‹ Un peintre lyonnais de la fin du XVe siècleChapitre 3 sur 8 · PEINTRE · texte numérisé non relu

PEINTRE

prénom de Jean, est mentionné en 1332. Un autre peintre, Renaud, vivait dans le même temps ^ Sept peintres se sont produits de 1340 à 1350 (ils ont dû exercer leur métier avant cette période) : c'est Guichard, Jacquemin^, Etienne, Jean, Jacques, Jean Ghatard et Georges. Le peu que nous savons des deux derniers, qui peignaient des ystoires, nous a été fourni en partie par le testament de Ghatard, l'un d'eux''.

Nous devons mentionner après eux le maître Jean, peintre et verrier, et deux peintres, du nom de Ganet, qui travaillaient certainement en 1350 et très probablement auparavant. 11 y a eu, au milieu du xiv^ siècle, deux Jean Ganet : l'un, Jean l", a été maître peintre de l'église Saint-Jean et est décédé en 1361 ou en 1362*; l'autre, Jean II, était valet (famulus) du peintre Jean Ghatard, qui lui légua, à sa mort, en 1361, les peintures sur vélin qui lui servaient de modèles'', ses pinceaux et tout son matériel de peinture^.

' Le peintre Renaud est décédé en 1348. (G. Guigne, Listes des sépultures de la paroisse de Saint-Nizier, 1899, p. 49.) ^ Jacquemin était peintre et iilumineur.

3 21 juin 1361. Archives du Rhône, Testamenta, vol. IX, f° 1 verso.

Jean 1" Ganet a eu Pierre de Sargues ou de Salgue pour successeur. Celui-ci avait travaillé à la cathédrale avant 1362, et sa nomination de maître peintre fut faite le 27 juin 1362 (Archives du Rhône, Actes capitulaires, vol. I, T 10 v" et vol. II, P 11 r").

Omnia pergamina sua depicta vocata patrons ad accipiendum exempla ad pingendum.

N. Rondot, les Artistes et les maîtres de métier à Lyon au xiv siècle, 1882, p. 25 à 40.

SAINTE - CROIX -EN- JAREZ

Peintures dd tombeau de ïhibaud de Vassai.ieu

DE LA. FIN DU XV= SIECLE

Il serait naturel de penser que les exécuteurs testamentaires se sont adressés au maître peintre de la cathédrale placé en quelque sorte sous leur autorité, à Jean I" Ganet, qui pouvait être en exercice à cette époque, ou à son prédécesseur encore inconnu. Gela n'est pas probable.

Ges peintures sont vraisemblablement, nous le répétons, d'un peintre de Lyon. Elles sont déparées par des incorrections. Notre préparation artistique était alors assez avancée, à en juger par d'autres travaux, pour que nous n'admettions pas que le maître de l'œuvre des peintures de Saint-Jean ait pu se montrer aussi inexpérimenté et avoir été aussi peu maître de son pinceau. Toutefois, l'auteur de ces tableaux devait vivre dans un assez large milieu pour n'être pas resté étranger aux entreprises de l'art en ce genre. Il était sans doute malhabile; il a montré, par places, de la rudesse dans son faire, et cependant il a fait preuve de qualités qui dénotent la main d'un homme du métier ayant un vif sentiment de sa tâche, cherchant sincèrement à exprimer ce sentiment et y réussissant dans une certaine mesure, Gette tâche peut avoir été dévolue à un ou deux des peintres en sous-ordre du maître peintre de la cathédrale de Lyon,

Nous sommes, du reste, mal placé pour juger cet ouvrage. Ges peintures avaient été couvertes d'un lait de chaux ; ce qui est resté après l'enlèvement de ce badigeon ne permet pas de se rendre compte exacte mént de cette rare décoration et de la valeur du travail primitif; l'étude sur place est difficile. Si, grâce à l'hé-

liogravure', nous pouvons saisir les traits principaux de la composition et le caractère de scènes si diverses, on n'a pas avec les planches assombries de l'héliogravure la perception nette de l'effort artistique que cette oeuvre représente.

Exécutées au commencement du deuxième quart du XIV® siècle, ces fresques^ sont les plus anciennes que notre région possède. Nous disons notre région, parce que la chartreuse, tout en étant sur le territoire forézien, avait d'étroites attaches avec Lyon, outre qu'elle n'en était pas éloignée.

Ces peintures occupent, sur une surface d'une vingtaine de mètres carrés, les deux côtés d'un angle de l'ancien chœur, à gauche du maître auteP. Elles forment quatre panneaux disposés deux à deux : les deux supérieurs représentent, Tua le Couronnement de la Vierge et l'autre le Crucifiement; les deux inférieurs des scènes des funérailles de Thibaud de Vassalieu. Les fonds sont les uns bleus et les autres rouges, avec des semis d'étoiles d'or. Les couleurs sont appliquées par teintes plates, et il ne paraît pas y avoir eu intention de modelé et recherche d'effets d'ombre.

* Les peintures de Sainte-Groix sont reproduites par l'héliogravure dans l'ouvrage publié par la Diana.

^ Ce ne sont pas des fresques à proprement parler. Ces tableaux ont été peints à la détrempe sur le mortier sec. La surface de l'enduit n'est pas unie.

" Nous avons donné, au cours de cette note, la reproduction au trait de trois de ces tableaux que nous devons à l'obligeance de M. A. Vachez. A dire vrai, aucune des reproductions de ces fresques ne nous a satisfait.

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L'ensemble est grave, avec même de la noblesse et un sentiment religieux. L'exécution n'est pas savante; elle est libre, facile, et les incorrections qui ne sont que trop nombreuses se font oublier. S'il y a de la faiblesse dans le dessin, on ne peut pas dire qu'il y ait de la faiblesse dans la peinture, tant la décoration murale comportait alors de simplicité dans la facture.

Le peintre était bien de son pays et bien de son temps. Inexpérimenté, nous l'accordons, il n'en a pas moins fait, non sans intelligence, de l'art qu'on peut dire vraiment français. Il a rompu avec le byzantinisme, avec l'art archaïque, et cependant il n'a pas abandonné tout à fait l'archaïsme traditionnel, qu'on retrouve au Couronnement de la Vierge, dans cette Vierge solennelle et mystérieuse, dans ce Père éternel sévère ^ Il a conservé aux figures l'élancement, la sveltesse hiératique. De l'autre côté, dans le tableau du Crucifiement, la note émouvante domine. Le dessin n'est plus rigide, les personnages ne sont plus impassibles. Le peintre a mis l'expression surtout dans l'attitude et le geste. Aux pieds du Christ mort sur la croix, la douleur accable les saintes femmes et la Vierge est évanouie. C'est l'éclosion d'un art nouveau ; il y a un naturalisme déjà accentué. L'esprit réaliste n'est pas moins apparent dans la procession des chartreux qui chantent le service des morts; il n'y a pas que de la naïveté, de la sincérité, dans ce groupe de moines à la haute stature, aux visages recueil-

' Ne serait-ce pas Jésus-Ghrist ? 11 nous a semblé voir sur la main qui bénit la marque du clou qui l'avait percée.

lis, dont les robes blanches aux plis rigides se détachent sur un fond rouge; il y a quelque chose de plus. La différence est toutefois marquée entre ces moines et le groupe des saintes femmes et le saint Jean du Crucifiement; ces derniers sont d'un art plus avancé. On serait porté à les croire d'une autre main. Partout l'indifférence du détail.

Ainsi, dans un temps où la science du dessin manquait encore, on savait observer, et l'on s'efforçait de traduire le sentiment que l'observation avait révélé.

Aucune influence italienne ne se montre dans ces peintures; MM. J. Déchelette et E. Brassart l'ont constaté, et nous sommes de cet avis. Cette influence n'aurait pas apparu non plus dans l'œuvre de ceux de nos maîtres qui avaient plus de valeur que le peintre de la chartreuse. C'est que la rénovation de l'art due aux initiatives, aux hardiesses et au génie de Giotto, quoique presque contemporaine, ne devait être connue, au moins dans notre région, que vingt ou trente ans après la décoration murale de Sainte-Croix. Elle eût pu y pénétrer plus tôt. Clément V, en effet, avait transféré en 1309 le Saint-Siège à Avignon; une action indépendante et vigoureuse dans le domaine de l'art se produisit sous l'influence du pape. L'école d'Avignon, tout italienne, fut formée par un contemporain de Giotto, par Simone di Martino, de Sienne, ami de Pétrarque. Il ne paraît pas qu'elle ait eu au dehors quelque rayonnement, et il est certain que Lyon est resté étranger à ce mouvement. Simone di Martino mourut en 1344, et il faut descendre jusqu'en 1377 pour trouver un peintre

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d'origine italienne établi à Lyon : « Mètre Piero, peintre de l'Italye » C'est le premier peintre italien dont il a été fait mention et nous ne savons que son nom ^.

On peut juger par les fresques de la sépulture de Thibaud de Vassalieu de ce qu'on produisait au commencement du XIV* siècle. On resta longtemps dans notre région, comme style et comme facture, loin de l'art italien tel que Giotto l'avait fait, loin même de l'art flamand, qui eut une floraison particulière en Bourgogne; mais, malgré les calamités du temps, les évolutions de l'art s'accomplirent par notre propre force.

Des œuvres antérieures au xvi* siècle autres que les tableaux dont nous venons de parler ne nous sont pas parvenues, mais on n'ignore pas quels maîtres furent le plus en faveur à Lyon, et nous allons rappeler le souvenir de plusieurs d'entre eux.

Jean Gellarier, sous Charles VI et Charles VIP, François de Rochefort, sous Charles VIII et Louis XII, ont exécuté toutes sortes de peintures d'histoires, de mystères et de joyeusetés. Huguenin Gonin a travaillé pour le dauphin qui fut Charles VII. Jean ou Janin Hortart, un Écossais, peintre, enlumineur, verrier et brodeur, fut nommé en 1412 maître peintre de l'église Saint- Jean.

* Du côté du Royaume. Archives de Lyon, GG 66, f" 6 recto.

^ 11 y avait aussi à Lyon un peu auparavant, de 1368 à 1371, un peintre allemand, Jean l'Allemand (Johannes Alemandi).

^ Jean Gellarier a été au service du duc de Berry, oncle de Charles VL II travaillait déjà à Lyon en 1382.

Avec Jean de Juys, aussi peintre et verrier*, Hortart (Janin d'Ecosse) fit les pourtraicis pour « les personnaiges et les istojres » du mystère Modus et Ratio qui devait être joué devant Louis XI en 1463. Pierre

de Paix dit d'Aubenas et Jean Prévost, peintres et verriers, ont été associés aux travaux de Jean Bourdichon, peintre de Louis XI et de Charles VIII, Tauteur des grandes Heures d'Anne de Bretagne, qui était encore en faveur en 1520 auprès de François P'. Pierre de Paix était un dessinateur élégant et correct^, Jean de Saint-Priest, peintre et le plus souvent sculpteur,

a modelé, en 1500, avec Nicolas Le Clerc, le médaillon célèbre à l'effigie d'Anne de Bretagne et de Louis XII.

' Ce Jean de Juys fit, chose singulière, preuve de noblesse pardevant le chapitre de l'église de Lyon.

- Voir un fragment de vitrail de la chapelle du Saint-Sacrement à la cathédrale. (Les Peintres sw verre, p. 16.)

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Jean de Juys, Philippe Besson, Jean Bonté, Dominique Du Jardin, François de Rochefort, Adam Favre, Daniel

Decrane, Jean de Bourt, Jean Ramel, ont composé et

ont peint, pour des entrées de rois et de princes, ces

décors de grand caractère dont les actes consulaires ont conservé le souvenir ; c'était l'art fastueux du temps.

Jean Perréal (Jean de Paris) enfin, qui fut un des peintres en titre d'office de Charles VIII, d'Anne de Bretagne, de Louis XII et de François I", qui a peint les triomphes de nos armes en Italie, a beaucoup produit. Il a fait des travaux de diverse sorte ; on le voit se mêlant de tout, suffisant à tout, travaillant partout*. On connaît son œuvre en partie par des documents originaux et des témoignages contemporains. Tout ce

qu'il a fait n'est certes pas perdu, mais ce qui reste est ignoré ^ Il ne serait pas impossible de découvrir quelque peinture de ce maître dont l'œuvre fut si étendu. Les portraits des priants sur les panneaux qui font partie de ce qu'on appelle le triptyque de la Vierge

* François I" a même nommé Jean Perréal « son cher et bien amé varlet de cliambi^e ordinaire, commissaire général et maistre des euvres sur le faict des réparacions, fortiffications et empare mens des villes et places de Ljonnois, Fourestz, Beaujolais et Dombes », (Lettres patentes du 2 novembre 1523, Archives de Lyon, EE. Chappe, t. IV, p. 324, n» 33.)

■~ Nous parlons des peintures. Perréal a donné les dessins du tombeau de François II, duc de Bretagne, et de sa femme Marguerite de Foix, dont les sculptures sont de Michel Colombe. Ce tombeau a été transporté dans la cathédrale de Nantes.

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de la cathédrale de Moulins, portraits de Pierre II de Bourbon, d'Anne de Beaujeu, femme de Pierre II, et de leur jeune fille Suzanne, faits vers 1499 et dont ou a célébré souvent la beauté, sont français, mais c'est le

travail d'un français qui avait accompagné Charles VIII et Louis XII en Italie et qui, déjà assuré de sa force, y avait ajouté une autre force acquise au delà des Alpes, au temps où l'art italien avait encore sa puissance. Ces portraits peuvent être sortis du pinceau de Jean Perréal, qui avait rapporté d'Italie une âme nouvelle et qui était connu d'Amie de Beaujeu. Nous ne pouvons pas le prouver par un texte, mais bien des faits nous paraissent justifier la solution que nous inclinons à donner à ce problème ' .

Nous nous en tiendrons aux noms qui précèdent quoique d'autres peintres, Pierre de Sargues, Pierre Saquerel, Jean Evrart, les de Montpancier, etc., aient eu aussi quelque renom.

En résumé, si tout démontre jusqu'à l'évidence qu'à Lyon, foyer de richesse et par suite de luxe, tout au

' Paul Mantz était fermement convaincu que ces portraits ont été peints par une main française. (Gazette des Beaux- Arts. 2" période, t. XXXVI, 1887, p. 460 à 462.)

moins intérieur, l'art a pénétré partout et qu'il y a pris un développement à l'étendue duquel on n'a pas assez cru', aucun monument, surtout pour la peinture, d'une authenticité indiscutable, n'était resté qui permît de juger avec certitude de la valeur et de l'originalité de cet art'.

C'est récemment qu'un tableau a été découvert, qui nous a fait connaître quelle était la facture d'un de nos peintres du xv*^ siècle dont la vie s'est prolongée jusqu'aux premières années du xvi"' siècle. Ce peintre était inconnu.

Nous n'avons trouvé dans aucun des écrits du temps rien qui donne à penser qu'on tenait ce peintre en quelque estime^, et dès lors nous sommes conduit à admettre que les autres peintres ses contemporains employés par la ville de Lyon en plusieurs occasions solennelles avaient sur cet artiste une certaine supériorité.

Nous allons parler de ce peintre oublié. Nous avons pu lui rendre son nom et le suivre à Lyon pendant une vingtaine d'années.

' On n'y a guère cru, parce que, nous le répétons, il semble qu'on se soit appliqué à Lyon à modérer les manifestations extérieures de l'art, à ne pas faire trop montre de pouvoir et de luxe.

- Nous disons pour la peinture sur panneau ou sur mur, car, pour la peinture sur verre, on a des vitraux de Henri de Nivelle, de Laurent Girardin et de Pierre de Paix, et, pour la médaille, des pièces modelées ou gravées de Louis Le Père, de Nicolas de Florence, de .Jean de Saint-Priest, de Jean Marende et de Jéronyme Henry.

2 En dehors de la part que Guinet a prise à la fondation de la communauté des peintres.

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