‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 92 · Digues · texte numérisé non relu

Digues

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—S$Soyez le bienveru, me dit en me serrant vivement la main, le supérieur, l'excellent P. Lefebvre. Vous vous êtes bien fait attendre, car un de nos pères nous a annoncé votre venue pour l'ouverture des classes, mais vous ne pouvez arriver mieux à point. Nous faisons demain l'inauguration de notre nouvelle chapelle, qui fait partie de l’aile que nous veuons d'achever, et pour laquelle un de nos anciens élèves, un Acadien, l’abbé Cormier, nous a fait don de trois mille dollars. C’est lui-même qui vient la bénir et chanterla messe; et c'est vous qui nous donnerez le sermon.

J'ai beau me récrier, alléguer les meilleures raisons du monde, le P. Lefebvre est inflexible ; il n'y a qu'à se soumettre

Le collège de Memramcook n’a guère plus de vingt ans d'existence (1864), et il marche déjà de pair avec les collèges classiques de la province de Québec. Plusieurs de ceux-ci lui sont même inférieurs sous le rapport de l’organisation matérielle. L'édifice actuel, qui ne date que d’une dizaine d'années, a été construit selon les meilleures conditivons hygiéniques ; le système de chauffage à l’eau chaude, la ventilation. la «listribution de l’eau dans tous les étages, au moyen d'un aqueduc qui n'a pas moins d'un mille de longueur, rien n’y

manque, hormis peut-être ce qui fait défaut dans toutes nos maisons d'éducation, je veux dire une salle de gymnase établie d’après un système raisonné, tel qu’il en existe quelques-uns aux Etats-Unis,—système admirable dont le but est de proportionner le développement physique au développement intellectuel, et qui réalise d'aussi près que possible l’axiome antique mens sana in corpore sano. Les études se divisent en cours commercial et cours classique, et sont suivies par deux cents élèves, dont le nombre va croissant chaque année. Ce résultat est dû principalement à l’enseignement pratique du français et de l'anglais, qui est facilité par le mélange à peu près égal d'élèves parlant l’une ou l’autre langue. Au surplus, la situation du collège de Saint-Joseph, sur les confins du Nouveau-Brunswick et de la Nnuvelle-Ecosse, au centre même des populations acadiennes, ne pouvait être mieux choisie. Ce concours de circonstances eu explique le grand et rapide succès, mais ce succès est dû avant tout à un homme qui restera comme l’insigne bienfaiteur des Acadiens.

Remontez à l’origine de chacune de nos institutions catholiques, vous trouverez un prêtre. Ici encore c’est un prêtre qui apparaît au premier jour, et qui est l’âme de cette œuvre. C’est sous l’inspi-

ration du Père Lefebvre, c'est par son zèle, son énergie, sa persévérance, son habileté administrative, en un mot par toutes les qualités qui distinguent les fondateurs, qu'a été créé et organisé ce magnifique établissement. Le collège de Saint- Joseph est le seul de ce genre, dans les provinces maritimes, qui soit particulièrement dédié aux Acadiens.

On ne saurait exagérer l'importance d’un pareil établissement. Le plus grand malheur des Acadiens n’a pas été leur dispersion, mais l’abandon presque complet dans lequel ils ont été laissés durant près d’un siècle. Dans toute cette douloureuse période, ils n'ont eu, on peut dire, aucun moyen d’instruction. La plupart furent même longtemps sans avoir de missionnaires résidant au milieu d'eux. !

On conçoit l’état d’ignorance et de stagnation qui s’en est suivi. Mais de nos jours une ère nou-

1 Le clergé du Canada se trouvait réduit en 1766 à cent trente-huit prêtres séculiers et réguliers ; et l'évêque de Québec, Mgr Briand, était obligé d'envoyer des missionnaires sur tout l'immense territoire qui s'étend depuis l’Acadie jusqu'aux Illinois.

Dans la lettre de mission donnée par ce prélat au P. de la Brosse, le 11 avril 1770, il est dit ‘* qu’il aura à desservir tous les catholiques établis depuis Cacouna et au-dessous jusqu’à l’Acadie, l'Ile Saint-Jean (Prince-Edouard) et l'Ile Royale (Cap Breton) ;” c’est-à-dire une étendue de pays de plus de cinq cents milles, ;

velle a commencé pour les Acadiens, et elle coïncide précisément avec l'ouverture du collège de Memramcook, qui en a été la principale cause. Il en est sorti toute une pléiade d'hommes instruits, actifs, animés d’un patriotisme ardent et éclairé, qui ont fait leur réputation dans différentes carrières, et qui défendent la cause de leurs compatriotes sur tous les terrains de la vie publique et privée. On compte parmi eux des sénateurs, comme M. Poirier, écrivain aussi distingué que sage politique, des députés aux communes et aux législatures provinciales, comme MM. Landry, LeBlanc, Terriault, LeBillois, etc., des avocats, des médecins, des instituteurs et d'excellents prêtres, parmi lesquels il faut compter l’abbé Cormier, curé de Cocagne, l’insigne bienfaiteur du collège dont j'ai déjà mentionné le nom. Chaque année voit s’accroître cette phalange d'hommes remarquables, qui, avec le temps, fera reprendre au peuple acadien la place que ses malheurs lui avaient fait perdre.

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