‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 92 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De Québec à Campbellton.—Les Micmacs île Ristigouche, — Souvenirs d'enfance. — Combat naval de 1760. -— Le collège de Memramcook.

Départ de Québec à huit heures du matin, le 1er octobre.—Je ne sais plus quel auteur a dit : “ Je ne connais pas de plaisir plus triste que celui des voyages.” Rien de plus vrai, si le voyageur n'a pas un but arrêté. Ila beau changer de scène, chevaucher, comme on disait au temps de Boileau, ‘ l'ennui monte en croupe et galope avec lui.” Aussi ai-je bien eu le soin de donner un sens à l’excursion que j'entrepr'nds. J'irai voir Grand-Pré, le pays d'Evangéline, et les colonies acadiennes qui fleuris-

sent aujourd'hui heureuses et grandissantes comme avant la dispersion, non loin du bassin des Mines, sur les bords du Peticoudiac et du Memramcook. J'irai prier sur la tombe de l'abbé Sigogne, à la baïe Sainte-Marie, et je reviendrai par le golfe Saint-Laurent en faisant escale dans les principaux ports acadiens des Iles et de la Baie des Chaleurs.

Le train express de l’Zercolonial longe à toute vitesse les falaises de Lévis, et découvre les divers points de vue du port de Québec: l’île d'Orléans, avec ses coquettes maisons échelonnées sur ses hauteurs, ombrées çà et là de massifs d'arbres, la nappe de neige du sault Montmorency, les prairies de Beauport, et au-dessus de tout le paysage, le cap crénelé de la vieille forteresse, avec sa ceinture de maisons, et sa forêt de mâts à ses pieds. Tout familiers que sont les Québecquois avec leur paysage, is ne s’en lassent jamais ; ils permettent volontiers aux touristes de l’admirer en passant, mais ils se réservent de l’admirer toujours.

Arrivé à Campbellton à 7 heures du soir.—Campbellton, village anglais, à 305 milles de Québec, et situé au fond de la Baïe des Chaleurs, sur la rivière Ristigouche, qui sert ici de frontière entre la province de Québec et celle du Nouveau-Brunswick. De l’autre côté de la rivière, s'élève le village sau-

vage de Sainte-Anne de Ristigouche, sur un étroit plateau resserré entre l’eau et les montagnes.

Je m'arrête ici quelques jours, afin de voir de près ces bonnes familles micmaques, dont le souvenir se mêle à mes premières impressions d’enfance. Il me semble encore voir passer leurs longues files de canots d’écorce au bord de la grève. Leurs petites flottilles de quinze ou vingt pirogues ne doublaient pas la pointe de la Rivière-Ouelle sans s’y arrêter, car, comme je l'ai déjà dit ailleurs, les sauvages ont. toujours affectionné ce promontoire couvert de bois, où ils avaient abondance de chasse et de pêche. Ils trainaient leurs embarcations sur le sable du rivage, et y dressa’ent leurs cabanes pour quelques jours. La fumée de leurs feux, que nous apercevions au-dessus des arbres, nous avertissait de leur présence. Ils netardaiïent pas à descendre au manoir, attirés surtout par les présents que leur faisait ma mère, qui avait pour eux des prévenances de toutes sortes, car elle a toujours eu, pour ces pauvres sauvages, une affection qu’elle ne négligeait en aucune occasion de nous communiquer.

J'ai encore présentes à l'esprit quelques-unes de ces figures caractéristiques et étranges pour nous, avec leurs traits osseux et basanés, leurs yeux

10 UN PÈLERINAGE perçants et leurs longs cheveux noirs et plats. Leur accoutrement n’était pas moins étrange que leur personne. Ils étaient le plus souvent tête nue ; la couverte de laine dont ils s’enveloppaient, leur descendait jusque au-dessous des genoux, et leurs pieds étaient chaussés de mocassins. Les femmes portaient sur leurs épauies des charges d’ustensiles en écorce et de paniers de toutes grandeurs et de toutes nuances. En retour des présents qu’elles receVaient, elles donnaient aux enfants quelquesuns de ces petits paniers, qui nous servaient de jouets entre nos heures d'école.

Un matin, on voyait la flottille dont chaque canot était chargé de cinq ou six sauvages, prendre le large et pagayer vers la pointe des Aulnaies, pour de là remonter jusqu'à Québec, où ils recevaient leur prét du gouvernement, qui consistait en fusils, munitions, couvertes, etc. ete. Mais un autre motif les engageait à entreprendre ce long et pénible voyage : ils venaient satisfaire leur dévotion envers la ‘ bonne sainte Anne du Nord, ” pour laquelle, de temps immémorial. ils ont eu un culte touchant, et qui a souvent été récompensé par d’éclatants miracles. La plupart faisaient coïncider leur pèlerinage avec la date des distributions annuelles ; mais en d’autres temps, même aux époques rigou-.

reuses de l’année, on voyait passer Ces familles entières, des malades se traîner péniblem2nt, mendier l'hospitalité le long de la route, dans l'unique dessein d'aller implorer la sainte patronne dans son sanctuaire privilégié.

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Un soir—c'était la veille de Noël—pendant que ma mère était occupée au salon à faire une lecture aux aînés de ses enfants, afin de les préparer à la fête du lendemain, une de nos domestiques vint lui annoncer que deux sauvagesses venaient d'entrer, et demandaient à lui parler. Attirés par la curiosité, nous accourûmes à sa suite.

Les deux sauvagesses, la mère et la fille, étaient assises auprès du poële, dans la cuisine. La jeune fille, maigre, pâle comme une morte, avait l'air presque mourante. Une toux creuse, qui lui déchirait la poitrine, indiquait clairement qu'elle était à une période avancée de la consomption. Les deux pèlerines venaient demander l'hospitalité, afin d’être proches de l’église et d’ass ster à la messe de minuit, où elles voulaient communier. Ma mère leur fit immédiatement préparer à souper, et les invita à s'approcher ; mais ni l’une ni l’autre ne

consentirent à prendre une seule bouchée, disant qu'elles ne voulaient pas se priver de faire Ja communion. Ma mère eut beau leur expliquer que, la communion n'ayant lieu qu'après minuit, il était permis de prendre quelque chose auparavant, que le prêtre qui célébrait la messe faisait de même ; elles s’y refusèrent obstinément. Aveugle mais touchante foi de ces bonnes gens, qui fait bien voir la fermeté de leur croyance, et le grand respect : qu’elles avaient pour l’eucharistie.

Ces pèlerinages ont cessé peu à peu depuis l'érection de l’église actuelle de Ristigouche, qui a été dédiée à sainte Anne. Cette église, dont l’intérieur a été achevé, il y a une vingtaine d’années, est sans prétentions architecturales, mai: propre et convenable Il n’en est pas de même du presbytère, qui a été mal construit et qui est devenu inhabitable, surtout en hiver. Comme il n'y a dans le voisinage, aucune maison où le prêtre puisse se retirer, et qu’il n’y a aucunes ressources pour bâtir un nouveau presbytère, les pauvres sauvages sont ‘exposés à être privés un jour ou l’autre de leur curé, et à n’être desservis que par voie de mission. Cet éloignement leur serait fatal, car aucune population n’a plus besoin de l'œil vigilant du pasteur. Espérons que la bonne sainte Anne, pour luquelle

AU PAYS D'ÉVANGÉLINE 13 ils ont toujours la même dévotion, viendra à point à leur secours, comme elle a fait tant de fois dans le passé.

Les maisonnettes du village, lesquelles sont bâties et meublées à peu près comme celles de nos cultivateurs pauvres, sont échelonnées tout le long de la réserve, qui n’a guère que trois milles d’étendue. Quelques-unes sont assez spacieuses et ont un certain air de propreté et de confort.

Le costume de ces Micmacs n’a guère d’original que l'espèce de turban que portent les femmes, qui consiste en un grand foulard rouge qu’elles enroulent autour de leur tête. À peine y en a-t-il quel- * ques-uns parmi cette tribu qui aient le vrai type sauvage. Leurs traits et les noms de famille de plusieurs d’entre eux rappellent le sang européen dont ils sont plus ou moins mêlés. Comme partout ailleurs, ils sont plus aptes à s'approprier les vices que les vertus des blancs. Insouciants et sans prévoyance comme au temps jadis, ils ne s’adonnent guère à la culture, n’ensemencent que quelques petits champs de pommes de terre et de grains. La pêche et la chasse sont encore leurs occupations favorites, et ils n’ont rien perdu de leur habileté à construire, et à guider leurs admirables canots d'écorce, vrais chefs-d’œuvre de légèreté, d'élégance

et de solidité. Les bêtes à fourrures deviennent de plus en plus rares dans cette région ; mais les cari-

bous, m'assurent quelques chasseurs, sont encore assez commnns dans la presqu'ile gaspésienne.

Les meilleurs hommes parmi cette tribu micmaque, trouvent une source de profits en servant de guides aux sportsmen anglais, américains, etc. qui viennent en été dans ces parages pour la pêche à la mouche, soit du saumon, soit de la truite. Ils sont doux et tranquilles, parlent peu et ont gardé quelque chose de cette timidité et de cette réser''e naturelles à leur race. Les désordres que cause parmi eux l'ivrognerie ont été réprimés, depuis que leur missionnaire a fait nommer, par le gouvernement fédéral, un officier de police qui veille sérieusement à l'observation de la loi. Quiconque leur livre de la boisson est passible d’une très forte amende ou de la prison. Aucun blanc ne peut demeurer sur la réserve après le coucher ou avant le lever du soleil.

Dimanche, 4 octobre.—A la grand'messe, un chœur de sauvages et de sauvagesses chantent dans leur lan zue les principales parties de l'office divin.

Leur voix, justement vantée, est d’une beauté rare, avec un timbre mélancolique qui pénètre et impressionne.

Les éloges qu'en ont faits les aniens voyageurs. n'ont rien d’exagéré : ‘ Je les ai plus d’une fois, racontait Dièreville en 1700, entendus chanter dans l’église de Port-Royal à la grand’messeet à vêpres ; les voix des femmes particulièrement étaient si douces et si touchantes que je croyais entendre les anges chanter les louanges de Dieu. Les voix ‘des hommes se mêlaient de temps en temps si justement avec celles des femmes, que cela faisait un effet admirable, et j'en étais charmé.” !

Invité à faire le sermon, j'admire l’éloquence et les gestes expressifs de l'interprète Polycarpe, qui, debout à la balustrade, me dévore des yeux pen-

“dant que je parle; puis, après avoir écouté un passage de mon sermon, le traduit avec la plus étonnante fidélité, au dire de plusieurs des assistants qui comprennent les deux langues, et que j'ai pris la peine d'interroger ensuite. Polycarpe est depuis quelques années le chef de la tribu ; c’est un grand gaillard dans toute la force de l'âge, beau

1. Voyage de Dièreville en Acadie ; édition imprimée à Québec, 1885, p. 101.

oo mes

type de sang mêlé, d'un visage’ et d’un caractère avenants, influent parmi les blancs comme dans sa tribu.

La population micmaque de Ristigouche dont le chiffre reste à peu près stationnaire, ne dépasse pas 500 âmes. Comme tous les autres groupes de race indigène, elle est destinée fatalement à disparaître ou à se noyer dans le flot populaire qui l'environne. À la fin du siècle prochain, il n’en restera probablement pas d'autre trace que les manuscrits en langue sauvage de l'abbé Maillard, surnommé l’apôtre des Micmacs, dont j'ai feuillete les pages jaunies et rongées par le temps, dans la bibliothèque de la mission. Ces manuscrits qu'on ne peut ouvrir sans éprouver un sentiment de respect et d'admiration, à la vue des patients travaux et du zèle apostolique qu'ils indiquent, ces : glossaires dont les feuilles usées se détachent, sont bien les monuments qui conviennent le mieux pour rappeler les souvenirs de ces tribus éphémères, que le souffle de la civilisation emporte comme les feuilles de leurs forêts.

os anses. céromisiatésnsion- es

Lundi.—Matinée d'automne claire et fraiche. La température en septembre et octobre est plus douce dans la Baie des Chaleurs, que dans la vallée du Saint-Laurent,

La rivière Ristigouche coule entre des montagnes fortement accentuées et couvertes de forûts primitives. On n’aperçoit de champs cultivés que sur les plateaux qui bordent les rivages.

Les montagnes s'ouvrent en bleuissant au loin, de cap en cap, baignant leurs pieds dans les eaux de la baie des Chaleurs.

Sur l’avant-scène, au milieu de la rivière, se détache du ciel bleu la vigoureuse silhouette d’un navire norvégien, chargé de bois de construction, qui appareille pour Belfast. Trois autres navires sont amarrés le long des quais. I] y a cent vingtcinq ans, au muis de juillet 1760, le même nombre de vaisseaux étaient ancrés dans cette même rade à mais c'était la guerre et non le commerce qui les avait poussés jusqu'ici. “ Québec, raconte l'abbé Ferland dans son Voyage dans la Gaspésie, avait été pris l'automne précédent. Pressée par le marquis

de Vaudreuil, la cour de Versailles envoyait de faibles et tardifs secours au chevalier de Lévis, qui

était décidé à tenter une attaque contre Québec. La flottille française s'était amusée en route à poursuivre quelques navires ennemis; aussi fut-elle devancée par les vaisseaux anglais, qui lui barrèrent le passage à l'entrée du fleuve Saint-Lanrent, Elle se jeta alors dans la baie des Chaleurs, et remonta la rivière Ristigouche, où le commandant, M. de Danjac, trouva quinze cents personnes réfugiées sur ses bords, et vivant dans un état déplorable de misère. Le capitaine Byron, probablement le célèbre navigateur, grand-père du poète de ce nom, s’avança avec les vaisseaux le Fame, le Dorsetshire, l’Achilles, le Scarborough et le Repulse, pour attaquer la flotte française, qu'il rencontra le 8 juillet à peu près dans cette partie du Ristigouche. Elle était composée du Machault, de trente-deux canons, —de l'Espérance, de trente, —du Büienfaisant, de vingtdeux,—du Marquis de Marloze, de dix-huit. Les Français s'étaient préparés à recevoir chaudement l'ennemi ; leurs vaisseaux étaient protégés par la pointe à la Batterie, où plusieurs canons avaient été misen position. Plus bas, à la pointe à la Garde, d’où la vue s'étend jusqu'à l'embouchure du Ristigouche, était un piquet de soldats, qui avaient ordre de veiller sur le cours de la rivière et d'avertir de l’approche de la flotte anglaise.

AU PAYS D'ÉVANGIÉLINE 19

‘“ Favorisés par un bon vent, les vaisseaux de Byron remontèrent sans obstacle jusqu’à la pointe à la Batterie, où une vive canonnade s'engagea. Deux batiments français furent. mis hors de combat, et les canons de la batterie réduits au silence. Le Bienfaisant et le Marquis de Marloze durent alors se retirer vers le village sauvage, tandis que les Anglais s'avançaient jusqu’à la pointe à Martin, sur la rive opposée, où ils souffrirent beaucoup du feu de quelques canons placés à fleur d'eau. Cependant leur artillerie supérieure criblait les vaisseaux français. Un ñe ceux-ci fut poussé au rivage, près de la chapelle de Ristigouche, tandis que 12 commandant de l’autre mettait le feu aux poudres, afin de l'empêcher de tomber aux mains des Anglais.

“ Resté maître du champ de bataille par la destruction de la flotte ennemie, Byron fit détruire un amas de cabanes décoré du nom de Nouvelle- Rochelle, et situé sur la pointe à Bourdo, à trois milles au-dessus du village de Ristigouche. Pendani ce temps, les Français et les Micmacs se réfugiaient dans {es bois, où ils attendaient en sûreté le départ de la flotte anglaise.

“ L'imagination se reporte vivement vers ces scènes animéés et terribles, quand on se trouve sur le théâtre même delalutte, Les vaisseaux des deux

20 UN PÈLENINAGE

nations rivales se croisant, se fuyant, se rapprochant; leurs longs pavillons qui flottent dans les airs et portent un défi à l'ennemi; au milieu des broussailles du rivage, ces troupes sauvages grotesquement coiffées et habillées ; ces caps arides surmontés du drapeau blanc et défendus par des pièces d'artillerie, dont la gueule s’allonge hors des meurtrières pour vomir le feu et la mort ; ces nuages de fumée roulant sur les eaux et dérobant aux combattants la vue du ciol ; les craquements des mâts qui se brisent, les siflements aigus du commandement, le bruit de la mousqueterie et du canon, les cris de la victoire, de la douleur et de la rage : voilà les parties du drame qui se jouait, il y a soixantequinze ans, sur le théâtre resserré au milieu duquel nous nous trouvons. C'était un des épisodes de la rivalité entre la France et l'Angleterre.”

Mardi, 5 octobre.-—De Campbellton à Memramcook, deux cent cinq milles. Une nuit en sleeping car. Avec tout leur esprit inventif, les Américains trouveront difficilement un moyen de locomotion plus commode et plus confortable que ces charsdortoirs ; ce qui n'empêche pas qu'on en sorte

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AU PAYS D'ÉVANGÉLINE 21 ES ee ee ee re toujours plus où moins ahuri, poud'eux, harassé, Il en est des nuits qu'on y passe comme des champignons, la meilleure ne vaut rien.

De la gure de Memramcool:, on aperçoit à droite, sur une hauteur, à duux milles de distance, le beau portail gothique de l'église paroissiale, le collège de Saint-Joseph et le joli couvent des religieuses de la Charité. On a quitté le pays des montagnes. Un sul ondulé et fertile, qui me rappelle les plaines de la Vendée ou de la Touraine, s'étend de tous côtés à perte de vue. Je me sens le cœur réjoui en songeant que cette belle contrée, arrosée par les rivières Memramcook et Peticoudiac, est encore toute française. Les Acadiens, qui en avaient été expulsés en 1755, en ont de nouveau pris possession, et ils y ont si bien prospéré qu'ils forment aujourd'hui le groupe le plus important de leur race au Canada. La paroisse de Memramcuok à elle seule ne compte pas moins de six mille âmes. Les terrains que leurs ancêtres avaient conquis sur la mer, par les travaux d’endiguement qu'ils avaient faits le long des deux rivières, et qui avaient été submergés après la dispersion, ont été remis en culture dès leur retour. Ces terrains ont été tellement agrandis d'année en année, qu'aujourd'hui

leur longueur totale n’a pas moins de trente milles sur une largeur considérable.

Le brave Acadien qui m'a fourni son rusti ue équipage pour me conduire au collège, me fait remarquer les aboitearx! qui suivent les contours du Memramcook, et qui ressemblent de loin à un immense serpent couché dans l'herbe.

Pendant que je pass? devant le portail de l’église, j'admire ses élégantes proportions et la flèche hardie qui le surmonte. J'observe, sans pouvoir me l’expliquer, la ressemblance de cette pierre de taille avec celle qui a servi à la construction des rues fashionables de New-York.

Le collège est un vaste et superbe corps de logis en pierre de taille comine celle de l’église, à quatre étages et à toit mansard, flanqué à droite d'un pavillon qui n'attend que celui de gauche, pour donner à l'édifice toute son ampleur et sa beauté. Il est tenu par, des religieux de Sainte-Croix, la plupart canadiens. A la distance où ils sont de la province de Québec, ils n’ont pas souvent occasion de voir des compatriotes, surtout des membres du clergé. Aussi ma visite paraît-elle leur faire un sensible plaisir. 7

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