‹ Un peintre paysanChapitre 48 sur 70 · PEINT U UE · texte numérisé non relu

PEINT U UE

dans une sorte de brouillard, peut-être très poétique, mais informe.

On sent toute la beauté du sujet rêvé, seulement on n’en a pas eu la vision.

Et l’on s’y acharne en vain : rien ne vient de l’harmonie ni de l’expression; chaque touche semble fausse, chaque trait obscurcit 1 idée au lieu de l’éclairer.

On sent avec désespoir son impuissance et, découragé, parfois on abandonne le tableau.

Or il m’est arrivé, lorsque je croyais renoncer à terminer une toile, que dans une nuit d insomnie lucide m’apparaissait, prompte comme l’éclair, la vision du sujet longtemps cherché. Cette vision, je la croyais vite oubliée, mais elle avait donné son ordre au cerveau.

Je n’y songeais plus jusqu’au moment où je la reconnaissais dans le tableau terminé qui, depuis la subite apparition, avait marché sans encombre vers le but quelle avait un instant indiqué.

Mais comment y arriver?

C’est, pendant que l’ébauche sèche, en élucidant son sujet par des pochades d effet, des études de fonds, des dessins serrés de groupes et de figures.

C’est le seul moyen de ne pas s’énerver à fatiguer sa toile et 'a la déflorer de sa fraîcheur.

Toutes les défaillances, les recherches mes-

PEINTURE

quines ou pénibles seront, de cette façon, faites à côté du tableau. Et l’esprit pénétrera à fond ses moyens.

L’inspiration, longtemps tenue en bride, s’en exalte davantage et, impatiente, arrive à la fin, débarrassée des obstacles, et donne librement sa suprême expression.

Page 1