Haliburton porte ce chiffre à 7 ou
d'adieu sur leur cher pays, aperçurent des nuages de fumée qui montaient du toit des maisons. En quelques instants, toute la côte, depuis Gaspareaux jusqu'à Grand-Pré, fut en flamme, car les granges et les étables, toutes pleines de foin et de gerbes !, prirent feu comme des traînées de poudre. Un cri de douleur s'échappa de toutes les poitrines.
Mais ce fut surtout lorsque les Acadiens virent brûler la jolie église de la rivière aux Canards, dont l'incendie leur faisait voir clairement le sort qui attendait celle de Grrand-Pré, que leur désespoir fut inexprimable, ? À
1. Il n’y eut guère d’épargné que les blés mis en farine pour la nourriture des troupes et des déportés.
2, Bâtisses brûlées par Winslow dans le district des Mines :
Autres Nov. Maisons. Granges. bâtisses.
2 A la rivière Gaspareaux.... 49 39 19 5 À la rivière aux Carnards, des Habitants, Perreault, 76 81 33 6 A la rivière aux Canards et des Habitants. .......... 85 100 79 7 A la rivière aux Canards et des Habitants, .,,.,.,.... 45 56 28 255 276 155 Moulins en différents endroits. ....,.....,... Rene à LT RTE S LAS PTE ut CU LE ES LA 1 Le AA DEA PT PPS ET 698
Le capitaine Osgood, resté quelques jours après le départ de Winslow, brûla l’église de Grand-Pré, qui avait servi de caserne, et ce qui restait de maisons.
Ces deux temples surmontés de leurs gracieux clochers, et dont les boiseries intérieures, sculptées avec goût, étaient toutes en bois de chêne, leur avaient coûté tant de sacrifices ! Qu'étaient devenus les vases sacrés, les ornements d'église, dont plusieurs, fort riches, leur avaient été envoyés en présent par le roi Louis XIV ? ! C'était à la garde de leurs églises qu'ils avaient confié leurs morts abandonnés dans les cimetières. Ils avaient encore dans l'oreille les sons joyeux des cloches qui les appelaient aux offices des dimanches et qui leur annonçaient l’angelus de l’aurore et du soir. Hélas! ils savaient qu'ils allaient être jetés dans des contrées où ils ne verraient plus ces beaux offices, ni la robe noire de leurs prêtres !
Quand les habitants de Port-Royal réfugiés dans les bois avaient vu,comme eux, leurs maisons incendiées, ils n’avaient pas osé sortir de leur retraite; mais quand ils avaient vu mettre le feu à leur église, ils s'étaient élancés furieux sur les incendiaires. en avaient tué ou blessé vingt-neuf et mis
1. Le roi avait donné en 1706, un calice, un ciboire, un ostensoir en argent massif, et un ornement complet.
Les familles enlevées de Grand-Pré possédaient 1,269 bœufs, 1557 vaches, 5007 jeunes animaux de la race bovine, 493 chevaux, 8,690 moutons et 4197 porcs.
les autres en fuite; puis ils s'étaient rejetés dans les bois.
Décembre était avancé quand Winslow eut fini son œuvre de destruction. Il ne s'était pas hâté de prendre la mer, afin d'amener ceux des fugitifs que la faim et la misère forçaient de sortir des bois. Les derniers embarqués mirent à la voile, dans l'après-midi du 20 décembre, au nombre de deux cent trente-deux sur d''ux goëlettes: l’une à destination de Boston, l’autre de Virginie.
Il semble que Longfellow, qui a si bien chanté les malheurs des Acadiens, et qui, paraît-il, n’a jamais vu Grand-Pré, ait été assis en face du cap Blomedon, lorsqu'il écrivit ce beau passage par où s'ouvre son poëme d'Évangéline :
This is the forest primeval. The murmuring pines and the hemlocks, Bearded with moss, and in garments green, indistinct in the twilight, Stand like Druids of old, with voices sad and prophetir,
Stand like harper hoar, with beards that rest on their bosoms.
Loud from its rocky caverns, che deep-voiced neighbouring ocean. Speaks, and in accents disconsolate answers the wail of the forest.
This is the forest primeval ; but where are the hearts that beneath it Leaped like the roe, when he hears in the wéodland the voice of the [huntsman ?
Where is the thatch-roofed village, the home of Acadian farmers, — Men whose lives glided on like rivers that water the woodlands, Darkened by shadows cf earth, but reflecting an image of heaven ? Waste are those pleasant farm:, and the farmer's for ever departed ! Scattered like dust and leaves, when the mighty blasts of October Seize them, and whirl them aloft, and springle them far over the ocean ! Nought but tradition remains of the beautiful village of Grand-Pré.
‘ C’est la forêt primitive. Les pins murmurants et les mélèzes vêtus de leur barbe de mousse et de leur robe de feuillage, se dressent, vagues et confus dans le crépuscule, comme les druides d'autrefois, et font entendre des voix tristes et prophétiques. L'océan voisin Jette sa grande voix dans les cavernes sonores des rochers, et ses accents inconsolables répondent aux soupirs de la forêt.
‘“ C’est la forêt primitive ; mais où sont les cœurs qui battaient comme celui du chevreuil, quand il entend dans la bruyère la voix du chasseur ? Où sont les toits de chaume du village, la demeure de l'habitant acadien, don: la vie voilée par les ombres de la cerre, mais reflétant l’image des cieux, s'écoulait comme les ruisseaux qui arrosent les terres vierges ? Les chaumières dévastées ont disparu, et leurs habitants sont partis pour toujours, dispersés comme la poussière et les feuilles, quand les violentes rafales d'octobre les saisissent et les font tourbilionner dans l'air et pleuvoir au loin sur l'océan! Du joli village de Grand-Pré, il ne reste plus rien que la tradition.”
PLAN LR TRE RE AT AE nn LG AE AU PAYS D'ÉVANGÉLINE 123
L'abbé Le Guerne a raconté quelques-unes des scènes navrantes dont il avait été témoin : !
“ La plupart des malheureuses femmes (des environs de Beauséjour) séduites par de fausses nouvelles. emportées par l'attachement excessif pour des maris qu’elles avaient eu permission de voir trop souvent, fermant l'oreille à la voix de la religion, de leur missionnaire et à toute considération raisonnable, se jetèrent aveuglément et comme par désespoir dans les vaisseaux anglais. On a vu dans cette occasion le plus triste des spectacles ; plusieurs de ces femmes n'ont pas voulu embarquer avec leurs grandes filles et leurs grands garçons par le seul motif de la religion.” ?
L'expédition dirigée contre Cobequid trouva le Village abandonné, et ne put qu’incendier les maisons. Les Cobequites (c’est ainsi qu'on les appelait) traversèrent dans l'ile Saint-Jean, (île du
1. L'abbé Le Guerue, qui a laissé une relation des événements de 1755, était natif de Bretagne. Homme de. science, puëte même à ses heures, il devint, après son retour des missions, professeur de philosophie au séminaire, de Québec, à qui il légua sa bibliothèque et ses manuscrits. Il mourut en 1789, curé de Saint-François de l’Ile d'Orléans. x
2, Lettre de M. l'abbé Le Guerne, 10 mars 1756.
Prince Edouard), où ils espéraient se mettre à l'abri de nouvelles attaques ; mais ils n'étaient qu'au commencement de leurs malheurs.
Ils furent rejoints par cinq cents autres fugitifs des environs de Beauséjour et de Tintamarre qu'y fit passer l'abbé LeGuerne.
La destination des déportés avait été prévue d'avance par le gouverneur Lawrence qui, d'Halifax, avait dirigé toutes les opérations. Ils devaient être débarqués dans les principaux ports de mer du littoral américain, depuis la Nouvelle-Angleterre jusqu'à la Géorgie, c'est-à-dire sur une étendue de plusieurs centaines de milles. Cet ordre, dont peutêtre Lawrence n'aperçut pas toutes les conséquences, fut le plus barbare et le plus fatal aux Acadiens, car il mettait un grand nombre de familles séparées dans l'impossibilité de se retrouver.
Aucune raison ne peut justifier un pareil acte ; il eût été au contraire de bonne politique d’établir les Acadiens ensemble dans quelqu’une des provinces éloignées, où leur présence n'aurait offert aucun danger, où ils seraient multipliés avec la rapidité qu'on leur connaissait, et où ils auraient fini par devenir les citoyens fidèles de la grande république.
Pendant que les tranports cinglaient sur la baie
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de Fundy, un Acadien de Port-Royal, du nom de Beaulieu, ancien navigateur au long cours, ayant demandé au capitaine du navire où il était détenu avec deux cent vingt-quatre autres’ exilés, en quel lieu du monde il a'lait les conduire :
—Dans la première île déserte que je rencontrerai, répondit-il insolemment. C'est tout ce que méritent des papistes français comme vous autres.
Hors de lui-même, Beaulieu, qui était d’une force peu ordinaire, lui asséna un coup de poing qui l’étendit sur 1: pont. Ce fut le signal pour les autres captifs, qui probablement s'étaient concertés d'avance, Quoique sans armes, ils se précipitèrent sur leurs wardes, en blessèrent quelquesuns et mirent les autres hors de combat.
Beaulieu prit ensaite le commandement du transport, et alla l’'échouer dans la rivière Saint- Jean, près d: la mission que dirigeaient alors les PP. Germain et De la Brosse.
Durant les cinq années de guerre qui suivirent l'automne de 1755, toute la Nouvelle-Ecosse fut sillonnée de partis d’éclaireurs qui firent une chasse implacable aux fugitifs acadiens. Ceux-ci s'étaient divisés en deux courants : l’un qui remontait par étapes vers les frontières du Canada ; l’autre qui inclinait vers l'extrérnité de la presqu'île, espérant
trouver quelque asile inaccessible et des moyens de vivre au bord de la mer. L/abbé Desenclaves, qui avait accompagné une partie de ces derniers dans leur fuite de Port-Royal,se trouvait encore au milieu d'eux en 1756, daus les environs du Cap de Sable, On voit quel était leursort par l'extrait suivant d'une ‘lettre qu'il écrivait à Québec en date du 22 juin: ‘ Nous sommes en prières, disait-il, pour obtenir sur nous les miséricordes du Seigneur, mais il est à craindre que nos paroles ne manquent de la force d'une foi vive. Tout le Cap de Sable avait été à couvert de toute insulte jusqu’au 28 avril, qu’un village fut investi et enlevé; tout fut brûlé, et les animaux tués ou pris, et une maison à quatre lieues de là eut le même sort, le même jour. Le dimanche après la Passion, on pillait une maison et on prit les bestiaux appartenant à M Joseph d’Entremont qui avait été pris à la pêche avec un fils à lui, un à sa femme et un garçon du Port-Royal. Il y avait à une petite lieue de la maison, mon presbytère et une modeste chapelle; ils n’y ont pas encore été, ils n’ont pas même brûlé un petit oratoire que j'avais où ils ont été, le lundi de la Pentecôte. Ils forcèrent sans doute M. Joseph d'Entremont de les conduire chez ses enfants dont ils tuèrent l’un d'eux, lui enlevèrent la chevelure,
pil'èrent leur cabane, qu'ils brûlèrent ; ils emmenèrent quelques animaux. Les autres enfants ont pris la fuite, tout le reste s’est retiré dans les bois faisant garde en cas de surprise. Je compte qu'ils auront de la peine à me trouver avec une vingtaine d'âmes qui sont avec moi; nous n'avons rien laissé dans nos maisons, pas plus que dans l'église ; nous attendons ici la miséricorde du Seigneur. Si les choses ne s’accomodent pas, nous ferons notre possible pour gagner la rivière Saint-Jean au printemps ; si elles s'accomodent et que Mgr le veuille, j'irai finir mes jours dans quelque coin de communauté en Canada. Sinon, il faudra que je passe en France d'où j'ai reçu des lettres d'instances tout fraîchement. Plaise à la miséricorde de Dieu de me faire connaître sa sainte volonté. Souvenezvous de nous dans vos saints sacrifices.” !
Cette lettre laissait assez prévoir ce qui devait arriver : l'abbé Desenclares et son petit troupeau furent cernés, embarqués sur un navire et envoyés à Boston.
Malgré ces dragonnades, un certain nombre de familles, entre autres celles du bassin des Mines et de Port-Royal, qui passèrent l’hiver de 1756 dans le