Archives dé l'archevéché de Québec
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voisinage de la baie de Fundy, parvinrent à se tenir cachées jusqu'à la conclusion de la paix, grâce surtout à l'amitié des sauvages. Ralliées ensuite par les missionnaires, leurs seuls et inséparables amis, et rejointes par d'autres familles acadiennes revenues de l'exil, elles ont été l’origine des florissantes paroisses qu'on voit aujourd'hui autour de la baie Sainte-Marie.
Du site aujourd'hui désert qu'occupait Grand- Pré, on aperçoit un bon nombre d'habitations disséminées sur les hauteurs qui s’arrondissent autour du bassin des Mines; mais hélas! pas une de ces maisons n’est habitée par des Acadiens. Elles ont été bâties sur les cendres de leurs foyers, par des hommes étrangers à leur race, qui vivent en paix et richement sur ces domaines que d’autres mains avaient ouverts à la culture. (Cette pensée me donnait un serrement de cœur, chaque fois qu'en traversant la Grand’ Prée, je jetais un coup d'œil sur le paysage environnant.
Avant de m'éloiyner, je voulus suivre le chemin qu'avaient parcouru les exilés jusqu'au lieu de l’'embarquement. Là, assis sur le talus de la grande
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digue au pied de laquelle venait battre l'océan, je restai longtemps à écouter le bruit mélancolique de ces mêmes flots qui avaient mêlé leurs gémissements à ceux des infortunés bannis. J'ouvris Evangéline et j'en lus les principaux passages, On conçoit ce que peut avoir de charmes une telle lecture faite sur le théâtre mêine des événements. J'invite ceux qui ont pris quelque intérêt à ce qui précède à relire le poëme d'Évangéline ; ils se convaincront, malgré ce qu’ils ont pu voir de contraire dans des pubiications récentes, que la touchante élégie de Longfellow est en tout point l'écho fidèle et poétique de la tradition.
9 octobre. —Au lever du soleil, promenade à pied sur les montagnes qui dominent Kentville. On y jouit d’une vue à vol d'oiseau de la vallée par où coule la rivière Graspareaux, et du bassin des Mines, dont on est éloigné d'environ sept milles ; c'est un des plus gracieux panoramas de l'Amérique du Nord.
Départ de Kentville par le train du matin. Le long de la route, comme en plusieurs endroits de la Nouvelle-Ecosse, je suis choqué des cris que poussent des attroupements d'enfants à l’arrivée du train aux gares ; on dirait des hurlements de
loups furieux. Quelle différence avec l'excellente
tenue de la foule qu'on rencontre dans les gares de chemin de fer de la province de Québec. Si de
pareilles inconvenainces se commettaient dans nos |
campagnes, les réprimandes sévères des curés y auraient bien vite mis un terme. On qualifie nos habitants de priest ridden. Je ne sais jusqu’à quel point les Néo-Ecossais écoutent leurs ministres ; mais je puis assurer qu'ils n’y perdraient pas sous le rapport de la politesse, s'ils apprenaient à vivre sous la houlette de nos pasteurs.
Le chemin de fer côtoiela rivière Annapolis(autrefois rivière Dauphin) depuis sa source jusqu’à son embouchure. Voici la Prée-Ronde, où florissait jadis une paroisse acadienne. Il n’en reste aucune trace, pas plus que de celle de Port-Royal, petite ville toute anglaise qui ne répond plus qu’au nom d’Annapolis. Elle n’a d'autre intérêt que les ruines de son fort, ajourd’hui abandonné comme celui de Beauséjour. C’est le même système de fortification en terre, sur une plus grande échelle. La poudrière placée à l'abri d'une des courtines est très bien conservée et remarquable par la force de ses voûtes en plein cintre, dont les larzes et épaisses briques ont la blancheur et la dureté du marbre.
J'ai pour cicerone M. le juge Cowling, antiquaire du lieu, à qui m’a présenté en arrivant un excellent
avocat d'Annapolis, M. Chesley, dont j'ai fait l’heurense rencontre dans le train.
Le juge, dont la conversation est très intéressante, me dit avec regret que le même esprit de mercant'lisme ignare qui a failli faire perdre à Québec son cachet d’antiquité en lui enlevant ses fortifications, règne à Annapolis Des spéculateurs ont fait des tentatives auprès du gouvernement fédéral pour faire mettre en vente les terrains qu'occupe le fort.
—Ne serait-ce pas un crime de lèse-antiquité ? ajoute le jnge Cowling. Si l'attention du ministre était attirée sur ce sujet, nul doute qu’il ne prendrait des mesures pour faire veiller à la conservation de ces monuments du passé auxquels se rattachent tant de souvenirs et qui sont si rares sur notre continent.
Dans l’après-midi, excursiun en voiture vers le haut de la rivière, au petit Village d'Equille situé à deux milles de Port-Royal. Sur la falaise très escarpée au pied de laquelle coule la rivière, se voit encore des restes de fortification d’une assez grande étendue. Au milieu d’un verger voisin u 1e exc «vation indique l’endroit où existait, paraîtil, une chapelle bâtie par les Français; on y a découvert quelques petits ustensiles en or, qui ont
dû servir à la mission. J'ai vu dans le salon du propriétaire de ce verger M. Hoyt, deux de ces objets et plusieurs pointes de flèches et de lances en pierre taillées par les sauvages, et qui ont été trouvés dans les alentours.
10 octobre.—Départ d'Annapolis pour Digby.
L'itinéraire que je m'étais tracé en partant de Québec était de débarquer à Digby et de longer la côte par terre, afin ‘2 visiter les établissements acadiens, depuis la baie Sainte-Marie jusqu'au Cap de Sable. De là, je devais revenir par mer, en m'arrêtant parmi les principaux groupes de même origine qui se trouverit dans les îles du Cap Breton, du Prince Edouard et le long des rivages du golfe, puis rentrer en Canada par la Baie des Chaleurs. Mais la saison, me disait-on ici, était trop avancée pour entreprendre ce long trajet ; je dus donc remettre à une autre saison la continua: tion de mon Pèlerinage.
À deux heures de relevée, départ de Digby pour Saint-Jean, Nouveau-Brunswick. On comprend pourquoi les Français ont donné au bassin que nous traversons le nom de Port-Royal, quand on le parcourt par une journée resplendissante comme celle dont nous jouissons. Cette vaste nappe d’eau qui ressemble à un lac, et qui ne communique
avec la mer que par un étroit passage, est encaissée entre des hauteurs cultivées couronnées d’une guirlande de forêts toujours vertes. Toutes les flottes du monde pourraient y ancrer à la fois et y manœuvrer à l'aise.
Du gut de Digby à Saint-Jean, traversée très agréable par un beau clair de lune et un calme parfait.
Deux jours après, je rentrais à Québec par l’Zntercolonial, emportant avec moi des impressions et des souvenirs dont ces notes de voyage ne sont qu'un vague reflet.