LE TABLEAU DE SAINTE CATHERINE A L'ÉGLISE NOTRE-DAME A BEAUJEU
Le musée de Lyou s'est rendu acquéreur, en mars 1897, d'un tableau peint sur bois qui se voyait jadis dans l'église collégiale de Notre-Dame à Beaujeu. C'était l'église du château. Cet édifice fut vendu à l'époque de la Révolution, comme bien national, et fut démoli quelque temps après, en 1793.
Le tableau décorait une des chapelles, qui était placée sous le vocable de sainte Catherine. C'était la première chapelle à gauche, en entrant dans la nef. Elle était adossée à un pilier'. La famille Paradin, qui a donné
* Abbé E. Longin, Procès- verbaux de la visite de Vèglisc collégiale de Notre-Dame de Beaujeu, 1890, p. 16 et 17. — Cette chapelle était en 1784 sous le vocable de sainte Reine, et cette nouvelle dédicace avait été faite probablement en 1670, époque à laquelle les chapelains avaient renoncé à desservir la chapelle, attendu que les charges excédaient les revenus.
au chapitre de Beaujeu plusieurs chanoines et un de ses dignitaires, le plus célèbre (Guillaume Paradin), avait sa sépulture « joignant l'autel de sainte Catherine^ ».
La baronnie de Beaujeu était entrée dans la maison de Bourbon. Le duc Jean II de Bourbon avait épousé, en 1484, Catherine d'Armagnac qui mourut peu d'années après son mariage. C'est en mémoire de cette princesse que des fondations furent faites. Il y en eut à Moulins, et le célèbre vitrail de sainte Catherine à la cathédrale rappelle une d'elles. De même le tableau de Beaujeu.
Ce tableau a 1 mètre 78 cent, de haut : les parties peintes ont 1 mètre 58 cent., savoir : 1 mètre 36 cent., pour le sujet principal et 22 centimètres pour le soubassement ou la prédelle ^. La largeur est de 1 mètre 15 cent, et de 1 mètre pour la partie peinte.
Sainte Catherine, la tête nimbée, est représentée en pied, debout, vue de trois quarts et tournée vers la gauche. Elle a de longs cheveux flottants ou plutôt à demi-tressés ; la tête est ceinte d'une couronne d'or ornée de fleurons^. Sa robe étroite, à longue jupe de couleur rouge, a un corsage dont le plastron paraît être de velours broché d'or. Ce velours a pour dessin la
' Alexandre Poidebard, Nouvelles Etudes sur le Beaujolais, 1891, p. 12 et 13.
' La prédelle désigne la partie inférieure d'un tableau à plusieurs compartiments.
^ Ces lieurons sont des feuilles de chardon transformées selon le style héraldique du temps. On peut même voir dans ces fleurons trois flammes ou langues de feu. Le chardon était, comme les flammes, la devise de la maison de Bourbon ; le peintre a voulu rappeler cette devise.
DE LA FIN DU XV^ SIECLE
grenade en fleur, un de ces ornements qui étaient le plus en faveur chez les fabricants florentins de velours et d'étofl'es de soie, à la fin du xv^ siècle comme dans la première moitié du xvi'' siècle.
La sainte a la main droite enveloppée dans son manteau qui cache en partie le livre ouvert qu'elle tient de cette main. Elle appuie la main gauche sur la poignée d'un large glaive, l'instrument du supplice définitif, dont la pointe repose sur le sol. Elle foule aux pieds un personnage à barbe blanche, coiffe d'un turban, qui figure, suivant les uns, l'empereur d'Orient persécuteur des chrétiens, ou, suivant les autres, la Philosophie païenne ^
Auprès de sainte Catherine sont des anges ailés, en pied et debout, vêtus d'habits de chœur, qui tiennent des flambeaux d'église avec des cierges allumés. La dalmatique de l'ange à gauche porte une inscription qu'on ne peut pas lire en entier.
Sainte Catherine est devant une sorte de large niche décorée, dans le fond, d'une étoffe ou d'une tapisserie de couleur sombre sur laquelle est tissée la lettre K (Katherine). Des pilastres au chapiteau corinthien sont dressés de chaque côté.
Au bas, à droite, on voit un fragment de la roue aux lames de fer recourbées qui devait servir à son martyre.
' La charmante statuette de sainte Catherine qui occupe une des niches du tombeau de Philibert le Beau à Brou, reproduit, jusque dans les détails des accessoires, la figure de la sainte qu'a donnée notre peinti'e à Beaujeu.
On lit, au-dessus du soubassement ou prédelle, en lettres capitales romaines :
La prédelle qui, pour la partie peinte, a 22 centimètres de haut sur 1 mètre de large, est divisée en trois compartiments.
Au centre, la scène du martyre de sainte Catherine. A gauche, les roues garnies de pointes de fer; au milieu, agenouillée et les mains jointes, la sainte dont le bour reau va trancher la tête avec le glaive; à droite, le tyran qui a voulu assister au supplice a été frappé par la foudre, est renversé de son cheval et est entouré de plusieurs de ses gardes épouvantés.
Dans les compartiments de chaque côté, cinq personnages sont agenouillés, la tète nue et les mains jointes ; ce sont les Catherins ou prêtres prébendiers chargés du service de la chapelle, qui firent exécuter probablement ce retable à leurs frais. Leurs noms sont peints en lettres capitales romaines au-dessous de chacun d'eux :
BRUGHET V M. gFllIN. A. POLLOGE • V I • D(E) LO(R)ME V A. SARRASr •
* Les actes capitulaires de Beaujeu sont conservés aux archives du Rhône (fonds de Beaujeu). M. Georges Guigue, archiviste eu chef du département du Rhône, a eu l'obligeance de nous les comcauniquer, mais aucune mention n'y est faite, de 1506 à 1508, de la commande ou de la réception du tableau.