la lettre que ]^me L Thoreus, sa fille, a bien voulu nous écrire, le 27 décembre dernier :

« Monsieur,

« Mon père me prie de vous dire qu'il sera très « heureux de vous montrer les tableaux qu'il possède de « son ami et professeur M. Faller. Nous voyons avec « plaisir cet hommage posthume rendu à un artiste de « grande valeur.

« Veuillez agréer, etc.

« S. Thoreus, née Dollfus. »

Quelques jours après cette lettre, M. Jean Dollfus nous fit les honneurs de sa collection qui reste inséparable de la mémoire de Clément Faller. C'est une joie, pour nous, d'évoquer l'image de cet hôtel de la rue Pierre Charron oià, chaque dimanche, deux hommes oubliaient les destins si différents que la fortune leur avait imposés pour se réunir dans le culte de l'Art. Autour d'eux veillaient les ancêtres du collectionneur : le souvenir du peintre Jean-Henri Dollfus qui, vers la fin du XVIIP siècle, avec Samuel Kœchlin et Jean-Jacques Schmaltzer, fut l'un des fondateurs de l'industrie des toiles

peintes mulhousiennes ^ la grande figure du bourgmestre Jean DoUfus, celles de Daniel, de Jean Dollfus père et de combien d'autres illustrations d'une famille qui, après avoir préparé la réunion de Mulhouse à la France, est encore l'orgueil de l'Alsace française. Les années avaient passé sans diminuer l'amitié du maître Clément Faller et de son disciple M. Jean Dollfus. Seul, un beau portrait de ce dernier évoquait, dans l'Alsace d'avant l'annexion, le Faller de Ribeauvillé, initiant à l'art moderne le Jean Dollfus de Dornach, devant des paysages aussi émouvants que celui de La Doller, près Mulhouse, coulant vers l'Ill, entre des peupliers fantomatiques.

Pour M. Jean Dollfus, le peintre Clément Faller est une émanation de Corot. Dans la partie de sa magnifique galerie où se trouvent assemblés nos maîtres français modernes, les principaux Faller occupent le centre d'un groupe de toiles du vieux maître. Ce sont : un Paysage d'Orsay^ avec une mare reflétant le ciel; un Coin de l'Ile de la Grande-Jatte^ aux arbres gigantesques; un Troupeau de moutons rentrant au bercail, dans un soir d'automne, et le Berger veillant son troupeau au fond d'une clairière. Ajoutons une petite Couseuse en robe bleue et un Enfant fouettant sa toupie. Ainsi placé, l'art de Faller dérive évidemment de celui de Corot que la collection de M. Jean Dollfus nous montre, on ne saurait

^ Voir VHistoire documentaire de VIndustrie de Mulhouse^ tome 1er, (Mulhouse, 1902.)

mieux, évoluant de Michallon et de Bertin aux paysages ensoleillés de l'Italie, pour aboutir aux finesses de nos paysages français, tout en conservant, dans ses figures et dans ses portraits, une puissance qui « fait songer à Van der Meer et à Poussin, et parfois à Rembrandt ^. » Mais, en dépit de cette similitude d'inspiration, même dans la collection de M. Jean Dollfus, le peintre Clément Faller reste un Corot tragique qui conserve son accent d'artiste de l'Est. Cet accent est si prononcé — comme il le fut dans Henner et autres artistes alsaciens, lorrains ou comtois — que M. Jean Dollfus lui-même, élève de Clément Faller, en fait le charme essentiel des toiles qu'il expose modestement à côté de celles de son ami.

D'autres ont analysé l'ensemble de la collection de M. Jean Dollfus et signalé les pièces principales qu'elle réunit dans l'hôtel de la rue Pierre Charron ^. Notre rôle se limite à dire combien consolante fut, pour Clément Faller, durant les années qui précédèrent sa mort, l'idée de vivre, honoré, dans un musée aussi éclectique. Quand on a la puissance de convier autour de soi toutes les époques de la Peinture européenne, depuis Giotto ou l'Atelier de Van Eyck jusqu'aux Impressionnistes, en passant par Rembrandt, Rubens, les Français et les Anglais du XVIIP siècle, Géricault, Delacroix,

^ Gustave Geffroy : Corot, peintre de la femme (VAri et les Artistes^ 2e année, no 22).

2 Arsène Alexandre, dans les Arts (1902).

Corot et Millet, quand on possède la Pythonisse d'Endor, du génial Hollandais, il fallait avoir une âme supérieure à celle de beaucoup de collectionneurs pour tirer gloire de la possession de tableaux signés Faller, même aux heures où l'Hôtel Drouot les offrait, contre le prix des cadres, sans trouver acquéreur.

Les toiles conservées par M. Jean DoUfus sont complétées par les beaux dessins que possède M. Adrien Dollfus, son fils.

Collection de M. Armand Faller

M. Armand Faller possède la Plumeuse de coq, déjà mentionnée, une plaisante scène d'atelier qui représente l'un des fils du peintre imitant le geste paternel devant le chevalet, divers portraits de famille, de beaux paysages, certains datés de Ribeauvillé, et des dessins.

Collection de M"i^ Edmond Faller

La collection de M"^^ Edmond Faller conserve de grands paysages de la vallée de Chevreuse ou de Sainte-Adresse, des études de nu, des portraits, des dessins et un dramatique Christ en croix qui rappelle le Rembrandt de la collection Léon Bonnat.

Collection de M. Meynis de Paulin, à Paris

M. Meynis de Paulin possède deux œuvres fort typiques de Faller : La soupe et un portrait de jeune femme que nous reproduisons. Elles sont traitées vigoureusement, la première sous l'influence de Rembrandt et la seconde avec le parti pris d'évoquer la grâce du XVIIP siècle en lui donnant plus de relief, plus de luminosité. Il convient aussi d'ajouter à ces œuvres quatre très originales Marines peintes à Sainte- Adresse durant les séjours de l'artiste chez M. Jean Dollfus, diverses Chaumières de même origine, une suite de paysages dont les plus curieux sont un Coin de Vile de la Grande-Jatte avec l'auberge du père Poupion, un Lever de soleil, une esquisse représentant des vaches le soir, une étrange tête de femme aux cheveux roux et épars, dans le sentiment de Botticelli, etc.

Collection de M. Paul Mossmann, à Vesoul

Outre le beau Paysage des environs de Thann et les portraits de M. et M"^^ Xavier Mossmann qui sont reproduits dans notre livre, cette collection conserve un certain nombre d'autres paysages et de curieux dessins faits au retour d'Amérique.

Nous ne saurions passer sous silence quelques-uns de ces dessins dont l'idée a germé dans le fond de gauloiserie que Faller tenait de ses origines rurales. Ils émaillent la correspondance de l'artiste avec son ami Xavier Mossmann, « qui est né avec des besicles et porte à présent des cheveux blonds » ^. Ils nous renseignent sur certains travaux de l'élève de l'atelier Paul Delaroche : « Un des sujets consiste en deux moines pris de vin et fumant des brûle-gueules; l'autre représente la Vierge et l'Enfant Jésus dans un temple obscur ^. » Ils vont enfin jusqu'à nous révéler les collaborateurs de ses nuits d'étudiant. « Quand je dis collaborateurs, je fais une faute de grammaire contre les règles du genre. » ^

1 Lettre du 7 mai 1846.

2 Lettre du 16 décembre 1842.

3 Lettre du 25 avril 1843.

Collection de M. Mouquet, à Paris

M. Mouquet affectionne les figures de Faller. Il a rassemblé une suite de beaux portraits de femmes et de jeunes filles : les uns très précis, peints avec une hardiesse de technique qui fait songer à Courbet; les autres franchement idéalisés, se détachant sur un fond vert. Cette suite contient encore un spécimen des portraits que l'artiste peignit en Amérique et que nous regrettons de ne pas connaître, afin de contrôler s'ils ont tous la brutalité et le mépris des conventions de l'art de la « portraiture » du temps, si bien exprimés dans le spécimen de la collection de M. Mouquet. Signalons encore, dans cette collection, une réplique de La soupe (collection de M. Meynis de Paulin) beaucoup plus claire, une série d'études pour une toile qui devait représenter la même vieille paysanne repassant les langes d'un enfant assis devant elle, une tendre Nativité^ des esquisses de la Lecture, de Prudhon et Mademoiselle Mayer, des études de nu, etc., etc.

M. Mouquet possède aussi nombre de paysages des diverses époques de l'artiste. Nous avons reproduit les Fantômes, mais nous ne pouvons passer sous silence le Clocher, étrange vision du type de celles que conserve la collection de M. Cherfils, la Façade de ferme probablement alsacienne, une grande Chaumière, et surtout la magnifique étude de Rochers à la fin du crépuscule, peinte par empâtements grisâtres, lourds, coagulés, avec le besoin d'exprimer l'éruption des matières jurassiques, leur sécheresse, leur infertilité, leur farouche isolement au milieu des œuvres du soleil.

Collection de M. Pacton, à Paris

M. Pacton possède une des plus souples études de femme nue que Faller ait dessinées. Il a encore la bonne fortune de démontrer que l'artiste alsacien fut un animalier de premier ordre. Citons un Ane et surtout des Chevaux à Vécurie. Au premier plan de ces Chevaux, la robe blanche d'une bête bien campée sur ses pattes fines se détache d'un fond à la Rembrandt admirablement conservé. Parmi les paysages de la collection de M. Pacton, quelques chaumières, un chemin sous bois avec des moutons, des Peupliers, à l'heure qui correspond si souvent, dans l'œuvre de Faller, aux exigences d'une incurable mélancolie.

Collection de feu M. Yatmann, à Saint-Louis (États-Unis)

AGENCE CONSULAIRE DE FRANCE de menil building, room 62 St. Louis, Mo.

« Saint-Louis, le 7 novembre 1906,

« Monsieur André Girodie, Paris.

« Monsieur,

« En réponse à votre lettre du 15 octobre, j'ai l'hon- « neur de vous informer que personne n'a pu me fournir « le moindre renseignement concernant le sieur Louis- « Clément Faller, qui, en 1851 ou 1852, aurait séjourné à « Saint-Louis. M. Yatmann, dont vous parlez, est mort « depuis longtemps; il n'a pas laissé de famille, et les « tableaux qu'il possédait ont été vendus ; mais à qui ? « c'est ce que je n'ai pu découvrir. Le musée de Saint- « Louis est encore à l'état d'enfance, et il n'y a aucune « toile signée de ce nom.

« Le directeur du musée de Saint-Louis est M. Joes « Halsey. Cor. 19^^ & Louist. Str.

« Agréez, Monsieur, mes civilités empressées.

« L. Seguenot. »

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