CHAPITRE NEUVIÈME
Les Acadiens dans le Massachusetts. —Cruautés des Puritains. —Dislocation des familles. —Les proscrits au Maryland. — Etienne Hébert.—Les Acadiens au Canada. —L'aumônier du général de Rochambeau.
Lorsque, durant l'hiver de 1756, Lawrence se promenait, dans les rues d'Halifax, avec les chevaux qu'il avait fait voler aux Acadiens pour son propre usage, il était loin de soupçonner les embarras que lui préparaient plusieurs des colonies anglaises, en favorisant le retour de ceux-là mêmes qu'il avait mis tant d'acharnement à chasser de leurs foyers. Aussi fut-il plongé dans d’étranges perplexités, quand il apprit, au cours de l'été suivant, que des centaines d’entre eux longeaient les côtes de l’Atlantique, avec la résolution bien arrêtée de venir
reprendre leurs terres. Cela mettait en question son idée d'effacement somplet de la race française dans la péninsule. Il se répandit en reproches et en plaintes amères, alressa même une circulaire aux différents gouverneurs. ‘“ Je conjure Votre Excellence, y disait-il, d'employer tous les moyens possibles pour empêcher l’accomplissement d’une si Ù pernicieuse entreprise, en détruisant toutes les embarcations que ceux (des Acadiens) qui sont dans votre colonie, peuvent avoir préparées, et de retenir tous ceux d’entre eux qui essayeront de passer dans aucune partie de votre gouvernement, en route pour ici, soit par terre, soit par eau ” ! C’est à la suite de cette circulaire qu’eurent lieu, dans les Etats du Nord, les redoublements de rigueur et les emprisonnements dont j'ai déjà parlé. Le Massachusetts; qui avait pris la part la plus active à la déportation des Acadiens, fut aussi, de toutes les provinces, celle qui en reçut le plus grand nombre. Lawrence avait calculé, non sans raison, qu'il aurait moins de difficultés à les y faire accepter, que dans les provinces moins directement intéressées à leur dispersion ; la plupart avaient été faits prisonniers par des troupes et des officiers boston-