‹ Un peintre paysanChapitre 47 sur 70 · LA VISION · texte numérisé non relu

LA VISION

Il y a, les peintres le savent bien, des tableaux qui se font tout seuls. C’est du moins l’expression qu’emploie l’artiste qui alors a le travail si facile qu’il n’a pas l’air d’y penser, chaque touche de couleur, prise presque au hasard sur la palette, s’harmonisant à merveille et chaque trait apportant son expression.

Il s’étonne d’une pareille facilité.

La raison en est pourtant bien simple.

C’est que le tableau est déjà fait dans son cerveau qui en a eu la lumineuse vision et qui n’a plus à transmettre aux organes et aux membres, ses agents, qu’un ordre rapide, clair et précis jusque dans les mystères qui prolongent la pensée. Et le peintre va vers le but indiqué, sûrement, sans hésitation, la permanence de l’effort de volonté nécessaire étant aussi inconsciente que celle qui dirige ses jambes lorsqu’il marche.

C’est charmant !

Hélas ! souvent on commence une œuvre qui n’a pas été vécue , que l’on n’a fait qu’entrevoir

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