‹ Un peintre paysanChapitre 35 sur 70 · LES COMMUNIANTES · texte numérisé non relu

LES COMMUNIANTES

A Madame Alphonse Daudet.

Parmi les frais lilas, les renaissants feuillages Par ce printemps qui chante et rit dans les villages, Par ce dimanche clair, fillettes au front pur,

Qui marchez vers la messe entre les jeunes branches, Avez-vous pris au ciel, communiantes blanches,

Vos robes de lumière où frissonne l’azur?

Je le croirais, à voir votre frêle cortège S’épanouir au jour, dans sa candeur de neige,

Sous la brume du voile aux flots éblouissants.

A la douce pudeur de vos bouches de vierges,

Au mignon bouquet d’or qui fleurit vos grands cierges. Au paradis qui luit dans vos yeux innocents.

Comme tout à l’entour vous bénit et vous fête !

Les vieux chaumes moussus ont étoilé leur faîte Et leur courbe arrondit de plus souples contours. Tout brille. L’herbe tendre et d’aurore arrosée,

D’où se lève l’encens de la blanche rosée,

Déroule sous vos pas ses marges de velours.

* Les pièces il0' IV, V, VII, VIII et IX ont été mises dans la Petite Bibliothèque littéraire de A. Lemerre, mais non ailleurs. Je les reprends après quelques retouches. Elles avaient été composées dans le but du petit ensemble que nous donnons aujourd’hui.

AUBE ET CRÉPUSCULE

Vos plis de tulle au vent vous font des ailes d’anges. Moins blancs sont les pigeons sur les hauts toits des granges, Moins blanche est l’aubépine aux rameaux embaumés !

Et vous allez ainsi vers l’antique chapelle,

Ou, ceint de verts tilleuls, le clocher vous appelle,

Et dresse au blanc soleil ses angles allumés.

Et blanches vous allez. Voici l’église proche.

Votre cœur bat plus fort, plus fort tinte la cloche.

Des vieillards attendris sont au pied de la tour.

Le porche est grand ouvert ; entrez, vierges mignonnes,

Et puis laites, au bout de vos cierges de nonnes, Brûlantes, rayonner des Étoiles d’amour !

Extase, doux effroi de volupté mystique!

Sous vos doigts frémira la page du cantique,

Lorsque vous chanterez : « O doux Jésus, descends! Oh! viens, divin Epoux, te mêler à notre être! »

Puis vous verrez trembler l’hostie aux mains du prêtre, Dans le vertigineux nuage de l’encens.

Recevoir dans son corps le Dieu qui fit la terre !

Non, vous ne voyez pas d’orgueil à ce mystère,

Et vous préférez même au Grand Ressuscité Le beau Crucifié mourant sur la colline.

Vous l’aimez pour son front que couronne l’épine.

Pour le grand trou qui saigne à son divin côté.

Et surtout vous aimez l’enfant rose qu’inonde, Comme le tendre agneau, l’or de sa toison blonde, Et qui vint tant de fois sourire à vos berceaux. Avec ses yeux si clairs, quand vous étiez petites. N’est-ce pas pour cela que vous tressaillez, dites, Filles qui frissonnez sous les sacrés arceaux ?

A votre souvenir que nul souffle n’emporte,

Et même au fond des cœurs dont la foi semble morte, Qui n’a senti vibrer comme un reflet d’Eden Chantez, vierges ! Demain l’été fera sa gerbe.

A l’automne les fruits mûrs tomberont dans l’herbe. Chantez au blanc printemps votre premier hymen !

AUBE ET CRÉPUSCULE

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